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LE GRAIN DE SORGHO EMPLOYÉ POUR LA NOURRITURE DE L'HOMME

On peut dire qu’en Afrique et dans une grande partie de l’Asie le Sorgho est la base de l’alimentation humaine. Il est aussi im portant pour ces régions que le Blé en Europe et le Riz en Extrême-Orient. Sans le Sorgho, les steppes soudanaises et beaucoup d’autres pays semi-désertiques d'Afrique et d’Asie seraient inhabitables. On cultive beaucoup le Sorgho dans les plaines arides des Etats-Unis. Tout le monde a mangé du pain mélangé de Sorgho pendant la guerre et ceux qui sont allés en Afrique du Nord ont mangé du kous-kous au mouton et au Douro. D’après Dumas, en Afrique occidentale française, pour consommer le Sorgho, on le passe d’abord au mortier, on le cuit légèrement à la vapeur d’eau et on le mange avec une sauce grasse faite abec du « beurre de Karité » ou du beurre de vache, des grains d’Arachides écrasés et des feuilles de Baobab, le tout additionné quelquefois de viande ou de poisson. En France, la farine de Sorgho n’est qu'accidentellement utilisée dans lalimentation, en boulangerie et en pâtisserie.

Le Douro de l'Afrique du Nord donne une farine un peu bise

mais de bonne qualité.

Le Kaîfir blanc donne une très bonne qualité de farine pour être employée en mélange avec la farine de Froment.

Le pain fait à la farine de Sorgho seule lève mal, reste lourd et plat. C’est pourquoi il est préférable de l’employer seulement en mélange avec la farine de Froment.

Jusqu'à présent, ni en Europe, ni en Amérique, la mouture des diverses variétés de Sorgho n’a guère retenu l’attention. C’est à tort, d’ailleurs, car les ressources de l’Afrique occidentale française en Sorgho seront considérables quand on le voudra et quand on aura doté cet immense pays de moyens de culture un peu plus modernes que le daba indigène. Sans vouloir aller immédiatement jusqu’au tracteur, aux charrues polysocs, au cultivateur moderne et à la herse à disques, la charrue à cheval ou simplement à âne, la herse et le rouleau de nos aïeux rendraient déjà bien des services. Il faudrait éduquer l’indigène et que des Sociétés puissantes prennent cela en main.

Le Sorgho, le Coton, V’Arachide, voilà trois plantes qui poussent dans les mêmes régions, qui peuvent se suivre et dont on peut régler l’assolement. L’Arachide nous donne l’hurle et le tourteau. Le Sorgho son grain, son fourrage et sa pâte à papier ; certaines variétés donnent de plus une matière colorante, avec leurs glumes foncées qui sont un déchet perdu. Le Coton donne des fibres, de l'huile, le tourteau et de la pâte à papier.

La valeur alimentaire du Sorgho, presque égale à celle du Blé et supérieure de 10 p. 100 à celle de lAvoine, est très intéressante. On peut dire qu’en mélangeant 15 à 25 p. 100 de farine de Sorgho blanc à la farine de Blé on ferait un pain très acceptable qui nous permettrait d'acheter moins de Blé à l'étranger et de maintenir notre change à un cours plus avantageux pour nous.

La farine des meilleures variétés du Sorgho blanc pourrait servir dans la fabrication des pâtes alimentaires.

(Enfin les grains de Sorgho ont leur emploi dans la fabrication de la bière eufopéenne. Les indigènes du Soudan font une bière avec le Sorgho, qu'ils appellent « dolo ». La tialva des Cafres, la merisa des Brésiliens, sont aussi des bières faites avec le grain du Sorgho. Cette importante question est traitée plus loin.

L’importation, en France, du Sorgho de l'Afrique occidentale ne sera possible que le jour où non seulement les indigènes seront

en possession d'instruments agricoles, mais encore où chaque petit centre sera pourvu d’un moulin destiné à remplacer la maind'œuvre féminine dans le concassage au mortier.

Les femmes noires passent un temps énorme à piler le « Mil », temps qui pourrait être employé beaucoup plus avantageusement.

L’indigène apporterait par exemple trois sacs de Mil au moulin, on lui rendrait un sac de farine.

On pourrait utiliser les glumes en teinturerie locale et exporter ce qui resterait des trois sacs primitifs. L’indigène n'aurait rien à débourser, il devrait seulement produire davantage, ce qui serait facile. Les femmes, libérées du concassage du Mil, pourraient consacrer plus de temps à la culture et les indigènes seraient ainsi amenés tout naturellement à ensemencer de plus grands espaces, sans avoir besoin d'augmenter leur travail.

Les progrès de l’industrie moderne ont bien modifié la meunerie. Il existe des petits moulins d’un poids et d’un encombrement insignifiants qui auraient leur place toute trouvée en Afrique occidentale française.

Il existe, d'autre part, des moteurs à gaz pauvre pourvus de générateurs spéciaux marchant au bois, aux balles, aux pailles de céréales et aux déchets végétaux divers. Ces générateurs rendraient également de grands services en Afrique occidentale française, où le combustible ordinaire est rare.

Des éoliennes perfectionnées auraient aussi leur place dans ces régions.

A ce propos, Je me rappelle une amusante histoire qui m’a été racontée par M. P. Huchery, administrateur colonial dans la région de Tombouctou, au pays des Sonroïs : Un officier d’infanterie coloniale avait fabriqué un moulin à vent actionnant une série de pilons pour décortiquer le Riz, broyer le Mil, moudre le Blé, ete. Le moulin fabriqué donna d’excellents résultats. L’officier convoqua les notables et les hommes les plus intelligents du village. Tous furent unanimes à reconnaître que «la chose faite par le blanc était bonne, qu’Allah lui avait donné l'intelligence pour faire cela ».

Un taleb qui n’avait rien dit, et auquel on demanda son avis, répondit :

— Oui, par Allah, c’est très bien !

Mais si le vent travaille et fait la besogne de nos femmes, que feront nos femmes pendant ce temps-là ?

Le taleb disait vrai, puisque, dans beaucoup de cas, presque toute la besogne des femmes consiste à préparer la nourriture de la famille, en chantant, assises, et toujours réunies en groupes bruyants et bavards.

Il y aurait quelques modifications à apporter au travail des femmes. Au Soudan ce sont elles qui cultivent les Mils. Il leur serait facile, ayant plus de temps, grâce aux machines, d’en cultiver sur de plus grands espaces.

Là, comme ailleurs, la civilisation et son machinisme s’imposeront, le plus souvent, pour le plus grand bien-être de chacun.

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