RACCOURCISSEMENT ET ALLONGEMENT DES FLAMMES
Devant vous s’étale une flamme admirable par son éclat et sa fixité. Elle sort de l’orifice unique d’un bouton en fer ordinaire. Ce bec qui, pour que sa flamme commence à ronfler, exige une pression considérable, a été choisi dans le but de vous mettre à même de saisir très-distinctement les changements graduels du passage de l’apathie à la sensibilité. La flamme a maintenant 10 centimètres de hauteur, et elle se montre parfaitement indifférente au son. En augmentant la pression, on lui donne une hauteur de 1 5 centimètres ; elle est encore indifférente. Je porte sa hauteur à 20 centimètres, un petit tremblement à peine perceptible répond au son du sifflet. Faisons sa hauteur de 40 centimètres, et la voilà qui saute vivement au moment où le marteau tombe sur l’enclume, ou à l’appel du sifflet. Augmentons encore la pression, la flamme atteint 50 centimètres de hauteur, et ses tremblements intermittents annoncent qu’elle est prêté à ronfler. Un léger surcroît de pression détermine, en effet, son ronflement, et réduit sahauteur à 20 centimètres. Diminuons un peu la pression; la flamme reprend sa longueur de 50 centimètres, et comme précédemment, elle est prête à ronfler et à se raccourcir. Ainsi que les flammes chantantes qui s’élancaient au premier son de la voix, elle se tient sur le bord de l’abîme ; la note sensible l’y précipite. Elle se raccourcit au son du sifflet, exactement comme elle le faisait par un excès de pression. Ceci me rappelle l’histoire des muletiers suisses : on dit qu'ils étouffent le son des clochettes de leurs mules en traversant certains passages, de crainte que le tintement ne détermine la chute des avalanches. Pour que cet. accident survint, il faudrait que les neiges fussent dans un état d’équilibre très-instable. Je pense que cela n’est jamais arrivé ; mais notre flamme met en évidence la vérité du principe. Nous l’amenons à la limite où la chute devient imminente, et les pulsations sonores achèvent de la faire tomber. Telle est la philosophie très-simple de toutes ces flammes sensibles.
LEÇON VI
Lorsque la flamme ronfle, le gaz à F orifice du bec est mis en vibration ; et réciproquement, lorsque le gaz à l’orifice du bec viendra à vibrer, la flamme ronflera, si elle était suffisamment rapprochée de la limite du ronflement. Les vibrations sonores, en agissant sur le gaz dans son passage par l’orifice, deviennent ainsi équivalentes à une augmentation de pression dans le gazomètre. Et voici que se révèle à nous la cause physique du ronflement par excès de pression, phénomène qui, tout commun qu’il soit, reçoit ici pour la première fois, je le crois du moins, une explication satisfaisante. Le gaz subit un frottement au passage de l’orifice , et ce frottement , si la vitesse d’écoulement est assez grande, suffit à imprimer au courant de gaz le mouvement vibratoire qui produit le ronflement. C’est parce que telle est la véritable cause du ronflement, qu’une force presque infiniment petite, agissant sous forme de vibrations de période appropriée, peut produire un effet équivalent à une augmentation considérable de la pression . L’augmentation de pression est, dans le fait, un moyen grossier de produire le ronflement d’une flamme.
Tous les sons n’agissent pas sur la flamme avec la même efficacité. Il faut des ondes de périodes déterminées pour produire le maximum d’effet. Les périodes efficaces sont celles qui sont synchrones des ondes produites par le frottement du gaz lui-même contre les parois de l’orifice du bec. Avec quelques-unes des flammes que vous avez vues, le son d’un sifflet grave était plus efficace que celui d’un sifflet aigu. Avec celle qui est maintenant sous vos yeux, les vibrations actives doivent être très-rapides, et le son par conséquent très-aigu. Yoici un diapason qui vibre 256 fois par seconde, rendant un son clair et retentissant. Il n’a aucune action sur cette flamme. En voici trois autres qui vibrent respectivement 320, 384 et 512 fois par seconde. Aucun d’eux ne produit la moindre impression sur la