I.M.I.UCINKTIONS SUGGÉRÉES
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naturelles; je lui suggérai un chien debout et de profil; cette dernière fois, le résultat fut meilleur et j'obtins un animal un peu lourd de formes, mais pas trop mal exécuté. Mais la question est toujours de savoir si elle a réellement suivi les contours de Timage que je lui avais suggérée ou si, ayant dans l'esprit l'idée d'un chien, elle Ta dessiné simplement tel qu'elle le concevait sans lecalquer fidèlementsurrhallucination suggérée. Il est difficile de résoudre la question d'une façon définitive et il y aurait peut-être lieu de reprendre l'expérience dans difl'érentes conditions.
Mais ce qui me paraît en résulter jusqu'ici, c'est que l'hallucination suggérée n'a pas la réalité et la netteté d'une image objective et que l'imagination du sujet y joue très probablement un grand rôle. Je comparerais l'hallucination visuelle à la vue d'ensemble qu'on a d'une personne ou d'un objet sur lequel on jette un regard en passant, on a l'impression de l'ensemble, mais les détails nous échappent.
Il est possible cependant que, par l'exercice, les hallucmations de la vue acquièrent la précision de la réalité. Dans le rêve, il semble parfois en être ainsi, du moins chez certains indi-
172 HALLUCINATIONS SUGGI^,RÉES
vidus, car ce n'est pas le cas chez moi, et chez les aliénés les hallucinations atteignent sans doute cette même netteté. Chez les somnambules, on pourrait probablement arriver au même résultat en suggérant la même hallucination à plusieurs reprises et en y insistant, mais je ne voudrais pas tenter cette expérience qui, à mon avis, ne serait pas sans danger. II est bien rare en effet qu'une suggestion réussisse pleinement la première fois qu'on l'essaie sur le sujet.
On suggère pendant son sommeil à M. H... qu'à son réveil, il verra un évêque dans l'angle de la pièce. A son réveil, comme il ne regardait pas dans le coin désigné, on lui dit : Regardez donc dans ce coin. Il dirige ses regards de ce côté et ses yeux prennent l'expression qu'on a quand on voit quelque chose sans bien distinguer ce que c'est.
— Que voyez-vous là ?
— Je ne sais pas trop; quelqu'un.
-^ Qui ?
— Je ne sais pas, et il continue à regarder d'un air *dn peu étonné.
— Comment est-il habillé?
— Il a des habits en or.
— Qui est-ce ?
— lia une mitre; ah ! c'est un évêque.
La vision était évidemment peu nette et ne s'est dégagée que peu à peu pour atteindre toute son intensité. C'était la première fois qu'une suggestion de la vue lui était faite.
La netteté paraît beaucoup plus grande pour les hallucinations de l'ouïe.
Dans ces hallucinations qu'il est si facile de produire par l'hypnotisme, les sujets entendent distinctement les paroles et ces paroles ont un sens très précis. On sait combien ces hallucinations sont fréquentes chez les aliénées et avec quel irrésistible automatisme ils accomplissent les actes les plus criminels quand les voix qu'ils entendent les leur commandent.
Les hallucinations peuvent porter aussi sur les sensations internes, la sensibilité musculaire, les besoins.
Rien de plus facile que de suggérer à un sujet toutes sortes de sensations viscérales, de douleurs internes, de lui donner faim ou soif à volonté, de le faire brûler ou grelotter, etc. ; toutes ces expériences sont aujourd'hui bien connues et je ne m'y arrêterai pas.
Mais il est une certaine catégorie de faits qui
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HALLUCINATIONS SUGGÉRÉES ly^
son vêtement d'une autre couleur que celle qu'il a en réalité.
Il faut distinguer à ce point de vue le cas dans lequel on précise, en la suggérant, le temps que doit durer l'hallucination provoquée et celui dans lequel on n'assigne pas de durée précise à la suggestion.
