LES SOLDATS DE DIEU
(Pour l'anniversaire de Patay, 2 Décembre 1870.)
Puisque leurs pieds maudits souillent la grande terre,
Francs, voici les Bretons ; et vous, fils de Voltaire, Les croisés vous tendent la main ;
A votre Marseillaise unissant leur cantique,
Ils se lèvent ; accueille, 6 jeune République
Ces soldats que tes fils répudieront demain.
O chevaliers sans peur de toute cause noble,
Vengeurs du droit vaincu par le succès ignoble, Votre heure est arrivée : Adieu !
La France croit en vous, la France vous appelle !
Allons, debout, Chouans, et répandez pour elle
Le reste de ce sang dejà versé pour Dieu !
Sur nos remparts détruits plantant vos oriflammes,
Forts comme des lions, tendres comme des femmes, Devant votre mère à genoux,
Fiers enfants, dressez-vous en vivante muraille,
Et montrez aux Germains des hommes à la taille
De ceux dont leurs aïeux ont éprouvé les coups !
On dit qu’en les voyant pencher sous la prière
Leurs fronts mâles et doux, qu’abritait Ia bannière Couverte d’emblêmes pieux,
Puis s’embrasser, pareils aux chrétiens de l'arène,
Et, sous le vent de mort te balayait la plaine,
Courir droit aux canons, la flamme dans les yeux,
De stupeur et d’effroi saisi par tant d’audace,
Le Prussien muet sentit qu'une autre race Surgissait alors sous ses pas,
La race de granit, rocher inébranlable,
Qu'assiègent vainement nos tourbillons de sable,
Chêne qu’on peut briser, mais qu’on ne courbe pas!