CHAPITRE V
Sol. Climat. Résistance à la sécheresse, à la gelée, aux terres salées. —
Façons, labour, hersage, irrigation, récolte, rendement. — Conservation, mise en meule, mise en balles, mise en silo. — Culture des semences de Sorgho à fourrage. — Récolte, battage. Conservation.
Le Sorgho employé comme fourrage.
Le simple examen d’un plant de Sorgho montre avec quelle exubérance cette belle Graminée se développe. On peut en tirer un poids considérable de tiges et de feuilles propres à la nourriture du bétail.
Des expériences faites en Touraine et en Poitou montrent que les animaux en sont friands et que le lait des vaches nourries au fourrage de Sorgho est excellent.
C’est un fait bien connu que les gros bénéfices de la ferme, surtout en ce moment où la viande est si chère, viennent de produits qui sont donnés comme nourriture aux bestiaux, et qui sont ainsi indirectement vendus.
Les statistiques américaines estiment qu’en 1918.le Sorgho a été cultivé sur plus de 5.000.000 d’acres, environ 2.000.000 d’hectares, pour le fourrage et l’ensilage.”
Le Sorgho-fourrage se cultive comme le Maïs ; mais il est plus avantageux que lui car 8 à 25 kilogrammes de grains suffisent pour ensemencer un hectare en sillons serrés. Les Américains men-
tionnent des quantités plus fortes, 24 à 48 kilogrammes à l’hectare,en rangs ou en sillons serrés ou 48 à 98 kilogrammes lorsqu’on sème à la volée. Sans aller jusqu’à ces chiffres, pour obtenir un bon fourrage, il est recommandé de semer dru. Les plantes trop claires tendent à donner de grosses tiges, dures, moins avantageuses que de nombreuses tiges plus petites, mais plus tendres et d’une récolte plus facile.
Sol. — Les Sorghos poussent abondamment dans presque toutes les terres bien cultivées. N'importe quel terrain considéré comme bon pour le Blé produira de bonnes récoltes de Sorgho. Les sols légers, profonds, contenant une certaine proportion de calcaire sont favorables.
Un sol contenant une certaine proportion de sable est en général considéré comme plus résistant à la sécheresse qu’une terre purement argileuse. Le sable empêche le retrait de la terre argileuse qui se fendille moins par la sécheresse ou ne se fendille plus du tout si la proportion de sable est suffisante. Pratiquement 20 p. 100 d’argile suffisent pour donner à une terre les propriétés caractéristiques des terres argileuses. Dès que la teneur s’élève à 50 p. 100 la mise en culture n’est plus possible. Ces sols sont imperméables, ils peuvent contenir 80 p. 100 d’eau. Un champ sablonneux contenant de l’argile ou un terrain argilo-siliceux contenant un faible pourcentage de sable sont propres à la culture du Sorgho. Mais, un sable trop léger et une terre argileuse trop lourde sont impropres à cette culture, lorsqu'on veut obtenir un rendement élevé. Comme toutes les plantes qui ont une riche végétation, le Sorgho, a besoin d’une nourriture abondante. Il ne faudrait pas compter avoir une bonne récolte dans une terre sans engrais.
Engrais et amendement. — Dans les sols argilo-siliceux, argilo-humifères, il est nécessaire d’ajouter de la chauxsous forme de chaux en poudre, de marne ou de calcaire pulvérisés. C’est qu’en effet ces sols sont en général acides et pauvres en calcaire nécessaire à la fixation de l’acide nitrique dans la nitrification ét
à l'élaboration de la cellule végétale. La pratique du «marnage », si usitée autrefois en France, est bien à tort abandonnée aujourd’hui ; dans toutes les régions de l'argile à silex qui couronnent les divers étages du Crétacé, son emploi peu coûteux est à recommander. Le marnage et le chaulage pourraient transformer en terres acceptables certains points quasi-désertiques de la Sologne et de la Bretagne, dont les sols acides sont impropres aux cultures de rapport.
