‹ Le Songe d'une nuit d'été, opéra-comique en trois actesChapitre 31 sur 83 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ELISABETH

?u te nommes William Shakspeare... ta ville natale est Strafford, dans le comté de Warwick.

SHAKSPEARE

Oui, et je me rappelle avoir, dans ma première enfance, gardé les troupeaux dans de vastes solitudes, sur le penchant des montagnes, au milieu des silencieuses majestés delà nature, seul, la nuit, sous les étoiles du ciel!...

Extases! visions où mon âme s'oublie !..„ Fan tô oies adorés que rêva mon génie,

Que mon cœur anima !...

Desdémone, Cordelia, Juliette, Ophélie !...

Ce fut là le temps le plus rêveur, le plus fécond peutêtre, et le plus heureux de ma vie !

ELISABETH

Plus tard... à dix-huit ans... tu t'es marié avec une femme qui en avait vingt-six.

SHAKSPEARE, soupirant.

Oh ! ce détail-là, je ne l'oublierai jamais!

ELISABETH

Deux ans après, tu perdis ta femme.

SHAKSPEARE

Les dieux nous font un devoir de nous souvenir de feurs bienfaits! (souriant.) Je n'oublierai jamais cela non plus.

ÉLISABETn.

Dès lors tu menas une vie vagabonde...

SHAKSPEARE

C'est vrai !

ELISABETH

Pauvre et malade, tu te rendis à Londres, où tu devins souffleur, puis acteur, puis auteur.

SHAKSPEARE, étonné.

Qui es-tu donc, pour connaître ainsi mon passé?

Veux-tu qu'en deux mots je te dise ton présent?

SHAKSPEARE

Voyons.

Il s'est approché d'un bahut et se verse à boire. ELISABETH.

William Shakspcare, à mesure que ta répulation grandit, ton caractère s'abaisse, et lu dégrades chaque joui le génie que Dieu t'a donné.

SHAKSPEARE, buvant.

C'est qu'à peine au commencement de ma carrière j'ai besoin d'oublier, de me distraire des tristes réalités Je la vie !

ELISABETH

tët n'as-lu pas la gloire? Ne pourrais-tu pas avoir un «uir amour dans le cœur?

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