‹ Le songe de Bernat Metge, auteur catalan du XIVe siècle;Chapitre 8 sur 34 · I SO · texte numérisé non relu

I SO

han desijat mort de altre, he anelat en aquella; jatsia no haien lur desig complir (sic). Altres van com orats e furiosos, corrent e cridant continuament y per ço com per complir lurfoll voler mataren lurs fills . Altres son cechs e sens hullsy e tenen deuant taules ben parades, ab molta bona vianda ; e venen arpies, que son aucells ab cara de donçella, e ab peus de gall, quils leuan la vianda deuant, e apres ensutqen los les taules per ço com viuint exorbaren e maltractaren lurs fills | per complaure a lurs mullers madastres d aquells.

» Mas quem cal tenir temps en aço? Vull que sapies, que si era possible que cent anys nos

s’efforcent de les remplir. Ce sont ceux qui ont ardemment désiré la mort d’autrui, lors même que leur désir n’a point reçu satisfaction. D’autres sont emportés d’une course furieuse, comme des fous, criant continuellement. Ce sont ceux qui, pour accomplir leurs desseins insensés, tuèrent leurs enfants. D’autres, qui ont perdu la vue avec les yeux, sont assis devant des tables bien dressées et chargées de mets exquis, sur lesquelles fondent des harpies, sorte d’oiseaux qui ont le visage d’une vierge et les pattes d’un coq. Elles enlèvent les mets et souillent les tables, en punition de ce qu’ils firent de leur vivant, aveuglant et maltraitant leurs enfants pour complaire aux marâtres leurs femmes.

» Mais à quoi bon passer le temps à raconter tout cela? Sache bien, que s’il nous était permis

TROISIÈME DIALOGUE

poguessem rahonar tu e yo continuament de aquesta matériel , not poria exprimir les penes que en Infern soferen los condempnats.

— Coses noues , e nul l temps per mi hoydes, has dit, respongui yo ; les quais me han axi 5 alegrat com la claredat ha aquells qui son en ienebres, e repos als cansats. Solament me occoren très dubtes de quem volria ab tu certifieur, si enuig not era . Hoyt he lest he moites vegades esser pur gatori e paradis. Volria saber 10 que son ne en quai part. No resmenys, si les coses que mas dites d Infern son axi a la letra com has dit. Car hoyt he moites coses que semblen mes pohetiques que existents en fet.

de nous entretenir ensembledurant cent années de suite sur un pareil sujet, je ne saurais t’énumérer toutes les peines que subissent les damnés en Enfer.

— Tu viens de me raconter, répondis-je, des choses tout à fait nouvelles et inouïes, qui m’ont fait autant de plaisir que la clarté du jour à celui qui est plongé dans les ténèbres, et le repos à celui qui est las. Seulement, il me serait agréable, si tu le voulais bien, de m’éclairer au sujet de trois points douteux. Je sais, pour l’avoir ouï dire et lu maintes fois, qu’il est un Purgatoire et un Paradis. Mais quels sont-ils et où sont-ils, voilà ce que je voudrais savoir; et puis, si les choses de l’Enfer que tu m’as racontées sont à la lettre telles que tu l’as dit, car il en est dans le nombre qui me paraissent plus poétiques que

Encara mes , s il foch el gel que son en Infern son hu ho molts. Car dit lias que diuerses habitations e penes hi ha. E perdonam , si hi | aiust 97 lo quart , car desig de saber men força : Si 5 Infern es sobre 0 dejus terra.

— De purgatori e paradis, dix ell, notsabria dir noues, car null temps hi fuy. Per la pena que ton Senyor qui aci es présent so fer pots hauer clara conexença que es purgatori . Para - 10 dis no enten que sia als sino veura Deu, e hauer compliment de sobiran be, lo quai y 0 no esper veura jamay, solament per ço com done fe a pluralitat de deu[s]; no hauer reebut baptisma, nom ha condampnat, car no era manat encara.

réelles; et enfin, si le feu et la glace de l’Enfer sont uniques ou multiples : tu as dit, en effet, qu’il y a des départements et des châtiments divers. Et pardonne-moi d’y ajouter un quatrième point, puisque je n’obéis qu’au désir de savoir : L’Enfer est-i 1 au-dessus ou au-dessous delà terre ?

— Je ne saurais te renseigner sur le Purgatoire et le Paradis, n’y ayant jamais été. D’après la peine que souffre ton maître, ici présent, tu peux avoir la connaissance très nette du Purgatoire. Quant au Paradis, je ne conçois pas qu’il puisse être autre chose que de voir Dieu et avoir la plénitude du souverain bien. Quant à moi, je n’espère point le voir jamais, pour avoir cru la pluralité des dieux; sans avoir été condamné faute d’avoir reçu le baptême, lequel n’était pas obligatoire en ce temps-là.

TROISIÈME DIALOGUE

» Demanat has mes encaraa mon parer si les coses quet lie dites d Infern son en la forma que lias hoyt. Sapies que hoc.

— Diras per ventura hoc. Mas dir que en infern sian Cerberus, Minos, Radamantus, Me - $ géra, Tesifone, Pluto, Caron e molts altres que has nomenats; cosa pohetique es, e no es hom tengut creura que axi sia ; car los poeteshan parlât ab integuents(sic) e figures, dins l escorsa de les \

98 quais se amaga als que no dien expressament. 10

— E yot dich que élis non han dit de bades; pero si voler has lo teu enginy despertar en profundament entendre aquells qui d aquesta matériel han tractat, veuras que jot dich ver.

» Tu m’as demandé, en outre, si les choses que je t’ai racontéesde l’Enfer sont telles réellement que je l’ai dit. Tu peux en être certain.

— Oui vraiment, à t’en croire; mais dire qu’il y a aux enfers un Cerbère, un Minos, un Rhadamanthe, une Mégère, une Tisiphone, un Pluton, un Caron, sans compter les autres que * tu as nommés, c’est pure fiction poétique. Nul n’est tenu de croire qu’il en soit ainsi, les poètes ayant parlé par allégories et figures, dont l’enveloppe cache autre chose qu’ils laissent deviner sous leur langage.

— Evidemment ils n’ont point dit de vaines paroles. Si tu veux appliquer ton intelligence à approfondir les écrits des auteurs qui ont traité cette matière, tu t’assureras que je suis dans le vrai. Je me contenterai pour le moment de te

De vna cosa solament te auisare apresent. Sapies qn els pr inceps d Infer n e aquells que dessus lie nomenats, qui donan pena ha altres, son dimonis, els pacients, aquelles son animes d alguns qui viuent hauien mal obrat en lo mon . Los philosoffs e poetes gentils han axi nomenats los dimonis dessus dits, e no sens gran causa, la quai séria longa exprimir , e no es de la présent especulatio. Appellals tu com te voir as; car be sabs que, segons la diuersitat dels lengatges, cascuna cosa es nomenada en diuerses maneres, e segons lo plaer e voler de aquell qui nom los imposa. Bet certificli de vna cosa, que per molt quey aprims lo teu enginy, nols nomenaras, altesa | lur proprietat e ma-

faire une simple réflexion. Sache donc que les puissances de l’Enfer et tous les personnages déjà nommés, qui président aux supplices, sont des démons, et que leurs patients sont les âmes de ceux qui durant leur vie terrestre firent le mal. Ces démons tiennent leurs noms des philosophes et des poètes païens, qui ont eu leurs raisons pour les nommer ainsi. Ces raisons, il serait long de les déduire, et ce n’est pas le moment de le faire. Nomme-les comme il te plaira. Tu sais bien que toutes choses reçoivent des noms différents, selon les variétés du langage, et le bon plaisir de celui qui les désigne par un nom. Ce que je puis t’assurer, c’est que tu ferais de vains efforts d’esprit pour les nommer, eu égard à leurs attributions, avec autant de

TROISIÈME DIALOGUE

. nera tant propriament com han los philosoffs e poetes dessus dits .

» Mes auant lias demanat s il foch el gel d Infer n son hu ho molts; e si Infer n es sobre ho dejus terra. Vols me demanar als o no? 5

— Qiiant al présent, no vull als demanar. Respon, sit plaitra ha aço.

— Noy vull respondre, dix ell, car no cal .

E per quet fingeys pus ignorant que no est ? Lexa aytals interrogations a homens ill itérât s, 10 rudes e no sauis.

— En lo nombre de aquexs reput esser, digui yo.

— No has mostrat que ho sies, dix ell, en lo ra honament que has agut ab ton Senyor he ab mi. 15

propriété que les susdits philosophes et poètes.

» Tu as demandé en outre si le feu et la glace d’Enfer sont uniques ou divers, et si l’Enfer est au-dessus ou au-dessous de la terre. As-tu, oui ou non, autre chose à me demander?

— Pour le moment, je ne te demande plus rien. Réponds seulement à mes questions, s’il te plaît.

— Je ne saurais y répondre, dit-il, par convenance. Pourquoi donc affectes-tu de paraître ignorant? Ces questions ne conviennent qu’à des gene illettrés, grossiers et incultes.

— Mais il me semble, répondis-je, que je suis de ceux-là.

— Je ne m’en suis pas douté, reprit-il, en t’entendant parler à ton maître et à moi.

Ladonchs Tiresias se près a riure, he murmurant vn poch, tantost calla . E yo dreci les horelles vers ell, e no pogui als hoyr sino :

« Anit veurem qui es saui ho no, » E yo, cobe- 5 rant saber per que ho hauia dit, dissimule hauer ho hoyt, E com pus graciosament pogui digui a Orpheu : « Placiet cer | tificar me breument i de ço quet he demanat, »

— Tant breu to dire que no pore pus. Lo foch io d’Infeni hu es, he lo gel semblantment, he turmenta cascu segons la qualitat del delicte que haura cornes; mas diuersament, axi com fa lo sol en lo mon, qui a tots gita ardor; mas no la sent en cascuns en vna manera. « Si Infer n es

Là-dessus Tirésias se prit à rire, et après avoir marmotté un peu, il se tut. Et moi, dressant les oreilles de son côté, je ne pus saisir que ces mots : « Nous verrons cette nuit qui est sage, et qui ne l’est pas. » Et tout désireux que j’étais de savoir pourquoi il l’avait dit, je fis semblant de ne l’avoir pas entendu. Puis, m’adressant à Orphée, le plus gracieusement du monde : « Veuille bien, lui dis-je, répondre brièvement à mes questions. »

— Ma réponse sera aussi brève que possible. Un est le feu, et une est pareillement la glace d’Enfer. Le tourment qui en résulte est en rapport avec la nature de la faute de chaque coupable; divers dans ses effets, comme la chaleur du soleil que tous les habitants du monde sentent, mais non uniformément. Quant à la

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sobre ho dejus terra », quem ho cal replicar ? J a te dit dessus , sit recorda, que dejus terra es, e no sens raho. Car les animes fexugues per vicis no poden tornar al cel don son vengudes, per lo gran carrecli que porten. Con élis (sic) donchs naturalment que cayguen en lo centra de la terra, axi com a loch a elles apropriat. Mes encara, be sabs tu que Deu es subirana bonesa, e los peccadors son axi fets mais per lo peccat, que necessari es que sien superlatif uament remoguts e lunyats de Deu, axi com de lur contraru E tôt hom creu, e axi es, que Deu esta en lo cel, e no es alguna part pus 101 luny quel | centra de la terra . Coue donchs

question : «L’Enfer est-il au-dessus ou audessous de la terre, » ai-je besoin d’y répondre? Je t’ai déjà dit, s’il t’en souvient, qu’il est sous terre. La raison en est claire. En effet, les âmes, alourdies par les vices, ne peuvent remonter au ciel, d’où elles viennent, à cause du lourd fardeau qui les accable; de sorte qu’elles sont naturellement entraînées au centre de la terre, comme au lieu qui leur convient. D’ailleurs, tu sais bien que Dieu est la souveraine bonté. Or, le péché rend les pécheurs si mauvais, qu’il est de toute nécessité qu’ils soient éloignés et repoussés le plus loin possible de Dieu, comme de leur contraire. Aussi tout le monde croit, ce qui est vrai, que Dieu est au ciel, duquel le centre de la terre est le point le plus distant. C’est donc en ce lieu, qui se trouve à la plus

en aquell, axi com a pus lunyat he remogut de Deu sufiren lapena que merexen .