1.000 kilogrammes de carbonate de chaux pulvérisé à l’hectare augmentent plus les rendements dans ces terres que l’addition de toute autre espèce d’engrais, qui ne nuisent pas, bien au contraire. :
Dans les terrains acides il est plus avantageux d’employer comme engrais phosphatés des scories de déphosphoration ou des phosphates naturels pulvérisés, que des superphosphates qui augmentent encore l'acidité de la terre. Dans les terres argileuses, les cendres de bois et de houille rendront des services comme amendement ameublissant et même comme engrais faible. Les cendres de houille criblées s’emploient à la dose de 80 à 150 hectolitres à l’hectare, au semoir. Il est avantageux de cribler ces cendres qui contiennent des morceaux de coke et de mâchefer. Le coke est récupéré pour le chauffage et le mâchefer, uni à la chaux hydraulique ou au ciment, sert à faire des agglomérés de construction très pratiques en ces temps où les matériaux sont si chers.
En 1918 et en 1919, j'ai fait des expériences sur un sol artificiel composé de cendres de houiile et d’anthracite, escarbilles et mâchefer, après avoir éliminéles trop gros morceaux. Ce tas de résidus de foyers domestiques et industriels avait 0 m. 80 de haut, 3 mètres de large et 10 mètres de long. Avec de l’eau et un peu de fumier j'ai obtenu des Sorghos de ! m. 80 de haut et des pommes de terre qui m'ont rapporté 750 grammes par pied, des choux . pommés et de beaux navets.
Ceci dit pour réfuter l'opinion de nombreuses personnes qui considèrent les résidus des foyers chauffés aux combustibles minéraux comme nuisibles à la végétation. Dans ce sol sec et pauvre je ne pouvais pas espérer une récolte d’abondance, mais les
plantes cultivées y ont poussé, ce que je voulais démontrer.
Les engrais azotés sont des plus utiles, comme dans la culture
des autres céréales.
Nitrates de soude, de chaux et de potasse, sels ammoniacaux, sulfate, nitrate et chlorhydrate favorisent la pousse des feuilles, des tiges et augmentent le rendement en grains. Mais ils augmentent et prolongent la toxicité des Sorghos pour fourrages. Il est nécessaire d’en tenir compte.
Georges Ville, le premier, a démontré l’action fertilisante du chlorhydrate d’ammoniaque. Bien qu’il ne vaille pas le nitrate ni le sulfate d’ammoniaque, Georges Claude le recommande à nouveau aujourd’hui. Ce dernier vient de découvrir une méthode économique de préparation industrielle synthétique de l’ammoniaque aux dépens de l’azote de l’air et de l'hydrogène de l’eau.
L'ammoniaque n’est pratiquement employable en agriculture qu’à l’état de sels ammoniacaux. Or l’acide sulfurique est cher, de plus il est difficilement transportable et il a une forte densité. L’acide nitrique est rare jusqu’à présent, de plus le nitrate d’ammoniaque est hygrométrique. L'emploi du chlorhydrate d’ammoniaque généralisé en agriculture aurait l'immense avantage de faire baisser le prix des engrais azotés et de ne pas immobiliser l’acide sulfurique coûteux à obtenir.
On peut, en effet, préparer le chlorhydrate d’ammoniaque sans acide chlorhydrique libre en partant de l’ammoniaque et du chlorure de sodium. À
Le sel marin, qu’on trouve en abondance dans les mines de sel gemme et dans l’eau de mer, est pratiquement inépuisable, de même que l’azote de l’air et l'hydrogène de l’eau.
__ Cette réaction est industrialisée dans les usines Solvay dont elle a fait la fortune.
Il serait à souhaiter que la découverte de Georges Claude permit un emploi plus large des engrais azotés en France. Nos terres riches, sous un climat aussi favorable que le nôtre, rapportaient seulement 12 à 13 hectolitres de blé à l’hectare, alors que les terres pauvres d'Allemagne, dans un climat moins favorisé, en
rapportaient 21 avant la guerre, et celles du Danemark 32, grâce à l'emploi intensif des engrais.
Les Anglais, qui exportaient de grosses quantités de sulfate d’ammoniaque avant la guerre, les emploient chez eux actuellement pour le grand bien de leur agriculture. Ils conservent aussi leurs scories de déphosphoration. Il est inadmissible qu’au moment où la France vient de recouvrer la potasse d'Alsace et les hauts-fourneaux de Lorraine, les pouvoirs publics et les particuliers ne‘mettent pas une noble émulation à employer chez nous les moyens de culture à grand rendement. Dans les sols argileux ou argilo-calcaires il faudra remplacer le chlorhydrate d’ammoniaque par le sulfate d’ammoniaque.
