VIBRATIONS SYMPATHIQUES
mises à travers l’air et le bois du premier diapason au second, et le diapason non touché est le seul actuellement que nous entendions. J’attache un morceau de cire à l’un des diapasons, et je le fais vibrer de nouveau ; la faculté qu’il avait d’influencer le second a disparu ; le changement de vitesse de vibration, quelque faible qu’il soit, a détruit la sympathie qui existait entre eux, et ils ne peuvent plus se répondre. J’enlève la cire, et Fe diapason non touché répond comme auparavant. Cette transmission de vibrations à travers l’air et le bois est encore possible lorsque les diapasons, montés sur leurs caisses, sont séparés par une distance d’un mètre et plus. Elle peut d’ailleurs se faire à travers l’air seul. Mettons au repos un des diapasons et faisons vibrer l’autre énergiquement. Prenant en main la caisse de celui qui vibre, amenons une de ses branches tout près de celui qui ne vibre pas, de telle sorte que les branches soient dos à dos mais en laissant entre elles une couche d’air. Quelque peu dense que soit le milieu servant de véhicule au son, l’accumulation des pulsations, assurée par l’unisson parfait des deux diapasons, met l’un en état de faire vibrer l’autre. Eteignons subitement le son du diapason excité, et le second, silencieux il n’y a qu’un instant, continuera à faire entendre les vibrations qu’il a reçues de son voisin . Séparons l’un des diapasons de sa caisse résonnante ; par un choc contre un corps résistant, faisons-lui produire des vibrations énergiques; tenu alors dans l’air libre, il rend un son imperceptible. Mais approchons-le très-près du diapason silencieux dressé sur sa caisse. Du sein du silence sort peu à peu un son plein et moelleux, émis non parle diapason qu’on a primitivement excité, mais par son sympathique voisin.
Divers autres exemples de l’influence du synchronisme, mis successivement en évidence dans le cours de ces conférences, reviennent sans doute d’eux-mêmes à vos esprits ; et
LEÇON VIII
il serait facile de les multiplier en quelque sorte indéfiniment. Si, par exemple, deux horloges animées par des pendules de mêmes périodes de vibration sont installées contre une même paroi, et que l’un des pendules oscille seul, l’autre restant en repos, les oscillations du pendule en mouvement, transmises à travers la paroi, feront sortir le voisin de son repos. Sous l’action d’une seule impulsion, ce pendule parcourt un arc extrêmement petit ; mais il revient à son point de départ juste à temps pour recevoir une impulsion nouvelle. Par la continuation de cette transmission, les impulsions s’ajoutent les unes aux autres, et les oscillations sont assez énergiques pour mettre la seconde horloge en mouvement. C’est de même, par des impulsions parfaitement rhythmées, qu’une voix humaine rendant la note convenable peut faire résonner un verre au point de le briser, et que le son d’un tuyau d’orgue peut faire voler en éclats une vitre de dimension et de tension déterminées.
Il était nécessaire d’insister sur ce point pour mieux faire comprendre la manière dont le mouvement sonore se communique au nerf auditif. Ce nerf, suivant toute probabilité, est mis en mouvement par des corps qui lui sont associés, et qui sont aptes à vibrer sympathiquement à l’unisson des différentes ondes sonores. Dans l’organe de l’ouïe, chez l’homme, nous trouvons d’abord et avant tout l’orifice extérieur de l’oreille fermée au fond par la membrane circulaire du tympan. Derrière cette membrane se trouve la cavité appelée le tambour, et séparée de l’espace situé au-delà, du côté du cerveau, par une cloison osseuse percée de deux orifices, l’un rond et l’autre ovale. Ces orifices sont aussi fermés par des membranes minces. En travers du tambour s’étend une série de quatre osselets : le premier, nommé le marteau , est attaché à la membrane du tympan ; le second, appelé Y enclume, est lié par une articulation avec le marteau ; un troisième petit os, tout rond, rattache l’enclume à Y étrier, dont la base