— Bem recorda, digui yo, que dit hauies que en vna fort alta muntanya era la entrada 5 de Infern; e quey hauia grans cauernas he concauitats. Mas yo crehia que no dcuallassen tro al centra de la terra, sino que exissen en qualque part del mon, axi com fan moites altres concauitats.

io — Haya assats durât, dix Tiresias, aquex parlament, car d altre materia hauem a tractar abans que hich pertiscam, e no hauem temps.

Encontinent Orplieu calla, e yo, axi com aquell qui hauia gran desig de lioyr ço que dir me deuia, preguel justament quem volgues

grande distance de Dieu, que les pécheurs doivent subir le châtiment qu’ils méritent.

— Il me souvient, dis-je, que tu as dit que l’entrée de l’Enfer était percée dans une haute montagne, où il y a de profondes cavernes. A vrai dire, je ne croyais pas que ces cavités descendaient jusqu’au centre de la terre, et que, comme tant d’autres, elles aboutissaient à quelque endroit du monde.

— Voilà un entretien qui a duré assez longtemps, dit Tirésias. Le temps presse, et, avant de nous séparer, il nous reste à traiter d’autres sujets.

Tout aussitôt Orphée se tut. Et moi qui désirais vivement apprendre ce qu’il avait à me dire, je le suppliai avec instance de vouloir bien pour-

TROISIÈME DIALOGUE

acabar ço que mania començat explicar dessus. Ladonchs ell comença a falegar ab la vna ma la sua barba , e guardant fellonament vers mi, ab lo basto que ténia en l altre ma dona gran colp en terra, dient : « O de quanta calitja de 5

102 tenebres | son abrigats los desigs dels homens. Pochs son qui sapien elegir ço que deuen desi jar. E sola causa de aquesta error es ignorantia

103 de be. Tôt hom comuna | ment (Le folio s 4 n’a qu'un peu plus de quatre lignes au recto; le verso est en blanc. Le verso io du folio 43 a dix lignes effacées , qui se retrouvent ici. Il n’y a donc pas de lacune.) lo desige, mas liol COJieix. MoltS qui son dessebuts en aço han desijat régnés , potenties, riqueses, fauor popular, eloquentia, sollempnes matrimonis, amor de doues, lie altres 15

suivre jusqu’au bout l’explication commencée. Alors Tirésias se mit à caresser d’une main sa barbe, puis se tournant vers moi d’un air courroucé, avec le bâton qu’il tenait de l’autre main, il frappa violemment la terre, en s’écriant : « Ah! quel ténébreux brouillard enveloppe les désirs des hommes! Qu'ils sont rares ceux qui savent faire un choix parmi leurs désirs ! L’unique cause de cette erreur, c’est l’ignorance du bien. Ce bien, chacun le désire sans le connaître. Combiendedéceptions parmi ceuxqui,en grand nombre, ont désiré la royauté, la puissance, la fortune, la faveur publique, l’éloquence, de grandes alliances, l’amour des femmes, et autres félicités terrestres! Et leurs vœux remplis, ils y ont trouvé leur perte. Est-ce donc

felicitats mundanals. E han les aconseguides, puys se son perduts per aquelles. No es be aquell, que aconseguit fa viure ab congoxa, e desempara lo possehint.

S » Entens me tu ara; e si mantens (sic), sabras traure d aquestes par aules lo such qui exir ne deu.

— Bet enten, digui ho. Mas no son cert quen exira, si donchs no vols concloure que no es io altre be sino Deu.

— No son ad, dix ell, per prouar aquexa conclusio, car notori es a tôt hom qui de raho vulla vsar, e maiorment qui liage lest , e am scientia. Mas vull te mostrar , que en les felici - 15 tais mundanals no ha be, sino sola ymatge

un bien que celui qui, une fois acquis, empoisonne l’existence, et abandonne le possesseur ?

» Ecoute- moi bien à présent. Et si tu m’écoutes, tu sauras extraire la substance de mes paroles.

— Je suis tout oreille, dis-je; mais je ne sais trop ce qui sortira de tes discours, à moins que tu ne prétendes qu’il n’est point d’autre bien que Dieu.

— Je ne suis pas ici, dit-il, pour soutenir cette thèse, d’ailleurs évidente pour quiconque veut faire usage de sa raison, et particulièrement pour les esprits cultivés par la lecture. Je veux te montrer seulement que les félicités terrestres n’ofFrent que l’apparence du bien. Et en admet-

TROISIÈME DIALOGUE

d aquell. E posât que ni haje, nol pot hom aconseguir sino ab esser content ,

— Not cal tenir temps en aço, diguiyo, que per clar ho he. La maior part dels philosoffs, doctors e poetes axi chrestians com gentils , s ho han dit , he experientia que ho mostra.

104 — Donchs, dix ell , | perque no est content

de ço que has?

— la ho son , diguiyo.

Ladonchs ell se près a riura fort frescament, 10 puys posant me la vna ma sobrel coll, dix :

« lo boch jau en lo las. »

— Hoc, digui yo, pren me per descaminat.

— Ara not enfellonesques, dix ell. Tu dit has dessus que âmes he est amat coralment 15

tant qu’il soit réel, on ne peut l’obtenir que par le contentement.

— Ce n’est pas la peine, dis-je, de prouver une chose qui me paraît évidente de soi, et par l’expérience, et par les assertions des philosophes, des docteurs et des poètes, tant chrétiens que païens.

— Eh bien! donc, dit-il, pourquoi n’es-tu pas content de ce que tu as?

— Mais, je le suis, dis-je.

Et lui alors, avec un franc éclat de rire, me mettant une main sur le cou : « Voilà, dit-il, le bouc près de tomber dans le piège. »

— Oui, repris-je, prends-moi pour un égaré.

— Ne va pas te fâcher, dit-il. Tu as dit tout à l’heure que tu aimes, et que tu es aimé de tout

per vna dona que eguala, o sobvepuja tota dona viuent, en sauiesa , bellesa e gratiositat.

E aquesta es ta muller , o no? Si es ta muller, folament has parlât , car lias loat tu mateix,

5 per ço com ella es carn de la tua carn , e hos dels teus hossors. E loar si mateix , si Aristotil a dit ver , es cosa fort vana. Si no es ta muller, no pots dir que sies content de ço que has; car esser content no es als sino repo io sar en son desig he abstenirse de cobeiar coses superflues. E com al hom majorment catholich, axi com tu, dega bastar vna fembra, ço es, sa muller; segueix sa necessariament, que de dues coses sia la vna, ço es, o que | tu sies foll, he io5 i) va per tal com has loat tu mateix; o no sies

cœur par une femme qui n’a point sa pareille en ce monde pour la sagesse, la beauté et la grâce. Est-elle, oui ou non, ta femme légitime? Si elle est ta femme, tu as parlé follement en louant celle qui est la chair de ta chair et les os de tes os. Et c’est folie, si Aristote a dit vrai, que de se louer soi-même. Que si elle n’est pas ta femme, tu ne saurais dire que tu es content de ce que tu as, puisque être content n’est pas autre chose que se reposer en son désir, et s’abstenir de convoiter le superflu. Or, si l’homme doit se contenter d’une femme, et à plus forte raison quand il est catholique, comme toi, à savoir de la sienne, il suit nécessairement de là de deux choses l’une : ou tu es fou, et il y paraît, puisque tu t’es loué toi-même; ou bien tu n’es

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content de ço que lias, e per conséquent no haies lo be que pot esser en félicitât mundanal.

Si foll est, bon proposit he. Si no est content, freturas de félicitât, la quai tu entens que sia fort gran en amar dones. E es na occasio sola 5 ignorantia. Si d aquesta vols garir, en ta ma es,

— Al argument quem lias fet no respondria , digui yo, net comenaria la cura de la mia malaltia, sin (sic, l. fin) e tro que sapia clara - 10 ment tos afers, el poder que lias de guarir mi.

Ladonchs ell ab alegra cara, e ab paraules fort suaus, e gest madur dix: « En lo temps de Edippus, Rey de Tebas, nasqui, e fuy phi losoffs assats famos he couinentment instruit en 15

point content de ce que tu as, et dans ce dernier cas, tu ne possèdes point le bien que peut renfermer la félicité terrestre. Si tu es fou, mon dessein est excellent. Et si tu n’es pas content, tu manques de ce bonheur que tu fais consister essentiellement en l’amour des femmes. Et tout cela uniquement par ignorance. Il dépend de toi de te guérir de ce mal.

— Je ne saurais répondre, dis-je, à ton raisonnement, ni te confier le traitement de ma maladie, sans savoir d’abord parfaitement à quoi m’en tenir sur ton compte, et si tu as de fait le pouvoir de me guérir.

Et lui alors, d’un air joyeux, avec des paroles bien douces et une attitude calme, il dit : « Je suis né du temps qu’Œdipe régnait à Thèbes.

methematique. Vna filla agui appellade Man cho, que en nigromentia e altres arts per los catholichs reprouades no fo menor que Medea. Per ma ventura passant per vn riu, en vna 5 selva, trobe \ dues serpents, vna masculina, 106 altre femenina, ques era[n ] ajustades carnalment. E a b aquest basto que tench en la ma donels vn gran colp. E encontinent fuy mudat en fembra. En tal estament fuy per espay de 10 vij anys. Passais aquells, vnjorn trobe les dites serpents ajustades, en la forma dessus dita, e digui : « Si tant gran es lo poder de la vostra nafra, que per virtut de aquella contraria mu tatio se seguesqua, altre vegade vos batre, e 15 de fet axis segui ». Tantost fuy transfor -

J’étais connu comme philosophe renommé, et très versé dans les mathématiques. J’avais une tille du nom de Manto, dont le savoir en nécromancie et en d’autres sciences réprouvées par les catholiques ne le cédait point à celui de Médée. Le sort voulut qu’en longeant une rivière, au milieu d’une forêt, je rencontrasse deux serpents, mâle et femelle, qui s’étaient accouplés. Je leur donnai un grand coup de ce bâton qui est dans ma main, et tout de suite après je fus changé en femme. Je restai en cet état l’espace de sept ans. Au bout de ce temps, je rencontrai un jour les mêmes serpents accouplés, exactement comme la première fois, et je dis : « Si telle est la vertu de votre blessure, qu’il puisse s’ensuivre un changement contraire, je vais

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mat en la primera figura, segons que debans era.

» Seguis a cap de temps, que com Jupiter e Juno jaguessen mius en lur lit, hauents aquell délit, que marit lie muller acostumauen hauer, Jupiter dix que molt major era la luxuria de la fembra que del hom. Juno respos lo contraria Haguda entre élis gran disceptio sobre aço, concordaren ensemps que per tal com yo hauia expérimentât cascuna natura, fosjutge de la io yquestio j dessus dita, axi com aquell qui mils ho deuia saber que altre. Hoydes les râlions de cascuna part, digui que la luxuria de la fembra sobrepujaue très vegades aquella del hom. Tantost Juno, molt irada d aço, vsant

vous frapper de nouveau. » Ce qui fut fait. Et aussitôt je fus changé en ce que j’étais auparavant.