Le chlorhydrate d’ammoniaque donne avec le carbonate de chaux du chlorure de calcium et du carbonate d’ammoniaque. Le chlorure de calcium retenu par l’argile agit comme un poison pour les plantes dont il gêne le développement ou qu’il fait mourir. Le sulfate de chaux produit dans les mêmes conditions, avec le sulfate d’ammoniaque, n’a pas les mêmes inconvénients. De plus, le sulfate de chaux est un amendement très apprécié.
Des travaux très intéressants sur la stérilisation partielle des sols sont poursuivis en Angleterre, en Amérique et aussi en France où G. Truffaut et Bessonoff (1920-1921) ont démontré que la destruction des protozoaires mangeurs de bactéries, par dégagement de l’hydrogène sulfuré du sulfure de calcium, fait passer le nombre de bactéries nitrifiantes de 20.000.000 à 150.000.000 au sramme de terre, en huit jours. La stérilisation partielle des sols a donc pour résultat d'augmenter la fixation de l’azote en augmenmentant le nombre des Azotobacter et Clostridium pasteurtianum.
Le sulfure de calcium, CaS, provient de la réduction du gypse, SO?Ca, 2H0:, ou de l’anhydrite, SO‘Ca, par le charbon.
M. Gustave Rivière a doublé un rendement de pommes de terre en semant 20 kilogrammes d’arséniate de soude à l’hectare. Il est probable que ce toxique agit de la même façon, en détruisant les protozoaires du sol.
Sion veut cultiver le Sorgho comme fourrage, il faut savoir que
les engrais azotés en augmentent la toxicité. Dans les sols pauvres en chaux, un apport de calcaire pulvérisé favorise la nitrification, et donne à la plante la quantité suffisante d’éléments nitrés pour son développement. J'ai, en effet, remarqué que des Sorghos cultivés en milieu très azoté restaient toxiques beaucoup plus longtemps que les autres et contenaient beaucoup plus de glucoside cyanogénique que les mêmes plantes cultivées en terrains pauvres.
Cependant, il est incontestable que les engrais azotés, nitrates ou sels ammoniacaux, favorisent le développement de la plante en feuilles et en tiges. Si on récolte la plante à la maturité on a un rendement meilleur en grains et en fourrage, sans inconvénient, puisque la plante n’est plus toxique. De sorte que pour obtenir des rendements élevés on aura toujours avantage à employer les engrais azotés, sans oublier les phosphates et les sels de potasse. È
Résistance à la sécheresse. — Comme nous l’avons déjà vu, les Sorghos sont plus ou moins sensibles à la sécheresse. En 1919, j'ai fait à Morée (Loir-et-Cher), une expérience avec le Sorgho sucré hâtif de Minnesota sur un coteau, en terre argilo-siliceuse. L’ humidité manquant, les plantes en lignes, d’abord robustes, se sont mal développées.
Cette expérience montre qu'il vaut mieux, pour les champs secs, non irriguables, dans les régions favorables à pluies incertaines et rares, du Midi en particulier, recommander, comme fourrages, des variétés mieux adaptées aux terres arides. Celles qui répondent le mieux sont les Kafirs, le S. Menu et aussi les Douros, les Mils, et les Mohas dont j’ai parlé dansle chapitre « Répartition géographique » à propos de Madagascar et du Midi de la France. Ces plantes supportent mieux la sécheresse que les variétés : Sucré hâtif de Minnesota, les Ambré rouge et Millets. Les Kafirs et les Mils ou Milos sont remarquablement résistants à l’action des vents secs et aux dommages causés par la chaleur. Si des conditions favorables suivent la période de sécheresse, ces variétés continuent rapidement leur développement. Le Mil se développe
même pendant la sécheresse pourvu qu’il trouve un péu d’humidité en profondeur.
