SCÈNE X
Les Mêmes, LE PRINCE.
LE PRINCE, à la cantonade.
Eh non ! vous dis-je , ce sera très-bien ainsi.
LE CARDINAL
A qui en as-tu donc , mon neveu ?
LE PRINCE
A madame Gertrude , qui se fait des monstres de tout... Je ne sais comment elle s'est arrangée . . . mais l'appartement que vous destinez h Gianino n'est pas même prêt... et si le hasard ne m'avait fait quitter la répétition , on parlait déjà de renvoyer le pauvre garçon à sa mauvaise petite auberge.
LE CARDINAL
Mais dame ! si on ne peut pas le loger.
GUIMBARDINI, d'un air dégagé.
Ça doit être facile dans un palais aussi vaste.
LE PRINCE
C'est déjà fait. . . j'ai donné ordre à mon valet de chambre de le mettre à côté de moi , dans mon appartement. GUIMBARDINI, à part.
Hein!. . .qu'est-ce que c'est?. . . dans son appartement?
LE CARDINAL
Mais ça te gênera.
LE PRINCE
C'est ce que madame Gertrude prétendait; car elle trouve des difficultés à tout. . . Enfin , j'ai été obligé de lui dire que je le voulais.
GUIMBARDINI, à part.
Oui , mais je ne le veux pas moi. . . Ma femme près
* Guimbardini, le Prince, le Cardinal.
d'un jeune homme aussi vif, aussi impétueux. . . Cet aimable protecteur des arts n'aurait qu'à avoir quelque soupçon.
LE PRINCE
C'est charmant ! Nous ferons de la musique dès le matin ; et il sera tout porté pour me donner ma leçon de chant.
GUIMBARD1NI , à part.
Par exemple !
LE CARDINAL , impatiente.
Eh bon Dieu ! quelle rage de musique ! et surtout quel engoûment, quel enthousiasme pour ce cher Gianino ! . . . (A Guimbardini.) Imaginez-vous qu'il ne peut pas en être séparé un instant.
GUIMBARDINI, inquiet.
Vraiment.
LE PRINCE
Vous êtes étonné "?. . . Vous le seriez bien plus encore , si vous saviez que ce n'est pas pour lui que je l'aime.
GUIMBARDINI.
Pour son talent?
LE PRINCE
Du tout. . .Vous allez me trouver romanesque , bizarre , ridicule . . . mais apprenez que mon amitié pour Gianino vient d'une ressemblance si extraordinaire . . .