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SURDITÉ ARTIFICIELLE

une pression de dehors en dedans. Nous pouvons encore produire cette impossibilité de percevoir les sons graves, en fermant le nez et la bouche, et faisant un très-grand effort d’expiration. En opérant ainsi, nous forçons l’air à pénétrer par la trompe d’Eustache dans le tambour de l’oreille, et la membrane est tendue de dedans en dehors par la pression de l’air intérieur. Si l’on fait cette expérience dans un wagon de chemin de fer, le roulement sourd du convoi cesse de se faire entendre ou est grandement affaibli; tandis que les sons plus aigus conservent toute leur intensité. Le docteur Wollaston était particulièrement habile à fermer la trompe d’Eustache , en laissant l’espace situé au delà du tympan rempli d’air comprimé ou raréfié. Il savait ainsi se rendre sourd à volonté pendant un temps indéfini, sans autre effort de sa part que d’empêcher l’acte de l’inglutition. Une commotion violente peut produire subitement la surdité, en forçant l’air d’entrer dans le tambour ou en l’en faisant sortir. Dans l’été de 1 858, lorsque j’explorais les Alpes suisses, je sautai du sommet d’un rocher escarpé, sur ce que je croyais être un amas profond de neige, et je tombai violemment sur un autre rocher à peine recouvert de neige. Aussitôt le sifflement du vent, le murmure du torfent du glacier, tous les autres bruits qu’un beau jour de soleil éveille sur les montagnes cessèrent pour moi. J’entendais à peine la voix de mes guides. Cette surdité dura une demi-heure; ce temps écoulé, je parvins enfin par une manœuvre convenable à rouvrir la trompe d’Eustache, et je fis ainsi renaître comme par un coup de baguette magique les innombrables murmures qui remplissaient l’air tout autour de moi.

La lumière, ainsi que le son, a pour cause des pulsations ou des ondes ; et les lumières de couleurs diverses, comme les sons de tons différents, naissent de périodes

LEÇON II

de vibrations différentes. Mais au point de vue de l’étendue de la perception, l’oreille l’emporte de beaucoup sur l’œil ; car, tandis que la sensibilité de l’oreille s’étend à plus de 11 octaves, celle de l’œil dépasse à peine une octave. Les vibrations lumineuses les plus rapides parmi celles qui impressionnent l’œil, en tant que lumière, ont à peine une vitesse double de celle des vibrations lumineuses les plus lentes ; au contraire, les vibrations les plus rapides sensibles à l’oreille ont plus de deux mille fois la vitesse des vibrations les plus lentes1.

Revenons à la sirène double de M. Helmholtz. Il a voulu qu’on pût faire tourner non-seulement le disque de la sirène supérieure, mais encore le cylindre a au-dessus de ce disque. On y parvient par la combinaison d’une roue dentée et d’un pignon, mus par une manivelle E.

Considérons d’abord la sirène supérieure. On relie par un tuyau en caoutchouc l’orifice A avec la soufflerie, et l’on fait entrer l’air dans le cylindre a . Son disque mobile tourne, et bientôt le ton du son est devenu uniforme. Agissons sur la manivelle de manière à amener les orifices du cylindre a à coïncider avec ceux du disque. Il est évident que par cette disposition les deux séries d’ouvertures passeront plus rapidement l’une devant l’autre que lorsque le cylindre restait immobile. Nous constatons en effet que le ton s’élève aussitôt que l’on tourne la manivelle* Si nous faisons tourner la manivelle en sens contraire, nous ferons que les ouvertures passent plus lentement l’une au-dessus de l’autre, et nous constaterons que le ton du son s’abaisse aussitôt. En imprimant ainsi à la manivelle des mouvements alternatifs de gauche à droite et de droite à gauche, on fait

1 II est à peine nécessaire de noter que les vibrations les plus rapides correspondent à la couleur violette, et Its plus lentes à la couleur rouge ; ces couleurs forment les deux extrêmes du spectre.

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