Ces plantes subissent un véritable temps de repos pendant les périodes de sécheresse. Elles repartent ensuite avec une vigueur nouvelle dès que la pluie humecte le sol. La sécheresse de l’atmosphère ne les gêne pas, si elles trouvent de l'humidité dans le sol. C’est ainsi que les indigènes du Soudan sèment le Mil à mesure que les eaux du Niger baissent. La végétation se fait en saison sèche dans des conditions généralement favorables.
Müller, 1916, dit que le Sorgho a presque deux fois plus de chevelu de racines que le Maïs, alors que ses feuilles éliminent moitié moins d’eau par transpiration. À
Cette combinaison de racines absorbantes nombreuses et de feuilles économes donne au Sorgho une grande supériorité sur le Maïs. Elle a fait dire à H.-N. Vinall et R.-E. Getty (1920), que les Sorghos ont donné d’excellents résultats par la sécheresse dans le « Sud des grandes plaines des Etats-Unis », aussi bien pour le fourrage que pour le grain. Ils ajoutent que le fermier qui continue à faire du Maïs et du Froment comme culture principale dans ces régions à Sorgho, court infailliblement à un désastre.
Bien: entendu, même les Sorghos qui résistent le mieux à la sécheresse se trouvent bien d’être arrosés ou irrigués. S'il pleut de temps en temps, la récolte n’en sera que plus belle.
Dans les régions irrigables et dans les climats à pluies d'été certaines on aura toujours avantage à cultiver une variété sucrée comme le Sucré hâtif de Minnesota, Minnesota Amber, l'Ambré rouge, Dokota Amber, le Coleman, l’Orange ou le Sumac, dans les régions chaudes du Midi ou de l’Afrique du Nord. Pour le nord de la Loire et l’ouest de la France, régions à pluies d’été, une des deux variétés : l’Ambré hâtif de Minnesota, ou l’Ambré rouge, donneront généralement de bons résultats, les années de sécheresse étant tout à fait exceptionnelles.
On pourrait aussi cultiver avec succès les Kaoliangs de Mandchourie qui sont assez appréciés aux Etats-Unis.
Enfin le Mail à chandelles, var. M. en massue (Pennisetum typhoideum, Rich.), qui n’est pas toxique, même à l’état jeune,
se développe dans des régions qui reçoivent seulement annuellement de 15 à 30 centimètres de pluie par an. Cette plante, comme les autres Mils et Millets cités à propos de Madagascar et du Midi de la France, serait à essayer comme fourrage et même comme céréale dans les climats où elle peut mürir. Le Mil à chandelles hâtif pousse en vert, d’une façon exubérante, jusque sous le climat parisien. J’en ai cultivé à Vanves (Seine) en 1921. Semé le 15 mai, fleuri le 17 août, plusieurs épis étaient mûrs du 20 au 30 septembre.
Une expérience faite à Breuillet (S.-et-0.), avec le DT Ledé, en 1918, prouve que du Sorgho sucré hâtif de Minnesota semé le {er juillet et faiblement arrosé, atteignait le 1 septembre 70 centimètres et a pu arriver à maturité en octobre après une centaine de jours de végétation.
Résistance à la gelée. — Ce Sorgho semé à Breuillet le 4er juillet et haut de 70 centimètres a subi dans la nuit du 1e au 2 septembre 1918 une température de 20,5 centigrades au-dessous de 0. Il n’a pas frisé alors que le Maïs était complètement à bas et que les Haricots verts étaient gelés. La même année, en Poitou, à Regombert, chez M. Deniau, les Sorghos étaient encore en parfait état alors que le Maïs avait déjà beaucoup souffert du froid. On peut conclure de là que le Sorgho hâtif de Minnesota paraît plus résistant à la gelée que le Maïs.
Résistance aux terres salées. — Dessalage des terres. — On sait que le chlorure de sodium réagit sur les silicates doubles du sol, déplaçant la chaux par la soude.
L’argile, devenant plus colloïdale, rend la terre plus imperméable et contrarie la nitrification en empêchant l’aération.
Industriellement cette réaction est appliquée à la purification des eaux par des silicates doubles (zéolithes artificielles) obtenus par fusion d’un mélange de carbonate de soude et d’argile.
Pratiquement, cette matière est finement divisée et tassée dans un filtre à travers lequel passe l’eau à purifier.