» Or, il arriva, quelque temps après, que Jupiter et Junon étant couchés nus dans leur lit, se livrant au plaisir habituel des époux, Jupiter prétendit que la volupté de la femme surpassait de beaucoup celle de l’homme. Junon soutenait le contraire. Ils eurent là-dessus une chaude discussion, et finalement ils convinrent de me soumettre le sujet du débat, à cause que, connaissant par expérience les deux sexes, je devais, mieux que personne, savoir à quoi m’en tenir. Après avoir ouï les raisons des deux parties, je déclarai que la volupté de la femme était trois fois plus grande que celle de l’homme. Et

de la sua acostumada iniquitat , tolguem no solament la vista, mas los vils . Jupiter veent que per dir veritat yo hauia encorragut ten gran dampnatge, en compensatio d aquell do - 5 nam espirit de diuinatio . E mentre visqui en lo mon, done moites respostes veres de ço que la gent me demanaue ques deuie seguir en l esdeuenidor .

» Ara sabs mos fets, e sit puch curar de ta io malaltia, respon clarament el argument, e nom mens per circuhitions .

— No povia mantenir, digui yo, que sia content de ço que lie. Car a la veritat la dona que tant am no es ma muller. Sapies que molt

tout de suite après, Junon, furieuse, avec son iniquité habituelle, me priva tout ensemble de la vue et des yeux. Jupiter, considérant que j’avais encouru un tel dommage pour avoir dit la vérité, m’accorda en compensation l’esprit de prophétie. Aussi longtemps que je fus de ce monde, je donnai des consultations excellentes sur les cas que l’on me proposait en vue de connaître l’avenir.

» Te voilà donc au courant de mes affaires. Tu sais maintenant si je puis te guérir de ton mal. Réponds donc avec netteté à mon raisonnement, et fais-moi grâce des circonlocutions.

— J’aurais tort, répondis-je, de persister à soutenir que je suis content de ce que j’ai. Il est de fait que la personne que j’aime tant n’est point ma femme; et, s’il faut le dire, je l’aime

TROISIÈME DIALOGUE

mes am aquella sens comparatio alguna. Be es veritat que ma muller aytant la am com los 108 marits | acostumen.

— Pus lias atorgada veritat , dix ell, lo joch te estranyare en br eus par aules. Hom del mon no pot hauer félicitât, qui pos sa amor en dona. Ecreu na a mi qui no ignor lurs costums.

— No en sa muller, digui y 0?

— No en sa muller, respos ell, ne en altra.

— A rat confes, digui yo, que a mi es necessaria la tua cura. Maiorment si rahonablament me pots prouar, que axi sia com lias dit, car lo contrari e ymaginat lie creegut tostemps.

Ladonchs ell qui, axi com aquell qui ab gran

bien plus, sans comparaison. A la vérité, j’ai pour ma femme l’affection ordinaire des maris.

— Puisque tu as dit vrai, reprit-il, je te ferai raison en peu de mots. Il n’est personne au monde qui puisse être heureux en donnant son amour à une femme. Je les connais à fond, et tu peux t’en rapporter à moi.

— Eh! quoi, pas même à la sienne? demandai-je.

— Non, pas même à la sienne, reprit-il, ni à nulle autre.

— Pour le coup, répondis-je, je t’avoue que j’ai besoin de ton traitement, surtout si tu peux me prouver qu’il en est ainsi que tu l’as dit, contrairement à ce que j’avais pensé et cru jusqu’ici.

Alors lui, comme s’il voulait parler, à ce

effectio, a mon juy, volia parlar, baxa lo cap vn pochy e alçant los musclos, estes la ma vers mi dient : « La rael he principal causa del teu mal es com no sabs la proprietat he maneras S de fembra; car si non ignoraues , no sériés de la oppinio que est. Per ço quen siescert, atten be aço quet dire.

» F fembra es animal imperfet, de passions fdiuerseSy desplasents, e abhominables, passio io nant; \ no amant altra cosa sino son propri cors 109 e délits. E s ils homens la mirauen axi com deurien ; pus haguessen fet ço que a generatio hnmana pertany , axi li fugiren com a la mort .

No es animal en lo mon menys net que fem - 15 bras. Si entens que not digue ver , prin ten

qu’il me semblait, avec beaucoup d’affection, il inclina légèrement la tête ; puis, haussant les épaules, il étendit la main de mon côté, en disant : « La cause essentielle et radicale de ton mal, c’est l’ignorance où tu es de la nature propre des femmes, ignorance sans laquelle tu penserais tout autrement. Pour n’avoir plus de doute, écoute bien ce que je vais te dire.

» La femme est un animal imparfait, sujet à diverses passions répugnantes et hideuses, rempli non pas d’amour, mais de passion, d’une passion exclusive pour son propre corps et ses plaisirs. Si les hommes la regardaient comme ils devraient le faire, aussitôt après avoir rempli la fonction génératrice, ils la fuiraient comme la mort. Il n’y a point au monde d’animal moins

TROISIÈME DIALOGUE

esment en lurs necessitats ho malalties, no solament a totes comunes, mas particulars, les quais serien ver gony oses exprimir . E no hauras poch fet que ho cône gués; car elles saben be celar lurs secrets; e conexents si mateixes, S tenen per bestia tôt hom qui mirant lur crosta defora, car als ?to sen pot veura, les ama ho les desija, 0 les ha en alguna reputatio. Elles conexents lur defelliment, volen que hom pens que haien moites coses que natura nols ha 1 donat. E per hauer especialment la carn tuent e clara , no curants quen enuelleixen abans de lur temps , perden les dents, e puden fortment ; sino que les aygues, perfums, algalia, ambre noe coses | aromatiques que porten, suplexen lur 1

propre que la femme. Que si tu mets en doute la vérité de mes paroles, tu n’as qu’à considérer leurs besoins et infirmités, soit communes à toutes également, soit particulières, qui ne sauraient être décemment exprimées. Et tu auras quelque mériteà lesconnaître, car elles excellent à cacher leurs secrets. Se connaissant elles-mêmes, elles tiennent pour imbécile tout homme qui, s’arrêtant à l’enveloppe extérieure, la seule partie qui soit visible, les aime, les convoite ou en fait quelque cas. Sachant tout ce qui leur manque, elles entendent que Ton croie qu’elles ont bien des choses que la nature ne leur a pas données. C’est ainsi que pour avoir le teint clair et brillant, sans se soucier de vieillir avant l’âge, elles perdent les dents, sentent mauvais. Il est vrai

j oudor. Pintense ab innumerables enguents e colors ; e per ço que mils ne pu x en venir a la fi que desigen, aprenen de destillar, de fer vnta ments, de conexer erbes, e saber leur virtut, e 5 la proprietat de les figues seques, del vermeil del hou , del pa fresch de pura ferina pastat, de les faues seques e de lur aygua, de la sanch lie sagi de diuersos animais, e de la let de la somera. Lurs cambres e altres lochs secrets ro trobaras plens de fornells , d alembichs, d ampolles, de capses e de altres vaxells peregrins, plens de les confections que ab gran estudi hauran aperellades a lur pintar, ab ajuda de molts. Car no hauran algun espetial vehi ho

que les eaux de senteur, les parfums, l’ambre et autres drogues aromatiques leur servent à masquer les mauvaises odeurs. Elles se fardent avec d’innombrables pommades et couleurs, pour mieux en venir à leurs fins. Elles apprennent à distiller, à composer des liniments, à choisir des herbes dont elles connaissent les vertus. Elles savent les propriétés des figues sèches, du jaune d’œuf, de la mie fraîche du pain de pur froment, des fèves sèches trempées dans l’eau, du sang et de la graisse de divers animaux et du lait d’ânesse. Dans leurs chambres et cabinets secrets, se trouvent des fourneaux, des alambics, des pots, des boîtes et d’autres récipients étranges remplis des confections préparées avec beaucoup de soin pour leur servir de fard, en s’aidant de beaucoup de

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hortola qui per elles no sia terriblament occupât. A Iguns per fer argent sublimât , argentade, pomade liriade, e mil lauadures lie vntaments. nAltres per anar cauant e cercant rahells | he erbes saluatges que nom pens que iames haies s hoyt nomenar. E desijants que lurs cabells negres sien semblants a fil d aur, moites vegades ab sofre, souen ab aygues, sabons e lexius de diuerses cendres , he especialment de mares (sic, l. marcs) de vin grech et de genesta, he a io vegades ab sagi de cerp (sic, l. serp) e de guatla , e ab los raigs del sol , conuerteixen aquells en la calor(sk) que desigen . Puys fan los caure a vegades per lo mig de la esquena, he souen escam-

monde. Point de voisin ou de jardinier à qui elles ne donnent terriblement de l’occupation, mettant à contribution les uns pour faire de l’argent sublimé, de l’argenture, de la pommade de fleur de lis, et mille lavures et mixtures; les autres pour aller chercher des racines et des plantes sauvages dont j’imagine que tu n’as jamais entendu parler. Pour rendre leurs cheveux noirs semblables à des fils d’or, elles les traitent maintes fois par le soufre, et souvent par des eaux, des savons et des lessives de différentes espèces de cendres et particulièrement de marc de vin grec et de genêt; quelquefois aussi avec de la graisse de serpent et de caille, et au moyen des rayons du soleil, elles les colorent à leur gré. Tantôt elles les laissent tomber jusqu’au milieu du dos, tantôt flotter sur les

pats per los musclos, he a vegades redortats en lo cap , segons quels es vijares que mils los estiga. E han engrane cordial priuadesa algunes fembretes , quels fan escorxaments, elspelen les 5 celles el front , el raen ab vidra suptil les galtes el coll, leuantsne certs pels qui , a lur parer, hi estan mal, elsfan diuerses maneres de pelador.

» No resmenys, elles meten tôt lur estudi en trobar guisa nouella he pomposa, axi de arre io aments \ com de comportaments . E nols dona i vijares que sia de bona manera, si donchs los habits no son nouells, ben desonests, trobats e portats primerament per fembres vanes e indignes estar entre dones castes . E que sien de

épaules, ou bien elles les tordent autour de la tête, les arrangeant de la façon qui leur paraît la plus avantageuse. Elles choient tout particulièrement dans l’intimité certaines femmelettes qui ratissent leur peau et leur épilent les sourcils et le front, en le rasant avec le tranchant d’un verre fin, ainsi que les joues et le col, pour enlever les poils qui ne sont pas à leur gré, les pelant de bien des manières.

» En outre, elles se torturent l’esprit pour inventer des atours pompeux et une manière nouvelle de les porter à l’avenant. Le bel air, pour elles, consiste à porter des vêtements neufs, aussi peu décents que possible, inventés et mis à la mode par des impures, indignes de la société des femmes honnêtes, taillés dans des étoffés de prix, complètement doublés et

TROISIÈME DIALOGUE

fins draps e altament folrats, e tro aïs talons.

E ab les gonelles de la cinta auall molt amples e folrades, per retre lie mostrar lurs anques ben grosses. E de la cinta amont embotides de tela e de coto per fer los bons pits, e gratis > espatles, e per cobrir molts defelliments que an. E ab les alcandores brodades, ben perfu mades, abtes a caber en vn clouell de non. E ab los perfils de les abjubes de vayrs purats ho erminis. E quels comencen al genoll, en rosse- io guen dos palms per terra, a denotar que de major honor son dignes quels homens de scientia qui aquells soleil portar sobre lurs caps.

