‹ Le Songe d'une nuit d'été, opéra-comique en trois actesChapitre 72 sur 83 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

SHAKSPEARE

Il me parait...

ELISABETH

Vous étiez à Richmond ?

SHAKSPEARE

Si je ne me trompe.

ELISABETH

Et vous m'j avez vue?

SHAKSPEARE

Il me semble bien.

ELISABETH, après l'avoir regardé avec une sorte d'étonnement joué.

Ce que c'est que l'imagination des poètes ! Ils prennent souvent l'illusion pour la réalité!

SHAKSPEARE

Il est vrai, Madame, j'ai cru d'abord à une illusion, à l'apparition d'une fée, d'un génie... Mais bientôt j'ai compris que c'était plus encore, que c'était une femme; que c'était...

ELISABETH, l'interrompant avec émotion.

William Shakspeare, c'est peut-être une scène de comédie que vous préparez pour notre cérémonie... Je le voudrais... car vous êtes un grand poète.

SHAKSPEARE, avec un peu d'ironie.

Je ne suis qu'un poète, il est vrai, Madame, et quelque

ambitieuse qu'ait été mon imagination, elle n'a pas porté l'audace jusqu'à...

Il s'incline.

ELISABETH, à part.

Oh! s'il savait...

SHAKSPEARE, se redressant.

Mais enfin, cette nuit qui vient de s'écouler, cette nuit, qu'il eût été folie à moi d'espérer, et crime de chercher; cette nuit qui doit, désormais, présider à ma vie, cette nuit impossible, si vous voulez, quelqu'un me l'a faite, quelqu'un l'a voulue pour moi, et ce n'est pas une illusion ! c est une réalité!

ELISABETH

Une réalité?

SHAKSPEARE

Qui a trois témoins, Madame.

ELISABETH

Et lesquels?

Votre Majesté, d'abord, puis moi, et, ensuite, une dame d'honneur, dont la mémoire serait peut-être aussi fidèle que la mienne.

ELISABETH

Vous pensez?

SHAKSPEARE

J'en suis sûr.

ÉLISABETÏÏ.

Et vous la nommez?

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