Dans le premier cas, Thallucination dure en général le temps prescrit, du moins si j'en puis juger d'après ce que j'ai observé; il est vrai que je n'ai jamais assigné une bien longue durée pour l'hallucination, craignant qu'il n'y eût à cela quelques dang>::rs.
Quand la durée n'en est pas précisée, l'hallucination dure un temps variable, quelques minutes, quelques heures, quelques jours, sans qu'on puisse toujours en déterminer la cause.
La façon dont disparaît l'hallucination suggérée mérite aussi l'attention ; elle ne disparaît pas en bloc, tout d'un coup, mais elle s'éteint graduellement et quelquefois par fractions pour ainsi dire.
En voici un exemple.
Le samedi 12 juillet, M. Liébeault suggère à M"® A... E... qu'à son réveil elle se verra en robe bleue et qu'elle verra son amie en robe
176 HAI.IJJCINATIONS SVGCp.Ri-.K^
rose (toutes les deux sont en noir) ; la suggestion se réalise et disparaît de la façon suivante. Sa robe lui a paru bleue jusqu'au dimanche soir ; le lundi malin, elle voit encore son amie avec une jupe rose, mais le corsage de la robe est noir ; c'est seulement dans l'après-midi du lundi que l'hallucination disparaît complètement.
Je laisserai de côté les hallucinations rétroactives dont l'importance a été si bien mise en lumière par M. Liégeois et j'arrive à un des points les plus curieux de l'histoire des hallucinations, aux hallucinations négatives.
Je ne discuterai pas ici la valeur du terme et je me contenterai de renvoyer le lecteur à la lettre du D"" Bernheim (i) le mot, du reste, importe peu. On sait ce qu'on entend par hallucination négative. On peut chez un sujet hypno tisable, par suggestion faite soit pendant le sommeil, soit pendant la veille, frapper d'interdit, pour ainsi dire, un objet ou une personne* présente, de telle sorte que cet objet, cette per sonne soient pour lui comme s'ils n'existaien'pas. Il y a dans ces faits quelque chose qui con
(i) Bernheim, Revue scientifique.
fond rimagination plus que dans tous les faits que j'ai étudiés jusqu'ici.
Quand ces hallucinations négatives portent sur des sensations simples, elles sont encore assez facilement explicables. Lorsque je dis à un sujet : Vous ne voyez plus le rouge, on peut supposer qu'une catégorie d'éléments rétiniens (ou d'éléments cérébraux corrélatifs) a été paralysée, de même que lorsque je dis : Vous ne pouvez faire tel mouvement, je paralyse un certain groupe de muscles.
Mais faire disparaître une personne qui se trouve là de façon que le sujet ne puisse ni l'entendre, ni la voir, ni la sentir^ il y a là quelque chose de plus inexplicable que de faire apparaître une personne absente. Dans ce dernier cas, en effet, on comprend encore qu'une idée -dominante puisse acquérir une telle intensité qu'elle se transforme en sensation et détermine •ainsi le phénomène hallucinatoire; mais dans le -premier cas une explication du même genre est plus difficilement acceptable, .r Mais ce qui est plus étrange encore, c'est qu'on peut faire disparaître une personne pai^^ tiellement. Le sujet ne la verra pas, mais il l'entendra; il pourra la voir et l'entendre, mais
Beaunis. 12
il ne sentira pas son contact. On conçoit quelles combinaisons d'expériences, quelles scènes singulières de toute nature on peut imaginer, et il semble qu'on entre là dans le domaine du merveilleux et pourtant ce merveilleux n'est que la réalité la plus exacte et la plus authentique.
Ces expériences, tout le monde peut les répéter pour peu qu'on se mette au courant des procédés d^hypnotisation et qu'on agisse sur des sujets convenables. Je me contenterai de donner comme exemple l'expérience suivante que )'ai faite avec M. Liégeois en présence du D' Liébeault et d'un certain nombre de personnes. Cette expérience, très complexe du reste, mérite aussi l'attention à d'autres points de vue.
M. Liégeois suggère à M"'^ H... A ., pendant le sommeil hypnotique, qu'à son réveil elle ne me verra ni ne m'entendra; mais qu'elle sentira quand je la toucherai et qu'elle restera en rapport avec moi par le contact.
