‹ Le songe de Bernat Metge, auteur catalan du XIVe siècle;Chapitre 7 sur 34 · LO S R GO N LIBRE · texte numérisé non relu

LO S R GO N LIBRE

UATRE coses, Senyor, digui ladonchs, 52 J/vl'sV* a b eoual desig me estimulen cascuna, que y o primer ament [vos] deman [ave] JvèCt daquella . E per tal en suma vos de - 5 manare de totes. Quai es estada la causa de la vostra sobtosa mort? Car hoyt e dir que sobtosament moris. Que es de vos? Per que sots vengut en esta preso? E qui son aquets dos homens quius acompanyen?

io — Vols, dix ell, quet respona axi breument com lias demanat ?

SECOND DIALOGUE

e dis alors : « Il y a, Seigneur, quatre choses qui me font également désirer de vous interroger. Au lieu de comy&çiN, mencer par l’une d’elles, je vais vous faire une question qui les embrasse toutes. Quelle a donc été la cause de votre mort subite ? J’ai en effet ouï dire que vous êtes mort subitement. Quel est votre sort ? Qu’ètes-vous venu faire en cette prison ? Quels sont ces deux hommes qui vous accompagnent?

— Veux-tu, dit-il, que je te réponde aussi brièvement que tu m’as interrogé?

SECOND DIALOGUE

— No, Senyor, si vostra merce sera, ab fe ruent desig esper que mo engranets, per ç o que mills ho puxe digerir.

— La causa de la mia mort, dix ell, es estade per ço com lo tenna a mi constituit per nostre 5 Senyor Deu a viure fini aquella hora .

53 — Senyor, a mi no es nouell quels homens \

muyren inmutablament en aquella hora que Deu ha ordonat. Cuydats que non (sic, l. nom) recort ço que dix Job? « Br eu s son los dies io del hom, lo nombre dels sens mesos enuers tu es; ter mens li as constituhits que no poran esser passais. » E no resmenys, ço que vos, Senyor, dessus me haueu prouat, que la anima no pot exir del cors quant se vol, ne romanirhi

— Non, Seigneur; si vous le permettez, je désire vivement que vous me répondiez en détail, afin que je puisse mieux digérer.

— La cause de ma mort, dit-il, est que la durée que notre Seigneur Dieu avait assignée à ma vie se termina à cette heure-là.

— Seigneur, ce n’est pas une nouveauté pour moi, que les hommes meurent sans faute à l’heure que Dieu l’a ordonné. Croyez-vous que j’aie oublié les paroles de Job : « Courts sont les jours de l’homme; tu fixes le nombre de ses mois; tu lui as assigné des bornes qui ne sauraient être franchies » ? Et, bien que vous m’ayez prouvé que l’âme ne peut quitter le corps quand il lui plaît, ni y demeurer quand son créateur lui ordonne d’en sortir,

quant lo seu creador l en -maria exir , no de manyo, Senyor, axo, mas per que tant soptosa ment pagas lo deuie ha natura.

— Iatsia, dix ell , que algun fael Christia no S dega, e si saui es, no puxa morir sobtat, per ç o com tostemps, pençant que la mort li es prop, deu esperar aquella, no solament cascuna hora, mas cascun moment, empero pus entens que la mia sia estada sobtosa, diret la raho io per que es estada aytal. Alguns singulars dels régnés que yo possehia hauents iniquitat e enueia a tu lie ha alguns altres seruidors meus e domestichs, e desijants esser en lo loch hon mentreyo viuia \ vosaltres ereu ; homens dévida 54reprouada, he que hauieu desijat he vsurpat

ce n’est pas cela que je vous demande, mais pourquoi vous avez payé si subitement votre dette à la nature.

— Il est bien entendu, dit-il, qu’un chrétien fidèle ne doit ni ne peut, s’il est sage, mourir à l’improviste; car persuadé que la mort est proche, il doit l’attendre à toute heure, ou mieux encore, à tout moment. Toutefois, puisque tu sais que ma mort a été soudaine, je t’expliquerai pourquoi elle a été telle. Il s’est trouvé dans les États soumis à mon autorité quelques personnages animés de l’esprit d’iniquité et d’envie contre toi et quelques autres serviteurs de ma maison, et désireux de prendre la place que vous occupiez de mon vivant. Ces hommes peu recommandables,

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mon patrimoni, hem concellauen falçament, e desijauen que a tort ho a dret fosseu extirpats de la faç de la terra; e de fet se fora seguit axiy si Dcu noy hagues prouehit. Vehcnt donchs nostre Senyor Deu lo mal que estaua $ aperallat, e no podia molt tardar ; e volent que als grans inconuenients que venien fos tancade la porta , ordona queyo moris sobtosament per très rahons : La primera per ço quels dits singulars enueiosos teus e dels altres seruidors io meus preses mostrassen lur iniquitat, e donassen occasio que fossen be coneguts en lurs costums e maneres . La segona, per ço que tu els altres leals seruidors meus poguesseu juridicament lie en publich purgar e mostrar vostra innoccntia, i>

après avoir convoite et usurpé mon patrimoine, me conseillaient perfidement, selon leurs vœux, de vous retrancher à tort ou à droit du nombre des vivants. Et sans doute ils seraient arrivés à leurs fins, si Dieu n’y avait mis bon ordre. Prévoyant donc le mal qui se préparait, et qui ne pouvait tarder guère, dans le dessein de fermer la porte aux malheurs imminents, il décida que je mourrais subitement pour trois raisons. La première, afin que ces méchants, envieux de toi et de mes autres serviteurs aujourd’hui en prison, fissent paraître leur iniquité, de manière à être bien connus par leur conduite. La seconde, afin que toi -même et les autres serviteurs dévoués à ma personne puissiez en appeler a

axi com certament far eu, laquai era tant cl ara a mi, com ara es la inmortalitat de la anima racional . La terça, per ço com [a] les coses contengudes en les dues prop dites râlions no S pogues esser donat algun empatxament.

— Ço que der rerament haueu dit, Senyor, no entench yo, e perqueus suplich que mo declareu.

— Si yo, dix ell, no fos mort tan tost, fora vengut dret cami a Barchinona, e haguera fet io ço que la dita ciutat, la quai a mos predecessors e a mi tostemps es estada leyal lie hobedient, gelant e procurant tôt profit e honor, me baguera concellat axi sobre l fet de la justitia, com de la defentio (sic) de la terra, com de la

la loi et faire publiquement la preuve de votre innocence, comme vous la ferez sans aucun doute avec succès, car j’en suis aussi certain que de l’immortalité de l’âme, qui m’est évidemment démontrée. La troisième raison, afin que rien de ce qui est contenu dans les deux premières ne pût être empêché aucunement.

— Seigneur, je ne saisis pas très bien ce que vous venez de dire en dernier lieu, et je vous prie de vouloir bien me l’expliquer.

— Si, dit-il, je n’étais pas mort si tôt, je me serais rendu tout droit à Barcelone, bien décidé à faire ce que m’aurait conseillé cette cité loyalement fidèle en tous temps à mes prédécesseurs et à moi, s’inspirant en toutes choses de l’utilité et de l’honneur, au double

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hordinatio de ma casa; car be sabs tu que aquestes eren les principals coses que la dita ciutat a mi suplicant demanaue, les quais los dits rostres enemichs e perseguidors feyen de mostrations voler aquelles, axi com a profitoses s a la cosa publica, sots color de be, ab intentio dampnada, e per lur sol barat justauen. E si per mi fos estât complit ço que the dit, nos pogueren seguir la demostratio de lur iniquitat e de la vostra ignocentia ; car la dita ciutat 10 55 no baguera concellat | que jous faes mal, pus nol meresquesseu.

— Senyor, e quey calia morir sobtosament per aço ? Car posât que fosseu mort espau, e

point de vue de la justice et de la défense du sol, ainsi que du bon ordre de ma maison. Tu n’ignores pas, en effet, que c’étaient là les trois points principaux que cette noble cité avait signalés respectueusement à ma sollicitude. Et vos ennemis et persécuteurs déjà mentionnés s’y employaient d’un grand zèle, sous le prétexte du bien public, mais en réalité avec le détestable dessein de ne travailler qu’à leur profit. Or, si j’avais pu exécuter mon plan, ni leur iniquité, ni votre innocence ne se fussent montrées au grand jour, car jamais la dite cité ne m’aurait conseillé de vous traiter durement, si vous ne l’aviez pas mérité.

— Mais, Seigneur, vous fallait-il pour cela mourir subitement? Car enfin, admettons que

per discorriment de gran temps , tôt ço que maueu dit poguera hauer loch.

— No poguera , dix ell, car si yo fos estât malalt per algun temps , los dessus dits me S hagueren ginyat per ventura aço que volgue ren , car vexât per la malaltia, mes los amare complaure, que si continuament me enujassen ab lur importunitat, ho per occorrer a lur iniquitat ; pus vees que fos perillos de morir,yo io baguera fêta remissio general, jatsia noy fos necessaria a tots mos seruidors e domestichs, per raho de la quai fora seguida gran infamia a tots. E per ventura per vostres perseguidors, nous fora estadaobseruada apres ma fi; ans ab

vous fussiez mort lentement et après un laps considérable de temps, alors tout ce que vous m’avez dit aurait pu arriver.

— Non pas, dit-il; car si j’avais fait une longue maladie, peut-être que les méchants en question m’eussent induit habilement à faire leurs volontés. En proie à la maladie, pour me délivrer de leurs importunités, je me serais laissé aller à leur complaire; à moins que pour prévenir leur iniquité, en me voyant en danger de mourir, je n’eusse accordé une amnistie générale, laquelle étant inutile à tous les serviteurs de ma maison, eût forcément entraîné après elle l’infamie de tous. Et qui sait même si, moi disparu, vos persécuteurs vous l’eussent appliquée, ou n’en eussent plutôt pris prétexte pour vous livrer tous au

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color de aquella, vos hagueren tôt s liurats a mort; douants entenent a la gent ignorant e irade contra vosaltres per lur enginy que ajustant suplicatio vostra, era per mi atorgade, per 56 ço com vos sentieu colpables dels crims | dessus 5 dits , e de molts altres queus hagueren contre veritat imposât s.

— Gran profit, Senyor, sen es seguit e seguira a mi e aïs altres qui, Deu volent, ab nostre bon dret exirem , quant hora sera, de preso. E sera 10 gran vergonya a nostres enemichs e perseguidors. Mas vos , Senyor, noy liaueu res guanyat.

— Si e be, dix ell, molt. Car son exit tost e sens gran pena de la vall de miseria, a la quai

dernier supplice, en faisant accroire au public ignorant et irrité contre vous par leur habileté, que l’amnistie n’aurait été consentie par moi qu’à votre requête, parce que vous vous seriez sentis coupables des crimes en question et de beaucoup d’autres qu’on vous aurait faussement attribués ?

— Oui, Seigneur, le résultat a été et sera excellent pour moi et pour les autres. S’il plaît à Dieu, notre bon droit aidant, nous serons relaxés, quand le moment sera venu, à la grande confusion de nos acharnés persécuteurs. Mais vous, Seigneur, qu’y avez- vous gagné [à cette fin soudaine] ?

— Beaucoup sans doute, dit-il. En premier lieu, j’ai vite quitté, et sans grande souffrance, cette vallée de misère que je ne regrette point

SONGE DE BERNAT MET GE

no desig tornar . E son estât instrument ab lo quai nostre Senyor Deu ha mostrat son poder gran, e manasat (sic) no solament als pochs, mas als maiors princeps del mon , de que ma $ potentia(l.penUentîa) 71 es abreujada.

— E com, Senyor , sens gran pena s en va qui tosl mor.

— Tu dius ver , dix ell, e diret vna cosa de quet marauellaras. La millor 7na7iei'a de morir io queesser puxa es morir sobt os axnent, als homens pero qui be e virtuosament han viscut en lo mon. Car com menys duraxn la pena , ab menys dolor se passe. E not recorda la questioque diu Patrar • cha en los Re \ meys de cascuna fox'tuna, que fo 57

du tout. Et de plus, j’ai été l’instrument par lequel Dieu a manifesté sa puissance souveraine, et menacé les petits comme les plus grands princes de ce monde : de là, une diminution de ma pénitence.

— Et puis, Seigneur, à mourir vite on meurt sans grande souffrance.