» La gran cura e subirana diligentia que

descendant jusqu’aux talons, avec les jupes très larges au-dessous du corsage, et bien rembourrées, de manière à faire ressortir l’ampleur des hanches, tandis que le corsage forme une cuirasse de toile et de coton pour leur faire la gorge belle et les épaules grasses, tout en palliant beaucoup d’imperfections de nature. Avec cela, des chemisettes brodées, bien parfumées, qui pourraient tenir dans une coquille de noix, les bords du jupon garnis de menu vair ou d’hermine. Ces garnitures commencent aux genoux et traînent par terre d’une longueur de deux palmes, comme pour montrer que celles qui les portent méritent d’être plus honorées que les hommes de science qui ont coutume d’en orner leur tête.

» Qui pourrait dire les soins minutieux et

han en lur ligar, qui lat poria dir? Sils hi i3 anaua guanyar | ho perdre la anima e la famay noy porien pus fer. Elles primer ament se meten deuant vn gran e clar espill, lie auegades dos, per ço que en aquells se puxen veura de cascuna 5 part, e conexer quai de aquells dos mostre mils la sua figura. E en la vna part fan estar la seruenta, he en l altra la cabellera, e les polceres, l alcofoll e les pintures; e ab la ajuda d aquella comensen sa a ligar ab mil retrets, io dient : a Aquest vel no es be ensafranat; e aquest altre no es be estufat; e aquest penja massa d aquesta part. Donen aqueix altre pus curt, e fel estar pus tirât que aquell que tench al front. Leuam aquel mirall petit quem ha posât 15

l’extrême application qu’elles mettent à leur toilette? Elles ne pourraient en montrer davantage, s’il s’agissait de sauver ou de perdre leur âme et leur réputation. Elles commencent par s’établir devant un grand et clair miroir, et parfois entre deux miroirs, de manière à pouvoir s’y mirer des deux côtés, et voir lequel des deux fait mieux ressortir leur image. Puis elles font ranger d’une part la soubrette, et de l’autre la chevelure et les cheveux postiches, la teinture et le fard. Et avec l’aide de la servante, elles procèdent à la toilette, non sans faire mille remarques : « Ce voile, disent-elles, n’est pas bien safrané; cet autre n’est pas assez bouffant; celui-ci descend trop bas de ce côté; donne-moi cet autre qui est plus court, et fais-

TROISIÈME DIALOGUE

detras la orella, et posai pus luny vn pocli. Adobam l alfarda, que nom cobra tant los pits. Aquexa agulla es massa grossa, e aquexa altra me sera cayguda del cap ans que sia acabada de ligar.» S

» E ades ades, cridant blastomen les dients :

« Ve en mal guany, vilana traydora, que no 14 est bona sino escatar peix eleuar | les escudelles. Cridam aquexa altra que ho sab mils fer a cent milia vegades que tu. » La quai venguda, 10 posât que sapia ço quen es, a cap de poch es pus vituperada que l altra primera; car impossible es que aigu pogues ligar ne arresar fembres a sa guisa.

» E si per ventura lurs marits les reptaran 15

le tenir plus droit que celui que j’ai sur le front. Lève plus haut ce petit miroir que tu m’as placé derrière l’oreille, et tiens-le un peu plus loin. Arrange-moi le fichu, qui me couvre trop la gorge. Voilà une épingle trop longue, et en voici une autre qui sera tombée de la tête avant que la toilette soit achevée. »

» Puis elles se fâchent et vont criant sans répit : « Va te faire pendre, vilaine maladroite, bonne seulement à écailler le poisson et à laver la vaisselle. Appelle-moi l’autre, qui s’y entend cent mille fois mieux que toi. » Et l'autre étant venue, bientôt elle est encore plus maltraitée que la première. Qui pourrait, en effet, habiller et parer une femme à sa guise?

» Que si leur mari fait une observation au

176 SONGE DE BERNAT ME T GE

de aquest vici, divan que per mes plaura a élis ho fan; e que ab tôt aço no poden tant fer que placien a élis mes que les seruentes o catiues .

5 » Quant be seran arresades e deboxades, si

aigu los mirara les mamelles, les quais elles desigen per tôt hom esser mirades, car per axo le trauhen defora, amagan les corrent, volents dar entenent que no han plaer que hom 10 les veia. E es lo contrari ; car apenes les hauran cubertes, les tornaran descobrir, e mostrar com pus desonestament poran, per ço que hom les tenga per belles, els vage bestiajant detras. Puys si aigu les guardara, quis prengue a loar

sujet de ce travers, elles répondent qu’elles ne font tout cela qu’en vue de lui plaire davantage, et que, malgré tout, elles ne peuvent parvenir à lui plaire autant que les soubrettes ou les esclaves.

)> Et une fois qu’elles sont bien attifées et pomponnées, si quelqu’un s’avise de regarder leurs seins, et — elles ne demandent pas mieux qu’on les voie, et c’est même pour cela qu’elles les montrent, — aussitôt elles les cachent, comme pour donner à entendre qu’il ne leur plaît point qu’ils soient vus; tandis que c’est tout le contraire. Et la preuve, c’est qu’aussitôt après les avoir cachés, elles les découvrent et montrent de nouveau, avec le moins de décence qu’il se peut, afin de passer pour belles et avoir des galants à leurs trousses. Et si quel-

TROISIÈME DIALOGUE

i5 lur ballesa, scran tant alegres que tôt | quant los pories demanar to donarien tantost, si nols feya fretura. E si aigu haura dit lo contrari, o passant no les haura guardades, car de esser ben mirades han gran desig, volrien lo hauer mort de lurs propries mans.

» Puys en noces, 0 conuits, ho sollempnesf estes demostrense ben parades als mesquins quils van detras, los quais tantost cauhen en la ratera ; car 0 les prenen per mullers, ho ha vegades per amigues. E encontinent elles agueren lur desig a hauer senyoria. E fingintse obedients e humils, demanen als besties de marits qui tantost los ho donen, fermalls, anells, perles,

qu’un les regarde et se met à louer leur beauté, elles sont si contentes, que tout ce que tu pourrais leur demander, elles te le donneraient sur-le-champ, si elles ne devaient pas s’en priver. Que si quelqu’un ne les trouve pas belles, ou ne les regarde point au passage, comme leur plus grande envie est d’être admirées, elles voudraient l’avoir assassiné de leurs propres mains.

» Aux noces, aux banquets et aux grandes fêtes, elles se montrent richement parées aux infortunés qui leur courent après, et qui se prennent bientôt au piège, en faisant leurs femmes ou leurs maîtresses. Et elles aussitôt songent à satisfaire leur désir de domination. Feignantl’obéissanceet l’humilité, elles demandent à leurs benêts de maris, qui se hâtent de

collars, jpater nostres, manilles , corretges, he moites vestidureSj e diuerses ornaments. E pus son be arreades, e han be parades lurs cambresvenen axi com a Reynes, deuant los 5 dolents afeminats, e de companyons que eren, occupen asi mateixes la senorya; car los deses truchs nos gosen alegrar, ne enfellonir, donar, prestar, vendre, o alienar | sino tant com elles 1 1 6 liordonen .

io » Puys ab continua remor e brogit barallen seablos escuders, seruentes, catiues, ab los germans e fills del marit qui aqui estan, volents mostrar que son guardedores de ço que desigen fondre e destrouir. Quantes sollempnitats pen-

leur complaire, des fermoirs, des anneaux, des perles, des colliers, des chapelets, des bracelets, des ceintures, toutes sortes de hardes et de parures. Et quand elles ont mis leurs atours et bien préparé leur appartement, elles s’avancent comme des reines au-devant de leurs langoureux servants, et de compagnes qu’elles étaient, elles se font maîtresses absolues; si bien que les infortunés n’osent ni se réjouir, ni se fâcher, ni donner, ni prêter, ni vendre, ni aliéner rien, si ce n’est avec leur autorisation.

» Elles ne cessent de faire du bruit en querellant aigrement les écuyers, les servantes, les esclaves, les frères et les fils de leurs maris qui habitent la maison, affectant de montrer qu’elles sont les gardiennes de ce qu’elles désirent détruire ou anéantir. Qui pourrait t’énumérer, tant

TROISIÈME DIALOGUE

ses que sien seruades, quant deuen anar, ho van al bany ? lo quai dien elles que continuen per conseruar jouentut, no les te poria dir , tantes son. Sapies pero breument que vntades hi van , e pus vntades retornen. Puys, si per ta mala ventura les beses, jamay aucell no fo pus enuiscat per industria de cassador, que tu seras entrels lurs lambrots.

» Si aquesta sola persecutio ten seguia, toi leradora sérié . Mas altres enemichs hi a de que not pots guardar sens gran reguart. Diras per ventura que nols coneys. Yols te dire per ton auisament. Los enemichs del teu humit radical, los quais acompanyen les fembres del bany

elles sont nombreuses, les cérémonies qu’il faut faire, lorsqu’elles vont ou se préparent à aller au bain, où elles ne cessent d’aller, à les entendre, pour conserver leur jeunesse ? Sache donc, pour faire court, qu’elles y vont frottées de pommade, et qu’elles en reviennent encore plus pommadées; de sorte que vouloir les embrasser en ce moment sur les lèvres, c’est s’exposer au sort de l’oiseau qui s’englue à l’appât du chasseur.

» Si ce n’était que cela, il n’y aurait encore que demi-mal. Mais combien d’autres ennemis contre lesquels on ne saurait prendre trop de précautions. Tu me diras peut-être que tu ne les connais pas. Je vais te les signaler pour ta gouverne. Voici donc quels sont les ennemis de ton humide radical, qui suivent les femmes, au sortir du bain jusqu’au lit nuptial. Quantité

al teu lit son aquests. Molts perfums e aygues, cals | viua} orpiment, olis, sabons, stepa, ba - 1 nya de cabro, caparros , sanch de voltor, tela de cabrit calda, drap de canem passât per cera 5 blanca fusa, e altres innumerables materials quit prouocarien a vomit, s ils senties. Guarda ten donchs si viure desiges.

» La ardor de luxuria que elles han, no lat vull dir, car massam costa, segons que dessus I0 has hoyt. E tu hi sabs prou, si dissimulai' nou vols. Solament pero ten dire vn poch, car bem penç que délit hi trobaras. No es cosa que elles no assaiassen per poder satisfer a lur apetit. E monstrants son pahorugues he temoroses ; si 15 lur marit mana a elles alguna cosa honesta,

de parfums et d’eaux de senteur, de la chaux vive, l’orpiment, des huiles, des savons, du ciste, de la corne de bouc, du vitriol, du sang de vautour, le péritoine du chevreau tout chaud, de la toile de chanvre, enduite de cire blanche fondue, et beaucoup d’autres drogues qui te soulèveraient le cœur, rien qu’à les flairer. Garde-t-en donc, si tu veux vivre.

