FLAMME AUX VOYELLES
Fig. 123,
Le chant d’un moineau perché très-loin suffit à l’abattre ; la note du grillon produirait sans doute le même effet. Placé à 30 mètres de distance, j’ai chuchoté et aussitôt la flamme s’est raccourcie en ronflant.
Je déclame ce passage des fureurs d’Oreste de Racine :
Grâce aux Dieux, mon malheur passe mon espérance.
Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance ;
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir ...
Eh bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
A qui destinez-vous l’appareil qui vous suit ?
Venez-vous m’entraîner dans l’éternelle nuit ?
Venez ; à vos fureurs Oreste s’abandonne.
La flamme fait une sorte de triage des sons émis par la voix ; à quelques-uns elle répond seulement par un signe de tête, à quelques autres par une révérence, à d’autres encore par un salut profond, ét il en est beaucoup pour lesquels elle semble ne pas avoir d’oreilles.
La figure 123 représente une flamme longue, droite et brillante. En chuchotant près d’elle , ou en agitant un trousseau de clefs à quelques mètres d’elle, on la fait s’abaisser aux dimensions de la figure 1 24 ; la partie supérieure a b de la flamme s’évanouit subitement. Sa lumière en même temps est presque éteinte , il n’en reste qu’une trace pâle et qui s’aperçoit à peine. Ces figures sont des photographies de la flamme prises sur nature.
Dans les expériences’ qui nous restent à faire, cette flamme prendra le nom de « flamme aux
Fig. 124.
LEÇON VI
voyelles », parce que les diverses voyelles F affectent différemment. Nous avons appris le mode de formation de ces sons, nous savons qu’ils résultent des combinaisons diverses des sons harmoniques avec le son fondamental., Or, c’est uniquement à ces sons harmoniques que notre flamme se montre sensible et non pas au son fondamental. J’articule d’une voix forte et sonore la diphthongue ou, la flamme ne bouge pas ; je prononce la voyelle o, la flamme tremble ; j’articule É, la flamme est fortement affectée. Je prononce successivement les mots boot (boute, botte), boat (bote, bateau), beat (bit, battement); le premier reste sans réponse; la flamme s’ébranle au second ; mais le troisième produit sur elle une commotion violente . Le son ah ! est encore beaucoup plus puissant. Si nous ne connaissions pas la composition des sons des voyelles, leur mode d’action serait une énigme indéchiffrable. Telle qu’elle est en elle-même, la flamme est très-apte à révéler la théorie des sons voyelles. Elle est surtout sensible aux sons les plus élevés, et nous en concluons que le son ah ! contient des notes plus aiguës que celles du son é ; que parmi les composantes de é il en est de plus aiguës que celles de o, qu’il en est de même de ou par rapport à o, etc. Je n’ai pas besoin d’ajouter que ces conclusions sont parfaitement d’accord avec l’analyse des voyelles parM. Helmholtz.
Cette flamme est particulièrement sensible à l’articulation de la consonne sifflante s. Que dans cet auditoire la personne la plus éloignée me fasse le plaisir de siffler, ou de prononcer Hiss , ou répéter le vers Pour qui sont ces serpents..., la flamme lui fera sur-le-champ un accueil sympathique. Le sifflement comprend les éléments les plus aptes à agir énergiquement sur elle. Le gaz sort du bec avec une sorte de sifflement, et voilà pourquoi tout son étranger ayant le même caractère devient excessivement efficace. Yoici une boite en