‹ Le sonChapitre 51 sur 143 · VIBRATIONS DES CORDES EXCITÉES PAR DES DIAPASONS · texte numérisé non relu

VIBRATIONS DES CORDES EXCITÉES PAR DES DIAPASONS

en place. De cette manière, nous répétons avec la corde sonore la série d’expériences que nous avions déjà faites avec le tube tendu de caoutchouc.

Pour rendre cette identité plus évidente encore, tendons en avant d’une table, à travers la salle, une très-longue corde d’acier, de 9 mètres environ ; saisissons le milieu de la corde entre le pouce et l’index, en même temps qu’un aide, pinçant une de ses moitiés, l’écarte pour la lâcher subitement ; elle oscille, et ses vibrations, transmises à l’autre moitié, sont assez fortes pour faire sauter en l’air une large feuille de papier, à cheval sur cette moitié.

Avec cette longue corde et des cavaliers, non plus de quelques millimètres carrés , mais de plusieurs décimètres carrés de surface, nous pouvons répéter toutes les expériences faites sur des cordes musicales. Les bandes de papier, mises à cheval sur les nœuds, restent toujours en place, tandis que celles installées sur les ventres sont lancées simultanément en l’air, dès que l’on fait vibrer le plus court segment. Dans ce cas, pour l’œil placé assez près, les oscillations du fil deviennent visibles.

Je ne puis manquer de vous intéresser vivement, en vous rendant témoin de quelques expériences faites plus récemment avec les cordes vibrantes, et qui surpassent en beauté, en délicatesse, tout ce qu’on peut obtenir du sonomètre. Nous devons à M. Melde, de Marburg, cette nouvelle et charmante manière de mettre en évidence les vibrations des cordes. J’exécuterai les expériences sur l’échelle et avec les modifications qui conviennent aux circonstances où nous sommes placés, et qui les fassent mieux saisir d’un vaste auditoire.

Remarquons d’abord ce grand diapason T [fig. 38) armé, au sommet de l’une de ses branches, d’une petite vis qui sert de point d’attache à un fil ou cordonnet de soie. Parti de l’extrémité du diapason, ce fil va aboutir à une cheville P,

'HO LEÇON III

autour de laquelle il s’enroule, de sorte qu’en tournant la cheville on puisse lui donner la tension voulue. On attaque

Fig. 38.

le diapason avec l’arcliet ; il n’en résulte pour le fil qu’un frémissement irrégulier. Mais tendons-le de plus en plus, jusqu’à ce qu’ enfin il s’épanouisse en un magnifique fuseau gazé, de plus de 15 centimètres dans sa plus grande largeur, et remarquable par son lustre perlé. La tension est alors telle que le fil est animé sur toute sa longueur d’un mouvement de va-et-vient, dont les oscillations se font dans un plan vertical.

Relâchons maintenant le fil, et dès que nous serons revenus à la tension convenable, il se divisera soudainement en deux segments ou ventres, séparés par un nœud très-nettement défini, et qui en apparence est complètement immobile.

Le diapason continuant toujours à vibrer, le fil, de plus en plus lâche ou détendu , se divise successivement en quatre, cinq, dix, vingt portions vibrantes, séparées l’une de l’autre par un nombre approprié de nœuds.

Lorsqu’on fait vibrer ainsi des cordons de soie blanche, leur beauté est extrême. Les nœuds apparaissent comme des points absolument fixes, tandis que les ventres s’étalent en fuseaux si délicats qu’on les dirait formés d’une gaze opalescente. En outre, chaque inégalité de surface de la soie tordue écrit son mouvement en traits plus ou moins lumineux sur la

Page 1