— Rien n’est plus vrai que ce que tu dis; et tu t’étonneras sans doute de ce que je vais te dire : C’est que la meilleure manière de mourir est de mourir subitement; j’entends pour les hommes qui ont vécu sans reproche. En effet, la douleur est en rapport avec la durée de la souffrance. Te rappelles-tu la controverse dont parle Pétrarque, dans les remèdes contre les vicissitudes de la fortune? Quelques sages illustres de l’antiquité se

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antigament entre alguns insignes esauishomens, ço es saber quai mariera de morir era millor? En la quai entreuench Julius César , qui aquella difini dient que la mort soptosa e inopinada .

— Bcm recorda, Senyor . En quant es de mi, $ daquexa oppinio som; pus hom visquc virtuo sament es tenga per dit que res no li puixa venir sobtat, espérant ab ferm e bon cor tôt ço que Deu li volria donar. E puys quem es vijares que sia gran cosa esser quiti de palior de morir , io car a mon juy , la pijor cosa que en lo morir entreue es la pahor de la mort.

— Cert tu dius gran veritat, dix ell, e vull que sapies que en temps que io viuia, hagui

demandèrent quelle était la meilleure mort. C’est là qu’on voit intervenir Jules César, qui répondit à la question en disant que c’est la mort soudaine et imprévue.

— Il m’en souvient, Seigneur, et je suis, quant à moi, de cet avis. Il suffit de vivre selon la vertu, en se préparant à n’ètre jamais surpris à l’improviste, en attendant d’un cœur ferme et vaillant tout ce qu’il plaira à Dieu d’envoyer. Et puis, il me semble que c’est beaucoup que d’être affranchi de la peur de mourir; car, selon mon jugement, ce qu’il y a de pire dans la mort, c’est la peur de mourir.

— Ah! que tu as raison, dit-il; je puis t’avouer que, de mon vivant, j’ai souffert maintes fois de la peur que j’avais de mourir

major pena moites vegades, hauent pahor de morir quant era malalt occorria (sic) temps eppi demial , he especialment de morts repeniines, que no hagui la hora que desempare lo meu 5 cors. Cosa natural es morir , axi com nexer, meniar, viure, suar, dormir, sedeiar, fameiar, vetlar, e semblants coses. | E alguna natural 58 cosa de si matexa no es mala ne terrible. Mas la oppinio dels homens la fa avegades esser o aytal. No es estât hom qui sia nat que no muyra, ne qui muyra que no sia nat . Qiiens cal fer donchs gran festa de ço que cascun iorn veem? E quens a profita tembra ço que no podem esquiuar?

> — Ffort es rahonable, Senyor, ço que deyts,

étant malade, surtout en temps d’épidémie ou quand il survenait des morts subites, beaucoup plus qu’au moment où j’abandonnai mon corps. Il est aussi naturel de mourir que de naître, manger, vivre, suer, dormir, veiller, avoir faim ou soif, et ainsi de suite. Or, tout ce qui est conforme à la nature n’est de soi ni mauvais ni redoutable, et ne devient tel parfois que par l’idée que s’en font les hommes. Il n’y a point d’exemple qu’un homme soit né sans mourir, ou meure sans être né. Pourquoi donc attacher tant d’importance à ce que nous voyons tous les jours? A quoi nous sert-il d’appréhender une chose inévitable ?

— Vous parlez fort raisonnablement, Seigneur. Voilà qui est facile à accorder, sinon

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e pus facil a la gent que segueix la sensua litat atorgar ho que creure. Pero los volents vsar de raho axi ho creurien. Sapia yo, si vostre mer ce sera, que es de uos, per no tenir temps.

Ladonchs ell gita vn gran sospir, e guardant en terra, calla que no dix res. E apres un poch esclari la cara dient :

«• Sperança de aconseguir la gloria eternal me consola; e tristor com ja noy son, me puny continuament .

— Be estau vos, Senyor, com gloria eternal esperau, posât que no la haueu apresent. En semblant cars me volria veura .

— Sériés en purgatori, dix ell.

à croire, à ceux qui se laissent conduire au sentiment, tandis qu’il suffit pour le croire de faire usage de sa raison. Mais, puisque le temps presse, apprenez-moi, je vous prie, quel est présentement votre état.

Alors il poussa un profond soupir, baissa les yeux, se tut, et ne dit mot. Et un moment après, d’un visage plus tranquille, il dit :

« L’espoir d’obtenir la gloire éternelle est ma consolation; mais l’impatience de la posséder m’afflige sans répit d’une douleur poignante.

— Vous êtes bien heureux, Seigneur, d’attendre la gloire éternelle, quoique vous ne la possédiez pas encore. Ah! que je voudrais en être là!

— Dans ce cas, dit-il, tu serais en Purgatoire.

— Per ma fe, Senyor , quen hauria gran plaer , digui io ; car séria | exitde aquesta miser ia, e fariaus company a; e quant irieu en paradis, entraria hi ab vos.

S — Ha ! coin est enganat, dix ell. E axit pences que puixa hom entrai' en paradis?

— Perque no, digui jo, si la porta es vberta a aquells solament que nostre Senyor Deu hordona de gratia espetial es vberta quey eniren. io Car algun per sos merils itou mereix. En axo me poriayo enganar. Mon pençament cra, que faent bones hobres hi entras hom.

— Hoc; mes qui fa bones obres? dix ell.

— Aquell qui per Deu est amat, digui yo.

— En vérité, Seigneur, j’en serais ravi, répondis- je, car je me trouverais hors de peine; je vous tiendrais compagnie, et à votre entrée en Paradis, je m’y glisserais avec vous.

— Ah! que tu es loin de compte, dit- il. Crois-tu qu’on puisse entrer ainsi en Paradis?

— Et pourquoi pas, répondis-je, si la porte est ouverte à ceux-là seulement à qui Dieu en fait la grâce? Qu’ils y entrent donc à porte ouverte, puisque nul ne le peut par ses propres mérites. Voilà un point où je pourrais me tromper, car mon sentiment était qu’on y pouvait entrer en faisant de bonnes œuvres.

— Oui, dit-il. Mais qui donc fait de bonnes œuvres ?

— Celui, dis-je, qui est aimé de Dieu.

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— Verdius ; masesseramat per Deu , no ve per merit d aigu , sinoper solagratiadiuinal, eacon segueixla solament aquell que Deu vol , e no altre.

— Gran raho es, digui yo. Mes per ventura y 0 sere hu d aquells.

— F/en donchs les obres, dix ell.

— E vos, Senyor, digui yo, haueu les ne fetes?

— En pertida hoc , e en pertida no.

— E donchs, com hi esperau entrar ? Sou ne cert?

— Hoc, dix ell, no pas per mos merits; mas a suplicatio de la humil mare de Deu.

— Aytanbe, digui yo, hi pore entrar a supli- 60 catio sua, sens | merits meus .

— Tu dis vrai ; mais être aimé de Dieu n’est point un effet du mérite de qui que ce soit. C’est un effet de la seule grâce divine, laquelle est donnée uniquement à qui Dieu veut, et non à d’autres.

— Rien de plus juste, répondis-je. Qui sait si je ne serai pas un des élus?

— Fais-en donc les œuvres, dit-il.

— Et vous, Seigneur, les avez-vous faites?

— Oui et non, en partie.

— Alors, comment espérez -vous y entrer?

En avez -vous l’assurance?

— Oui, dit-il, non point pour mes mérites, mais par l’intercession de l’humble mère de Dieu.

— Et moi aussi, repris-je, j’y pourrai entrer sur sa demande, sans nuis mérites de ma part.

— Ver es, dix ell, mas no deu començar tots sos fets a fortuna. Si yo e trobat aqueixa gratia singular, per ventura no la trobaras tu. E molts confiants en aço porien caure en la fossa 5 de que y o som escapat.

— Quina es la faça (sic, l. fossa), Senyor?

— Infern, dix ell.

— E per que, digui yo; fort m en marauell; car en vostra vida fuy molt familliar a vos, io Senyor, segotis que sabeu; e James no viu ne pogui conexer que fosseu mal Christia ne impiadors. Be vehia que ereu inclinât ha alguns délits qui nom p arien molt desonests.

— Los délits, dix ell, a que yo era inclinât

— Sans doute, dit- il, mais il ne faut point s’en rapporter de tout à la fortune. Si j’ai obtenu cette faveur singulière, peut-être ne l’obtiendras -tu pas, toi. Pareille confiance pourrait en précipiter beaucoup dans l’abîme auquel j’ai été soustrait.

— Et quel est cet abîme, Seigneur?

— L’Enfer, dit- il.

— Et pourquoi donc, repris- je? Voilà qui me surprend fort, moi qui de votre vivant vous voyais de si près. Onques pourtant, je ne vis rien qui me fît penser que vous étiez mauvais chrétien ou mécréant. A la vérité, je vous voyais enclin à des plaisirs qui me semblaient assez innocents.

— Les plaisirs pour lesquels j’avais de l’inclination, dit-il, ne suffisaient pas par eux-

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no eren bastants tôt sols a gitarme en infern. Car no eren interes ne dampnatge de aigu , sino de mi mateix. Jom delitaua molt mes que no deuia en cassar, lie escoltar ab gran plaer xandres e ministres , e moltdonar e despendre; $ e cercar avegades, axi con fan comunament los grans Senyors, en quai manera poguera saber algunes coses esdeuenidores,per ço que les 61 pogues preueure lie occorrerhi. J Totes aquestes coses eran mal fetes. Mas iom confessaue, 10 e combregaue souint, e penediamen ; pero no tant que no mi tornas algunes vegades. E per ço nostre Senyor Deu vol queyo aran portpenitentia, car viuent nol an porte complidament .

mêmes à me précipiter en enfer, car ils ne portaient atteinte et dommage à personne, sinon à moi-même. Je me plaisais beaucoup plus que je le devais à chasser, à écouter avec délices chanteurs et ménestrels, à donner et dépenser largement. Il m’arrivait aussi de m’enquérir, selon l’usage ordinaire des grands personnages, de quelle manière je pourrais connaître l’avenir, afin de pouvoir prévoir et prévenir certains événements. J’avais tort de faire ainsi; mais je me confessais et communiais souvent, non sans me repentir, pas assez cependant pour ne pas retomber quelquefois. Voilà pourquoi notre Seigneur Dieu veut qu’à présent je fasse pénitence, ne l’ayant pas faite suffisante de mon vivant.

— Senyor, suplich vos quem vidlau dir , si le gut vos es,quina es la penitentia qu enportats.

— PerçOy dix ell, com jom delitane molt en cassar, nostre Senyor Deu ha hordonat que S aquests falcons astors e cans quem veus anar entorn criden e liudolen agrament de hora en hora deuant mi. E per ço comyo trobaue gran plaer en xandres e ministres , aquest hom qui te la rota entre les mans ab molta discordança io me fassa deuant sons desplasents lie lunyats de bon temps mesura y he finalment de tota melodia. Per l encercar com poguera saber algunes coses esdeuenidores y segons que dessus he dity ha mes en ma companya aquest hom irj vell ab la barba longa, qui incessanîment me

— Veuillez me dire, Seigneur, je vous en supplie, quelle pénitence vous a été infligée.

— Gomme je me plaisais fort à la chasse, notre Seigneur Dieu a voulu que ces faucons de poing et ces chiens que tu vois autour de moi criassent et hurlassent aigrement, toutes les heures, à mes oreilles. Et comme je prenais un plaisir extrême aux chants des ménestrels, cet homme qui tient en ses mains le rebec, fait entendre des sons aigres et discordants, sans proportion ni mesure, dépourvus, en un mot, de toute mélodie. Et parce que je cherchais, comme je te l’ai déjà dit, à connaître quelque chose de l’avenir, il m’a donné pour compagnon ce vieil homme à la longue barbe, qui, sans arrêter, rappelle à mon souvenir tous

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6 2 redueix a memoria tots quants desplaers | jamay hagui faent me retret de la vanitat que jo seguia, e dientme : Per les coses esdeueni dores que volies saber, nostre Senyor Deu vol que recorts les passades, per tal quet sien > occasio de dolor e pena, car per ta colpa merexies infern.

— Per ma fe, Senyor, jo lie gran desplaer de la vostra pena, lie subira plaer com sots en via de saluatio. Placia a nostre Senyor Deu io que en breu hi siats.

— Gran dubte he que breument hi sia .

