ACTE PREMIER
Donne-moi, douce ivresse, Des rêves de bonheur !
ELISABETH
William ! De grâce !
SHAKSPEARE
Oh ! tiens! il en est temps encore... car, en dépit de moi, et à travers ce masque, les rapides éclairs de ton regard m'éblouissent et me troublent... Je t'en supplie, que ce masque tombe, et que le charme de tes yeux dispute et dérobe à une brutale ivresse les restes d'une
raison qui S'évanouît... (Regardant fixement Elisabeth qui hésite.) Eh bien?... (Elisabeth fait un geste de refus.) Non?
Allons, buvons sans cesse!
Qu'une profonde ivresse Règne, au lieu de maîtresse, Sur mes jours et mes nuits !
Buvons, buvons !... 0 douce ivresse, Donne à mon cœur Des rêves de bonheur l
Allons,
Buvons !
Ah!...
To;it en buvant, il chancelle ei tombe sur un banc.
ELISABETH, ôtant son masque et regardant Shakspeare avec douleur.
Le voilà ce génie, Cet esprit créateur, S'éteignant dans l'orgie î Quel tableau pour mon cœur !
SHAKSPEARE, ivre.
La raison ne me laisse...
Que chagrins... et tristesse.».
Donne-moi, douce ivresse...
Des rêves de bonheur...
ELISABETH
Le voir ainsi ' mon âme en est brisée !...
Ce poète aux élans si beaux !
Mais il va servir de risée
Aux plus grossiers des matelots !
A sa gloire s'il est parjure.
Que son crime au moins soit voile!...
Ah ! dérobons ce grand homme à l'injure
Comme un chef-d'œuvre mutité...
Elle le couvre avec un manteau. — Uclléchissant.
Mais ce n'est pas assez, pour moi, pour l'Angleterre, Je ne veux pas qu'infidèle à l'honneur, Un noble esprit dont elle sera fière Expire ainsi dans sa première fleur...
Elle tire un blanc-seing de sa poche.
Oui, je réussirai, j'espère, Et je serai son ange protecteur!...
Elisabeth, en entendant du bruit, remet son masque et se retire dans la chambre où est Olivia.