‹ Le sonneur de Saint-Paul [microforme]Chapitre 15 sur 60 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

JOHN, Puis ALFRED.

John entré lentement par le fond; il tient une canné d'une main et un livre de l'autre. 1] marche droit vers un stége placé sur le devant de la scène, à droite, et s'assied.

LupLow (bas à PBedford).—Maintenant, milord...

BEDFORD (ÿas).—Partons! (7/5 sortent sans bruit.)

Jon (entendant leurs pas).—Ah ! tu es là, Alfred ! (Zéndant la main.) Viens mon enfant ! Personne !.. Je croyais l’avoir entendu marcher. (7/7 marche vers la porte à droite.) Cette porte est fermée... Alfred !

ALFRED (dans la chambre).—Me voici, mon père ! (Æntrant.) Quoi ! vous étiez seul ?

JOHN.—-Qui donc supposais-tu près de moi ?

ALFRED.—Deux inconnus que j'ai laissés dans cette chambre.

JOHN.—Que voulaient-ils ?

ALFRED.—Seulement un abri pendant l'orage.

JOHN.—Sans doute ils se sont remis en route depuis que le soleil a reparu.

ALFRED.—Mon père, vous ne savez pas. …: J'ai ne bonne nouvelle à vous apprendre... Peutêtre avant longtemps reverrez-vous la lumière.

JOHN.— Revoir la lumière !.. oh! oui, tu me l'as déjà dit ; dans deux ans, n'est-ce pas ? quand tu seras avocat, et quand tu m'auras conduit à Francfort, auprès de ce savant, Jérôme Albinus, quine craint pas de se vanter de rendre la vue aux aveugles P

ns

ms 20 ns

Acrren.—-Non, mon père, mais avant cela.

JoHn.—Avant..…

AzrreD.—Oui, mon père ; le fils et l'héritier de la science de ce fameux médecin est maintenant à Londres. Depuis plusieurs jours déjà j'ai fait sa connaissance et je lui ai fait promettre de venir vous voir.

JoHn.—Pauvre enfant, merci. J'ai déjà trouvé dans ta sollicitude la preuve de ta tendresse pour moi ; mais ne te berce pas d’un fol espoir, c’est une chose horrible que ‘la déception ; ne l'appelle pas, mon enfant, et songe que Dieu ne donne qu'une fois la vue comme la vie... toutes les paroles de ces prétendus savants ne sont que mensonge et vanité ; et d’ailleurs, (pleurant) depuis quinze ans n’ai-je pas appris à vivre dans l’obscurité ? à marcher lentement en cherchant mon chemin? n’ai-je pas fait de ma demeure le tombeau calme et silencieux d’un vivant? Et que ferais-je de la vue ? (Se Zvant précipitamment.) Ce que j'en ferais, grand Dieu! Oh! Je chercherais dans toute l'Angleterre un homme qui y respire peut-être encore, puis j'irais en Amérique pour y chercher la tombe de mon Henri, puis je retournerais en Ecosse finir mes jours dans mes chères montagnes. (Avec transport.) Si je retrouvais la vue, seulement pour une heure, un instant, si je ponvais seulement te voir, toi, pauvre ange qui m’accompagnes, si je pouvais entrevoir le ciel et

la verdure, apercevoir les gens qui passent, un enfant qui sourit, et puis un peu de soleil !... Oh! Ce serait trop de bonheur, et je n'y survivrais pas.

Aurren,—Mon père |

M | “eme | ES

Page 1