A son réveil, la chose se réalise. Je me place devant elle, elle ne me voit pas; je lui parle, elle ne me répond pas; je lui prends la main, elle en a parfaitement conscience.
Alors j'essaie l'expérience suivante. Je fais des passes devant les yeux de iM"^« H... A... qui
est toujours parfaitement éveillée, cause avec les personnes présentes et voit et entend tout le monde excepté moi. Au bout d'un certain nombre de passes, elle s^endort.
Dans ce sommeil, elle n'est plus en rapport qu'avec moi; elle m'entend, me répond et ne voit et n'entend plus aucune des personnes présentes ; M. Liégeois lui parle, elle ne lui répond pas; il essaie de la réveiller, impossible. Une fois cet état bien constaté, je la réveille.
Elle n'est pas plutôt réveillée qu'elle se retrouve dans le même état où elle était avant que je Teusse endormje, c'est-à-dire qu'elle ne me voit plus, qu'elle ne m'entend plus, et qu'elle n'est plus en rapport avec moi que par le toucher, tandis qu'elle entend et voit toutes les personnes présentes. Il faut que M. Liégeois lui enlève la suggestion négative pour qu'elle m'entende et me voie de nouveau.
Le même jour, je recommence l'expérience avecMi'« A... E...
Je l'endors et lui suggère qu'elle n'entendra ni ne verra M. Liégeois. Bref, l'expérience suivit la même marche et eut absolument le même résultat que la première fois. Le lendemain, les mêmes expériences sont répétées avec la même
iRo HALLUCINATIONS SL'GG^RI^-ES
réussite devant un certain nombre de personnes. Il faut noter que les passes étaient faites à quelques centimètres de la figure du sujet. Je me contente de mentionner cette expérience sur laquelle j'aurai occasion de revenir plus tard.
Dans ces expériences d'hallucinations négatives, on peut toujours, il est vrai, supposer la simulation. Je ne puis ici discuter cette question de la simulation dont j'ai déjà dit quelques mots plus haut. La conviction ne peut se faire que quand on étudie les faits par soi-même et non par ouï-dire; c'est ainsi que la mienne s'est formée et tout ce que je pourrais dire ne modifierait pas évidemment la manière de penser d'un incrédule. Là encore, comme le dit M. Paul Janet, ce sont les circonstances antérieures qui servent de preuves, et ces preuves, il faut les chercher dans les phénomènes physiologiques de l'hypnotisme que je n'ai pas à étudier ici.
Il y a dans ces hallucinations négatives des faits qui paraissent au premier abord bien singuliers et bien difficiles à expliquer et qui, cependant, après réflexion, montrent avec quelle logique les phénomènes se coordonnent dans l'esprit du sujet. En voici un exemple.
Le 22 juillet i885, dans mon laboratoire,
HALLUCINATIONS SUGGÉRÉES l8l
j'endors M"^ L... pour des expériences sur le temps de réaction des sensations tactiles (i); pendant qu'elle est endormie, je lui suggère qu'à son réveil, elle ne verra plus M. X... qui se trouvait avec nous dans le laboratoire. En effet, à son réveil, M. X... a disparu pour elle; elle s'étonne de ne plus le voir et en parle comme s'il était parti (i), M. X... lui adresse la parole, elle ne l'entend pas; mais quand il frappe sur la table, elle entend le bruit et se demande d'où il vient.
(i) Voir l'expérience page io5.
(2) Il y a là un fait auquel il faut faire attention. J'ai vu en effet quelquefois des sujets placés dans cet état d'hallucination négative faire des réflexions assez désagréables sur la personne qu'ils croient absente. — M. X....I II a l'air d'un fou ! » disait M^'* A. .. E. .. dans une occasion analogue. On sait du reste que, quand une personne quitte une réunion, il est bien rare que son départ ne soit pas l'occasion d'une petite conversation, pas toujours bienveillante, sur son compte. *