ERNEST, LE GRAND-DUC
LE GRAND-DTJC , donne son chapeau et sa craf^ache à un des piqueurs^ et leur fait signe de s'éloigner. Après un silence.
Ce que je viens d'apprendre , Ernest , est-il vrai ? Vous refusez...
(i) Ernest, le grand-dac, Paolina.
ERNEST, très- froidement.
Je pense que Son Altesse au îiioins ne îu'en fera pas de reproches ?
LE GRàJND-'DUC , avec sévérité.
Vous vous trompez, monsieur; je suis fort mécontent.
Qu'entends -je, priuce?.. avez-vous oublié que ce matin ?... .
LE GRAND-DUC
Que voulez-vous dire, monsieur? est-ce une menace?., et croyez-vous que usa confiance soit un privilège d'impu— iîité pour tous les torts?.- Yous avez mon secret... un secret d'où dépend mon repos... mais , dussiez-vous le trahir, jamais je ne mettrai en balance un intérêt personnel et mon devoir envers le plus humble de mes sujets!.. Je vous le dis à regret, Ernest, si vous persistez dans votre résolution, vous ne pouvez rester près do moi.
ERNEST, toujours froidement, et lui présentant un papier plié.
-Vous me prévenez , prince. Yoici ma démission que j'ailaisvous envoyer.
LE GRAND-DUC, trcs-étonné.
Yotre démission !..
ERNEST
Je me suis rappelé vos bienfaits ; j'ai gardé le silence... mais , maintenant , nous sommes quittes.
LE GRAND-DUC
Comment ?
'ERNEST
Je rends justice à vos intentions... Votre Altesse s'est longtemps opposée à ce mariage, je le sais... mais pour m'obliger à renoncer à celle que j'aimais , vous pouviez peut-être trouver un moyen moins cruel que le coup affreux dont vous m'avez frappé , et ne pas me contraindre à chercher moimême, parmi les gages de vos anciennes amours, le portrait de ma fiancée.
De votre fiancée!., que dites-vous?
ERNEST
Toutes les lettres, les papiers, j'ai dû les respecter... mais ce médaillon, en tombant à mes pieds...
(Il tire un médaillon de son sein et le présente au grand-duc.)
LE GRAND-DUC, troublé.
C'est le portrait d'Augustaî..
ERNEST
D'Augusta !.. ce nom .. c'était celui àe sa mère.
LE GRAND-DUC
De sa mère , dites-vous?
ERNEST
A ce que m'a dit M. Friedman... Et cette ressembianc^!...
LE GRÂND'DUC.
Cette ressemblance!., ô mon Dieu! s'il était vrai... Tant de bonheur !.. j'ose à peine y croire.
ERNEST
Qu'avez-vous , monseigneur? cette agitation...
LE GRAND-DUC
Et vous êtes bien sûr que ce sont les mêmes traits ?
ERNEST
Jugez-en, monseigneur... regardez, elle vient. LE GRAND-DUC , très-ému.
Ah l courons ! ( // (^eut s'élancer au-dei^ant d'elle , et s'arrête tout-à'coup,) Que vais-je faire?., et ma femme!., ce secret qu'elle ignore... cette naissance dont je lui ai fait mystère ; sa jalousie si vive!.. Ah! prenons garde ; Ernest, pas un mot , que j'aie le temps de préparer... Chut! la voici... (Emmeline paraît la ^ et s'arrête intimidée. Le grand -duc V admirant.) Qu'elle est bien! et comment aurai-je la force de me contraindre ?