» De la fureur de luxure qui les possède, je ne t’en dirai rien, tant il m’en a coûté de l’avoir fait, comme tu sais. Tu sais aussi à quoi t’en tenir, sans faire l’indiscret. Je vais tout de même t’en dire quelque chose, ne doutant pas de te faire plaisir. 11 n’est rien qu’elles ne tentent pour satisfaire leur envie. Elles savent paraître craintives et timorées. Si leur mari leur ordonne

TROISIÈME DIALOGUE

dirait que no son be dispostes. E si han a pujar en algun loch ait , divan quel ceruell tiols ho pot soferir. Si han entrai' en mar, divan quel esto inech los fas mal. No irien de nits, car dien que pahor han dels esperits he de les animas he dels $ fantasmes. Si senten vna rata anar per cosa, o quel vent mogue alguna porta , o que una pe- 18 dreta caygue dalt, | criden he estramexen se, e fuig los la sanch e la força, axi com si eren en vn gran perill. Mas elles son ardides en io aquelles coses que volen obrar desonestament. No hauran ellas pahor de passai' per les sumitats dels terrats e de les torres, ne de anar de nits e passai' per los cimentiris, e per mig dels homens armais, quant son cridades he espe- 15

quelque chose de raisonnable, elles prétexteront une indisposition. S’il faut qu’elles montent un peu haut, elles diront que la tête leur tourne. S’il faut s’embarquer sur mer, elles diront que l’estomac leur fait mal. Elles ne sauraient sortir la nuit, sous prétexte qu’elles ont peur des esprits, des âmes et des revenants. Au moindre bruit que fait un rat qui court dans l’appartement, ou le vent qui secoue une porte, ou une petite pierre qui tombe de haut, elles crient et se démènent, blêmissent et défaillent, comme si un grand péril les menaçait. En revanche, elles sont hardies quand elles abordent quelque galante entreprise. Elles n’hésiteront pas à passer par-dessus les murailles et les plus hautes tours, ni à courir la nuit, en passant par

rades per lurs amadors, e de amagar aquells, si master sera , en lochs secrets de lurs cases . Sabs aquest foch de quai lenya viu? De habundantia de bens temporals ; mentre les Romanes 5 visqueren pobrament, obseruaren ab subirana diligentia castedat. Tantost que foren riques mudaren les demes lur proposit.

» O quantes enfanten abans de lur temps, tements que no venguen a vergonya. Si l arbre io qui lurs maluestats cobra sabia parlai', ell diria quil ha despullat. Qiiants te pences que sien les (sic) parts qui mal lur grat son venguts a be? E elles los giten a lafortuna. Los espitals ho saben, els boscatges, els rius, els ponts | lion 1 19 15 moîts infants son gitats , [e] els peixs, au -

les cimetières et à travers des gens d’armes, lorsque leurs amants les attendent au rendezvous. Au besoin, elles sauront les cacher dans quelque recoin de leur maison. Et sais-tu de quel bois s’alimente ce feu? De l’abondance des biens de fortune. Aussi longtemps que les Romainesfurent pauvres, elles observèrent fidèlement la chasteté. Mais dèsquevint la richesse, la plupart changèrent de conduite.

» Combien y en a-t-il qui enfantent avant terme, de peur d’encourir la honte! Si l’arbre qui abrite leurs méfaits pouvait parler, il dirait qui l’a dépouillé. Penses-tu qu’ils soient nombreux les enfants venus à terme malgré elles? Et elles les jettent au hasard. Qui le sait mieux que les hospices, les bois, les rivières et les

TROISIÈME DIALOGUE

cells e besties feres que deuorats los han. La suspita e ira d elles son inconportables. Car alguna cosa nos pot fer o tractar ab lo vehi, ab lo parent , o ab l ami ch , que si elles tan tost no ho saben, encontinent tractan e me - s ten [a bona perfectio he] en obra que aquella cosa no vengue a bona perfectio . E si per deseuentura lo ca de lur pobre vehi los haura de nits ladrant despertades, cridaran, e axi sera mester quesfaça encontinent quel ca sia deuant io elles carregat de bastonades, ho son senyor non sia quiti. E si per ventura la nit passada lurs marits los hauran girada l esquena, els hauran dita alguna paraula desplasent, l endema les seruentes e catiues seran be batudes, i>

ponts, où nombre d’enfants sont jetés en pâture aux poissons, aux oiseaux et aux bêtes sauvages qui les dévorent? Intolérables sont leurs soupçons et leurs emportements. Il est impossible d’avoir affaire aux voisins, aux parents, aux amis sans qu’elles le sachent; et si elles ne le savent pas tout de suite, elles ne manquent pas de tout mettre en œuvre pour faire avorter la chose. Si pour le malheur d’un pauvre voisin, son chien aboie pendant la nuit, aussitôt éveillées elles feront un tel vacarme, qu’il faudra que le chien reçoive en leur présence force coups de bâton; trop heureux le maître d’en être quitte. S’il arrive que la nuit le mari leur tourne le dos ou qu’il leur tienne quelque propos déplaisant, le lendemain sans faute les

els escuders e seruidors vituperats, algunajusta causa precedent , sino sola iniquitat que han, com nos poden venjar de lurs marits axi com volrian.

5 » Qitant elles son be pintades , lo sol, lo vent,

lo fum, lo fret, la calor, e les mosques son lurs enemichs capitals. | E si vna de aquelles se 120 posa sobre lur cara, necessari es a aquelles qui entorn los son que la dita mosqua ho altre 10 prenguen e maten deuant elles, sino de vuyt jorns no seran alegres, nen pora hom hauer bon respost. Tôt lur estudi e pençaments ha altres coses no juren, sino en robar e enganar los homens. E sobre aço, e per saber sils deu 15 venir bona ventura ho mala , ho si moran lurs

servantes et les esclaves seront battus à tour de bras, les écuyers et les serviteurs injuriés, sans autre raison que le dépit qu’elles ont de ne pouvoir se venger à l’aise de leur mari.

» Lorsqu’elles sont bien parées, le soleil, le vent, la fumée, le froid, la chaleur et les mouches leur font une guerre acharnée. Si quelque mouche se pose sur leur visage, la suivante ou quelqu’un de l’entourage devra prendre cettemouche et la tuer sous ses yeux ; faute de quoi elle sera de mauvaise humeur pendant huit jours, et l’on n’en obtiendra pas une réponse raisonnable. Elles nesongent ni ne s’appliquent sérieusement qu’à voler et tromper les hommes. Voilà pourquoi, et pour savoir aussi quel est le sort qui les attend, et si leurs maris ou leurs amants mour-

TROISIÈME DIALOGUE

tnarits abans que elles , ho lurs amadors, consulten, e han fort cars los estrolechs, los nigroman tichs, los fatillers, els deuins , lie especialment aquells qui moites vegades seran estats presos e punits per deuinar, los quais enriquexen dels S bens de lurs marits. E si de ço que saber volen no poden hauer lur intentio, ab paraules verinoses he ergulloses s esforcen saber ho dels marits lurs , los quais posat[s ] quels ho diguen, non son gents creeguts . E ab la ira que han 10 corren a foch , a ferre, a pedres, he a tota altre cosa disposta a fer mal, del quai lo parent, l amich, lo pare, lo marit, ho aigu de sos ama- 12 1 dors no son | quitis, si donchs no complexen encontinent ço que elles desigen. i>

ront avant elles, elles demandent des consultations, estimant très fort les astrologues, les magiciens, les diseurs de bonne aventure et les devins, et de préférence ceux qui ont été souvent condamnés à la prison pour avoir fait ce métier; elles les enrichissent au détriment de leurs maris. Que s’il leur est impossible d’obtenir la réponse qu’elles désirent, au moyen de propos aigres et provocateurs, elles font en sorte de se renseigner auprès de leurs maris, à qui elles n’ajoutent pas foi, même lorsqu’ils parlent sincèrement. Transportées de colère, tout leur est bon de ce qui peut nuire, le feu, le fer, les pierres. Nul n’est à l’abri de leur rancune, ni parent, ni ami, ni père, ni mari, voire un amant, à moins de faire sans délai toutes leurs volontés.

» Jamay en lur lit no si dorm. Tota la nit despenen en plets e questions , dient cascuna a son marit : « Be conech l amor quem portail. Be es orb qui per guarbell nos veu. Altra teniu 5 en lo cor mes que a mi. Cuydauuos que sia modorro, e que yo no sapia a qui anau detras , e a qui voleu be, e ab qui parlait tôt jorn? Be ho se, be. De que parlaueu l altre jorn ab vostra comare del diable ? Eperque guardaueu ab tan 10 alegra cara la nostra seruenta? Quina priuadesa ha ab vos aquella, que l altre jorn tan humilment saludas ? Millor espia he que no creeu. Si vos amaueu mi, nous iria lo cor en altres, ne irien mils arreades que yo, moites

)) On ne saurait dormir dans leur lit. Toute la nuit se passe en querelles et altercations. Voici les discours qu’elles tiennent à leurs maris : « Je ne sais que trop les sentiments que vous avez pour moi. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas y voir. Une autre dans votre cœur tient plus de place que moi. Me prenez- vous pour une souche? Je sais bien après qui vous courez, à qui vous vous intéressez, à qui vous parlez tous les jours. Oui, je le sais, je le sais. De quoi vous entreteniezvous l’autre jour avec votre commère du diable? Pourquoi regardiez-vous avec un visage si gai votre servante? Quelles privautés avez -vous avec celle que vous saluâtes si bas l’autre jour? Je suis mieux renseignée que vous ne pensez. Si vous m’aimiez, moi, votre cœur ne s’en irait

TROISIÈME DIALOGUE

qtien conech , que no merexerien quem descal cassen . Mas poch be sabcu, lie encara vale'u menys ; que nous puau (sic) que la mia honor vostra es. Ay ne desestruga! quant temps ha que y 0 son en aquesta maleyta casa, e ntill 5 temps vos basta lo cor quem besasseu a vostra 122 requesta, ne quem | diguesseau quant jomanaue colgar : « Deus nos do bon vespre. » Mas per la creu de Deu, puys aytal sou, yo fare cosa que nous sabra a pinyons. Son yo tan letja en tota 10 mala ventura que nom dejau amar? Bey ha cauall al caualler. No son tan bella com aquella que vos aman? Per ma fe, ella no es digna de seura ab mi en vn banch. Be es ver l aximpli,

pas à d’autres. Elles ne seraient pas mieux parées que moi, beaucoup que je connais et qui ne sont pas dignes de me déchausser. Ah ! vous n’en savez pas long, et vous ne valez guère, puisque vous ne songez pas que mon honneur est le vôtre. Hélas! malheureuse que je suis. Me voilà depuis longtemps dans cette maison maudite, et jamais, jamais le cœur ne vous a dit de m’embrasser à votre gré; jamais vous ne m’avez dit, au moment où j’allais me coucher : « Que Dieu nous donne une bonne nuit! » Eh bien! par la croix de Dieu, puisque vous êtes ainsi fait, je vous jouerai quelque tour qui ne sera pas de votre goût. Suis-je donc si laide pour mon malheur, que je ne mérite pas votre amour? Ce n’est pas le cheval qui manque au cavalier. Ne suis-je pas aussi belle que celle que

que qui dos boques besa, coue que la vna li puda. Via en tota mala ventura anau detras aquelles queus pertanyen. Be feu atret don veniu : cabra ronyosa sa par va cer quant. Vils S hi ha qui salten de leganya. E vos en tôt mal guanyjam cuydau hauer leuada delfanch . Jon se hu he dos , mas molts qui hagueren tengut ha especial gratia que aguessen presa menys de axouar, e fora estada dona de tôt ço del lur, io hem agueren adorada he leuada en palmes . E vos sabeu be quant bellflori hic he aportat . Bon remey âge qu ils me lexa. Tots los claus d a questa casa luen per mi. Ejamay no hich | fuy 123

vous aimez ? Par ma foi ! elle n’est pas digne de s’asseoir avec moi sur le même banc. Ah! qu’il est vrai le proverbe qui dit que quand on baise deux bouches, il faut qu’il y en ait une qui sente mauvais. Vous suivez un chemin de perdition, courant après celles qui vous reviennent. Vous montrez bien d’où vous êtes sorti : chèvre galeuse recherche sa pareille. Il est des yeux qui sortent de la chassie. Et vous, en dépit du sort, vous pensez m’avoir tirée de la fange. J’en connais non pas un ou deux, mais plusieurs, qui auraient considéré comme une faveur singulière de recevoir une moindre dot, et de m’avoir pour maîtresse de tous leurs biens : ils m’eussent adorée et portée en triomphe. Vous savez bien quelle prospérité j’ai amenée céans, avec mes florins. Grand merci à celui qui me les a légués. Tous les clous de ce logis

