ET VEILLE SOMNAMBULIQUE
tains sujets. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il y ait une différence tranchée, radicale, entre la veille somnambulique et le sommeil somnambulique, bien au contraire, et il est probable qu'on trouverait tous les degrés de transition, quoique je ne les aie pas observés : mais ce n'en est pas moins une chose utile que de caractériser et de différencier les deux termes extrêmes de la série.
Ne faisons-nous pas autre chose, dans toutes nos classifications scientifiques, que de négliger volontairement les termes intermédiaires, pour fixer l'esprit sur des catégories bien nettes et bien tranchées qui servent de points de repère et permettent à notre intelligence de se retrouver dans l'infinie multiplicité des faits?
Les hallucinations suggérées représentent un des chapitres les plus intéressants de l'histoire de l'hypnotisme.
Les hallucinations sensorielles ont été le plus étudiées et on en trouvera des exemples nombreux dans tous les auteurs, spécialement pour les hallucinations de Touïe et de la vue. Aussi n'insisterai-je que sur certains points qui ont été laissés de côté par la plupart des expérimentateurs.
Le premier point concerne la fietteté des hallucinations provoquées, spécialement des hallucinations de la vue.
On peut se demander si ces hallucinations ont le caractère et la netteté des sensations produites par des objets extérieurs. Quand je suggère à un hypnotisé la vision d'un chien, par exemple, l'image du chien est-elle aussi nette que la réalité? Je ne connais pas d'expériences faites en vue de résoudre cette question. Pour
HALLUCINATIONS SUGGEREES 169
arriver à un résultat, voici le moyen que j'ai essayé.
Je suggérais à l'hypnotisé qu'il voyait un dessin représentant un objet ou un animal quelconque sur un papier blanc que je lui présentais, et je lui disais de suivre exactement avec un crayon les contours de l'objet que je lui avais suggéré, d'en faire en un mot un véritable calque.
Le moyen me paraissait excellent en théorie, mais en pratique je me suis heurté à certaines difficultés. Si le sujet ne sait pas dessiner du tout, il peut être trop maladroit pour faire même le calque d'un dessin; s'il sait dessiner au contraire, il pourra, et cela de très bonne foi, dessiner l'objet qui lui aura été suggéré, non tel qu'il le voit en réalité, mais tel que son imagination le lui figure, autrement dit rectifier et préciser, grâce à son habitude du dessin, l'image vague que la suggestion lui fait apercevoir.
J'ai fait quatre expériences dans ces conditions et j'en donnerai brièvement les résultats.
La première a été faite sur Élisa F...; c'est une paysanne assez fruste, très maladroite en fait de dessin et c'était probablement la première