FR[^:9UENCE DF.S BATTEMENTS DU CŒUR
heure, nous le vîmes avec M. Skrine, son apothicaire! son intelligence nous parut saine et son esprit tranquille... Il nous dit qu'il nous avait fait chercher pour nous faire part d'une sensation toute particulière qu'il avait observée en lui-même depuis quelque temps, savoir que, lorsqu'il faisait un certain effort, il se sentait mourir et rendre l'esprit à volonté, et que par un effort ou de toute autre manière, il revenait à la vie... Il nous parla clairement et avec intelligence, pendant plus d'un quart d'heure, au sujet de ces sensations, et nous força de le laisser se les procurer devant nos yeux.
« Son pouls, examiné par nous trois, était bien sensible, quoique petit et filiforme; son cœur battait comme à l'ordinaire. Il se coucha sur le dos, et resta quelque temps sans mouvements. Tandis que je tenais sa main droite, M. Baynard avait la main sur son cœur et Skrine lui tenait un miroir devant la bouche. Je trouvai que son pouls baissait peu à peu, jusqu'à ce qu'enfin, malgré toute mon attention, je ne sentis plus rien. M. Baynard ne percevait pas le moindre choc du cœur, et M. Skrine De voyait rien sur la glace polie qui indiquât la persistance de la respiration chez le malade. Chacun
de nous répéta chacun de ces modes d'exploration avec beaucoup de soin, et nous ne trouvâmes aucun signe de vie... Cela dura environ une demi-heure, jusqu'à neuf heures du matin.
« Comme nous partions, nous remarquâmes quelques mouvements de son corps, et nous trouvâmes que le pouls et les mouvements du cœur revenaient peu à peu. Il recommença à respirer doucement et à parler à voix basse; nous étions surpris au plus haut degré de ce changement, et après avoir causé quelque temps avec lui, nous partîmes, convaincus de toutes les particularités de ce fait, mais tout à fait troublés et incapables de nous imaginer comment on pouvait Texpliquer.
(( Peu après, il fit venir le notaire, ajouta un codicille à son testament, institua des legs pour ses serviteurs, reçut les sacrements, et mourut tranquillement entre cinq et six heures du soir. »
Le D"* Cheyne raconte simplement ce qui est arrivé, sans faire la moindre supposition sur les causes de l'état où se mit Townshend; chacun peut donc avoir sur ce fait l'idée qui lui plaira ( i ) .
(i) E.-F. Weber, Archives générales de médecine^ i83i.
5^ IRltQUENCE DES BATTEMENTS DU CŒUR
Je ne sais pourquoi E. Wendiing (i), en parlant de ce fait, écrit la phrase suivante : « Un jour il annonce à ses amis qu'il veut se tuer en arrêtant sa respiration, et ce qu'il a annoncé, il le fit ». Je ne trouve rien de semblable dans le texte traduit par Weber.
Il y a plusieurs remarques à faire à propos de ce cas si souvent cité dii colonel Townsend.
En premier lieu, cette faculté d'arrêter les mouvements du cœur n'existait chez lui que depuis quelque temps ^ comme on peut le voir plus haut et paraît rattachée à un état morbide grave constaté par les médecins et vérifié par Tautopsie (lésion profonde du rein droit).
En outre, il est très probable que les battements du cœur continuaient à se faire quo'que très faiblement, car il est évident que la paipation de la région précordiale avec la main et la recherche du pouls sont des moyens de contrôle tout à fait insuffisants. Le pouls radial peut en effet disparaître, comme Ta constaté. J. xMuller, au moment d'une inspiration profonde, tandis
(i) Wendling, Sur l'Influence mécanique de la respiration sur la circulation (Thèse de Strasbourg, 2« série, n« 769, 1864, page 55.
que les battements du cœur persistent, et J. Millier attribue cette disparition du pouls à la compression exercée à ce moment par la première côte sur l'artère sous-clavière.
En outre, le colonel Townshend arrêtait en même temps sa respiration et se mettait dans un véritable état de mort apparente dont il est assez difficile de donner une interprétation satisfaisante,
Frei a eu occasion aussi de constater chez quelques personnes la faculté d^arrêter volontairement leurs pouls (i).
Mais les expériences les plus complètes ont été faites par E.-F. Weber. Ce physiologiste découvrit qu'il pouvait interrompre à volonté, pour un moment, les battements de son cœur et ses pulsations artérielles, en empêchant l'air d'entrer dans sa poitrine qu'il comprimait en même temps; la circulation ne se rétablissait que quand la compression avait cessé.
En étudiant le mécanisme de ce phénomène, Wcber constata que l'arrêt seul de la respiration sans compressio7i du thorax ne détermine aucune variation notable de la fréquence du
(i) Frei, Archives de Mûller, 1845.