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EFFET D’UNE ATMOSPHÈRE NON HOMOGÈNE

que ce bruit est beaucoup plus fort la nuit que le jour. Cette différence ne peut s’expliquer par la tranquillité de la nuit, car le bourdonnement des insectes et les rugissements des bêtes fauves dans cette contrée rendent la nuit beaucoup plus bruyante que le jour. Humboldt en donne l’explication suivante. Entre la chute d’eau et le point qu’il occupait, s’étend une plaine dont la surface verdoyante est parsemée d’une multitude de roches nues : or, ces roches prennent, sous l’action du soleil, une température notablement plus élevée que celle de l’herbe qui les environne, et, par conséquent, audessus de chacune d’elles, s’élève une colonne d’air chaud moins dense. Il en résulte que, pendant le jour, le son de la chute doit traverser une atmosphère dont la densité change souvent, et, parce que chacune des surfaces qui limitent ces masses d’air, tantôt raréfié, tantôt plus dense, fait naître un écho, le son, dans son parcours, est nécessairement affaibli. La nuit, ces différences de température n’existent plus, et, propagé à travers une atmosphère homogène, le son arrive à l’oreille sans avoir été affaibli par la réflexion. L’optique nous offre un cas analogue : la lumière subit une réflexion à la surface de séparation de deux milieux de densité différente, de sorte qu’une succession de plusieurs milieux, tous transparents, peut devenir impénétrable à la lumière par les réflexions répétées qu’elle lui fait subir. C’est ainsi qu’on peut réaliser un mélange d’air et d’écume d’eau qui, sous une épaisseur modérée, ne peut plus être traversé par la lumière, à cause des réflexions nombreuses qu’elle subit. C’est encore par la même raison que toutes les substances transparentes et incolores deviennent blanches et opaques quand elles sont réduites en poudre.

Les éclats de tonnerre les plus violents ne s’étendent pas à de très-grandes distances, par suite du défaut d’homogénéité de l’atmosphère dans les temps d’orages. On a vu de

LEÇON I

grandes batailles livrées et perdues par une armée, parce que ses réserves, placées à une assez petite distance, attendaient le bruit du canon pour aller prendre part à l’action, et l’attendaient vainement. On a souvent considéré la neige, quand elle tombe épaisse, comme un grand obstacle à la propagation du son ; il me semble que cet effet a été exagéré, et que le son poursuit sa route sans trop de peine à travers les flocons de neige. Le 29 décembre 1859, je traversais la mer de glace de Chamouny, à une hauteur d’environ 2 100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le glacier, sur ce point, était large de 800 mètres, et lorsque je me disposais à partir, la neige commença à tomber avec abondance ; jamais en Angleterre je ne l’avais vue si condensée. Cependant, même au plus fort de la tempête, je pouvais voir le glacier dans toute sa largeur et faire entendre ma voix à la rive opposée. De mon côté, j’entendis fort distinctement des hommes s’écrier : Nous sommes perdus , alors que j’étais séparé d’eux par huit cents mètres de flocons de neige.

Sir John Herschel, dans son excellent article sur le son, de Y Encyclopédie métropolitaine , a recueilli entre autres ces exemples d’échos : — Dans Woodstock-Park, un écho répète dix-sept fois les syllabes pendant le jour et vingt fois pendant la nuit ; un autre les répète quinze fois sur les bords du lac de Lupo, au-dessus de la chute de Terni. Le tic-tac d’une montre se fait entendre d’une extrémité à l’autre de l’église abbatiale de Saint- Albans. Dans la cathédrale de Glocester, une galerie de forme octogonale transmet un murmure, à travers la nef, sur un parcours de 25 mètres. La galerie acoustique de Saint-Paul transmet pareillement le son le plus faible d’un angle du dôme à l’autre, sans qu’il puisse être entendu en aucun point intermédiaire. Dans le château de Carisbrook, ile de Wight, on voit un puits profond de 70 mètres et large de 4; le revêtement de maçonnerie qui

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