— E perque, Senyor, e nom haueu dit que cert son de hauer salvacio ?

— Ver es, dix ell, mas no se quant . i>

les désagréments du passé, me reprochant mes illusions, et me disant : « En expiation de ta curiosité des choses à venir, Dieu veut que tu te rappelles les choses passées, comme un sujet de douloureux regrets, car par tes péchés, tu méritais l’enfer. »

— Par ma foi, Seigneur, je suis bien marri de votre malheur, mais bien heureux aussi de vous savoir sur le chemin du salut. Plaise à notre Seigneur Dieu que vous arriviez promptement au but.

— Je doute fort d’y arriver promptement.

— Et pourquoi donc, Seigneur? Ne m’avezvous pas dit que vous étiez assuré de votre salut?

— Oui, certes, mais je ne sais quand.

— E donchs qui ho sab, digui y o.

— Nostre Senyor Deu tôt sol, dix ell.

— Suplich vos, Senyor, quem parleu clar ; vijares m es que no vullau queus entena.

— A mi plau, dix ell, esser entes per tu. Mas si possible fos que nom cal gués en aço pus hauant procehir, bem fora plasent. Car recordant mon deffelliment me renouella la tristor. Pero pus axi ho vols, hoyes.

« Apenes agui desemparat lo meu cors , ne podia hom encara presumir que fos mort, jo fuy posât en lo juy de nostre Senyor Deu. E lo princep dels mais esperits, | acompanyat de 63 terribla companya, comparech aqui, alléguant

— Et qui donc le sait, dis-je?

— Notre Seigneur Dieu seul, répondit- il.

— Je vous en supplie, Seigneur, parlez-moi franchement. Il me semble que vous ne voulez pas que je vous entende.

— Je désire, au contraire, que tu m’entendes. Mais, en vérité, s’il m’était loisible de ne pas m’engager plus avant en cette matière, j’en serais charmé. En effet, le souvenir de mes défaillances me renouvelle la peine. Cependant, puisque tu insistes, écoute :

« A l’instant même où j’abandonnai mon corps, quand on pouvait supposer que je n’étais pas encore trépassé, je fus présenté au tribunal de notre Seigneur Dieu. Là comparut le prince des mauvais esprits, avec son détestable cortège, prétendant que je lui revenais

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que y o pertanya de dret a ell, per tal com era estât vn dels principals nodridors del scisma que es en la esgleya de Deu. Per mi li fo respost , que no dehia veritat, car jo m era déclarât et liauia tots temps tengut ab lo ver - > tader vicari de Jesu Christ. — E qui es, dix ell, aquell? — Clément, de sancta memoria, digtii y o ; Benet ara viuent — E com ho sabs tu, dix ell, si yo qui viu la electio de abdos no ho se, qui de bona raho ho deuria mils saber? io — Nom cur si tu ho sabs, ho no. Aquell tench yo per vicari de Jesu Christ qu els cardenals me han donat. — Bem plau, dix ell . Mas jat hauien donat primer Vrba. — Ver es, digui

de droit, parce que j’avais beaucoup contribué pour ma part à entretenir le schisme qui déchire l’Eglise de Dieu. Je lui répondis qu’il ne disait pas la vérité, car je m’étais prononcé, tenant toujours pour le vrai vicaire de Jésus- Christ. — Et qui est-il, celui-là ? — Clément, de sainte mémoire, répondis-je (à sa question); Benoît, encore vivant. — Et comment le saistu, dit-il, lorsque je ne le sais pas moi-même, qui, pour de bonnes raisons, devrais en être mieux instruit, ayant vu l’élection des deux?

— Peu m’importe, que tu le saches ou que tu l’ignores. Je tiens, moi, pour vicaire de Jésus- Christ celui que m’ont désigné les cardinaux.

— A la bonne heure, dit- il. Mais ils t’avaient déjà donné Urbain. — C’est vrai, répondis-je. Mais ils déclaraient l’avoir élu par force, sous

yo, mes élis dehien que per força hauien elet aquel, e per impressio e temor de mort , et no per via canonica. Et per conseguent la electio no valia. E que aquells era legut elegir ne 5 altre, axi com faeren de fet, ço es lo dit Clément. — Posât, dix ell, que axi fos, com los dits cardenals allegauen, non deuien | elegir 64 altre tantost, si desijauen esquiuar scisma; mas conuocar e aplegar concilii general, e 10 posar aqui lo fet de la impressio, e prouar aquella . Puys, si per lo dit concili fos cône gut que la electio no valia de dret, ladonchs era hora quen elegissen altre, com abans non deguessen elegir de bon expédient, car no 15 podien ne deuien rahonablement esser part e

la pression et la menace de mort, et non par voie canonique, de sorte que l’élection était nulle. Il leur était donc permis de faire un autre choix, et ils élurent le pape Clément. — En admettant, dit-il, que les choses fussent telles que le prétendaient les cardinaux, ils n’auraient pas dû en élire tout de suite un autre, s’ils avaient voulu éviter le schisme. Il fallait convoquer et réunir un concile général, et lui soumettre le fait de la pression, avec preuves à l’appui. Et dans le cas où le concile eût reconnu la nullité légale de l’élection, c’est alors qu’il eût été opportun d’en élire un autre. Mais ils ne pouvaient pas décemment devancer la décision du concile, car ils ne devaient point absolument et suivant la raison, être juges et

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jutgeSy posât que dispositio de dret canonich noy contrast . E digues me per fe, si apres la segona electio los cardenals ten haguessen donat altra, Jiaguereslo acceptât e tengut per vertader vicari? — No se que haguera fet, $ digui yo. Hoc per ventura, sils prélats e grans clergues de la terra mo haguessen consellat. —

Si ab lur conseil te fosses hagut en aquest fet , dix ell, no hagueres errât tant com lias. — E per que no? digui yo. — Per tal, dix ell, com 10 per ventura te hagueran donada manera com te deuias hauer sobrel dit fet, he molts rameys 65 a leuar la scisma. — E quina manera he re- 1 meys, digui yo, me podien élis donar? fort ho volria sabcr. — La manera principal, dix ell, 15

parties, puisque nulle disposition du droit canonique n’autorise un pareil abus. Enfin, dis-moi, si après la seconde élection les cardinaux t’avaient donné un autre pape, l’aurais-tu accepté et tenu pour le vrai vicaire? — Je ne sais ce que j’aurais fait, répondis-je. Peut-être l’aurais-je accepté, si les prélats et les maîtres clercs du pays me l’avaient conseillé. — Si dans cette affaire, tu te fusses conduit par leurs avis, dit-il, tu n’eusses pas erré aussi gravement que tu l’as fait. — Comment cela, dis- je ? — Parce que, dit-il, ils t’auraient donné peut-être le moyen de te conduire, dans l’espèce, comme tu le devais, et des remèdes sûrs pour faire cesser le schisme. — Et quels moyens, dis-je, quels remèdes pouvaient-ils m’indiquer? Je

entre moites altres quen hi ha, e apresent nom cal dir, es aquesta, ço es que ha hu ne a altre dels dits vicaris no aguesses hobeyt ne lexat respondre de la temporalitat de la esgleya, 5 tro que élis se fossen concordats. E los remeys, pus tant ne eres anat auant, que treballasses e faesses ton poder que tu e als altres princeps del mon uos concordasseu en suplicar als dits vicaris que regissen el papat per be de la vnio io de la esgleya. E pnys que faes noua electio, e ques leuas de carrera per via de compromes o de pur a justitia, o que abdosos s en auenguessen en la millor , e pus expédient , e presta manera que trobar se pogues. E si aquestes

serais bien aise de le savoir. — Le principal moyen, dit-il, parmi beaucoup d’autres que je pourrais signaler, si l’occasion était bonne, est celui-ci : il ne fallait obéir à aucun des deux vicaires susdits, ni laisser disposer des biens temporels de l’Eglise, tant qu’ils ne se seraient pas mis d’accord. Quant aux remèdes, puisque tu avais tant fait, tu devais travailler de tout ton pouvoir, d’accord avec les autres puissances du monde, à obtenir des vicaires susdits qu’ils gouvernassent la papauté pour le bien et l’union de l’Eglise. Après quoi, une nouvelle élection aurait dû écarter l’un des prétendants, soit au moyen d’un compromis, soit par la voie légale, à moins que tous les deux ne s’entendissent pour le mieux et le plus tôt possible. Que s’ils ne consentaient l’un et

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coses los dits vicaris ho aigu dells no vol guessen donar loch , o difugissen, que fos procehit contra élis ho aquells d élis qui estaria en sa pertinatia, segons que dret ha ordonat.

E per ço com res de aço no lias fet, pertanys $ 66 a mi per justifia, | axi com amador del scisma, del quai tu els altres princeps del mon sots estats nodridors. Car los huns per vostre interes propri e affectio desordonada, haueu fêta part ab Clement, e los altres ab Vrba, e abtant 10 lo dit scisma ha meses rahels que no seran arrancades de gran temps . — Ffalçament, (conech), conclous, digui y 0, car la manera e remeys dessus per tu dits nom eren necessaris ,

l'autre, ou l'un d’eux, à cet arrangement, en ayant recours à des subterfuges, il n’y aurait eu qu’à procéder contre eux, ou du moins contre celui d’entre eux qui se serait montré obstiné, en se conformant aux prescriptions légales. Voilà ce qu’il fallait faire. Or, tu n’en as rien fait. Donc tu m’appartiens, comme fauteur du schisme que tu as fomenté ainsi que les autres puissances du monde. En effet, ne suivant que votre intérêt personnel et votre coupable inclination, vous avez pris parti, les uns pour Clément, et les autres pour Urbain. Et cependant le schisme a poussé de profondes racines qui de longtemps ne seront pas arrachées. — Voilà, répliquai-je, un faux raisonnement. Ni les moyens ni les expédients que tu as indiqués n’étaient nécessaires. En

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per ço com a monjuy fort era rahonable que hu dels dos elets fos vertader vicari ; car la electio de Vrba ho fo bona, o mala. Si bona, ell fo vertader papa , e per conseguent sos 5 successors. Si mala , e per impressio, ladonchs vaca lo papat. E no contestant que tu dessus haies dit lo contrari , als cardenals qui la dita electio hauien fêta pertanya de dret , e fo licit he expédient elegir altre vegade de nou, axi io com fer en de fet, ço es Clement; car tota electio fêta per impressio es nulla per dispo sitio de dret. — Donchs, pus axi es, a mi era necessari qu el hu créé gués, | sil hu hauia a 67 creura, et yo no era ben cert quai era, a mi

effet, l’un des deux élus, selon mon jugement, devait avec raison être le vrai vicaire; car l’élection d’Urbain était bonne ou mauvaise. Si elle était bonne, il fut véritablement pape, et ses successeurs aussi. Si elle était mauvaise et faite sous pression, la papauté fut vacante. Et nonobstant la thèse contraire que tu as soutenue, il appartenait de droit aux cardinaux qui avaient fait cette élection, il leur était permis et licite de procéder à une élection nouvelle, comme ils le firent en élisant Clément, puisque d’après le droit, toute élection est nulle qui n’a pas été libre. Par conséquent, étant données les circonstances, il me fallait croire l’un des deux. Du moment que je devais opter entre les deux, il m’était permis de me décider pour celui que m’indiquait ma cons-

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era legut creuva aquell que ma conscientia me dictas esser vertader. Com donclis a mi aperegues Clement e sos successors esser legitims vicaris, sens colpa son , e digna de rnenor reprentio que sino obtempéras a liu ne ha altre, S ho no vol gués obeyr al vertader loch tinent de Jesu Christ , lo quai era hu dels dessus dits .

» Ladonclis mon aduersari volgue replicar.

E la Verge Maria manantli que no parlas, dix :

« La questio que acis mena sobrelfct delscisma 10 ja es determenade.Masnospotaxipublicarapre sent , Tu, maluat enemich de liumana natura, est causa de aquell, e de bona raho no deus esser hoyt en rependre altre de ço que tu est ocasio. »

cicnce. Or, il me paraissait que la légitimité se trouvait du côté de Clément et de ses successeurs. Je suis donc sans reproche et moins coupable que si je m’étais refusé à l’obédience de l’un et de l’autre vicaire, car je voulais obéir au véritable lieutenant de Jésus- Christ, qui était assurément l’un des deux.

