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LIMITES DE SENSIBILITÉ DE L’OREILLE HUMAINE

Les limites de là perception des sons varient chez les divers individus. Le docteur Wollaston, à qui nous devons la première démonstration de ce fait, remarqua, un jour qu’il essayait de déterminer la hauteur de sons très-aigus, que l’oreille d’un de ses amis présent à l’expérience était complètement insensible au son d’un très-petit tuyau d’orgue dont l’acuité était loin des limites ordinaires de la perception de l’oreille humaine. Pour cet ami, le sens de l’ouïe s’arrêtait à une note plus élevée de 4 octaves que le E, mi moyen du piano. Certaines personnes n’entendent pas le cri de la chauve-souris, le chant du grillon, ni même le piaillement aigu du moineau, quoique leur oreille soit très-sensible à la perception des sons graves.

Il suffit quelquefois de monter d’un seul ton pour faire succéder le silence au bruit. La soudaineté de transition, disait Wollaston, d’une audition parfaite à l’absence complète de sensation, cause un degré de surprise qui rend très-amusantes les expériences sur une série de petits tuyaux faites en présence de plusieurs personnes. Il est curieux d’examiner les impressions manifestées successivement par les divers individus, à mesure que le son s’approche des limites de leur perception ou la dépasse. Ceux qui se réjouissent^du triomphe momentané qu’ils ont emporté sont bientôt forcés de reconnaître à quelle petite distance s’étend leur supériorité. Rien n’est plus surprenant, écrit sir John Herschel, que d’avoir à constater que, de deux personnes qui ne sont sourdes ni l’une ni l’autre, l’une se plaint de l’éclat trop pénétrant du son émis, tandis que l’autre déclare ne rien entendre du tout. Ainsi, tandis qu’une des personnes citées par Wollaston pouvait juste entendre la note à la quatrième octave du mi moyen du piano, d’autres avaient la perception distincte d’une note plus élevée encore de deux octaves. Le piaillement du moineau touche à la

LEÇON II

première limite; le cri de la chauve-souris est plus élevé d’un octave ; celui de quelques insectes atteint probablement l’octave de cette octave. Dans mon ouvrage sur les glaciers des Alpes, j’ai rapporté un cas de portée très-faible de l’oreille, dont j’ai été témoin quand je traversais la montagne, près de Wengern, en compagnie d’un ami. L’herbe des deux côtés grouillait d’insectes, qui, pour moi, remplissaient l’air de leurs cris perçants. Mon ami, lui, n’entendait rien, la musique des insectes était bien au delà des limites de son ouïe.

Derrière la membrane du tympan, il existe une cavité remplie en partie par une chaîne d’osselets qui la traversent, en partie par de l’air : cette cavité communique avec la bouche par un conduit nommé la trompe d’Eustache. Ce conduit est en général fermé, et par suite l’air de la cavité situé au delà de la membrane ne communique *pas avec l’air extérieur. Dans ces conditions, si l’air extérieur devient plus dense que celui de la cavité, il presse la membrane du tympan de dehors en dedans. Si, au contraire, l’air extérieur est plus rare, en même temps que la trompe d’Eustaclie est fermée, la membrane est pressée de dedans en dehors. Dans les deux cas on éprouve une douleur et l’on est à demi sourd. Un jour que je franchissais avec un ami le passage du Stelvio , je l’entendis se plaindre d’une vive douleur dans l’oreille ; je lui conseillai d’avaler sa salive, il le fit et la douleur disparut. Dans l’acte de la déglutition, la trompe d’Eustache s’était ouverte, et l’équilibre entre les pressions extérieure et intérieure se trouvait rétabli.

Nous pouvons suspendre en nous la faculté de percevoir les sons graves, en fermant le nez et la bouche, et dilatant la poitrine comme dans l’acte de l’inspiration. Cet effort fait un vide partiel dans l’espace situé au delà du tympan, et, par suite, l’air extérieur exerce sur cette membrane

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