TROISIÈME DIALOGUE

donada un tt'os de sal. Ne les mies or elles hic lioyren vna paraula plasent , sino cent milia retrets de vostves germans e de la companya, que bastaria que y 0 fos lur catiua. No hich ha dona menys honrada que y o. Nom haueu fréta 5 de carrossa de roura, no. Maleyt sia lo jorn que y o primerament me acoste a vos. E les barres li asseguessen a qui primer ne parla, que yo fos vostra muller ; que y o no feya per vos, ne vos per mi. Vna vil fembra merexieu 10 queus faes semblant que vos me feu. Ha tants son los dolents, si eren aplegats. Qiiant se deuria guàrdar la mesquina de dona com pren marit!

reluisent, grâce à moi. Et je n’ai jamais obtenu en retour un grain de sel. Jamais mes oreilles n’ont entendu ici un propos agréable, mais cent mille impertinences de vos frères et compagnie, à croire que je sois leur esclave. Il n’est pas céans de femme qui soit moins honorée que moi. Non, vous ne m’avez pas tirée d’un carrosse de chêne. Que maudit soit le jour où pour la première fois je m’approchai de vous! Les mâchoires auraient dû rester fermées à celui qui s’avisa le premier de faire de moi votre femme. Ni vous ni moi nous n’étions faits l’un pour l’autre. Vous méritiez qu’une femme de rien vous fît exactement ce que vous me faites. Ah! qu’ils seraient nombreux les méchants, s’ils se trouvaient tous ensemble. Combien de précautions devrait prendre la malheureuse femme avant de prendre mari. Le jour de son

Aquell jorn viu ho mor. Mas los dolents de parents he amichs no guarden sino qui a diners . E valria mes avegades vn hom nuu he cruu que altre qui hagues lo trésor del solda . »

5 » E ab aquestes coses he moites altres sem-

blants e pus cohents (sic), tota légitima hejusta causa cessant , cascuna nit turmenten los mesquins de marits. Dels quais son molts qui per complaurels, o per fugir | a plet immortal , i io giten de casa lur(s) pares, fills e germans, e romanlos sola la plaça.

» Quet dire de lur auaritia? Si ho començaua, dubtem que men puixa lexar. Vitra los grans furs que fan a lurs marits, pubills, e la

mariage est pour elle la vie ou la mort. Mais les scélérats de parents et d’amis ne regardent qu’à l’argent. Et pourtant un homme sans sou ni maille vaudrait mieux, parfois, qu’un autre qui aurait le trésor du Soudan. »

» C’est par de tels propos et beaucoup d’autres du même genre, encore plus virulents, que, sans rime ni raison, elles tourmentent toutes les nuits leurs maris malheureux. Et il en est beaucoup parmi eux, qui, par condescendance, ou pour couper court à un procès sans fin, chassent de leur maison, parents, fils et frères, si bien qu’elles restent maîtresses de la place.

» Et que te dirai-je de leur avarice? Si j’entamais ce sujet, ce serait à n’en pas finir. Sans compter les larcins considérables qu’elles font à leurs maris, à leurs pupilles, et ce qu’elles

TROISIÈME DIALOGUE

extovsio als amadors, que molts nols plaen, veges a quanta viltat se sotmeten per cre xer e aconseguir gran exouar. Nos poria trobar algun vaxell (mot biffé), vell bauos, ab los hulls lagrimosos, he encara que les mans > el cap li tramolen, per vil, sut^e, e diformat que sia, que elles per marit rebuiassen, solament quel veien rich e opulent. E es los vijares que sens falla dins vn mes serait vidues; puys sin poden Itauer fllls, be esta. E sino, be io saben elles don ne hauran. Not ternes que muyren sens hereus. E si per ventura nos poden emprenyar, fan semblant que sien par teres. E han fils supposais, per ço que roma -

extorquent à leurs amants, dont la plupart leur déplaisent; vois à quelle bassesse elles descendent pour arriver à grossir leur douaire. Il n’est point de vieillard baveux, aux yeux larmoyants, tremblant des mains et de la tête, si vilain, malpropre et difforme qu’il puisse être, qu’elles refusassent de prendre pour mari , pourvu qu’il soit riche et opulent. Elles s’imaginent qu’au bout d’un mois sans faute elles seront veuves. Après tout, si elles peuvent en avoir des enfants, rien n’est perdu. Et s’il est impossible d’en avoir, elles sauront fort bien s’en procurer. Tu peux t’assurer qu’ils ne mourront pas sans héritiers. Que si, par malheur, elles ne peuvent devenir grosses, elles simuleront la grossesse et l’enfantement. Et par supposition de part, elles pourront, une fois

nents vidues puixenviure opulentment ya messio dels pubils.

» Sabs en que son elles libérais? No pas a despendre y mas | a guastar en deuines he espe - 125 s cialment s ils poden embacinar lurs marits y en pintadores y en metgesses, en amadors. En aço no meten algun estalui , no les pot hom rependre de avaritia.

» De fermetat non han gens. En vn moment io ploran he riuhen, desigen, he auorrexen y volen, c no volen vna mateixa cosa cent vegades. Presumptio han mes que Nembrot. Elles crehen que totes coses los estiguen be; e que sien dignes de subir ana reuerentia e honor ; et que i) sens elles los homens no valen res y ne poguessen

veuves, vivre dans l’opulence, aux dépens de leurs pupilles.

» Sais -tu en quoi consiste leur libéralité? C’est moins à dépenser qu’à payer des devineresses, surtout qui puissent envoûter leurs maris, des artistes de toilette, des matrones, des amants. En tout cela elles ne lésinent point, et l’on ne saurait les taxer d’avarice.

» Elles n’ont aucune fermeté. En un seul moment elles pleurent et rient, elles désirent et détestent, elles veulent et ne veulent pas cent fois la même chose. Elles sont plus présomptueuses que Nemrod, estimant que tout leur sied, et que tout respect et tout honneur leur sont dus. Sans elles, à les entendre, les hommes ne seraient rien, et ne pourraient vivre une

TROISIÈME DIALOGUE

viure vna hora. E si per ventura son riques, impossible es que hom les puxa comportar . Car no es cosa en lo mon tan intollerable com fembra rique. De lur parlar e rallar, que es vna cosa fort mal estant en fembra, qui ten poria (mot s répété) dir la sentena part? Los maestres en theo logia, los doctors en cascun dret, los maestres en medicina, los naturals lie mathematichs , lie altres liomens de scientia, sofferen ab molta (

126 fam, set, fret, e pocli dormir, mais dies e pijors 10 nits, per aconseguir aquella. E apres molts anys, troben hauer apres fort pocli. E aquests (sic l. aquesies) en vn mati, que aytant com una missa baxa se diu, estan solament en la gleysa , saben en quai manera l esperit sant proceheix 15

heure sans elles. Si par hasard elles sont riches, il n’est pas possible de les supporter. C’est qu’il n’est rien au monde qui soit plus intolérable qu’une femme riche. Quant à leur manie de parler et de bavarder, détestable défaut chez une femme, qui pourrait traiter la centième partie de ce sujet? Les docteurs en théologie, en droit civil et canonique, les médecins, les physiciens, les mathématiciens, et autres maîtres de la science, pour devenir savants, bravent la faim, la soif, le froid, les longues veilles, les mauvais jours et les mauvaises nuits. Et après bien des années, il leur semble qu’ils savent peu de chose. Et celles-ci, dans une matinée, pendant le temps qu’elles passent à l’église, à entendre une messe basse,

del pare e del fil, et si Deu poria fer semblant de si mateix. E quais coses son necessaries a separatio de matrimoni . E com se poden anullar testaments. E s il riu barber es sech, o 5 humit. E quants materials entren en la triaga. E s il cerqule se pot quadrar. E qualfo major poeta , entre Virgili e Homero. Quantes esteles ha en lo cel. E com s engendra en l aer lo tro el lamp; Varch de sent Marti , lapedra, e altres io coses. Qiie signifiquen les cometes. E s ils éléments son simples o composts. E sis pot conuertir la hu en l altre. E ques fa en A sia, Africa lie Europa. E quantes gents d armes ha l almorat. Quai es lo pus amoros de la vila. E

savent de quelle manière l’esprit saint procède du père et du fils; et si Dieu pourrait créer son semblable; et quelles sont les formalités à remplir pour la rupture du mariage; et comment peuvent être annulés les testaments; et si le fleuve Berber est sec ou humide ; et combien de drogues entrent dans la thériaque; et s’il est possible de réduire le cercle en carré; et qui est le plus grand poète, d’Homère ou de Virgile; et combien il y a d’astres au firmament; et comment se forment dans l’atmosphère l’éclair et le tonnerre, l’arc-en-ciel, la grêle et autres météores; ce que marquent les çomètes; et si les éléments sont simples ou composés; et s’ils peuvent se changer l’un en l’autre; et ce qui se passe en Asie, en Afrique et en Europe; et le nombre de troupes du sultan ; qui est le plus

TROISIÈME DIALOGUE

T quai es estât enganat \ per aquella que ama.

E ab qui dorm la sua vehina. De qui es prenys l altra. E en quai mes deu encaure. E quants amadorsa l altra. E qui li a trames l anell. E qui li a donat lo collar de perles. Et quants 5 lions fa la gallina de la sua vehina. E quantes fusades hixen de una liura de li. E finalment ço que faeren james los Grechs , los Troyans, los Romans els Cartaginesos.

» E axi de tôt planament informades tornen 10 sen a lurs cases. E parlote gen ne sens lexarsen, ab les seruentes e catiues , del mati al vespre, e encara de nits en durment. E si troben aigu qui no les vulla hoyr els contrast, enfellonexen

galant de la ville; qui a été trompé par celle qu’il aime; et avec qui couche leur voisine; de qui est enceinte l’autre, et en quel mois elle sera délivrée; et combien d’amants a cette autre; et qui lui a transmis la bague, et qui lui a donné le collier de perles; et le nombre d’œufs que pond la poule de la voisine; et combien peut fournir de fusées une livre de lin. Finalement, tout ce que firent onques les Grecs, les Troyens, les Romains et les Carthaginois.

» C’est ainsi que, pleinement informées de tout, elles rentrent à la maison, et ne cessent de faire aller leur langue avec les servantes et les esclaves, du matin au soir, et même la nuit en dormant. Que si elles ont affaire à quelqu’un qui refuse de les écouter ou qui les contredit, elles se fâchent tout rouge, surtout lorsqu’on

se fortment, he especialment si alguna cosa que dit haien los sera resprouada, E quet penses tu ara que hisque d aquesta axi sobtosa sauiesa diuinalment en ellas infusa ? Cert vna bona 5 doctrina a lurs filles. Ço es , en quai manera sabran robar lurs marits; reebre letras dels amadors; respondre a aquelles; estar en les finestres, comportant los \ modorros quils van 128 detras ; anar ab bon donari ; hauer bell gest ;

10 tenir secret quis volran en lurs cases; fingir se malaltes, per ço quel lit del marit los roman gués franchj e altres mais infinits.