» Alors mon adversaire voulant répliquer, la Vierge Marie lui imposa silence et lui dit : (( La question qui est ici agitée au sujet du schisme a été résolue. Mais ce n’est ni le lieu ni le temps de rendre la chose publique. C’est toi, maudit ennemi du genre humain, qui es cause du schisme; et l’on ne saurait raisonnablement écouter tes reproches à quelqu’un sur un fait dont tu es l’auteur. »

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» E girant se molt humilment vers lo seu glorios fill , suplicali per contemplatio sua se volgues hauer miser icordiosament envers mi, qui tostemps la hauia haguda en molt gran 5 deuotio, e per reuerentia sua créent fer marnent que la sua conceptio | era estada inmaculada 68 e nete de tote taca de pecat original, hauia ordonat lie manat que de aquella fos fêta per petualment festa sollempna cascun any en los io régnés que y o possehia, e inibit que aigu dins aquells no gosas dir, disputar, sermonar, ne afermar lo contrari . De que molts altres princeps terrenals haïtien près eximpli, e manat semblants hordinations esser per lurs sotmeses J5 inuiolablement obseruades.

» Puis, se tournant avec beaucoup d’humilité vers son glorieux fils, elle le supplia de vouloir bien, à sa requête, user de miséricorde envers moi, à cause de la grande dévotion que j’avais fait paraître en tout temps pour elle, et de la vénération qui m’avait fait croire fermement que sa conception immaculée était nette de toute tache du péché originel, jusqu’au point d’avoir prescrit par une ordonnance qu’elle fût à jamais l’objet d’une fête solennelle et annuelle dans tous mes États, avec défense expresse à quiconque de dire, soutenir, prêcher et affirmer le contraire. Exemple suivi par d’autres princes de la terre, qui ont imposé à leurs sujets l’observation inviolable de pareilles ordonnances.

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» Encontinent nostre Senyor Deus, admesa benignament la suplicatio dessus dita, ordena queyo fos quiti de les penes d infern. Imposant als princeps dels mais esperits sobra aço scilenti perpétuai, ab tal conditio empero queyo, soffe- 5 rint continuament lapena que the dita dessus, James no pogues entrar en la celestial gloria, tro que de la sua santa Esgleya lo dit scisma fos radicalment extirpât, per ço com per ma negligentia yo l auia tant lexat crexer . 10

— Gran plaer lie, Senyor, diguiyo, del bon estament en que sots, e sobiran desplaer del 69 perill que passât haueu. | Mas pus en segur sou de aconseguir la gloria de paradis, no pot anar sino be. Pero fort son mereuellat com per i>

» Tout aussitôt, notre Seigneur Dieu, faisant le plus bienveillant accueil à cette supplique, voulut bien me faire grâce des peines de l’Enfer. Puis il imposa silence à perpétuité aux princes des mauvais esprits sur la question; mais en exigeant que je souffrisse le châtiment dont je t’ai déjà parlé, sans pouvoir entrer dans la gloire céleste aussi longtemps que le schisme ne serait pas radicalement extirpé de sa sainte Église, parce que je l’avais par mon incurie laissé grandir à ce point.

— Je suis bien heureux, Seigneur, dis-je, de la bonne situation où vous êtes, et très fâché du danger que vous avez couru. Mais puisque vous voilà assuré d’obtenir la gloire du Paradis, tout est pour le mieux. Ce qui

semblant cosa liaueu aconseguit gratia tan gran ; car la esglesia de Den nou ha déclarât encara si la dita conceptio fo sens peccat original ho no. E apparia esser licit tenir aquella 5 oppinio que pus plasent fos a cascu.

— Vers lo mon, dix ell, ver es. Mas vers Deu no es axi. E no sabs tu que molta cosa es licita, que no es expédient ? Totes coses duptoses son interpretades a la millor part. Vergonya veda io fer souen ço que ley no prohibeix. Jatsia que la Esgleya no permeta tenir aquella oppinio que mes plaura a cascu de la dita conceptio, per tal com los doctors catholichs ne han tengudes diuerses oppinions. Empero la veritat es que en

m’étonne très fort, c’est le moyen par lequel vous avez obtenu une si grande grâce, car l’Église de Dieu n’a pas encore décidé si la Conception susdite fut ou ne fut pas sans péché originel. Il semble donc qu’il est permis à chacun d’avoir à ce sujet l’opinion qui lui agrée le plus.

— Cela est vrai, dit-il, par rapport au monde, mais non par rapport à Dieu. Ne sais- tu donc pas que bien des choses sont licites, qui ne sont pas opportunes? Dans tous les cas douteux, c’est du bon côté que penche l’interprétation. C’est la honte qui empêche souvent de faire ce que ne défend point la loi. A la vérité, l’Église permet à chacun de suivre l’opinion qui lui agrée le plus sur la dite Conception, à cause que les Docteurs catholiques en ont

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la dita conceptio no entreuench peccat original. E si es certque les valions faents contra aço son couinentment fundades en raho natura. Mas nostre Senyor Deu es sobra natura; lo quai de o gratia | especial volgue e hordona, que la dita conceptio fos inmaculada lie exempta de tota tacha. E en aquella miraculosament obra; car no era consonaiit a raho, que la vestidura que ellse dénia vestir fos de peccat ensut^ada. Los doctors qui han tengut la part contraria no han jutjat sobre aço , sino tant com lur enteniment a fe, hagueren creegut mes que no entenien. E ab aquella foren venguts al port de veritat, car sens creura, impossible es ben entendra,

pensé diversement. Mais la vérité est qu’en la dite Conception n’intervint point le péché originel ; et pourtant il est certain que les arguments qui militent contre [cette thèse] sont parfaitement fondés en raison, selon la nature. Mais notre Seigneur Dieu est au-dessus de la nature, et il a voulu et ordonné, par une grâce spéciale, que la dite Conception fût immaculée et exempte de toute tache. En cela il opéra miraculeusement, parce qu’il n’était point conforme à la raison que le vêtement qu’il devait revêtir fût souillé du péché. Les Docteurs qui ont soutenu la thèse contraire, en ont jugé seulement d’après leur intelligence, réglant leur foi, pour ne pas croire au delà de ce qu’ils entendaient; mais la foi les aurait conduits au port de vérité. En effet, sans croire, il n’est pas

ne venir a veva conclusio. Not penses pero que per tenir aquesta oppinio sien dampnats los doctors dessus dits , car a bona intentio la tengueren, e no es contra articla de fe . Be 5 empero es ver que aquells qui la vera oppinio han tenguda he creeguda fermament a honor e reuerentia de la mare del fill de Deu son estats diuersament priuelejats en paradis, e han obtengut remissio de lurs delictes, e s alegren io continuament entrels sants de perogatiues singulars.

— Si nous tornaue en enuig, Senyor, digui yo, granpler hauria,pus vostra esser me haueu dit, quem significasseu que es dels altres prin -

possible de comprendre à fond, de manière à connaître le vrai. Garde-toi de penser toutefois que les Docteurs de ce parti soient damnés à cause de leur opinion, car enfin ils étaient bien intentionnés et n’allaient pas contre un article de foi. Il est vrai, d’autre part, que les partisans de l’opinion véritable, qui l’ont adoptée et soutenue vaillamment en honneur et vénération de la mère du fils de Dieu, ont reçu des récompenses extraordinaires en Paradis. Leurs péchés leur ont été remis, et ils jouissent de la félicité éternelle parmi les saints les plus privilégiés.

— Seigneur, repris-je, si vous ne me trouvez pas importun, je serais bien aise, maintenant que je sais quel est votre sort, que vous m’apprissiez quel est celui des autres princes de

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ceps terrenals qui son passats d aquest setgle, despuys qu el scisma comença.

— Non ha entrât hu en paradis, dix ell, despuys,nen hi entrara mentra dur ara lo dit scisma.

— No vostre pare, Senyor? S

— No mon pare, ne altre, respos ell ; car axi ho ha nostre senyor Deu hordonat. Be es ver que mon pare per tal no sofer altra pena, sino que ab continuu desig cobeia la extirpatio del dit scisma, sabent que mort aquell, viura en la io gloria eternal, ensemps ab la Senyora Reyna, ma mare, que ell cordialment amaue, la quai lonch temps ha passât que obte fort bon loch entrels sants, per semblant raho; jatsia per

la terre qui ont quitté le monde depuis le commencement du schisme.

— Pas un d’eux, dit-il, n’est entré depuis lors en Paradis, et il n’y entrera tant que durera le schisme.

— Et votre père non plus ?

— Ni mon père, ni aucun autre, répondit-il, d’après la volonté de notre Seigneur Dieu. A la vérité, toute la peine de mon père se réduit à un continuel désir de voir la fin du schisme; car il sait bien qu’une fois le schisme fini, il jouira de la gloire éternelle avec madame la reine, ma mère, qu’il chérissait cordialement, et qui, depuis longtemps, est en possession d’une excellente place parmi les saints, pour le même motif. A la vérité, les nombreuses vertus dont elle fut dotée de son vivant par la

moites virtuts de que fo en sa vida per gratia diuinal dotade, agues mer escut gratia singular.

— Per ma fe, Senyor, aço es la millor noua que yo podia saber, e de que mes se podia S alagrar lo meu cor.

— Tu, dix ell, ne lias gran raho, car en lur casa te est | nodrit, e n as reebuts molts bene - 71 ficis e honor.

— E vos, Senyor, noy haueu res afollat.

10 — Anem auant, dix ell, no curem d axo. Jot

lie a dir encara, sit recorda, per que son vengut en aquesta preso.

— Bem recorda, Senyor; mas tant gran plaer trobaue en ço quem dehieu, e especialment del 15 Senyor Rey e çle la Senyor a Reyna, pare he

faveur divine, lui donnaient droit à une grâce particulière.

— Par ma foi, Seigneur, voilà une excellente nouvelle, et qui me réjouit jusqu’au fond du cœur.

— Tu le peux, dit-il, non sans raison, puisque c’est dans leur maison que tu as grandi et que tu as reçu bienfaits et honneur.

— Et vous, Seigneur, vous n’avez fait pas moins.

— Laissons cela, dit-il, et poursuivons... Il me reste encore à te dire, s’il t’en souvient, pourquoi je suis venu ici, dans cette prison.

— Oui, Seigneur, il m’en souvient; mais j’ai pris un si grand plaisir à vous entendre parler, principalement du roi votre père, et de la reine

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mare vostres, que si tostemps me parlasseu d aquesta materia, nous baguera demanat d alire.

— Be ho crechj dix ell. Mas dubte he que temps nom defallis aço quet he a dir. $

» Nostre Senyor Deu hauent gran compassio de la tua anima, la quai era disposta a perditio perpétuai, per ço com no solament dubtaues, ans seguint la oppinio de Epicuri, liauies per clar aquella morir quoique jorn (aquella) ab lo io cors ; lo contrari de la quai cosa dessus the (sic) he fet atorgar, ha hordonat que yo vengues a tu per mostrarte clarament per experientia ço que per escriptures he inductio mia no hauies vulgut saber ne creura. Tu sabs be qualités i>

votre mère, que vous auriez pu parler longtemps sur ce sujet sans que je vous demandasse autre chose.

— Je te crois volontiers, dit-il, mais je craindrais que le temps ne me manquât pour remplir ma mission.

