SONS MUSICAUX PRODUITS PAR DES SOUFFLES
nales planes, de formes différentes et très-bien décapées; chauffons-la et faisons-la porter sur le bloc de plomb par une de ses faces, nous entendons un bruit ; appliquons-la par une autre face, le bruit fait place à une belle note musicale : car, par cela même que les deux faces ont reçu de la lime des formes différentes, les vibrations se succèdent à des intervalles inégaux 1 .
M. le docteur Robison produisit le premier un son musical par la succession rapide des pulsations de l’air. Il imagina la première forme d’un instrument avec lequel nous nous familiariserons bientôt sous le nom de sirène. Voici comment il décrit son expérience : « Je fis construire une soupape qui pût ouvrir ou fermer un tuyau 720 fois dans une seconde. Cette soupape était adaptée à un tuyau allant du soufflet au réservoir d’air ou sommier d’un orgue; on faisait écouler doucement l’air dans le tuyau en ouvrant la soupape, et, quand la soupape s’ouvrait et se fermait 720 fois par seconde, il se produisait un son agréable : c’était le son de sol à l’octave ; il avait la douceur d’une voix de femme. Lorsque le nombre des ouvertures et fermetures n’était plus que de 360 par seconde, le son toujours clair prenait quelque chose de la sévérité d’une voix d’homme.
1 Lorsqu’une marée houleuse roule sur un fond caillouteux, comme à Blackgand en Chine, ou à Freshwater Gate dans l’île de Wight, les cailloux arrondis sont emportés sur la pente par l’impétuosité de l’eau, et, lorsque la vague se retire, ils sont ramenés à la mer. Il en résulte une série de collisions innombrables, d’intensité et de période irrégulières. L’union de ces chocs fait sur l’oreille l’effet d’une sorte de cri, auquel Tennyson fait allusion dans son Maud.
Voici le cri d’une plage rendue folle et , draguée par la vague :
« Now to the scream of a maddened beach dragged down by the wave. » L’élévation de la note dépend en quelque mesure des dimensions des cailloux, et varie d’une sorte de mugissement, lorsque les. cailloux sont très-gros, à un cri ; du cri au bruit du lard frit dans la poêle, et de ce bruit enfin, lorsque les cailloux très-petits ne sont guère plus que des graviers, à un simple sifflement. Le bruit produit par les brisements de la vague est dû principalement à l’explosion des grosses bulles d’air comprimé qu’elle contient.
LEÇON II
Dans une autre expérience , la soupape fut modifiée de manière à ne jamais fermer entièrement l’ouverture, à la laisser ouverte sur le tiers au moins de sa surface. Or, quand la soupape s’ouvrait et se fermait ainsi 720 fois par seconde, le son rendu avait une douceur ravissante; quand elle n’ouvrait et ne fermait que 360 fois, on retrouvait la voix d’homme, mais avec un moelleux extraordinaire. » (Robison.)
La difficulté d’obtenir une vitesse suffisante avec le mécanisme que nous venons de décrire, a fait imaginer un autre mode d’expérimentation mieux combiné. Voici (fig. 13) un
Fig. 13.
disque B de carton percé de trous uniformément distribués près des bords de sa circonférence. Renforcé par une plaque de ferblanc et fixé à la surface d’un plateau animé d’un mouvement rapide de rotation, il peut faire un grand nombre de tours sûr lui-même. Lorsqu’il tourne ainsi, les trous disparaissent individuellement et s’unissent pour donner la sensation d’un cercle continu. Au-dessus et tout près du disque, nous remarquons un tube de verre m communiquant avec une soufflerie acoustique. Le disque est maintenant au repos, et l’extrémité inférieure du tube de verre est immédiatement au-dessus de l’un des trous du disque. Si la soufflerie soufflait, le vent passerait par le trou du disque ouvert audessous de lui ; mais, si le disque tourne d’une très-petite quantité, une portion imperforée du disque viendra se placer