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SOUDAN ET AFRIQUE OCCIDENTALE

Cette vaste région, qui va de la côte occidentale d'Afrique, du Sénégal à PAbyssinie, et du Sahara au golfe de Guinée, englobe PAbyssinie, le Soudan français, le Soudan égyptien, le Sénégal, la Gambie anglaise, la Guinée portugaise et la Guinée française, Sierra Leone, la République de Libéria, la Côte d'Ivoire, la Côte d'Or, le Togo, le Dahomey, la Nigéria anglaise et le nord du Cameroun. La région côtière du Soudan occidental a un climat tropical avec saisons des pluies. L'intérieur a un climat chaud avec peu de pluies, de même que la Côte Est des Somalis avec Dji-

bouti, Tadjourah et Obozck. L’Abyssinie a des altitudes élevées.

Soudan français. — De Candolle, à l'appui de son opinion sur l’origine africaine du Sorgho, cite l’observation de Schmidt, que l’espèce abonde dans l’île San-Antonio, de l’archipel du cap Vert, dans des localités rocailleuses. Il la croit « complètement naturalisée», ce qui, dit-il, cache peut-être une véritable origine.

M. Dumas a publié en 1906 une étude sur les Sorghos cultivés dans les vallées du Niger et du Haut-Sénégal.

Jlen cite huit variétés que j'ai identifiées avec celle de la F1. trop. Africa de D. Prain :

19 Le Keudé bilé ou Keudé rouge(S.margaritiferum, Stapf.). C’est

le plus petit des Sorghos cultivés. Il est caractérisé par une tige

orêle de 4 m. 50 à 2 mètres de hauteur, une panicule lâche et peu garnie, des glumes rouge vif dépassant un peu le grain qui est libre entre elles à la maturité ; un grain petit, allongé, rouge brillant, pointu à une extrémité et comme vitrifié. Il est très estimé des indigènes qui le mangent cuit à la vapeur comme le riz, sans pilonnage préalable. On peut le garder sans altération deux ans en magasin. Il se récolte après 100 à 110 jours de végétation.

A cause de sa précocité il échappe aux ravages des criquets. On le sème en terre argilo-siliceuse.

20 Le Nionifi a une puissante végétation. Il atteint &àS mètres ,

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Fig. 25. — Greniers à mil du Soudan.

de haut et ses feuilles 10 à 12 centimètres de large. La panicule est serrée, très fournie avec des rameaux longs et rigides, c’est la variété ovulifer d'Hackel. Les glumes, plus courtes de moitié que le grain, l’enserrent fortement à la maturité. Elles sont arrondies à une extrémité et généralement noires. Le grain gros, aplati, ridé à sa partie inférieure, est blanchâtre tacheté de rouge. Il est peu estimé à cause de sa qualité commune et de sa conservation difficile. Mais il peut donner dans des terres fortes 3.000 kilogrammes de grains à l’hectare après 120 jours de végétation. Les semis s’exécutent au début de l’hivernage. Sa précocité et son rendement élevé le font apprécier pour la culture, surtout. dans les années de disette. 7! aime les terres fortes.

939 Le Kenikt (Sorghum guineense, Stapf.) var. involutum Stapf., est le plus communément cultivé en pays Bambara et Malinké pour ses qualités alimentaires, pour son grand rende-

ment et sa bonne conservation. Sa tige, qui reste grêle, atteint 4 à 5 mètres de haut. Ses panicules ont jusqu’à 60 centimètres de long et leurs rameaux 15 à 25 centimètres. Comme celles des Shallus de l'Inde, var. Roxburghii, elles s’inclinent sous le poids des grains. Ceux-ci sont gros, blancs, légèrement tachetés de rouge ou de noir. Ils sont ovales et aplatis. À la maturité le grain est libre entre les glumes un peu plus courtes que lui.

Semé au début de l’hivernage, il se récolte après 150 à 160 jours de végétation.

C’est le gros Mil le plus commun sur les marchés. 21 craint les terres humides.