» No deu esser nombrat entrels sauis qui creuhen que alguna mare se délit en hauer 15 millor e pus casta fila de si mateixa. Si ha

conteste quelqu’un de leurs propos. Et quel est, dis-moi, le fruit de cette soudaine science, divinement infuse en elles? Evidemment un bon enseignement pour leurs filles; à savoir comment elles s’y prendront pour voler leurs maris; pour recevoir les poulets de leurs amoureux et y répondre; pour se tenir à la fenêtre, en supportant les sots qui leur font la cour ; pour avoir une démarche élégante, une belle prestance; pour garder en cachette dans leur appartement quiconque leur plaira; pour feindre qu’elles sont malades, afin de pouvoir disposer du lit nuptial. Enfin, bien d’autres tours.

» Il ne doit pas être mis au nombre des sages, celui qui croit qu’une seule mère se complaît à avoir une fille meilleure et plus chaste qu’elle-

TROISIÈME DIALOGUE

mester a dir vna falcia, o fer vn perjur , o vna gran maluestat, ho molts suspirs , ho falces lagremes, no les ne cal exir de casa, ne anarles manleuant per lo veynat. Tant prestes les han com los cans l orinar. S

» Vn be han a la veritat , que patientment sofferen esser de lurs defelliments castigades, e singularment de les coses que hom ab los propris vils veu. Car si son reptades justament , no responen als sino : « Per la passio de Deu, io no fo axi. Mentiune per la gola. Enluernat sou. Poch ceruell hauets. Frenetich sots sens febra. » E diuerses altres semblants par aules,

129 en virtut de patientia moltfundades. | Novolen pero que hom los contrast. E es gran raho,pus 15

même. S’il est besoin de dire une fausseté, de faire un parjure, de commettre un forfait, de soupirer longuement et de verser des larmes feintes, elles n’auront pas à sortir de la maison pour aller emprunter au voisinage. Tout cela leur vient aussi aisément qu’aux chiens l’envie d’uriner.

» Elles ont, en revanche, à leur acquis de souffrir patiemment qu’on les reprenne de leurs fautes, et particulièrement de celles dont les yeux rendent bon témoignage. En effet, à des reproches mérités, elles ne répondent autre chose que : « Par la passion de Dieu, cela n’est pas. Vous en avez menti par la gueule. Vous avez la berlue, et peu de cervelle. Vous avez le délire sans fièvre, » et autres semblables aménités issues d’un grand fonds de patience. Aussi n’entendent-

elles son tant patients. Car si diran que han vist correr seruos sobre la mar, e peschar dalfins en les selues, o porchs volar per l aer, necessari es quels sia atorgat. E si nou es, hoy e rancor 5 seran tantost en lo camp.

» Part aço, tenen a subirana injuria, si dels diners de lurs marits no son guardianes e tresoreres; e reptaran los continuament d esser homens sens fe, e maiorment vers elles, tro a 10 tant ques fassa ço que voir an; dient que qui fe no ha,fe no done, e lohantsi mateixes de lealtat sobre Fabrici. La cordial e indissoluble amor que han a lurs fillastres lie altres quils fassen nosa, es semblant en aquella que aguer en Plie -

elles point qu’on leur tienne tête, etnon sans raison, tantellessont patientes. Si elles s’avisent de dire qu’elles ont vu courir des cerfs sur mer, et pêcher des dauphins en forêt, etdes sangliers voler en l’air, il faudra lescroire. Autrement, haine et rancune entreront aussitôt en campagne.

» Outre cela, elles considèrent comme une souveraine injure de n’avoir pas en garde l’argent de leurs maris, en guise de trésorières; les accusant sans cesse d’être des hommes sans foi, particulièrement envers elles, jusqu’à ce que leur volonté soit faite; et répétant que qui n’a point confiance ne saurait en inspirer, tout en se louant elles -mêmes d’une probité supérieure à celle de Fabricius. La cordiale et inviolable affection qu’elles ont pour les enfants d’un autre lit et pour quiconque les gêne, res-

TROISIÈME DIALOGUE

dra a Ypolit ; Clitamestra a Agamenon, e les Bellides als fils de Egistus.

» De venitat han axi pie lo cap , que impossible es quet ho pognes dir. Pero diret ço quem recordara. Elles entenen esser gran félicitât hatter molt delicament e luçania, saber parlai • diuer i3o 505 | lenguatgeSj recordar moites causons e noues rimades; allegar dits de trobadors , e les epistoles de Ouidi ; recitar les istories de Lan çolot e del Rey A r tus, de Tristany, e de quants amorosos son estats tra a lur temps; argumentaiojfendre, defendre lie rahonar vn fet, saber be respondre a aquells qui d amors les enquerran ; hauer les galtes be plenes he ver-

semble à celle de Phèdre pour Hippolyte, de Clytemnestre pour Agamemnon, et des Bellides pour les fils d’Egisthe.

» Je ne saurais te dire la vanité qui leur remplit la tête. Je ne te raconterai que ce qui me viendra en mémoire. Elles estiment comme un grand bonheur d’avoir beaucoup de bien-être et de luxe, de savoir parler plusieurs langues, de pouvoir réciter un grand nombre de poésies et de contes en vers, de citer des passages des troubadours et les épîtres d’Ovide, de raconter les aventures de Lancelot, du roi Arthus et de Tristan, et de tous les amoureux connus dans l’histoire; d’argumenter, attaquer, défendre, et discuter un fait; de faire de belles réponses à qui leur parlera d’amour, d’avoir les joues pleines et fraîches, les hanches fortes et les seins

melles, e grosses anques, e grossos pits. E per venir ha aquesta conclusion si gros capo se troba , coue quels vengue deuant, cuyt en asty ab bona salsa . Perdius, faysans, trords (sic)

5 grassos, tortres , guatles , he alguns pagos (sic) entre setmana , es lur vianda comuna , solament quels mesquins de marits hi puxen bastar ; les vedelles de let; molto ben gras , fina carn salada , he molta vianda de pasta , ab bon for io matge, e penades de colomins e de poils han axi perfruyta, com si eren figues seques.

» Be es veritat que en lur beura han gran abstinente , mentre que hom ho veu. Mas s'ils girau | lesquena, mes que arena beuran, no\?>i

rebondis. Et pour abréger, il faut leur servir des chapons gras, cuits à la broche, avec une sauce bien faite, des perdreaux, des faisans, des grives grasses, des tourterelles, des cailles et quelques paons dans la semaine. C’est là leur ordinaire, pourvu seulement que les pauvres maris y puissent suffire; avec le veau le plus tendre, le mouton engraissé, la viande salée de choix, beaucoup de pâtes au bon fromage, et des pâtés de pigeonneaux et de poulets. Voilà de quoi * elles se régalent, comme elles pourraient le faire de figues sèches.

» Il est juste de reconnaître que sur le boire elles sont d’une extrême sobriété, tant qu’il y a des témoins. Mais dès que vous avez tourné le dos, elles boiront plus que le sable, non pas de l’eau et du vinaigre, mais du bon muscat, s’il

TROISIÈME DIALOGUE

pas aygue ne vinagre; mas bona vernassa, si sen pot trobar , Maluesia, Grech, Suria, o tôt altre bon vi e ben flayrant, del quai han axi clara canexença, com si tostemps hauien naue gat, e d aquell fêta mercaderia. E quant entre s elles son disputait de bons vins. La final conclu sio de les millors beuedores es que vin no val res, sino parla leti ; car los altres grosses son.

y> Apres que elles son be farcides e plenes, entren sen en lurs cambres, e fingint no esser 10 ben trampades, 0 que la nit passada, per mos carts qui les hauran anujades, 0 per corcons qui rohien les bigues, no han pogut dormir, meten se nues entre freschs draps, e dormen

est possible d’en avoir, du Malvoisie, du vin de Grèce ou de Syrie, ou tout autre bon cru au fin bouquet, dont la connaissance leur est aussi familière que si elles avaient couru la mer tout le temps pour en trafiquer. Quand elles sont entre elles, la question des bons vins les occupe. En définitive, la conclusion des meilleures buveuses est qu’il ne vaut rien le vin qui ne parle point latin. Tous les autres sont de qualité inférieure.

» Une fois bien lestées et repues, elles se retirent dans leurs chambres; et prétextant un malaise, ou feignant que la nuit passée leur sommeil a été troublé, soit par les moustiques qui les agaçaient, ou par les vers qui rongeaient les poutres, elles se glissent toutes nues entre les draps bien frais, et dorment jusqu’à l’heure

tro que deuen sopar, si donchs no han anar mirar juntes, o jochs, ho esposalles, ho ha parteres, ho ha déports, ho a altres coses semblants . Puys dormiran tro l endema, a migjorn. Pero 5 bes guarderan que no vendran dejunes a taula; car ades brous ben espessos | per engrexar, no i32 pas de bou, mas de grasses gallines ; avegades de tortugues, e de caps e peus de molto; avegades molts hous be freschs ab fin gingebre, e io ab bon vi ben heruent beuran . Puys tornen dormir, per ço que sia fêta la digestio a la hora del dinar. Elos mesquins de marits conuiden les a taula de ço quels deurien lunyar. Si ho fehien pero per tal que tost esclatassen, be obr arien.

du souper, à moins qu’elles ne doivent assister à quelque assemblée, à des jeux, à des fiançailles, à des relevailles, à des fêtes ou à de semblables divertissements. Ensuite elles dormiront jusqu’au lendemain à midi. Mais ce n’est point à jeun qu’elles se mettront à table. Elles avalent entre-temps de bons consommés, pour engraisser, non pas de bœuf, mais de grasses poulardes, ou bien de tortues, ou d’abatis de mouton, et parfois aussi quantité d’œufs très frais, avec de fin gingembre, et du bon vin chaud. Après quoi elles se remettent à dormir, afin que la digestion soit faite à l’heure du dîner. Et les pauvres maris leur offrent à table les mets dont ils devraient les priver. S'ils le faisaient encore pour les faire crever bientôt, ils feraient bien.

TROISIÈME DIALOGUE

» Cançons e dances , e semblants coses escolten ab gran plaer ; maiorment si per amor d elles seran fetes . E si per altres seran die tades o cantades, han ne subiran fastig , car de totes volratt hauer lo titol. $

» Quantes e quais serimonies pences ques agen a seruar , quant se leuen del lit ? Retgla general, es que d iuern e d estiu ?io exirien tro son armades de totes pesses. E es mester a la seruenta que tôt quant elles han a vestir, hoc 10 encare a calçar, ab les pusses quey son sia posât sobrel lit. Puys espau, ab gran deuotio 1 33 reuesten se pus copiosament quel \ papa quant deu missa celebrar, o sanctificar lo crisma . E

» Chansons, airs à danser, et autres choses de ce genre, voilà qui leur plaît infiniment à entendre, surtout quand c’est l’amour qu’on a pour elles qui les a inspirés. Au contraire, elles dédaignent souverainement les pièces composées ou chantées pour d’autres, comme si toutes devaient leur être consacrées.

» Tu ne t’imagines pas quelles innombrables cérémonies doivent être observées lorsqu’elles quittent leur lit. Règle générale : en hiver comme en été, elles ne sauraient se lever avant d’être complètement armées. Il faut absolument que la soubrette étale sur leur lit tout ce dont elles ont besoin pour se vêtir et se chausser, avec les puces qui s’y trouvent. Après quoi, bien à leur aise et très dévotement, elles s’habillent avec plus de cérémonies que le pape,

si foch se prenia en lut' cambre, no exirien tro que son be reparades.

