‹ Le Sopha, conte moral [par] De Crébillon le fils, d'apres les copies de l'édition de Londres 1779Chapitre 21 sur 23 · IO · texte numérisé non relu

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ce que Mazulhim osoit la croire capable de ce quelle faisoit tous les jours, et voulût le prendre avec lui sur un ton de dignité qui, ne la rendant que plus méprisable, ne l'encouragea que plus à ne la pas ménager.

S'il n'étoit pas si tard, lui dit-il, je vous prouverois que loin que vous ayez à vous plaindre de moi, vous avez mille remercimens à me faire. Je n'ignore pas que Zâdis à passé hier, chez vous, et seul avec vous, toute la journée, et une grande partie de la nuit. Plus curieux que je n'étois jaloux, et sûr que vous manqueriez à la parole que vous m'aviez donnée de ne le jamais revoir, je vous ai fait observer tous deux... Il n'étoit pas besoin, interrompit-elle, que vous en prissiez la peine. Je n'ai point prétendu me cacher ; le motif qui m'a fait recevoir hier Zâdis chez moi, ne peut jamais que me faire honneur. Ah, ah ! dit-il d'un air surpris, cela est très-particulier ! Votre air railleur n'empêchera point que je ne dise vrai, répliqua-telle ; je n'avois pas encore rompu absolument avec lui, et c'étoit pour lui annoncer que je

ne le verrois jamais Que vous passâtes,

interrompit il, tout le jour et toute la nuit avec lui.

Je ne vous contredis pas sur le motif, tout

extraordinaire qu'il est ; car enfin vous avouerez qu'il est rare qu'une femme se renferme vingt-quatre heures avec un homme quand elle ne veut que se brouiller avec lui. Mais comme une chose, pour être sans exemple, peut n'en être pas moins sensée, je conçois, moi qui ne cherche uniquement qu'à vous justifier, que Zâdis recevant de vous la confirmation de son malheur, en a pensé mourir de désespoir à vos genoux, et que touchée de l'abattement où votre inconstance le jettoit, vous l'avez consolé avec toute l'humanité dont vous êtes capable, sans que vos soins pour lui prissent rien sur la fidélité que vous m'aviez jurée. Un homme désespéré est peu raisonnable, on a de la peine à l'amener à une conduite sensée, il faut dire, redire, retourner mille fois la même chose ; essuyer des regrets, des reproches^ des larmes, de la fureur: rien ne prend plus de tems. Au reste, je vous dirai que vous n'avez pas à regretter celui que vous avez employé à tâcher de calmer Zâdis, il étoit aujourd'hui d'une gaieté charmante. Zâdis gai ! Cela vous paroît-il convenable ? Si, comme je me garderai bien d'en douter, vous me dites vrai ; ou vos conseils ont eu de l'empire sur lui, ou pour vous regretter aussi peu qu'il le fait, il falloit qu'il

VOUS aimât bien foiblement. Si l'un fait Iionneur à votre esprit, l'autre en fait assez peu à vos charmes ; mais je ne vous afflige pas, vous sçavez à quoi vous en tenir là-dessus. A tout événement, vous deviez bien lui recommander de paroître triste, au moins pour le tems que vous pouviez avoir besoin de me tromper.

Zulica, à ces propos, voulut essayer de se justifier, mais Mazulhim l'interrompant : Tout ce que vous pourriez me dire, Madame, lui dit-il, seroit inutile. Epargnez-vous une justification que je ne vous demande, ni ne veux recevoir, et qui vous coùteroit sans me satisfaire. Adieu, ajouta-t-il en se levant, il est tard ; et nous devrions déjà nous être séparés. A propos, que ferez- vous de Nasses?

Zulica, à cette question, parut étonnée. Ce que je vous demande, poursuivit-il, me paroît sensé. Vous vous êtes quittés mal, et il me semble qu'en cela vous avez manqué de prudence. Si vous faites bien, vous le reverrez ; croyez-moi, évitez un éclat. Il ne doit pas vous être plus dilflcile de le garder en le haïssant, qu'il ne vous l'a été de le prendre sans l'aimer.

Si vous vous obstinez à ne le pas revoir, il parlera peut-être, et quoique rien assurément

ne soit si simple que ce que vous avez fait, il se trouveroit des gens assez noirs, assez injustes pour vous donner le tort, et pour faire d'une chose toute ordinaire, l'histoire la plus singulière et la plus ridicule. Ce n'est pas, dans le fond, ce qu'on en dira qui doit vous inquiéter; quand on porte un certain nom, qu'on est d'un certain rang, une affaire déplus ou de moins n'est pas une chose à laquelle on doive regarder de si près; mais c'est qu'il faut éviter de se faire des ennemis. Demain, je vous le présenterai. Moi ! s'écria-t-elle, je vous reverrois ? Eh oui ! répondit-il en lui présentant la main pour descendre, il faudra prendre cela sur vous. Si par hasard Zâdis est assez extraordinaire pour le trouver mauvais, comptez sur moi; ou il sera forcé de vous quitter, ou il s'accoutumera à la fin à nous voir vous faire assidûment notre cour.

En achevant ces paroles, il lui offrit encore la main, et voyant qu'elle s'obstinoit à la refuser : Quelle misère, lui dit-il en la lui prenant malgré elle ! Vous faites l'enfant à un point qui n'est pas supportable.

Alors ils sortirent. Ils sortirent, s'écria le sultan ! Ah ! le grand mot^ c'est à mon gré, le meilleur de votre histoire; et ne revinrent-ils pas ? Je ne revis plus Zulica, répondit Aman-

zéi, mais je vis encore long-tems Mazulhim. Et toujours, dit le sultan, comme vous sçavez.... Parbleu! c'étoit un rare garçon ! Quelle femme eût-il après Zulica? Beaucoup qui ne valoient pas mieux qu'elle, et quelquesunes qui ne méritoient pas de l'avoir, et dont le destin me faisoit pitié. Mais à propos, demanda Schah-Baham à la sultane, n'avezvous pas trouvé que Mazulhim traite bien mal cette Zulica ? Je la trouve si méprisable, répliqua la sultane, que je voudrois, s'il étoit possible, qu'il l'eût encore plus punie. Il m"a semblé à moi, répartit le sultan, qu'elle étoit trop douce avec lui ; cela n'est pas dans la nature. Et moi, je crois le contraire, dit la sultane ; une femme telle que Zulica n'a point de ressources contre le mépris ; et comme l'ignominie de sa conduite la livre aux plus cruelles insultes, la bassesse de son caractère et cette honte intérieure dont malgré elle-même, elle se sent toujours accablée, ne lui laissent pas la force de les repousser. D'ailleurs quand il seroit vrai qu'Amanzéi eût outré l'humiliation de Zulica, loin de lui en faire des reproches, je lui en sçaurois bon gré. Ce seroit en quelque façon donner des préceptes du vice, que de le peindre heureux et triomphant. Oh oui ! reprit le sultan, cela

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est bien nécessaire ! Mais laissons cela, la dispute m'aigrit ; et je ne doute point que je me fâchasse, si nous parlions plus longtems. Quand vous eûtes quitté Mazulhim, où allâtes-vous Amanzéi.

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