4° Le Bemberi (S. guineense, Stapf., var. involutum, Stapf.) se rapproche beaucoup du Xeniki comme durée de végétation et pour ses qualités. Ses panicules sont longues, son grain est plus gros, plus allongé. Il est pointu aux deux extrémités et d’un blanc plus brillant, Les glumes sont généralement noires, pointues, de même longueur que le grain qu’elles laissent libre à la maturité.

99 Le Keudé blanc (S. margaritiferum Stapf.), est petit comme le Keudé bilé. Le grain est également petit. Il s’en distingue par sa couleur blanche. Les glumes au lieu d’être rouges sont blanches ou noires. Le rendement est plus élevé, il donne jusqu’à 1.500 kilogrammes à l’hectare. Il diffère surtout par sa durée de végétation, 150 à 160 jours, au lieu de 100 à 110 jours pour le Keudé bulé. Ces deux Sorghos ne sont cultivés que par les chefs de case importants. De Korye à Ségou on rencontre beaucoup de lougans (champs) de cette variété.

60 L’Amadr boubou est un Sorgho penché (Sorghum cernuum, Host.), le haut de la tige se recourbe en crosse.

Il est très vigoureux, trapu et feuillu. Il atteint seulement 2 à os mètres et tale peu.

Sa panicule est courte à rameaux serrés et rigides. Son grain est gros, arrondi à sa partie supérieure, pointu à l’inférieure et aplati sur une de ses faces. Sa couleur toujours terne est rouge ou blanche. Ses glumes velues, courtes, arrondies, recouvrent à moitié le grain qu’elles enserrent à maturité. Il est d’assez bonne qualité et se conserve bien. Il est surtout cultivé pour l’alimen-

tation des chevaux aux environs du Ségou. Il est aussi assez répandu dans le Fouta. Il mûrit en 135 à 145 jours. /} aime les terres fortes.

7 Le Hassa-Kala, Sorgho à sucre (Sorghum saccharatum Brot.) est cultivé pour ses tiges sucrées. Sa panicule lâche, flexible, à longs rameaux, s'incline fortement à la maturité. Ses glumes blanches, légèrement tachées de rouge, sont de même longueur que le grain-qu’elles enserrent à la maturité.

Le grain de grosseur moyenne est rouge foncé, comme torréfié, aplati d’un côté, bombé de l’autre et plus large à la partie imférieure. Il est peu estimé par les animaux.

Il mûrit en 140 à 150 jours. Ilest surtout cultivé dans le Macina et quelque peu en pays Malinké. On en trouve sur le marché de Kayes et de Bafoulabé. Le suc des tiges contient 12 p. 100 de sucre de canne (saccharose).

8 Le Faraoro où Mùl des teinturiers (pl. 4, C.) (S. guineense, Stapf., var. robustum, Stapf.), doit tout son intérêt à la couleur rouge que fournissent la tige et la gaine des feuilles. Ii est cultivé exclusivement par les cordonniers pour la teinture des cuirs. Le grain donne la diarrhée aux animaux, aussi est-il important de reconnaître sa présence dans un lot de grains ou dans un champ. Le grain est gros, arrondi à la partie supérieure et d’aspect gris sombre bleuté.

La plante se distingue aisément à la coloration rouge des tiges. Les panicules sont serrées, fournies, longues de 20 à 25 centimètres avec des rameaux très courts. Les glumes, généralement rouges, de même longueur que le grain, ne s’en séparent que par un léger pilonnage. On obtient la couleur rouge par macération prolongée des parties colorées dans l’eau. (Le colorant que j'ai extrait des glumes ne se dissout bien que dans l’eau bouillante.) Ces glumes teintent à peine l’eau froide d’une pointe brunâtre très claire. La teinture est appliquée sur les cuirs, dit M. Dumas, au moyen d’un mordant, ordinairement des cendres végétales.

Il serait intéressant de rechercher et d’étudier les variétés de Sorghos les plus hâtives qui poussent en bordure du Sahara, il y

aurait peut-être là un élément de croisement et d'amélioration de nos Sorghos de l'Afrique du Nord et qu’on pourrait cultiver dans les régions sèches du Midi.

