CONSTITUTION DES VEINES FLUIDES
Fig. 128.
certaine apparence de continuité. Cependant, lorsqu’on passe rapidement le doigt à travers la veine , il arrive quelquefois qu’il n’est pas mouillé ; il n en serait pas ainsi, évidemment, si elle était réellement continue.
En outre, la portion supérieure de la veine intercepte la vision, ce que ne fait pas la partie inférieure, même quand le liquide est du mercure. En réalité la veine, à partir du point n , se résout en sphérules liquides, et sa continuité apparente est l’effet de la persistance des impressions produites sur la rétine par les gouttes d’eau qui tombent. Pourvu que les gouttes se succèdent l’une à l’autre à des intervalles d’un dixième ou de moins d’un dixième de seconde, l’impression produite par une goutte d’eau est renouvelée, avant d’avoir cessé, par la goutte qui la suit, et il devient impossible d’observer aucune solution de continuité. Si, pendant qu’on regarde la partie trouble de la veine, on baisse subitement la tête, cette portion de la colonne descendante se montre un instant sous sa forme réelle de gouttes séparées. Le moyen le plus simple de résoudre la veine dans ses globules constituants est peut-être celui que j’ai adopté depuis longtemps : l’éclairage
de la veine au sein d une chambre obscure, par une succession d’étincelles ou d’éclairs électriques. Chaque éclair lumineux fait voir les gouttes d’eau comme si elles étaient immobiles dans l’air.
Si on pouvait rendre permanent l’aspect de la veine illuminée par un seul éclair de lumière électrique, elle serait représentée par la figure 1 27 . Et cette figure nous révèle en même temps la cause des renflements et des contractions que l’on observe dans la portion trouble de la veine. Les gouttes en tombant changent continuellement de forme. A l’instant où elle se détache de la portion limpide, la goutte a la forme d’un sphéroïde allongé dans la direction verticale. Mais un liquide ne peut conserver cette forme elliptique lorsqu’il est abandonné aux attractions de ses propres molécules. Le sphéroïde allongé tend à devenir une sphère. Par conséquent, son plus long diamètre se raccourcit; mais, ainsi qu’un pendule qui tend à revenir à sa position de repos, la contraction du diamètre vertical va trop loin, et la goutte devient un sphéroïde allongé dans le sens horizontal, aplati dans le sens vertical. Or, les contractions du jet ont lieu au point où la goutte est allongée verticalement, et les renflements aux points où elle est allongée horizontalement. On remarque encore que deux grandes gouttes consécutives sont séparées par une troisième plus petite. Chaque fois qu’une grande goutte se détache par une sorte de coup ou d’impulsion de la part de la veine en retraite, elle est suivie d’un petit satellite. Savart veut que ces formes de la veine soient absolument invariables.
Cette propriété des veines liquides de se diviser en gouttes a suscité de nombreuses discussions. Ont-elles pour cause le frottement contre les bords de l’orifice ? Savart faisait partir les pulsations de l’orifice sans les attribuer au frottement. M. Plateau rattache ces apparences à ses belles expériences