ERNEST, LE GKANB-DUC, EMMELINE
EMMELINE, timidement.
Monseigneur, pardon, si j'accours près de vous sans y être appelée... j'ignore les usages... mais je suis si malheureuse!.. Je me suis échappée un monieiit pour réclamer une grâce que j'attends à vos pieds...
(Elle veut s'y mettre.) LE GRAND-DUC , Varretant.
A mes pieds!., vous, mon enfant!..
( Ernest remonte la scène , reste quelques instans au fond, et, en redescendant, se place à la gauche d'Emmeline.)
EMMELINE
C'est la place i{m convient à une pauvre orpheline.,, car,
vous le savez, nioiiseigneur : je n'ai plus de père pour me défendre , rne protéger.
i.E GRAND-DUC, à part.
Ah î ce mot !..
EMMELINK.
Mais vous, monseigneur, vous êtes celui de tous vos Sujets.
LIS GRAKD-Duc, i^ii^ement, Aîiî sans doute... et le ciel m'est témoin qu'aujourd'hui , de tous mes privilèges , c'est celui qui m'est le plus cher. {Ai'ec tendresse.) Que désirez-vous? parlez sans crainte, parlez, ma fille.
EMMELINE
Votre voix me rassure,
LE GRAND-DUC
Eh bien ?
EMMELINE (l).
Eh bien! monseigneur, je sais que Ton veut obliger Ernest à me donner sa foi... on croit me rendre le bonheur, on se trompe... C'est moi cjui vous en conjure , monseigneur, qu'il soit libre , qu'il soit heureux; qu'on ne lui parle plus de la malheureuse Emmeline. .. et peut-être qu'un jour reconnaissant son injustice...
EBNEST.
C'est moi qui implore mon pardon... grâce, grâce , mademoiselle le... trouble de mes esprits... un soupçon odieux... mais, je vous le jure, je n'ai pas cessé un moment de vous aimer , de vous chérir...
EMMELINE, ai'ec joie.
Que dit-il?,. Ernest, vous m'aimez !.. vous m'aimez!., ah! ne me trompez pas,., ce serait bien mal!.. {Elle le regarde toute émue et en souriant.) Non , non , il me regarde encore comme autrefois... {Se tournant "vers le grand-duc.) Ah î monseigneur! et vous ne le lui avez pas ordonné?., C'e&t de lui-même î
LE GRAND -DUC , sounant.
Oui , mon enfant !
EMMELINE, à Emest.
Ah î que je suis heureuse , et que vous m'avez causé de chagrins!., ingrat !.. Mais enfin , quelle était donc la cause?
(i) Le grand-duc , Emmeline, Ernast.
LE GTiAND-DUC , a^ec douceur.
C'est moi qui vous l'expliquerai plus laid... quand vous serez unis.
ERNEST
Quoi I monseigneur, je pourrais encore espe'rer?..
EMMELINE, sourîanl.
Et pourquoi pas?., puisque vous reconnaissez vos torts... Oh î je ne suis pas si entêtée que vous , moi.
LE GRÂ.ND-DUC
Et croyez-vous donc , Ernest , qu'en la retrouvant son père ne veuille user de ses droits, que pour faire son malheur?
ERNEST
Qu'entends-je ?
EMMELINE, troublée»
Mon père !.. qu'avez-vous dit , monseigneur; mon pèrel.. il existerait ?..
LE GRAND-DUC
Oui , mon enfant.
EMMELINE
Il est dans ce pays ?
Oui.
EMMELINE
Et je le verrais bientôt ?
LE GRAND-DUC , plus émU.
Bientôt.
EMMELINE
Ahî tous les bonheurs à la fois... Mais si mon bon ami Friedman était là... N'importe, monseigneur, je vous' en supplie, conduisez-moi vers mon père... que je puisse le voir, me jeter dans ses bras , lui prouver ma tendresse... LE GRAND-DUC , très-ému.
Je n'y tiens plus. {Prenant la main d'Emmeline,) Cahnezvous, Emmeline, vous le verrez... je vous le jure,. Ivîass vous serez bien prudente , bien discrète?., car son repos dépend de votre silence.
EMMELINE
Vous le connaissez donc?
LE GT.AND-Duc , (i dcniî-i'oîx , et l'amenant sur le défiant de la