‹ Le sonChapitre 44 sur 143 · SONS MUSICAUX A TRAVERS LES LIQUIDES · texte numérisé non relu

SONS MUSICAUX A TRAVERS LES LIQUIDES

C’est par un milieu semblable que les vibrations sont transmises au nerf auditif dont les filaments terminaux flottent au sein d’un liquide. En substituant le mercure à l’eau, on obtiendrait le même résultat.

La sirène doit son nom à la propriété qu’elle possède de chanter sous l’eau. Voici un grand vase à moitié rempii a- eau dans laquelle une sirène est complètement immergée. En tournant ce robinet, je fais arriver dans l’instrument un courant d’eau fourni par le conduit d’alimentation de cet édifice ; son disque s’anime d’un mouvement de rotation, et un son musical dont le ton monte très vite sort du sein de l’eau. Le ton s’élève ainsi rapidement, parce que l’eau pesante et fortement pressée communique au disque sa vitesse maximum de rotation. Je ferme en partie le robinet, l’eau arrive moins abondante et le ton baisse. En ouvrant et fermant ainsi alternativement le robinet, on fait monter et baisser le chant de la sirène, qui prend alors un caractère de sauvage mélancolie. Vous n’accorderiez pas à cette musique si triste la faculté de fasciner assez les navigateurs pour les entraîner vers l’abîme.

La transmission du son par les corps solides trouve de même sa démonstration dans des expériences faciles et intéressantes. Voici une baguette en bois, longue d’une dizaine de mètres : partant de cette table, elle traverse le plafond, et va aboutir à une terrasse en plein air. Son extrémité inférieure est engagée dans une pièce plate en bois posée sur la table, et elle se prêtera, je l’espère, à transmettre à cette sorte de table d’harmonie le son rendu par un corps vibrant mis en contact avec son extrémité supérieure. Mon préparateur est sur la terrasse, tenant à la main un diapason ; il frappe contre un corps solide le diapason, qui entre en vibration, mais nous n’entendons rien. Il applique le pied du diapason sur l’extrémité de la trin-

$6 LEÇON II

gle et aussitôt la table d’harmonie rend un son musical très distinct. Le ton de ce son est d’ailleurs exactement le ton du diapason, le bois par rapport au diapason est purement passif. Il transmet sans altération aucune les vibrations qu’il a reçues. Quand on substitue un second diapason au premier, on entend un son de ton différent. Appliquons cinquante diapasons au lieu de deux, faisons la tringle longue de 100 mètres au lieu de 10 mètres, le bois transmettra toujours fidèlement les vibrations qu’il aura reçues, et pas d’autres.

Nous sommes actuellement en mesure d’apprécier une belle expérience due à M. le professeur Wheatstone, et que je suis heureux de pouvoir exécuter devant vous. Dans une salle située au rez-de-chaussée, et dont nous sommes séparés par deux étages, se trouve un piano. A travers les deux plafonds passe un tube de fer-blanc de 6 à 7 centimetres de diamètre, traversé suivant son axe par une longue baguette de sapin, dont une extrémité sort du plancher en avant de cette table. La baguette est entourée d’une bande de caoutchouc de manière à remplir entièrement le tube de fer-blanc; l’extrémité inférieure de la baguette repose sur la table d’harmonie du piano. Un artiste joue actuellement un morceau de musique, mais vous n’entendez aucun son. Je pose ce violon sur l’extrémité de la baguette, et voici que le violon rend à son tour l’air joué par l’artiste, non par les vibrations de ses cordes, mais parles vibrations du piano. J’enlève le violon, la musique cesse ; je mets à sa place une guitare, et la musique recommence. Au violon et à la guitare, je substitue une table de bois, elle rend à son tour tous les sons du piano. Voici enfin une harpe, j’appuie sa table d’harmonie contre l’extrémité de la baguette, et vous entendez encore chacune des notes du piano. Je soulève assez la harpe pour qu’elle ne soit plus en communication avec le piano,

Page 1