» E parlant ab tu axi com a bon amich, a la veritat ho sens trufa, be fan lie rahonablement 5 vsen. Car si hom les vehia aytals com hixen del lit, no serien presades vnciuro; e per ventura la humana generatio pendria gran thom. »

Ladonchs nom pogui abstenir de riura vna io gran estona, e puys digui : « Tôt hom de sana pença, qui seny haie , pot conexer que gran mal los vols . Tôt quant dessus has dit, be que no pessara sens resposta, tant com en mi sera. Haguera pacientment sofert e creegut per ven-

quand il se prépare à célébrer la messe ou à consacrer le saint chrême. Et quand même le feu éclaterait dans leur chambre, elles n’en sortiraient pas avant d’être entièrement parées.

» Entre nous, comme si tu étais un ami à qui l’on doit la vérité sans feinte, elles ont parfaitement raison d’en user ainsi. Et, de fait, si quelqu’un les voyait telles qu’elles sont au saut du lit, elles ne seraient pas prisées la valeur d’un fétu; et la génération de l’espèce s’en ressentirait peut-être grièvement. »

A ce propos, je ne pus me tenir de rire un bon moment; et puis je dis: « Tout homme raisonnable et bien pensant sera d’avis que tu leur en veux beaucoup. Mais tout ce que tu viens de dire ne restera pas sans réponse, autant qu’il dépendra de moi. Peut-être aurais-je

TROISIÈME DIALOGUE

tura, sino aguesses dit, que no serien presades res , si hom les vehia en lestament que liixen del lit. Aço verament no es de soferir. Car y o he vist lo contrari de algunes que eren sens comparatio pus belles nues que vestides , he 5 desligades que ben parades.

— Eren fort poques, dix ell, aquexes, entre les quais no pot ne deu esser comptade aquella j 1 34 que tu tant cor aiment âmes, subiranament lohes, [e]n fas gran festa. Car res d aço que pences 10 que en ella sia noy es, pus cerques quet de sengan.

Mes amara ladonchs quem hagues dat en lo basto que portaua vint colps al cap, que com

patiemment écouté et cru même tes propos, sans ce que tu as dit, qu’elles ne seraient prisées rien du tout, si l’on pouvait les voir dans l’appareil où elles sont au saut du lit. Voilà qui ne se peut vraiment souffrir. Pour moi, je peux certifier le contraire, en ayant vu quelques-unes qui étaient plus belles nues que vêtues, et en négligé qu’en grande toilette.

— Elles ne pouvaient être qu’en petit nombre, dit-il, et dans ce nombre ne saurait être comprise celle que tu aimes de tout ton cœur, que tu loues avec emphase et dont tu te glorifies, car elle n’a rien en sa personne de ce que tu supposes qu’elle a, puisque tu veux être désabusé.

J’eusse préféré recevoir sur la tête vingt coups du bâton qu’il tenait en main, que de l’entendre

axi parla. E per desplaer no li pogui res dir.

— Be faras, dix ell, com tôt ho sabras.

Apres un poch, cobrada vigor, digui : « E com a hi pijor ? »

S — Veuras, dix ell, si temps me basta.

— Espatxa donchs, dix ell, que respondret vull.

— Aquexa ydola, dix ell, que tu adores e pences esser tant bella he tant gratiosa, vitra io les malédictions dessus per mi dites, de les quais es, entre les altres fembres, habundantment dotade, es fort orada he atreuida ; car no pories pençar res possible que ella no gosas asseiar , pus li fos plasent, posât que li anas

parler ainsi. Et tel fut mon déplaisir, que je demeurai bouche close.

— Tu seras bien détrompé, dit-il, quand tu sauras tout.

Et ayant un peu repris mes sens : « Eh quoi î dis-je, y a-t-il pire que cela?

— Tu le verras, dit-il, si le temps ne me fait défaut.

— Eh bien! donc, hâte-toi, dis-je, car je veux te répondre.

— Cette idole, dit-il, que tu adores, la croyant si belle et si bien douée, outre les tares déjà mentionnées, et dont elle a sa large part parmi les autres femmes, se distingue par sa folle audace. Tu ne saurais rien imaginer de possible qu’elle n’osât tenter, si tel était son bon plaisir, quand même elle y devrait risquer sa

TROISIÈME DIALOGUE

pena de mort. E ab la ypocresia, de que es farcida , decep tu lie els altres qui no la conexen, ne la hait molt priuade. Haies per clar quel atreuiment lie poch espay de Messelina | i35 muller de Claudi , la quai sobre totes quantes > apresent me recorden, fo atrenida e gosada en asseiar tota viltat e follia, no son res , res, en comparatio de la oradura daquexa. La bellesa de que la lohes, 0 pus propriament parlant, diformitat e letgesa, te dire quina es en breus 10 par aules; e pots men be creura.

» Car si en les coses esdeuenidores son estât mentre viuia , e son encara expert , pençar pot[s] que no son a mi amagades les passades

tête. Mais toute confite en hypocrisie, elle t’abuse, toi et les autres qui ne la connaissent point ou qui ne l’ont pas suffisamment pratiquée. Sois convaincu que l’audace et l’impudence de Messaline, femme de Claude, laquelle fut, de toutes celles qui me reviennent présentement en mémoire, la plus hardie et risquée à tenter toute vilenie et folie, ne sont rien en comparaison de la folie de celle dont tu vantes la beauté, qu’il vaudrait mieux appeler difformité et laideur. Je vais te dire en peu de mots ce qu’elle est, et tu peux t’en rapporter à moi.

» En effet, si j'étais de mon vivant, et je le suis encore, instruit de l’avenir, tu peux penser si le passé et le présent me sont cachés, à moi qui, en ma qualité d’esprit, en un clin d’œil me transporte d’Orient en Occident. Au mo-

e les présents; maiorment que son esperit, qui en tancar hi (sic) obrir l ull vaig de Orient ha Occident. La hora que ella hix del lit , sembla que haia continuament habitat entre estanys 5 d ayga, ho en loch de pena, ab la vista verda, et ab la carn crescude e rasclosa, semblant a eux es d estruchs. Has la vista moites vegades blancha, e li\a. Sapies que ella es negra, e tant aspra, que vn laurador hauria prou fet tôt io / any que li preseruas lo camp de romagueras e de canyota. Ella pero hi dona tant bon racapte, que tu nou coneys. Mas qui | ignora que la i par et fumada , e la car a de les fembres hixen tant blanques he colorades com voir a lo pintor ? 15 » Les sues mamelles, quines penses que sien ?

ment où elle se lève, on pourrait croire qu’elle a séjourné longuement dans un marécage ou dans un lieu de damnation, avec ses yeux verdâtres, ses chairs bouffies et sa peau rugueuse, comme les cuisses de l’autruche. Tu l’as vue maintes fois blanche et polie. Eh bien ! sache qu’elle est noire et tellement velue, qu’il lui faudrait un sarcleur à l’année pour préserver le champ des ronces et du chaume. Mais elle y pourvoit si bien, que tu ne t’en doutes point. Du reste, qui ne sait que le mur enfumé et le visage des femmes deviennent aussi blancs et rouges qu’il plaît au peintre ?

»Te fais-tu une idée de ses seins? Mous comme du coton, allongés jusqu’au nombril, plats comme une bourse de berger. Mais en

TROISIÈME DIALOGUE

Cert blanes com a coto, gratis tro al lombrigol, e buydes com bossa de pastor . E apres ques ha vestida e ben cordade la camisa,fa les inflar lie estar tan plenes, rodones e plantades en los pits, que semble que axi sien nades, 0 que ella sia joueneta de quatorze anys. Mas no es ma rauella, car si la pasta fa hom inflar mandant, quant mes la carn que es sensibla? Molt mils enganen les fembres los homens bestials, quant a la vista, ab mamelles gratis e molles que ab les dures; car aquelles posai en la manera ques volen, e les dures no poden. Les quais, si natur aiment son compostes, axi han estar que noy val alguna maestria, ho es fort poca, e disposta ha esser leugerament coneguda.

mettant sa chemise et en la laçant très bien, elle les rend volumineux, pleins et ronds, si bien plantés au milieu de la poitrine, qu’on croirait que c’est par un effet de la nature ou qu’ils appartiennent à une jouvencelle de quatorze ans. Mais quoi d’étonnant? Si la pâte gonfle sous la main, combien plus la chair qui est sensible? Les femmes trompent plus aisément les hommes sots, pour ce qui est de la vue, avec de longs seins flasques, quelles arrangent à leur gré, qu’avec des seins fermes, qui conservent naturellement leur forme, si bien qu’ils tiennent pour ainsi dire d’eux-mêmes à peu près sans artifice; ou du moins n’en faut-il que très peu, et encore le reconnaît-on aisément.

» Del ventra que ha solcat de lonchs e espessos solchsy e de les altres parts | del cors he mem - 137 bres seus amagats y no ten diria res per ma cortesia. Assats has de ço quet en he dit. E no 5 vull que mes ne sapias, quant es per mi. Car moites coses son en que eau mils ignorantia que scientia.

» Gratiositat es la derrera cosa de que la lohas. Aytant poch est enganat. No enten que 10 pus terribla fembra he mal gratiosa risque. Pero sin demanes la companya el seu veynat y e aquells qui familiar la hany concordablament te diran que filla es deDionis y tiran, 0 de Silla. Saps per quet par gratiosa? Per ço com te es- 15 colta de bon grat, het fa rialletes e bell acolli -

» C’est par courtoisie que je ne veux te rien dire de son ventre, labouré de longs et nombreux sillons, ni des autres membres et parties de son corps invisibles. Tu en as assez avec ce que je t’en ai dit, et je ne veux pas que par moi tu en apprennes davantage. Il est bien des choses où l’ignorance vaut mieux que la science.

» En dernier lieu, tu as loué sa bonne grâce, et tu ne t’es guère trompé davantage. Je ne sache pas qu’il y ait au monde une femme plus terrible et plus haïssable. Informe-toi auprès de son entourage, de ses voisins et de ses familiers et intimes, et ils te répondront tous, d’un commun accord, qu’elle est fille de Denys le Tyran ou de Sylla. Sais-tu pourquoi elle te paraît aimable? Parce qu’elle t’écoute volontiers, te

TROISIÈME DIALOGUE

ment, et dona entenent que no ama sino tu. E ella séria abans contenta de vna sola orella, que de vn amador. Aço no vol dir als sino que menys; guardet, car veri 710s dona ab aloe , mas 1 38 ub sucre | (au lieu de suor) . 5

» Ara veus que pots esperar d aquest maleyt linatge femeni. Lioiya ta esperança dell, e peresqua ab sa iniquitat .

DEL SOMPNI DEN BERNAT METGE Feneix lo terç libre e commença lo quart.

sourit, te fait bon accueil, et te persuade qu’elle n’aime que toi. Or, elle se contenterait plutôt de n’avoir qu’une oreille, qu’un seul amant. Tout cela n’a pour objet que de te mettre sur tes gardes. Ce n’est pas à l’aloès, c’est au sucre qu’on mêle le poison.

» Tu vois maintenant à quoi tu peux t’attendre de cette maudite engeance féminine. Eloigne d’elle ton espérance. Et qu’elle périsse avec sa perversité.

FIN

DU TROISIÈME DIALOGUE

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