‹ Le somnambulisme provoquéChapitre 41 sur 47 · VIII. — A propos de la vésication par suggestion · texte numérisé non relu

VIII. — A propos de la vésication par suggestion

A propos du cas de vésication par suggestion que j'ai rapporté (i), M. Ferrari, secrétaire de ia Société de psychologie physiologique, a trouvé, dans un journal de magnétisme de 1840, la relation d'un cas semblable qu'il a bien voulu me communiquer.

Voici le fait :

M. le D"" Louis Préjalmini (dlntra en Piémont) nous communique de nouveaux faits sur la somnambule Jognina Bava, dont il a été question dans notre premier numéro (novembre 1840).

« Ayant jugé convenable, afin de déraciner chez la Bava tout vestige de son ancienne maladie, de lui ordonner l'application d'un vésicaloire, devinez de quoi il fut composé ? Tout

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bonnement du papier sur lequel j'avais écrit l'ordonnance, qui une fois applique produisit TeOet désiré.

« Pendant qu'elle se trouvait en état de somnambulisme, j'avais eu soin de la prévenir de la nécessité de ce remède, et elle y avait consenti ; mais lui ayant dit, une fois réveillée, que je ne lui appliquerais sur la peau que le papier de l'ordonnance, elle répondit qu'il n'opérerait point; toutefois, elle me laissa faire, et je viens de vous apprendre comment cela réussit.

Tout se passa, en effet, comme pour les vésicatoires ordinaires, et même mieux, car la plaie suppura pendant dix ou douze jours. Je jugeai à propos ensuite, pour mieux constater le fait, d'en répéter l'expérience. Cette fois, ce fut le célèbre médecin, M. de Bonis, qui voulut bien non seulement être témoin de la chose, mais fournir lui-même le papier, dont il posa une moitié tout près de l'autre moitié, qui avait été préalablement magnétisée et posée par moi. Le résultat ne se fit pas attendre, les deux morceaux opérèrent également l'un et l'autre. Ayant interrogé la somnambule sur les causes de ce phénomène, elle fit l'émerveillée de ce que nous ne comprenions pas une chose si claire.

« Mais les deux morceaux^ dit-elle, faisaient tout à l'heure partie du mênîe papier (assertion très vraie en effet, puisque le papier avait été coupé en deux par nous au rez-de-chaussée, tandis qu'elle était déjà dans son lit au premier étage). L'intention de M. Préjalmini, continuât-elle, avait été de lui poser un vésicatoire, chose à laquelle elle s'était d'abord refusée, puis y avait enfin consenti. (Remarquez qu'ici la somnambule parle d'elle-même comme si c'étaitd'une autre personne.) Elle ne pouvait comprendre conséquemment pourquoi un vésicatoire coupé en deux ou en quatre dijt opérer seulement par moitié ou par quart, d'autant plus que le morceau entier était passé auparavant par les mains du docteur magnétiseur, etc., etc. »

« Le fait est que les deux plaies suppurèrent beaucoup; nous nous sommes servis depuis du même- papier pour former un pois à cautère. Ce cautère faisant beaucoup souffrir la malade, nous la mîmes de nouveau en état de somnambulisme, et elle nous prescrivit d'appliquer pardessus un morceau d'étoffe en soie. Par ce simple moyen, en effet, les douleurs cessèrent presque entièrement. Il faut néanmoins vous dire qu'avant d'avoir indiqué le remède du mor-

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ccau d'étoile de soie, interrogée plusieurs fois par nous sur la durée de ses souflrances, elle avait répondu qu'elle en souffrirait pendant quatorze ou quinze jours, et elle ne se trompa point dans sa prédiction » [i).

Ceci prouve une fois de plus que les magnétiseurs avaient observé la plupart des laits que nous constatons aujourd'hui scientifiquement, et si quelques uns d'entre eux présentent au public un mélange suspect de vérité et de charlatanisme, il en est dont la bonne foi ne peut être soupçonnée et dont les expériences n'ont que le seul tort, si c'en est un, de se produire sur des planches.

Je termine cette note en mentionnant une expérience nouvelle de M. Focachon.

Après avoir obtenu sur Ehsa... la vésication par suggestion, il se demanda s'il ne pourrait pas faire la contre-partie de l'expérience, c'est-à-dire empêcher une substance vésicante de produire la vésication.

Un morceau de toile vésicante fut partagé en

(i) Journal du magnétisme animal, publié sous la direction de M. J.-J.-A. Ricard, 2* année, 1840.

trois parties ; le premier fragment est appliqué sur Pavant-bras gauche d'Èlisa, le second sur .son avant-bras droit, le troisième sur la poitrine d'un malade qui avait besoin d'un vésicatoire. Une fois les emplâtres posés, M. Focachon déclare au sujet qui avait été mis auparavant en état de somnambulisme, que le vésicatoire de l'avant hrâs gauche ne produira aucun effet. Il était alors dix heures vingt-cinq minutes du matin. Jusqu'à huit heures du soir, Elisa ne resta pas seule un instant.

A huit heures du soir on enleva le pansement après avoir constaté qu'il n'avait pas été dérangé. A Tavant-bras gauche la peau était intacte, à Tavant-bras droit la peau était rouge et la vésication imminente et, en effet, en remettant les deux vésicatoires en place, on constata, au bout de quarante-cinq minutes, deux ampoules sur i'avant-bras droit et rien à l'avant-bras gauche.

Quant au fragment appliqué au malade de l'hôpital, il produisit au bout de huit heures une ampoule magnifique.

La contre-épreuve était faite (i).

(i) On trouvera les dctails de celle expérience dans le Rappel du ^3 juillet ib8b.

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