» Notre Seigneur Dieu a eu pitié de ton âme, la voyant sur la pente de la perdition éternelle ; car non seulement tu doutais, mais conformément à la doctrine d’Epicure, tu tenais pour certain que l’âme devait mourir un jour avec le corps. Je t’ai fait tout à l’heure accorder le contraire. Il m’a donc envoyé vers toi pour te démontrer évidemment par l’expérience, ce que tu n’avais voulu ni savoir ni croire en dépit des Ecritures et de mes conseils. Tu te rap-

vegades parlist lien disputist estre \ tament ab mi mentre viuia. Ejamay not pogui induhir a creure liofermament, ans difugies ab euasions colorades, he auegades atorgaues esser possible , 5 auegades ho posaues en gran dubte. Finalment yo conexia be que en lo teu cor de dura pedra era esculpit ab punta de diamant tôt lo con trari. E si no fos per lo bon voler quet hauia, per los agradables serueys a mi per tu fets, I0 e per ço com esperaua rahonablament quet lunyaries de aqueixa varia opinio,jo per qel de justifia ten aguera castigat . E vull que sapies que per res que tos enemichs e perseguidors te haien imposât , tu no est près nen hauras mal ; j 5 car net e sens colpa est de tôt . Mas tan sola -

pelles bien les conversations fréquentes et les disputes serrées que nous eûmes à ce sujet, de mon vivant. Jamais je ne pus t’amener à croire pleinement. Loin de là, tu te dérobais avec des raisons spécieuses, tantôt concédant la chose comme possible, tantôt la mettant ouvertement en doute. Finalement, il m’était démontré qu’en ton cœur dur comme la pierre, le contraire était gravé avec la pointe d’un diamant. Sans la bienveillance que je me sentais pour toi, à cause des agréables services que tu me rendais, et sans l’espérance de te voir renoncer un jour à cette opinion erronée, je t’aurais puni en bon justicier. Et il faut que tu saches que ce ne sont pas les accusations de tes ennemis et persécuteurs qui t’ont conduit dans cette prison. Rien à

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ment est en aquesta preso per ço com nostre Senyor Deu vol que vexatio te do enteniment ab lo quai conegues lo defelliment que lias, e per conseguent, pervengut a conexença de veritat, pusques induhir los sequassos de la % tua dampnada opinio que aquella vullen des - 73 raygar de lurs coratges, per ço que nos | per den; e que apres ta mort aconseguesques paradis.

— O Senyor, e sereu James sadoll de ferme ïo boites obres? Ara atorch esser dificil lexar les coses acostumades. En vostra vida tostemps fos liberal, unificli (sic) e propici a vostres seruidors, lie especialment a mi; e encava nous lien sabets estai \ E en queus puix yo seruir de ci auant, i>

craindre de ce côté, puisque tu es innocent et sans reproche. Mais tu es enfermé ici uniquement par la volonté de notre Seigneur Dieu, afin que l’infortune te faisant réfléchir, tu reconnaisses ta faute, et qu’instruit finalement de la vérité, tu puisses induire les partisans de cette détestable opinion à l’extirper de leur cœur pour éviter de se perdre. C’est ainsi qu’après ta mort, le Paradis sera ton lot.

— Ah ! Seigneur, vous ne vous lasserez donc jamais de me faire du bien ?C’est à présent que je reconnais combien il est difficile de renoncer aux habitudes acquises. Votre vie durant, vous fûtes toujours libéral, généreux et bon pour vos serviteurs, pour moi surtout, et même maintenant, vous ne vous démentez point. Et

Senyor? Cert no en res, car no freturats de alguna cosa que yo sapia ne puxa fer . Tôt hom de sana pença pot conexer que la amor quem haueu portade no era simulada ne ficta;

5 ans pertida de pits sencer, e clar, e que no era fundade en esperança de fer sos fets de mi, sino en sola caritat. No merexia yo, Senyor, tant gr an gratia que venguesseu a tant petit hom com yo son. Mas no es res que amor no io gosas assaiar. Qiieus retri buire yo, Senyor , per aquestes coses ? Es res possible.

— Tu, dix ell, per mi d aci auant , no pots moltfer quem valla, nem nouga. Iat he dit que en lo meu fet, la sententia | es donada, e pas- 74

pourtant, Seigneur, en quoi pourrais- je vous servir désormais? En rien assurément, puisque vous n’avez plus besoin de rien qui soit en mon pouvoir. Tout homme de bon sens reconnaîtra aisément que l’affection que vous m’avez témoignée n’était ni simulée ni feinte, mais qu’elle partait d’un cœur sincère et pur, n’ayant absolument aucune vue d’intérêt, ni d’autre source que la charité. Je ne méritais point, Seigneur, une faveur aussi insigne que votre visite à un chétif homme tel que moi. Mais il n’est point d’entreprise qui arrête l’amour. Et comment, Seigneur, m’acquitter envers vous? C’est chose impossible.

— Tu ne peux guère, dit-il, rien faire désormais en ma faveur ni contre moi. Je t’ai déjà dit qu’en ce qui me concerne, la sentence a

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sada en cosa jutjada. Io estich be per gratia de Deu; e jatsia que aïs défunts aprofiten souent los sufragis dels vins, no fretur de res possible a homens. Vna cosa solament vull de tu, que res que apresent haies vist 0 hoyt no tengues secret a mos amichs e seruidors . Car vitra lo plaser quehaurande mon estament,losneseguira gran profit. E especialment pertal com seran serts de moites coses en que no solament alguns d élis dubten, mas la maior part dels homens, e si gnantment ignorants, dels quais es gran muU titut en lo mon. E si en escrits ho volies métré, jan seguiria maior profit, en lo temps esdeuenidor, a molts, de que hauries gran merit.

été prononcée, et qu’elle est sans appel. Grâce à Dieu, je me trouve bien, et n’ai pas besoin des hommes, qui ne peuvent rien pour moi, quoique les suffrages des vivants soient souvent utiles aux trépassés. Je ne te demande qu’une chose; c’est que tu ne caches rien de ce que tu auras vu et entendu en ce lieu à mes amis et serviteurs. Outre le plaisir qu’ils auront de connaître mon état, ils en tireront grand profit, notamment par la certitude qu’ils auront désormais de beaucoup de choses sur lesquelles quelques-uns d’entre eux ont des doutes, ainsi que la plupart des hommes, et avant tous les ignorants qui sont en majorité dans le monde. Que si tu voulais le coucher par écrit, le profit pourrait s’étendre à beaucoup de gens dans l’avenir, et tu en aurais plus de mérite.

— O, Senyor , digui yo, e de mius trufats, he son bastant a sostenir lo carrech que als meus flaclis musclos assaiats imposa?'? cuy dats que nom conegua? Per ignorant que sia ,

S no ignor que la mia força es poque, l enginy tart, e la memoria flux a.

— - Si manament meu, dix elly ha loch en tu, J 75 axi com solia, jot man, e sino, prechte e t amonest que a mon vot no dons repuisa. Lo teu 10 saberessufficienthaaço, sino voler nol e?npatxa.

— - Senyor , digui y 0, de bon grat complire vostre manament, tant com en mi sera. De vna cosa empero son marauellat, que no haueu fet mensio de la Senyora reyna dona Violant, ne

— Ah ! Seigneur, dis-je, vous moquez-vous de moi ? Suis-je donc de force à porter le fardeau dont vous prétendez surcharger mes faibles épaules ? Pensez-vous que je ne me connaisse pas? Si chétif que je sois, j’ai conscience de ma faiblesse, de la médiocrité de mon esprit et de l’infidélité de ma mémoire.

— Si je puis encore te commander, comme autrefois, dit- il, je t’ordonne, ou du moins je te prie et te conjure de ne point repousser mon vœu. Tu es suffisamment capable, si tu veux remplir la tâche.

— Seigneur, répondis-je, c’est de grand cœur que j’exécuterai votre ordre, selon mon pouvoir. Mais je ne puis assez m’étonner d’une chose : c’est que vous n’ayez pas dit un mot de Madame la reine Yolande, non plus que de

SECOND DIALOGUE

de vostra filla; les quais deuieu a mon juy proposai' a tots vostres amichs e sevuidors . Haueu hofet desliber adament o per oblit?

— Ab desliberatio ho he fet, per prouar si a les mies coses lias aquella amor que solies. 5 Pençauen que ab la fortuna se fos mudade la effectio quels mostraues en ma vida corporal . Mas ara veig lo contrari. Impossible es donar ha oblit ço que hom feruentment ama. Singular carrecli te do de reuelar ho tôt [a] aquelles, 10 car gran consolatio n auran. A les quais yo v oient erosament fora aperegut, axi com son ara a tu, si per nostre Senyor Deu fos lior- 76 donat; mas pus | no li a plagut, no si pot als

votre fille, alors que vous deviez, selon mon jugement, les faire passer avant tous vos amis et serviteurs. L’avez-vous fait par oubli ou délibérément?

— C’est de dessein prémédité, avec le désir de savoir si tu portais à mes affaires le même intérêt qu’autrefois. Je pensais que le changement de fortune avait changé les sentiments que tu faisais paraître à mon égard durant ma vie mortelle. Mais je vois présentement le contraire. Nul ne saurait oublier ce qu’il aime avec ferveur. Je te charge tout particulièrement de tout confier à ces dames, qui en recevront beaucoup de consolation. Volontiers je me serais présenté à elles, comme je me suis présenté à toi, ici, si Dieu l’avait permis; mais contre sa volonté rien ne peut prévaloir. Re-

fer. Digues à la Reyna que perseuer en lo bon proposit que ha de seruir Deu e pregar per mi; jatsia nom fassen gran fretura sos prechs ne d altres. E que ab diligent cura tenga a S prop ma filla e sua; car la ignocentia e virtuts de aquella son fort plasents a nostre Senyor Deu , de la quai exira...

E iantost lo prohom ab la barba longua feuli senyal ab lo basto que callas.

io E ell, dites aquestes paraules estronquedement, cessa de parlar.

— Senyor } digui jo, en gran suspita, e prolixitat (sic) me haueu posât , com no m aueu acabat ço quem començaueu [a] dir. SuplicJiuos i) que men desliurets.

commande à la Reine de persévérer dans son excellent dessein de servir Dieu et de prier pour moi, bien que je n’aie grand besoin ni de ses prières ni de celles des autres. Qu’elle veille de près avec le plus grand soin sur notre fille, dont l’innocence et les vertus sont fort agréables à Dieu. C’est d’elle que naîtra...

Et tout aussitôt, le vieillard à la longue barbe lui fit signe de se taire avec son bâton.

Et lui s’arrêta brusquement sans achever la phrase.

— Seigneur, dis-je alors, vous me causez une grande inquiétude en interrompant le discours commencé. Je vous en prie, tirez-moi de l’embarras où vous m’avez mis.

— Je ne le puis, dit-il.

SECOND DIALOGUE

— Nom es legut, dix ell.

— Com nos , Senyor ? e quius ho veda ?

— Haies cura del présent, lie lexa l esdeuenidor . Ço que nostre Senyor Deu ha ordenat necessari es ques complesqua ; lie no es legut 5 als homens saberho.

— Donclis perque mo camençaueu dir, Senyor ?

— Lexa estar aquexes demandes que no lian fruyt, net fan res, dix ell . E ueies si hauem 10 als a fer; no per dam temps.

— Suplich vos, Senyor, donchs, pus als no 77 si pot fer, quem vullau | dir qui son aquests dos homens quius acompanyen ; car gran voler lie de saberho , lie especialment de aqucix prohotn 15

— Comment cela? Et qui donc vous le défend ?

— Soucie-toi du présent, et laisse l’avenir. Ce que notre Seigneur Dieu a décidé doit nécessairement s’accomplir, et il n’est pas permis aux hommes de le savoir.

— Alors, Seigneur, pourquoi avoir commencé d’en parler?

— Laisse-là ces questions inutiles qui ne te regardent point, dit-il. Vois plutôt si nous n’avons pas mieux à faire. Ne perdons pas de temps.

— Je vous supplie, Seigneur, puisqu’il y faut renoncer, de vouloir bien me dire qui sont ces deux hommes qui vous accompagnent. J’ai vraiment grande envie de le savoir. Quel est ce

qui tan gran auctoritat se done. Per ma fe, massa es per a ell a mon juy, queus haia manat, o fet senyal que callasseu.

— Tu, dix ell, te mets en carrer qui no ha exida. Lexa anar l aygna per lo riu , que abans quens pertisquam, si subtilment hi volras especular, conexeras gran part del misteri quey esta amagat. Pero not fassa cura de publicar aquell, quant lo sabras; car risch de gran perill t en seguiria e de poch profit a présent .

» Aquests dos homens que veus aci son estats mentre viuien fort sauis homens, de la sauiesa mundenal, e foren gentils. La hu dels quais, ço es lo joue, que veus ab la rota en la ma, hac nom Orfeu. E lo prohom hac nom Tiresias,

vieillard qui s’arroge une telle autorité ? Certes, il me semble qu’il s’est excédé en vous commandant et vous faisant signe de vous taire.

— Te voilà engagé dans une impasse. Laisse donc l’eau de la rivière descendre le courant. Si tu veux y réfléchir finement, tu pourras, avant notre départ, connaître une bonne partie du mystère qu’il y a là dessous. Mais ne t’empresse pas de le publier, quand tu le sauras, car il pourrait s’ensuivre pour toi un grand danger, sans grand profit pour le présent.