Les sels de chaux contenus dans l’eau réagissent sur la zéo-
lithe, la chaux prend la place de la soude qui passe à l’état de sel soluble : sulfate, chlorure, carbonate.
Lorsque la zéolithe est saturée de chaux, il suffit de la mettre en présence d’une solution de sel marin qui redonne la zéolithe sodique primitive utilisable à nouveau, alors que la chaux passe à l’état de chlorure de calcium soluble qui est envoyé à l’égout ou employé à lutter contre la poussière sur les chemins avoisinants ou dans les cours de l’usine. Le chlorure de calcium est, en effet, un corps très hygrométrique qui, maintenant la poussière légèrement humide, l'empêche de s'élever.
Dans les régions dont le sol contient des sels nuisibles à la végétation comme l'Egypte et le sud-ouest des Etats-Unis, il a été reconnu que les diverses variétés de Sorghos sont très résistantes à l’action des sels alcalins. Le Sorgho est une des premières cultures à tenter dans les terrains salés que l’on veut corriger. Pour éviter la remontée des sels nuisibles et leur efflorescence en surface, sous l’action des eaux d'irrigation, il est nécessaire de drainer en même temps qu'on irrigue. On creuse des fossés profonds qui entrainent les eaux chargées de sels ; alors que les fossés d’amenée d’eau sont superficiels. On arrive ainsi à dessaler et à cultiver des terres qui seraient demeurées absolument incultes. Une proportion de sel marin de 1 p. 100 dans les sols secs et de 2 p. 100 dans les sols humides empêche toute végétation.
En Camargue, on obtient de bons résultats en couvrant les jeunes plantes avec des roseaux qui empêchent l’évaporation superficielle ; ou mieux, en enterrant à environ 60 à 70 centimètres un lit de roseaux qui s’opposent à la montée du sel par capillarité et sa cristallisation en surface par là sécheresse.
L’évacuation des eaux d'irrigation est absolument nécessaire, même dans les terres non salées. En effet, les eaux de tous les fleuves, rivières et sources contiennent des sels en dissolution qui, dans la terre, remontent en surface par capillarité et finissent par se concentrer au point de stériliser le sol. L’irrigation continue en Egypte a ainsi parfois causé de graves mécomptes. Il faudrait que nous profitions de cette expérience dans nos colonies au
moment où le projet d'irrigation dans les vallées du Sénégal et du Niger est sur le point d’aboutir.
Il existe en Egypte et aux Etats-Unis des régions stériles connues sous le nom d’A/kali lands. On en trouve également en Lybie, en Arabie, en Perse, aux Indes, au Chili, en Argentine, au Brésil.
Ces sols sont stérilisés par la présence de sels de soude (particulièrement du carbonate) qui ont pour origine la décomposition des roches en présence des éléments du sol. Dans les régions désertiques plus haut citées, l'absence de pluies permet l'accumulation, sous forme de taches blanches (alcali blanc), de ces sels constitués encore par du chlorure, du sulfate, du phosphate, du nitrate de sodium, du sulfate de magnésium et de calcium. Le carbonate de sodium désagrège l’argile et se combine avec l’humus pour donner l’alcali noir, d’une stérilité complète.
L’irrigation seule n’a aucune action sur ces terres, tellement l’alcali noir est imperméable. Le seul remède est l’incorporation massive de gypse ou pierre à plâtre. Le sulfate de chaux du gypse se combine avec le carbonate de soude, donnant du sulfate de soude soluble et du carbonate de chaux insoluble. L’eau d’irrigation entraine le sulfate de soude avec les autres sels par les fossés de drainage. On est arrivé ainsi à rendre très fertiles des terres absolument incultes. L’humus et le carbonate de chaux, joints aux phosphates et aux nitrates contenus naturellement dans les terres, favorisent très heureusement le développement des plantes.
Les Sorghos et les Millets sont des plantes recommandables pour les premières cultures dans ces terres alcalines.