La culture du Sorgho dans le Moyen-Niger a l'importance de celle du blé dans les pays tempérés. Au sud du 129 parallèle l’abondance des pluies le fait délaisser pour des produits tels que le riz, le Fonio (Paspalum longiflorum, Retzius) et même le Manioc et la Patate. Les grandes étendues de terrains inondés et abandonnés par l’inondation se prêtent à la culture des Sorghos en saison sèche. Ils y donnent d’aussi belles récoltes que celles faites en terre ordinaire pendant l’hivernage.

Trop d'humidité atmosphérique joint à une grande fertilité du terrain donneront une végétation luxuriante mais la fécondat on se fera mal et la récolte sera mauvaise. Le «Mil devient fou », disent les noirs dans leur langage imagé.

Un terrain pauvre dans les mêmes conditions donnera une bonne récolte de grains avec des tiges moins hautes plus faciles à récolter.

Au point de vue alimentaire on peut faire deux catégories de grains, le commun et le fin. Le premier a une coupe farineuse et un aspect terne, le second est plus petit, brillant, a une coupe cornée.

Le fin est réservé à l’homme, le grossier aux animaux ; les prix sont voisins. Le grossier est avantageux à cultiver car 1l est productif.

Le colon qui voudra cultiver le Sorgho dans ces régions s’établira de préférence en plaine pour la facilité du travail possible à l’aide d’instruments aratoires perfectionnés. Il y maintiendra la fertilité par assolement triennal avec l’Arachide et le Coton quand ces cultures seront possibles, ou par alternance avec la Patate qui comporte un apport d'engrais, ou par jachère entretenue.

Il choisira ses semences lui-même dans les champs des indi- - gènes ou dans les siens en prenant les panicules les plus belles et celles qui se rapprochent le plus des qualités qu’il veut obtenir. Il sera sûr ainsi de la variété. Il les choisira non contaminées par les champignons parasites. Il récoltera les panicules, les fera

sécher, les battra pour les séparer des rameaux et les conservera bien au sec, à l’abri des insectes et des rongeurs, avant de les semer. C’est ainsi que les Américains sont arrivés à sé'ectionner leurs variétés à grand rendement. Nous devrions obtenir de meilleurs résultats dans ces régions de l'Afrique occidentale française où le Sorgho est acclimaté depuis des siècles et qui est probablement son premier pays de culture.

Les indigènes de l’Afrique occidentale fabriquent, avecles grains de Sorgho, une bière appréciée, le Dolo.

Jean et André Vuillet ont publié, en 1914, une étude sur les pucerons du Sorgho au Soudan français : le puceron blanc du Sorgho (Aphis Sorghi Theobald), le puceron vert du Sorgho (Aphis Maidis Ficht.). Ils préconisent :

I. La lutte directe contre |A phis Sorglu, le plus dangereux des parasites : 1° par la destruction aussi complète que possible des plantes contaminées et, en général, la destruction par le feu des tiges, chanumes et racines du Sorgho qui hospitalisent les parasites ; 20 le remplacement dans les cultures du gros Mil, Sorghum vulgare, par le petit Mil Pennisetum spicatum, P. Typhoideum. Dans les régions où le gros Mil est particulièrement ravagé, le petit Mil ou Mil à chandelles n’est pas attaqué par ce parasite.

IT. La lutte indirecte qui complète, consiste en la culture de quelques pieds de Leptademia lancifolia (Decaisne). Cette plante, spontanée au Soudan (1), est fréquemment parasitée par un aphidien (puceron) qu’on n’a jamais rencontré sur le Sorgho.

Plusieurs coccinelles, polyphages, vivent aux dépens des pucerons du Sorgho en même temps que des pucerons du Leptademia. Comme ce dernier ne s’attaque pas au Sorgho et que le Leptademia, malgré la sécheresse, reste toute l’année en végétation, on pourrait entretenir et développer les coccinelles ennemies des pucerons en permettant au puceron du Leptademia de les alimenter pendant la saison sèche. De cette façon, dès que les pucerons du Sorgho apparaïîtraient, ils seraient vite décimés par leurs ennemis.

(1) Les feuilles sont utilisées parfois pour préparer des sauces. Les indigènes en font des infusions médicamenteuses. | PA

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