» Ces deux hommes que tu vois ici présents, furent, de leur vivant, d’habiles personnages dans la sagesse de ce monde, parmi les païens. L’un, celui qui est jeune et porteur d’un rebec, avait nom Orphée. Quant au vieillard à la

SECOND DIALOGUE

ab la barba longa . La raho per que m acompa nyan,jo lat lie dita dessus. Lurs fets bem penç que nols ignores , car couinent historial est. Si 78 donchs nou lias liurat a oblit, | despuys que yo desempare lo cors.

— Be es consonant a raho, Senyor, que ho haia oblidat, posât que ho sabes; tant gran diuersitat de cogitations a torbat e combatut lo meu enteniment despuys que vos passa{t)s d esta vida. A la veritat, Senyor, nom recorda que james haia lest d élis. Ben lie hoyt parlar, e fort poch. E null temps sino lurs noms nuus, e sols; res d élis ho de lurs fets, vench a ma conexença.

— Si lias sens falla, mas not recorda, e no

longue barbe, il se nommait Tirésias. Je t’ai déjà expliqué pourquoi ils sont avec moi. Je pense que tu n’ignores pas leurs faits et gestes, étant bien informé de l’histoire, à moins que tu ne l’aies oubliée, depuis que j’ai quitté mon corps.

— Certes, il est tout simple que j’aie oublié ce que je pouvais savoir, au milieu des tribulations qui ont tourmenté et tiraillé en tout sens mon esprit, depuis votre trépas. A vrai dire, Seigneur, je n’ai souvenir d’aucune lecture les concernant. J’en ai bien entendu parler, mais fort peu. Je n’ai jamais su que leurs noms sans plus. Mais je ne sais rien de leurs personnes et de leurs actes.

— C’est une erreur. Le fait est que tu ne

es marauella . Ara escolta be, car y o vull, per tal que mils sies hoyt de lurs fets , que cascu d élis los te récit .

E girant se vers élis, pregals que satisfaessen S a son voler.

Per aquells fo respot encontinent que de bon graî li complaurien .

DEL SOMPNI DEN BERNAT METGE Feneix lo segon libre e commença lo terç.

t’en souviens pas, et il n’y a rien d’étonnant. Eh bien! donc, sois attentif, car je veux, pour les faire mieux connaître, que chacun d’eux te raconte ses faits et gestes.

Puis, se tournant de leur côté, il les pria de satisfaire son désir.

Et eux s’empressèrent de répondre qu’ils seraient charmés de lui complaire.

FIN

DU SECOND DIALOGUE

LO TERÇ LIBRE

79 xi comcell qui ab ardent desig espera

u/vl(! hoyv cosa noua , grau he inusitada, yo ladonchs ab subirana attentio, TSstQX postposat tôt altre pençament, fique la orella [<?] aço que élis | me deuien dir, los $ quais yo vehia diceptar qui parlaria primer .

E vnpoch estât, Orfeu fort gratiosament , ab bon gest e alegra cara, comença a dir ço ques segueix :

« Entrels volents vsar de curialitat, es custum qu els jouens parlen primerament, e los antichs 10

TROISIÈME DIALOGUE

Be même que celui qui d’un ardent désir espère entendre quelque nouveauté extraordinaire et rare, moi alors, avec une attention profonde, écartant toute autre pensée, j’ouvris l’oreille à ce qu’ils m’allaient dire, les voyant en dispute sur qui parlerait le premier.

Et au bout d’un moment, Orphée, de fort bonne grâce, d’un air avenant, et le visage épanoui, se mit à parler ainsi :

« Il est d’usage parmi les gens qui pratiquent la courtoisie, que les jeunes gens parlent les

suplint lurs defelliments d aquells, concloen. E per ço si començare parlai', nom sia imputât ha vltrecuy dament, car solament ho fare per satisfer a la honor de mon companyo.

» Apollo fo pare meu, e Caliope ma mare, e nasqui en lo régné de Tratia. La maior part del temps de ma vida despengui en rethorica e musica . Muller hagui fort bel la, appellada Euridices, la quai era a mi pus cara que la vida. Per sa desauentura, anant se deportar prop la riba de vn riu, fo de libidinosa amor requesta per Aristeu, pastor. E com ella fugint en aquell per un prat, fos morduda, e verinade en lo talo per vna serp aqui amagada, encontinent mori, he deuella en Infern.

premiers, et que les anciens ferment la discussion, en rectifiant leurs discours. Je ne voudrais donc pas que l’on crût que c’est par présomption que je prends le premier la parole : je ne le fais que pour rendre honneur à mon compagnon.

» Mon père fut Apollon, et ma mère Calliope. Je naquis au royaume de Thrace. Je consacrai la plus grande partie de ma vie à la poésie et à la musique. J’eus à femme une beauté du nom d’Eurydice, qui m’était plus chère que la vie. Etant allée, pour son malheur, s’ébattre près des bords d’un fleuve, le berger Aristée, emporté par sa passion, la requit d’amour.Et comme elle fuyait devant lui à travers la prairie, un serpent caché sous l’herbe la mordit au talon, et son venin la tuant aussitôt elle descendit aux Enfers.

TROISIÈME DIALOGUE

)) Sabuda per mi la \ sua dolorosa mort , deualli a les portes d aquell. E sortant la rota la quai Mercuri a tni hauia donada, fuy tan gratios ha Cerbero, porter d Infern, que les dites portes me for en tantost v ber tes. Apres 5 que fuy entrât dins, constituit en lo consistori dels presidents infernals, digui :

« Si a la vostra gran potentia no expon en la manera que desig , ço per quem ha conuengut venir aci, supplich quem siaperdonat, car fora 10 son de mon seny, per lo sobtos lie inopinat infortuni que sobrel doloros meu cap es caygut. No son v en g ut aci per mirar les tenebres infernals a les quais necessariament totes coses mortals ha[n ] deuallar, ne per encadenat (sic) 1-

» Informé de sa cruelle mort, je descendis aux portes souterraines, et par les sons du luth que je tenais de Mercure, je fus si agréable à Cerbère, gardien des portes de l’Enfer, qu’elles me furent incontinent ouvertes. Quand je les eus franchies, je fus amené devant l’assemblée des présidents d’Enfer, et je dis :

« Si je n’expose pas à votre grande puissance, comme je voudrais le faire, les motifs qui m’ont obligé de venir ici, je vous prie de m’excuser, car je suis hors de moi-mème par suite du malheur soudain et imprévu qui m’a si douloureusement frappé à la tête. Je ne suis pas venu ici pour contempler les ténèbres infernales où doivent nécessairement descendre toutes les choses mortelles, pas plus que pour passer

lo coll de Cerbero, axi com alguns han fet. Sola causa de la mia venguda , es ma muller, laquai estant en la Jlor de la sua jouentut vna serpent a monta ab son veri . Assaiat he, mas 5 no pogut, que pacientment ho soferis. La amov de aquella me ha vençut. Si la fama entigua es vera, lots sots estats amorosos, axi com | yo. 81 Placieus donchs que la dita muller mia me vullau restituhir. Totes coses vos son degudes. io E tart o breu aci deuem gener aiment venir . A périr a tôt lo mon. Aquesta es la nostra derrera casa. Vosaltres possehiu los perpétuais régnés del humanal linatge. Quant la dita muller mia sera a vellesa peruenguda, aytambe sera vostra.

15 Solament laus deman a mon hus. Nom doneu

la chaîne au cou de Cerbère, à l’exemple de certains. L’unique cause de ma venue est ma femme, laquelle, dans la fleur de sa jeunesse, a péri par le venin d’un serpent. J’ai fait de vains efforts pour prendre mon malheur en patience. Son amour m’a vaincu. Si l’antique tradition dit vrai, vous avez tous aimé comme moi. Consentez donc de bon gré à me rendre ma femme. Vous avez droit sur toutes choses. Tôt ou tard elles doivent sans faute vous revenir. Tout le monde est condamné à périr. C’est ici notre dernière demeure. Vous régnez sur les perpétuels domaines de l’espèce humaine. Quand ma femme sera parvenue à la vieillesse, elle vous appartiendra aussi. Je ne vous la demande qu’à titre de propriété viagère. Ne re-

TROISIÈME DIALOGUE

repuisa; car siu feu, sapiau que no men tornare.

E ladonchs alagrareu vos de la mort de abdo sos. »

» M entre y o dehia aquestes par ailles, Minos,

82 Rada \ mantus e Eacus,jutges d Infer, Alletho, $ Thesifone e Me géra, furies infernals; les Gorgones, Stennio, Euriale e Medussa, e les arpies Aelo, Octipite e Celeno, e les partes (sic), Cloto , Lachesis e Antropos , per la dolçor del meu cant hauents pietat de mi, se preseren a plorar. 10 E ensemps cessaren exercir lursofficis; e totes les animas qui aqui eren, oblidants les penes que sofferien,feren semblantment. Ision desempara la roda que solia manar. Tantalus oblida menjar e beura. Los voltors menyspresaren 15

jetez pas ma requête, et sachez que, si vous me refusez, je ne m’en retournerai point. Et alors vous vous réjouirez de la mort de tous deux. » » Pendant que je parlais ainsi, Minos, Rhadamanthe etEaque, juges d’Enfer, et les Furies infernales, Alecto, Tisiphonc et Mégère; les Gorgones, Stennio, Euryale et Méduse; les Harpies, Aello, Octipite et Céléno; les Parques, Clotho, Lachésis et Atropos, ayant pitié de moi, à cause de la douceur de mon chant, se mirent à pleurer, et suspendirent l’exercice de leurs fonctions. Autant en firent les âmes qui étaient là, oubliant leurs tourments. Ixion abandonna la roue qu’il faisait tourner. Tantale oublia les aliments et la boisson. Les vautours dédaignèrent le foie de Titius. Sisyphe se

ÎD2

lo fetge de Tici. Sisiphus se gita detras la roca que solia girar ab lo cap . Les filles de Danaus desempararen los vexells que volien omplir d aygua . E les filles de Cadinus per - 5 deren la furia de que eren passionades .

» E ladonchs Proserpina, de manament de Pluto , princep infernal, crida Euridices, la quai vencli claudicant, per la nouella nafra que la serp li hauia fêta, lie restituhilam , ab 10 aytal conditio [e] ley, que tro que abdos fossem exits de les valls infernals, \yo no guardas 83 detras; e si ho fehia, que la perdes.

» Ab tant abdosos partim d aqui, e anantper un cami tort, lonch , e molt escur, quant fom 15 en la sumitat del marge de vna pregona riba,

déroba derrière le rocher qu’il poussait de sa tête. Les filles de Danaüs laissèrent là les vases qu’elles voulaient remplir d’eau. Les filles de Cadinus virent cesser la passion qui les rendait furieuses.

» C’est alors que Proserpine, sur l’ordre de Pluton, roi des Enfers, appela Eurydice, qui vint en boitant, à cause de la morsure récente du serpent, et elle me la rendit, à la condition expresse, que tant que nous ne serions pas hors de l’enceinte des Enfers, je ne regarderais pas derrière moi, sous peine de la perdre.

» Alors nous partîmes ensemble. Nous cheminions dans un sentier tortueux, long et fort obscur, et quand nous arrivâmes au bout d’une corniche qui surplombait un profond ravin,

TROISIÈME DIALOGUE

fort prop de la exida de infer, yo tement que ella no defallis, et cobeiant la veura, girem dctras. Encontinent ella caygue. Yo estes i los brassos per pendra la, et no toquaren sino lo vent que per lo seu cahiment s engendra en 5 / ayra. Volgui retornar en infern per cobrar aquella. Set dies estigui a la porta sens menjar e beura, en los quais tristor e lagremes foren tant solament mon aliment e sustentatio, pregant Cerbero quem lexas tornar, e nom volgue 10 res fer. Ladonchs clamant me de la gran crueltat dels princeps infernals, pugimen en lo puig de Radope, e d aqui auant no volgui pendre muller, ne amar dona del mon, jatsia per moites ne fos estât request. E aqui, com 15

tout près de l’issue de l’enfer, moi, craignant qu’elle ne défaillît, et désireux de la voir, je me retournai en arrière. Incontinent elle tomba. J’étendis les bras pour la saisir, et je ne saisis que l’air que venait d’agiter sa chute. Je voulus retourner en enfer pour la reprendre. Pendant sept jours, je me tins à la porte, sans manger ni boire, n’ayant pour me nourrir d’autre aliment que mes larmes et mon chagrin. En vain je priai Cerbère de me laisser passer. Il refusa. Alors, protestant contre l’extrême cruauté des maîtres de l’Enfer, je gravis le sommet du mont Rhodope. Et depuis, je refusai de prendre femme, et je repoussai les avances de toutes celles qui me requéraient d’amour. Et là, aussi mélodieusement que je pouvais, m’accompa-

pus melodiosament pogui , so | nant la rota , 84 canti alguns vilancets, ballades e cançons, loant vida lunyada de company a de dones.