Epuisement du sol. — On dit que le Sorgho est dur à la terre. Cette plante vigoureuse a évidemment besoin d’une abondante nourriture pour se développer, mais le fait le plus important à signaler après la récolte du Sorgho, c’est l'épuisement du sol en humidité. Or on peut dire que l’élément le plus indispensable au développement des plantes c’est l’eau. Dans leurs grandes plaines arides du Sud-Ouest, les Américains laissent souvent la terre se reposer une année en lui donnant les façons du dry-farming
pour permettre à l’eau de pénétrer et de rester dans le sol. C’est ce qu’on appelle une jachère entretenue, le sol aéré se nitrifie et le sous-sol récupère l'humidité indispensable à la végétation.
Il est nécessaire de bien fumer lorsqu'on veut avoir une bonne récolte.
M. le Directeur des Services agricoles de Vaucluse, préconise l’engrais suivant qui lui a donné d’excellents résultats pour le Sorgho à balai :
TO TE SD LL Line EL Lau Late dun 300 kilogrammes à l’hectare. Chlorure:de potassium 44e vit. cie. 200 -- — SUD OT TOSD NAN ME DR ne re Aa. 600 PRO UNE ER Re NU tee 400 = —
On répand sur le sol quelques jours avant le semis et on enterre par le deuxième labour, le premier labour ayant été donné à l’automne.
Pour les Sorghos à fourrage il sera bon de ne pas insister sur le nitrate de soude qui augmente la toxicité de la plante et d’ajouter de la chaux, de la craie ou de la marne pulvérisées à raison de 1.000 kilogrammes à l’hectare dans les terrains argilo-siliceux ou siliceux-acides et aussi dans les terrains tourbeux. Dans ce cas on peut remplacer le superphosphate par des scories de déphosphoration en poudre fine ou simplement des phosphates naturels pulvérisés finement.
Ces produits neutres ou alcalins, en changeant la réaction du milieu ainsi neutralisé, favorisent le développement des bactéries nitrifiantes. La plante trouve alors la quantité nécessaire d’azote assimilable pour son développement sans augmenter sa toxicité, ce qui est très important pour les fourrages à faire consommer avant maturité complète.
Il est démontré qu'avec de la chaux seule, sous forme de carbonate pulvérisé, sans engrais azoté, on peut doubler le produit d’une récolte dans une terre décalcifiée, siliceuse, argilo-siliceuse ou tourbeuse. |
Favoriser ainsi le travail des microbes nitrifiants utiles, c’est économiser et faire baisser le prix de la vie. Cette opération de
chaulage ou de marnage est possible et facile dans beaucoup d’endroits. Les terres sablonneuses de la région de Thiès, au Sénégal, pourraient être considérablement améliorées par épandage de calcaire pulvérisé de 1.000 à 3.000 kilogrammes à l’hectare. Du calcaire phosphaté existe à proximité de la ligne Dakar-- Saint-Louis. Auguste Chevalier a signalé des gisements de phosphates en plusieurs endroits, le long de la petite côte du Sénégal, entre Rufisque et Joal, titrant environ 21 p. 100 de phosphate tri-. calcique. |
Ces gisements abondants se continuent dans l’intérieur. Ils forment une masse puissante de 100 mètres d’épaisseur dans la falaise de Thies et sont placés géologiquement parmi les marnes et argiles mesonumulitiques caractérisées par des fossiles qui les rattachent aux formations de la Tunisie, de l'Egypte et de l’Inde (carte géologique du Sénégal, Chautard, 1906).
Ces calcaires phosphatés atteignent, en certains endroits, une teneur de 35 à 38 p. 100 en phosphate tricalcique (Stanislas Meunier, Bulletin du Mus. d'Hist. nat., 1898, n° 2).
Le chemin de fer Dakar-Saint-Louis coupe ces affleurements au « Ravin des voleurs ». Situation très favorable qui permettrait sans doute une exploitation facile et rendrait d'immenses services à l’agriculture sénégalaise.
Un simple broyeur, une éolienne ou un moteur à gaz pauvre marchant aux coques d’Arachides ou à la paille de Mil, voilà de quoi fertiliser cette région. £
Analyse chimique de quatre échantillons de terre provenant de Thiès (Sénégal)
(Pour 100 de la matière sèche).
Échantillons prélevés en surface à 4m. de profond'{à 8 m. de profond'| à {2 m. de profondeur
LA NORES) »
EEE, 30 à 9 | 1,149 9 97,122 02] 90,699 ©, 02 196,242 | 484 % 6/| 2,42