‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 68 sur 211 · ERNEST, LE GRAND-DUC · texte numérisé non relu

ERNEST, LE GRAND-DUC

LE GRAND-DTJC , donne son chapeau et sa craf^ache à un des piqueurs^ et leur fait signe de s'éloigner. Après un silence.

Ce que je viens d'apprendre , Ernest , est-il vrai ? Vous refusez...

(i) Ernest, le grand-dac, Paolina.

ERNEST, très- froidement.

Je pense que Son Altesse au îiioins ne îu'en fera pas de reproches ?

LE GRàJND-'DUC , avec sévérité.

Vous vous trompez, monsieur; je suis fort mécontent.

Qu'entends -je, priuce?.. avez-vous oublié que ce matin ?... .

LE GRAND-DUC

Que voulez-vous dire, monsieur? est-ce une menace?., et croyez-vous que usa confiance soit un privilège d'impu— iîité pour tous les torts?.- Yous avez mon secret... un secret d'où dépend mon repos... mais , dussiez-vous le trahir, jamais je ne mettrai en balance un intérêt personnel et mon devoir envers le plus humble de mes sujets!.. Je vous le dis à regret, Ernest, si vous persistez dans votre résolution, vous ne pouvez rester près do moi.

ERNEST, toujours froidement, et lui présentant un papier plié.

-Vous me prévenez , prince. Yoici ma démission que j'ailaisvous envoyer.

LE GRAND-DUC, trcs-étonné.

Yotre démission !..

ERNEST

Je me suis rappelé vos bienfaits ; j'ai gardé le silence... mais , maintenant , nous sommes quittes.

LE GRAND-DUC

Comment ?

'ERNEST

Je rends justice à vos intentions... Votre Altesse s'est longtemps opposée à ce mariage, je le sais... mais pour m'obliger à renoncer à celle que j'aimais , vous pouviez peut-être trouver un moyen moins cruel que le coup affreux dont vous m'avez frappé , et ne pas me contraindre à chercher moimême, parmi les gages de vos anciennes amours, le portrait de ma fiancée.

De votre fiancée!., que dites-vous?

ERNEST

Toutes les lettres, les papiers, j'ai dû les respecter... mais ce médaillon, en tombant à mes pieds...

(Il tire un médaillon de son sein et le présente au grand-duc.)

LE GRAND-DUC, troublé.

C'est le portrait d'Augustaî..

ERNEST

D'Augusta !.. ce nom .. c'était celui àe sa mère.

LE GRAND-DUC

De sa mère , dites-vous?

ERNEST

A ce que m'a dit M. Friedman... Et cette ressembianc^!...

LE GRÂND'DUC.

Cette ressemblance!., ô mon Dieu! s'il était vrai... Tant de bonheur !.. j'ose à peine y croire.

ERNEST

Qu'avez-vous , monseigneur? cette agitation...

LE GRAND-DUC

Et vous êtes bien sûr que ce sont les mêmes traits ?

ERNEST

Jugez-en, monseigneur... regardez, elle vient. LE GRAND-DUC , très-ému.

Ah l courons ! ( // (^eut s'élancer au-dei^ant d'elle , et s'arrête tout-à'coup,) Que vais-je faire?., et ma femme!., ce secret qu'elle ignore... cette naissance dont je lui ai fait mystère ; sa jalousie si vive!.. Ah! prenons garde ; Ernest, pas un mot , que j'aie le temps de préparer... Chut! la voici... (Emmeline paraît la ^ et s'arrête intimidée. Le grand -duc V admirant.) Qu'elle est bien! et comment aurai-je la force de me contraindre ?

Page 1