» En lo dit munt no hauia ombra neguna.

5 Mes tantost ni hague, per gran multitut d arbres de diuerses natures , roques, pedr es, serps, ceruos, lehons, falcons, aguilas, perdius, fay- \ants , et altres moites bisties lie ocells qui vengueren hoyr lo plasent so queyo fahia, en io lo quai se delitauen tant, que aquells qui naturalment son enemichs estauen ensemps, los vns près dels altres, iota rancor he inimicitia oblidade.

» Veent he hoynt aço, gran multitut de dones, i) la hira e hoy de les quais encorregui , vna

gnant du luth, je chantai des villanelles, des ballades, des chansons, louant la vie solitaire, éloignée du commerce des femmes.

» La montagne, pelée et sans ombre, ne tarda pas à s’ombrager, se couvrant de quantité d’arbres d’espèces différentes, de rochers et de pierres, se peuplant de serpents, de cerfs, de lions, de faucons, d’aigles, de perdrix, de faisans et d’une infinité d’autres quadrupèdes et oiseaux, qui venaient entendre ma musique, et y prenaient tant de plaisir, que ceux d’entre eux qui sont naturellement en guerre se tenaient ensemble à côté les uns des autres, oubliant leurs ressentiments et toute hostilité.

» Voyant et entendant cela, une troupe innombrable de femmes dont j’avais encouru la

TROISIÈME DIALOGUE

d aquelles comença parlar, e dix : « Qui tant gran injuria fêta a la vniuersitat de les dones volra venjar, seguesquc mi. » Encontinent ab moites pcdres combateren me , les quais delitantse en la dolçor del meu cant, nom podien 5 tocar ne fer mal. Lodonchs les dites dones , volent vsar complidament de lur iniquitat,

85 mogueran gran brogit, lie | rcmor, ab corns, cembes, bacins e conques. E ab gratis crits apagants lo so que jo f allia, acostarense a mi, 10 e ab pcdres e bastons, losquals lo dit ço(sîc) no pogueren hoyr ne pendre délit en aqucll, mata renme , em tliolgueren lo cap, e ab la dita rota gitaren lo en lo riu ; los quais arribats a Lesbon , com vna serp volgues lo dit cap deuorar, fo 15

haine et la colère, s’assembla, et l’une d’elles parla ainsi : « Quiconque veut punir le grand outrage fait à tout le sexe féminin, me suive. » Et tout aussitôt elles m’assaillirent; mais les pierres qu’elles me lançaient, charmées par la douceur de mon chant, ne pouvaient m’atteindre ni me nuire. Alors ces femmes, voulant satisfaire pleinement leur vengeance, se mirent à faire grand bruit et grand tapage, avec des cors, des trompes, des trompettes et des conques marines. Etouffant par leurs cris ma mélodie, elles m’attaquèrent à coups de pierre et de bâton ; et comme le charme de l’harmonie ne pouvait plus charmer ces armes, elles me tuèrent, et m’ayant coupé la tête, elles la jetèrent avec ma rote dans le fleuve. L’une et

conuertida en roque per Apollo. E la mia rota fo collocada en lo cel entre les figures celestials .

E yo deualli en Infern, hon trobe Euridices, muller mia , ab la quai perseuer e som segur de 5 qui auant no la perdre .

— Perderen los crestians mes, respos Tire sias, quant los Moros prengueren la ciutat d Acre, que tu quant perdist ta muller, ne si ara la perdies . Moites vegades guanya hom io perdent . Mas no es tôt hom bon arismetich (sic),

— Pus a tu a plagut, dix Orpheu, pendra mes rahons, digna cosa es que yo call, e que la conclusio sia tua .

La donchsjom enfelloni | fortment e digui a 86

l’autre abordèrent à Lesbos. Là un serpent qui allait dévorer ma tête fut changé en rocher par Apollon. Quant à ma lyre, elle prit place parmi les constellations célestes. Et moi, je descendis aux Enfers, où je retrouvai ma compagne Eurydice, dont je ne me sépare plus, étant d’ailleurs assuré de ne pas la perdre.

— Quand les Musulmans prirent la ville de Saint-Jean-d’Acre, dit alors Tirésias, les Chrétiens firent une bien plus grande perte que celle que tu fis en perdant ta femme, ou que tu ferais en la perdant de nouveau. Maintes fois on gagne à perdre; mais tout le monde n’entend pas le calcul.

— Puisqu’il t’a plu, dit Orphée, de poursuivre mon discours, je n’ai plus qu’à me taire et te laisser conclure.

TROISIÈME DIALOGUE

Tiresias : De estranya manera e digna degran reprensio vses. Not bastaue prou que aguesses fet callar lo SenyorRey de ço que volia dir ; encara torbes Or feu . No se que jamay te âge fet algun enuig. Prech te que nom tolgues mon pler. s

— A xi com lo bon metge qui no guarda lo plaer del pacient, mas lo profit, dix Tiresias, vsare y o en tu. Car lo meu offici no es dir plasenteries ne lagots, sino desenganar. Tôt lo délit que trobes en les paraules de Orfeu es io com ha parlât d amor e son veri, a la passio del teu coratge, torbat per aquella.

— Certament vull que sapies que yo ham e som cor aiment amat, digui yo, per vna doua

Alors je me fâchai fort, et dis à Tiresias : « C’est un étrange procédé que le tien, et tout à fait blâmable. Non content d’avoir imposé silence au Seigneur roi, en l’empêchant de dire ce qu’il voulait, tu coupes la parole à Orphée. Il ne me souvient pas de t’avoir jamais offensé; veuille donc ne point m’ôter mon plaisir. »

— J’en userai avec toi, répondit Tirésias, comme le bon médecin en use avec le malade. Ce n’est point son plaisir qu’il considère, mais son utilité. Mon métier, à moi, ne consiste point à flatter et à plaire, mais à détromper. Si tu as pris grand plaisir aux propos d’Orphée, c’est qu’en parlant du poison d’amour, il a parlé à la passion qui remplit ton cœur et le trouble.

— Eh bien ! oui, je veux que tu saches que j’aime, dis-je, et que je suis tendrement aimé

qui eguala o sobrepuja en sauiesa, bellesa, e gratiositat, tota dona viuent.

— O com est foll, respos ell, e de leugera creença. No sabs que son dones tan be comyo.

5 Son aço parantes de sana pença ? son aço pavantes couinents a ta tua edat? son aço parantes de home qui ham scientia e haie legit | tant com 87 tu? Le x a semblants coses ha homens otiosos, vans e illiterats, car lo teu enginy nos deu dis - 10 tribuir en amor ; pus altes coses li son degudes.

Si vols diligentment atendre a ço que iot dire , que ne vist lie expérimentât mes que tu, conexe ras be la malaltia de la tua pença, e conexent aquella, seras breument guarit, ho sera gran I5 colpa tua. Digues me pero clarament si has

par une femme qui, en beauté, en sagesse et en grâce, n’a point sa pareille au monde.

— Ah! que tu es sot, reprit-il, et facile à croire. Tu ne connais pas les femmes autant que moi. De tels propos ne partent point d’un esprit sensé; ils ne sont point conformes à ton âge, ni dignes d’un homme ami du savoir, et d’une aussi vaste lecture. Laisse ces choses futiles aux sots oisifs et illettrés : ton esprit a mieux à faire qu’à se dépenser en amourettes. Si tu consens à prêter ton attention à ce que je vais te dire, moi qui en sais plus que toi, grâce à mon expérience, tu finiras par connaître la maladie de ton entendement, et, la connaissant, il dépendra de toi de recouvrer bientôt la santé. Dis-moi seulement, car j’ai grande envie

TROISIÈME DIALOGUE

de si g de guarir o no, car fort ho vull sa ber .

— Molt ho desig, digui yo, si malalt son . Mas no mo cuydaua .

— Be esta, dix ell; la maior part de sanitat s es voler guarir.

— Tu dius gran veritat, respongui yo; mas abansquetcomençplenerament, hoyr,sitplaura, fare vna breu questio ha Orfeu . Pero placiat recordar apres ço quem vols dir, io

— Si fare, dix ell, demana li quet vulles.

Ladonchs yom gire ha Orfeu, qui, a monjuy, trobaue gran plaeren nostre rahonament, dient li : « Si no men (sic) engan, vos me haueu dit 88 que son entrât | en Infern, e no solament vna i>

de le savoir, si tu veux ou ne veux pas guérir.

— Je le veux de tout mon cœur, répondis-je, si je suis malade. A vrai dire, je ne m’en doutais pas.

— Fort bien, dit-il; la santé vient en grande partie de la volonté de guérir.

— Voilà, repris- je, une grande vérité. Mais avant de prêter pleinement attention à tes discours, laisse-moi, s’il te plaît, poser une petite question à Orphée. Et tu voudras bien ensuite ne pas oublier ce que tu as à me dire.

— Sois tranquille, dit-il, et demande-lui ce que tu voudras.

Alors je me tournai vers Orphée, lequel prenait visiblement grand plaisir à nous entendre causer, et lui dis : «Vous m’avez dit, je crois,

vegade, mas dues . Prech vos quem vullau dit-, si desplaer nous es, que es Infern , car molt ho de si g saber.

— Tu, dix Orfeu, forces remembrar coses 5 fort desplasents a la mia pence; mas pus ho vols, sia fet axi com te plaura.

» En lo pus ait de vna gran muntanya plena de selues, sobre la mar, ha vna gran vbertura, que a tôt hom mostre ample cami. La entrada io no es escura ne clara de tôt ; apres de la quai troba hom gran espay abte a reebre tôt lo humanal linatge. L entrar no es de treball; mes l exir es impossible, sino a aquells que Deu ordona quen isquen , segons que per auant hoyras.

sauf erreur, que vous êtes descendu en enfer une première, puis une seconde fois. Veuillez me dire, je vous prie, ce que c’est qu’Enfer, et vous donnerez satisfaction à ma curiosité.

— Tu m’obliges, dit Orphée, à me rappeler des choses qui répugnentfort à mon esprit. Mais puisque tu le veux, qu’il soit fait selon ton gré.

» Au plus haut d’une montagne très haute, couverte de forêts, au-dessus de la mer, se trouve une large ouverture qui semble inviter les passants à entrer. Cette large voie n’est ni bien éclairée ni sombre. Quand on l’a franchie, et rien n’est plus facile, on trouve un espace immense où tiendrait aisément tout le genre humain. L’entrée n’est pas difficile, mais l’issue n’est possible qu’à ceux à qui Dieu veut bien la permettre, comme tu le sauras plus tard.

TROISIÈME DIALOGUE

» Dins vna concauitat ha vn riu appellat Letes, del quai les animas qui aqui entren beuen necessariament , e encontinent que han begut, obliden totes coses. E passât lo dit riu , troben hom vn altve appellat Cotichus, qui va $ fort espau; en la riba del quai ha voltors,

89 muçols, corbs, | e molts altres ancells gemegans agrament, fam, confuqio tenebres, pahor, en goxa, discordia, dolor, plor, fretura, treball, plants, suspirs, malaltia, sompnis vans, vellesa, 10 mort, he moites coses monstruoses en natura.

» En vna part separade de Infern ha vn loch fort tenebros ab calitja espessa, don neix vn riu appellat A char on . E d aquest neix vn estany

» Au fond d’un creux, il y a un fleuve appelé le Léthé où s’abreuvent sans faute les âmes qui entrent. Et à peine ont- elles bu, que tout souvenir s’efface. Au delà de ce fleuve s’en trouve un autre, nommé le Cocyte, d’un cours lent, et dont les bords sont peuplés de vautours, de hibous, de corbeaux et autres oiseaux au cri sinistre. Là sont la faim, la confusion, les ténèbres, la peur, l’angoisse, la discorde, la douleur, les pleurs, le besoin, le travail, les gémissements, les soupirs, la maladie, les songes vains, la vieillesse, la mort et quantité de choses monstrueuses dans la nature.

