PROLOGUE , SCÈNE I
YORICK
Pourtant tu as bien fait d'aller à Londres ; c*est là que tu as épousé ta bonne Clary. ïu as bien fait de revenir ici , car tout est si triste et si changé maintenant dans les grandes villes ! Vois-tu, John, il y aura bientôt un an qu'on a fait tomber la tète de rinfortuné Charles I^» ; eh bien î le bruit de la hache résonne encore à bien des oreilles... dans les villes on ne rencontre que des visages sombres^ inquiets...
CLARY , avec intérêt.
Et que dit-on de neuf? vous devez savoir bien des nouvelles?
YORICK
Comme tous les muletiers quand ils sont de retour»
CLARY
Qu'avez-vous appris ?
YORICK
D'abord à maudire tous les nobles.
JOHN , avec précipitation.
Et pourquoi donc?
YORICK
L'évêque de Juxon, le confesseur du malheureux Charles Stuart, vient de faire des révélations.
JOHN
> Lesquelles?
YORICK
Lorsqu'il montait sur l'échafaud, à la gauche du roi, le roi lui a dit : «Mon père, ce sont les nobles (jui m'ont conduit jusqu^au pied de l'échafaud ; car deux d'entre eux, auxquels j'avais secrètement confié une cassette contenant cent mille guinées, pour me faire un passage et m'acheter des défenseurs en Ecosse, m'ont traîtreusement livré à Hamptoncourt, afin de rester possesseurs de mon or. »
JOHN
Si cela est vrai , cela est infâme ! Et l'évêque at-il demandé au roi les noms de ces deux nomes ?
YORICK
« Je ne les nommerai pas, a repondu le roi Charles, j'aurai bientôt besoin de la clémence d'un Dieu qui nous jugera tous. » Puis il s'agenouilla pour prier, et le prêtre n'en put savoir davantage. Mais si Dieu veut que ces deux nobles soient encore en Angleterre , ils ne jouiront pas longtemps de l'or qu'ils ont si lâchement volé.
JOHN
. Et comment cela ?
^ YORICK
J'ai appris aussi qu'une tentative d'assassinat vient d'avoir lieu contre le général Cromwell , que Ton en accuse quelques restes de familles nobles échappés à la proscription. Le parlement vient de diriger des espions dans toute l'étendue de la Grande-Bretagne, afin de découvrir la trace de tout noble qui s'y cache.
JOHN , ax}ec inquiétude.
Et sans doute de les emmener à Londres, où l'on instruira leur procès ?
YORICK
Ainsi que celui de tous ceux qui leur prêteront ou leur auront prêté secours.
CLARY , épouvantée.
Grand Dieu !
JOHN , courant à elle.
Du calme !
YORICK
Qu'avez-vous donc, Clary?
CLARY
Cela est bien injuste ; les nobles seuls sont les coupables... mais ceux qui les secourent ?...