ET VEILLE SOMNAMBULIQUE
Mais il manque un trait à ce tableau, et c'est précisément ce trait qui constitue la caractéristique réelle de cet état spécial; je veux parler de cette perte partielle de la mémoire que j'ai signalée déjà, perte qui ne porte que sur la suggestion qui vient d'être faite, tandis que le souvenir est conservé pour tout le reste. Il y a là une distinction capitale et qui n\i été faite par aucun des observateurs précités.
Il importe avant tout de différencier cet état spécial de certains états qui, au premier abord, pourraient être confondus avec lui.
On rencontre quelquefois chez certains sujets, et j'ai observé le fait chez M""^ V..., M"« A... E... et plusieurs autres, une forme particulière de somnambulisme provoqué. Le sujet s'endort de la façon ordinaire, mais les yeux restent ouverts; sauf cette particularité, ils présentent tous les caractères du sommeil hypnotique tels qu'ils ont été décrits plus haut, et si l'on n'était pas prévenu de la possibilité du fait, on pourrait croire que le sujet n'est pas endormi ; j'ai vu continuer ainsi les passes, les injonctions, la fixation du regard, longtemps après que le sujet était tombé dans le sommeil hypnotique, et cela peut arriver facilement aux hypnotiseurs no-
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L'état décrit par le D' Liébeault sous le nom
tobre.
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de charme^ se rapproche un peu plus du phénomène que nous étudions ici.
« Parmi les sujets que Ton peut endormir, « dit-il (i), on en trouve qui arrivent seulement « dans un engourdissement très curieux et dé- « signé sous le nom de charme ; ceux-ci pensent « encore activement et ont une conscience assez « nette du monde extérieur; mais si on leur « affirme, par exemple, Timpossibilité de parler, <( de faire certains mouvements, voire même de « sentir, ou si on leur suggère l'idée d'actes « absurdes, leur attention déjà sans ressort « s'immobilise complètement sur les idées im- « posées, leur esprit les adopte et l'organisme « obéit; ce sont devrais automates placés sur « la limite de la veille et du sommeil. »
En résumé, il résulte des faits qui viennent d'être exposés qu'on peut déterminer chez certains sujets un état particulier qui n'est ni le sommeil hypnotique ni la veille. Cet état se distingue du sommeil hypnotique par plusieurs caractères : le sujet est parfaitement éveillé, il a les yeux ouverts il est en rapport avec le monde extérieur ; il se rappelle parfaitement tout ce qui
(i) Liébeaull, Sommeil^ p. 32.
I6() SUGGESTIONS A LÏ:TAT Dt VEILLE
se dit ou se fait autour de lui, tout ce qu'il a dit ou fait lui-mcme ; le souvenir n'est perdu que sur un point particulier, la suggestion qui vient de lui être faite; c'est par là et par la docilité aux suggestions que cet état se rapproche du somnambulisme, (^es deux caracières sont du reste les seuls qui le distinguent de Pétat de veille ordinaire. Le nom de condition prime, que M. Liégeois propose de lui attribuer, ne me satisfait pas beaucoup, c;ir il n'indique rien qui rappelle les caractères distinctifs de cet état, et je préférerais le nom de veille soinnainbuliqiie, malgré la contradiction qui existe entre les deux termes (i).
En quoi consiste cet état de veille somnambuliqiie? Comment est-il produit? A quelle modification cérébrale correspond-il ? Autant de questions insolubles pour le moment; la seule chose certaine, c'est qu'il constitue un état à part, qui ne peut être confondu ni avec le sommeil hynoptique ordinaire, ni av-ec l'état de fascination du D'" Brémaud, ni avec le charme du D"" Liébeault, et pas plus avec le sommeil hypnotique incomplet tel qu'il s'observe sur cer-
(i) Les méciecins emploient le terme coma vigil; le jnot somno-vii^il à été aussi employé j~ar quelque magnétiseurs.