» Dans un coin reculé de l’Enfer est un endroit profondément obscur, couvert d’un épais brouillard, où prend sa source le fleuve Achéron, lequel s’épand en un marais nommé

d aygua appellat Stix, los quais guarda Caron , fort vell, ab los pels blanchs, larchs e no pentinats, ab los hulls flameiants , abrigat de vn mantell fort sut\e he romput ; lo quai ab vna petita 5 barcha passa les animes de l altra part, metent aquellesdins la dita barcha per força e cridant :

« Passats, animes, a les tenebres infernals, hon soferreu fret et calor inextimable. E no haiau esperança jamay veure lo cel. E apenes n a pas - 10 satvna barchada, lexa la a la riba entre moltra sut^ura. Encon | tinent torna per altra, e j âmes 90 no cessa. Prop la dita riba ha vna molt gran cauerna, la porta de la quai guarda Cerberus, qui ha très caps de ca. Eabgrans ladraments es- 15 panta,turmentahe denora tôt coque deuantlive.

le Styx, sous la garde de Caron, vieillard aux cheveux blancs, longs et non peignés, dont les yeux flamboient, revêtu d’un manteau sale et troué. C’est lui qui, sur une petite barque, transporte les âmes sur l’autre rive, en les entassant de force dans son esquif, et criant : « Allez, âmes, aux ténèbres infernales, où vous subirez les dernières rigueurs de la chaleur et du froid. Renoncez à tout espoir de revoir jamais le ciel. » Et à peine arrivé au bord, il dépose son chargement au milieu de l’ordure. Puis il va recharger sans suspendre sa besogne. Non loin de la berge il y a une vaste caverne, dont l’entrée est gardée par Cerbère, aux trois têtes de chien, lequel aboyant effroyablement, épouvante, tourmente et dévore tout ce qui se présente devant lui.

TROISIÈME DIALOGUE

» E aci comença hom entrai' en Infern, en lo quai ha diuerses habitations separades les vues de les altres. En la primera estan les animes dels infants, e generalment de tota persona que no liage reebut babtisma, posât que liaia s ben viscut en lo mon . E no soferen pena alguna, sino tant solament gran tristor, coin no poden ne esperen hauer saluatio. E axi estan los gentils pliilosoffs e pohetes, els bons cauallers, e aquells qui han trobades arts, e les han diuul - 10 gades, e han aprofitat a molts en lo mon, entrels quais estan Tiresias eyo, e non podem exirjamay, sino quant Deu ho ordona, e puys tornamh i.

» Not penç pero que aquells qui son condemp - 91 nats a Infern ne isquen sino en quant | esguarden 15

» C’est ainsi que s’ouvre l’entrée de l’Enfer. On y voit divers départements séparés les uns des autres. Dans le premier sont les âmes des enfants, et celles de quiconque n’a point reçu le baptême, pourvu que sa vie ait été bonne sur terre. Point de châtiment pour ces âmes, grandement affligées de ne pouvoir espérer le salut. Dans cet état se trouvent les païens, philosophes et poètes, et les braves guerriers, et les inventeurs des arts, qui ont divulgué leurs découvertes, en rendant service à tant de gens. C’est là que nous habitons, Tirésias et moi. Nous ne pouvons sortir que sur l’exprès commandement de Dieu, pour y revenir après.

» Ne va pas t’imaginer que les condamnés à habiter en Enfer puissent en sortir. Le change-

mutatio de loch , no pas mutatio de pena; car aquella null temps los desempara.Los sants pares pero , qui apres la passio de aquell ver Deus e hom que tu adores y foren trobatsper ell en la primera S habitatio de Infern, en que Tiresias e yo som, no creeguets esser a aquesta leys ubiugats} car apres quen exiren, null temps hi son tornats.

» En altra habitatio esta Minos, molt cruel jutge , loqualexemina los demeritsde les animes io apres quels ha fet aqui deuant ell confessai' lurs delictes. Puys remet les a Radamantus, qui les animes a ell remeses jutge , atteses (sic) lurscrims e delictes. E donada per ell la sententia, encontinent aquelles , axi com a sageta volant, peri5 tints d aqui , van al loch lion son dampnades.

ment de lieu n’implique point le changement de pei ne ; celle-ci les suit toujours et partout. Quant aux saints patriarches qui, après la passion de celui que tu adores, furent par lui trouvés dans ce premier département où nous habitons, Tirésias et moi, ils ne sont pas soumis à cette loi. Et de fait, une fois sortis, ils ne sont plus revenus.

» Dans un autre département se tient Minos, juge sans pitié. Il examine les fautes des âmes, après leur avoir arraché devant son tribunal l’aveu de leurs délits. Il les renvoie ensuite à Rhadamanthe, qui juge les âmes à lui renvoyées, d’après leurs crimes et délits. Aussitôt qu’il a prononcé la sentence, elles, aussi vite que la flèche volante, partent de là et vont au lieu de leur damnation.

TROISIÈME DIALOGUE

)) E a la exida de aquesta abitatio , trobe hom un cami fort aspra, per lo quai passant dejus lo gran palau de Pluto, subiran princep de Infern, va hom als pus pregons he terribles 92 Inferns, hon ha | primerament vna gran ciutat 5 circuhida de très murs fort alts, he de vn riu fogueiant appellat Flegeton. E hay vn gran portai les colones del quai son de diamant , e sobre aquelles esta vna torra de ferro fort alta, deuant la quai seu Thesifone, ab vestidura ï0 sangonosa, he vetlant continuament , bat les animes cruelment, ensemps ab les germanes suas que dessus lias hoydes , ab serpents quels pengen per los caps avall , a manera de ca bells. K

» En quittant ce département, on trouve un chemin très rude qui passe sous le palais de Pluton, souverain maître de l’Enfer, et aboutit aux lieux les plus bas de ces régions infernales, lieux horribles, où l’on voit tout d’abord une grande cité entourée d’une triple enceinte de murs très hauts et d’un fleuve de flammes, nommé Phlégéton. Les colonnes du grand portail sont de diamant; elles supportent une très haute tour en fer, devant laquelle est assise Tisiphone, revêtue d’une robe couleur de sang. Toujours éveillée, ainsi que ses sœurs dont tu sais déjà les noms, elle bat cruellement les âmes avec les serpents qui s’enroulent autour de leur tête et s’allongent comme les cheveux.

» E ensemps ab Cacus (sic), molt cruelment jutge, porten a executio la sententia que a les dites animes haura donada lo dit Radamantus.

E aqui son punides les animes de lurs peccats,

5 perticularment segons lurs crims que viuent hauien comesos.

» A la entrada de la quai ciutat esta Megera , molt cruel he terribla, qui a aquells dona ço que merexen . Los ergullosos son gitats he tur- 10 mentais en lo pus pregon loch quey es, entre molt gel e sutqura, quels cobre tots exceptât lurs cares , | de les quais ixen espesses fiâmes 93 de foch. Los luxuriosos son turmentats per voltors qui incessantment mengen lurs fetges 15 inmortals . Los quais apres que son quaix men -

» De concert avec Eaque, juge sans entrailles, elles exécutent la sentence portée contre les âmes par Rhadamanthe. C’est là que les âmes sont punies de leurs péchés, à proportion des crimes commis par elles pendant la vie.

» A l’entrée de la cité se tient Mégère, furie redoutable et furieuse, qui traite chacun selon ses mérites. Les orgueilleux sont précipités et torturés dans un abîme d’une profondeur sans pareille, au milieu d’une boue glacée qui les enveloppe entièrement, excepté leur visage d’où jaillissent d’épaisses flammes. Les luxurieux sont torturés par des vautours acharnés à dévorer leur foie toujours renaissant, dont ils se repaissent incessamment, sans que la pâture s’épuise jamais. Autour d’eux, quantité de porcs

TROISIÈME DIALOGUE

jats he destrouits tornen renexer. E molts p or chs sut^es he fort pudents estanlos entorn, lepant lurs boques he cuxes. Los auariciosos , e aquells qui han mal tractat lurs pares, /rares e seruidors, e qui de lurs riqueses no han volgut $ ter part a lurs parents e amichs, e han seguit guerres injustes, he enganat lurs Senyors, tenen deuant viandes reaiment he merauellosa aperallades. E Meguera, seent en vn lit merauellosament parat, veda als dessus dits ab gran 10 rigor pendra de la dita vianda, de la quai se desigen molt sadollar. Puys donels a heure ab grans vexells aur fus huilent, quils hix encontinent per la pus jusana part del coi's. Los golosos mengen lurs membres fort glotament; 15

très sales et puants lèchent leur bouche et leurs cuisses. Les avares et ceux qui ont maltraité leurs parents, leurs frères, leurs serviteurs, et ceux qui n’ont pas voulu faire part de leur fortuneà leur famille et à leurs amis ; de même que ceux qui ont poursuivi des guerres injustes, et ont trahi leurs maîtres ; tous ceux-là ont devant eux des mets préparés avec un luxe royal. Ils voudraient bien y porter la main et s’en rassasier; mais ils en sont empêchés par Mégère, qui est assise sur un lit admirablement paré, et qui se montre impitoyable. En revanche, elle leur sert à boire, dans de grandes coupes, de l’or fondu, tout bouillant, qu’ils rendent aussitôt par la partie la plus infime du corps. Les gourmands dévorent très gloutonnement leurs membres;

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puixs giten per la boca ço que | han menjat , he 94 encontinent tornen ho menjar. Los irosos corren amunt he auall, com a rabiosos, e baten cruel ment si mateixs , e aquells qui entorn los estan.

5 Los enueiosos giten veri pudent per la bocha, puys tornen lo beure, he estan fort magres he descolorits, ab los hulls grochs e plorosos. Los pererosos seuhen en cadires clauades de claus fort lonchs he espessos, he entorn de aquells 10 ha gran foch quils fa moure continuament ; e donels per la cara neu e gran tempesta de vent e de aygua gelade.

» Part açOy alguns roden grans roques ab lurs caps incessantment, per ço com son estats 15 reuelladors de secrets , e han enganats, robats

puis rejettent par la bouche ce qu’ils viennent de manger, et incontinent après ils recommencent. Les colériques se livrent à des courses folles, comme des enragés ; ils se battent cruellement eux- mêmes, et battent leur entourage. Les envieux rejettent par la bouche un venin infect, qu’ils avalent de nouveau. Ils sont fort maigres et pâles, avec des yeux jaunâtres et larmoyants. Les paresseux sont assis sur des chaises hérissées de longs clous serrés, dans un cercle de feu qui les oblige à se mouvoir sans repos, tandis que leur visage est exposé à une furieuse tempête de vent et de pluie glaciale.

» En outre, on en voit qui, sans repos, font rouler avec leur tête d’énormes rochers, pour avoir révélé des secrets, et trompé, volé ou tué

TROISIÈME DIALOGUE

e morts aquells qui en élis sefiauen. Altres son portats entorn ab grans rodes, e pugen amunt e deuallen continuament , per ço com son estats ambiciosos. Altres jauhen dejus grans roques, e son greument premuts per aquelles , cridants > 95 altament : | « Apreneu de fer justifia, e de non menyspresar Deu . »

» A qui estan semblantment aquells qui han traliida la patria, e la han subjugada a tir ans, e per peccunia han ordonades e retractades 10 leys, hordinations he estatuts no degudament , e qui han jagut carnalment ab lurs filles he cosines. Altres meten continuament ayga en vaxells qui no han fons, cuyden les (sic) om plir; e treballans en va no poden, per ço com i>

ceux qui avaient mis en eux leur confiance. D’autres tournent sans cesse, emportés par de grandes roues, qui les font successivement monter et descendre : ce sont les ambitieux. D’autres sont couchés tout de leur long sous d’énormes rochers, qui les écrasent lourdement, et ils crient de toute leur force : « Apprenez à respecter la justice età ne point mépriser Dieu. » » Là se trouvent également ceux qui, après avoir trahi la patrie, l’ont asservie aux tyrans; et ceux qui, pour de l’argent, ont trafiqué des lois, proposant ou abrogeant sans pudeur des ordonnances, des statuts; et ceux qui ont eu commerce avec leurs filles ou leurs proches parentes. D’autres versent sans cesse de l'eau dans des vases sans fond. Et c’est en vain qu’ils

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