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APERÇU BOTANIQUE ET DESCRIPTION nent
Fig. 9. — Coupe transversale d’une tige de Sorgho.
ve
QC
faisceau libéroligneux ; pa — paren-
gneuses ; v — vaisseaux,
fibres li
sclerenchyme ; fl
fibres ; 1 = liber; fl
ep = épiderme; sel chyme; f
rescence terminale, fleurir, et quelquefois fructifier, ce qui est rare sous nos climats. C’est là d’ailleurs un caractère à rejeter des bonnes sélections.
Aux environs de Paris, en Loir-et-Cher, en Touraine et en Poitou, dans des terrains d'humidité moyenne, les tiges du Sorgho atteignent 2 mètres à 2 m. 50. Dans les sols frais et dans les pays méridionaux on en voit de 3 mètres et plus.
Le diamètre va en diminuant de 10 à 25 millimètres à la base à 5 à 8 millimètres au sommet, sous nos climats. Dans la région méditerranéenne, dans les endroits irrigués ou frais, le diamètre de certaines variétés peut atteindre 40 millimètres à la base.
Chaque entre-nœud se termine à la partie supérieure par un faible renflement qui sert de base à la gaine de la feuille. Les entre-nœuds sont sensiblement cylindriques, un peu élargis vers les nœuds qui sont plus ou moins duveteux.
L’entre-nœud du dessus est toujours plus petit que celui du dessous, le diamètre diminue ainsi brusquement au-dessus de chaque entre-nœud. L’anatomie de la tige du Sorgho est celle de toutes les Graminées à chaume plein (fig. 9). Les nœuds sont formés par l’entrecroisement des faisceaux libéro-ligneux qui se distribuent dans les feuilles. Au-dessous du nœud, ces faisceaux descendent parallèlement à l’axe de la tige en se resserrant de plus en plus, à mesure qu’ils sont plus proches de la périphérie, laissant à peine subsister entre eux quelque trace de tissu parenchymateux. Au centre ils sont épais, et peu nombreux dans le parenchyme qui contient du sucre, dans la plante adulte. La tige reste verte pendant toute la durée de la végétation. Elle pâlit, pour finalement jaunir au moment de la pleine maturité des grains, encore la base des chaumes reste-t-elle toujours verte, avec souvent quelques taches allongées d’un rouge plus ou moins foncé.
Il se produit souvent, en arrière-saison, dans l’épaisseur ou en surface de la tige, une coloration rouge due à la formation de matière colorante, sous l’action d’un traumatisme accidentel ou parasitaire. J’ai vu la coloration rouge se développer dans les
parties parasitées par des moisissures ou des taches microbiennes, gagner les vaisseaux et envahir tout le tissu. Elle semble dans ce cas être une réaction de défense de la plante.
Le Mil des teinturiers (pl. 4, fig. C), cultivé au Soudan, est un Sorgho dont la tige et les feuilles rougissent sous l’action d’une levure signalée par A. Chevalier.
Feuille. — Les feuilles du Sorgho sont planes, alternes, engainantes, longues et larges, retombantes. Elles atteignent 50 à 80 centimètres de long et 5 à 10 centimètres à la partie la plus large, elles sont d’un beau vert.
Elles vont s’élargissant jusque vers le milieu de leur longueur pour diminuer plus rapidement et se terminer en pointe assez aiguë. Leur limbe est entier, ondulé et bordé par une marge très étroite transparente et rugueuse au toucher. |
Les nervures translucides sont curvilignes. La nervure médiane, plus claire, est cannelée en dessus et saillante en dessous.
La gaine est cylindrique et ses nervures sont régulièrement parallèles, elle est surmontée d’une ligule, d’abord entière, qui devient velue ou ciliée à l’état adulte.
Entre la gaine et le chaume, la plante exsude une efflorescence blanchâtre, qui est constituée par une cire utilisable, qu’on appelle « cérosie », commune d’ailleurs chez les Graminées, le blé, le maïs et la canne à sucre en particulier.
Inflorescence. — A la maturité, la tige du Sorgho sucré est
couronnée par une inflorescence rameuse lâche, appelée « pani-
cule », portée par l’axe principal, dont les caractères différents ont permis de distinguer les principaux groupes. D’après Capus et Bois :
19 Panicuie lâche :
Caryopse inclus dans les glumes :
a) Axe principal de la panicule court, rameaux secondaires longs — S. technicum (Sorgho à balai).
Axe principal allongé : S. saccharatum (Sorgho sucré).
EAŸ À CR) Re.
Al
Fig. 10. —- Inflorescence du Sorgho sucré.
20 Panicule dense :
Caryopse inclus dans les glumes :
a) Panicule dressée : S. oulgare (Sorgho commun, Imphi, etc.). b) Panicule penchée : S. cernuum (Sorgho penché). Caryopse dépassant les glumes :
S. doura (Sorgho douro).
S. couscou (S. de Changallar).
Autour de l’axe principal et à diverses hauteurs se trouvent
Fig. 11. — Schéma de la fleur du Sorghc.
disposés des groupes de rameaux (Panicula semi-verticillata de Linné). Ils ne partent pas du même plan mais forment des groupes assez éloignés les uns des autres.
Ces groupes, à la base de l’axe, s’insèrent comme les feuilles qui sont alternes. Vers le haut de la panicule leurs points d’insertion sont parfois si rapprochés qu’ils ont une allure ombelliforme à la maturité (pl. 4, fig. B) à la manière de l’Holcus cafer d'Arduino 1786 (fig. 22).
L’axe principal dressé (erectus) est orné de cannelures longitudinales produites par la compression des rameaux secondaires dans la gaine, avant l'épanouissement de la panicule. Ces ra-
meaux d’abord dressés forment dans l’ensemble une masse plus ou moins ovoide. À la maturité ils s’infléchissent sous le poids des grains (Racemis patentissimis, horizontalibus, sub pendulis, Lin.).
Fig. 12. — Diagramme de la fleur du Sorgho.
Ces rameaux secondaires portent eux-mêmes d’autres rameaux, eux-mêmes ramifiés.
A l'extrémité de toutes ces ramifications se développent des épillets en nombre variable qui constituent l’élément essentiel de l’inflorescence. Les épillets se présentent à l’extrémité des ramifications de l’inflorescence, soit seuls, soit par deux, trois ou quatre, le plus souvent trois fertiles. L’épillet fertile, unique
APERÇU BOTANIQUE ET DESCRIPTION cn Lo
ou terminal, est accompagné de deux épillets stériles, presque latéraux (fig. 11 et 13).
Les autres ne sont accompagnées que d’un seul épillet stérile (fig. 11, 12 et 13).
Chaque épillet stérile est pédicellé. Il a son point d’attache à la base de l’épillet fertile, c’est-à-dire à l'extrémité des ramifications pour les épillets terminaux fertiles. Deux enveloppes coriaces, les «glumes », enferment la fleur et, plus tard, le grain. Elles sont presque égales, convexes, poilues et prennent, vers la maturité, une teinte rouge plus ou moins foncée ou d’un noir chaud et brillant.
La plus grande, À, est bicarénée, arrondie. Elle a de nombreuses nervures apparentes, surtout au sommet qui est rongé, échancré ou terminé en pointe plus ou moins obtuse et arrondie.
La deuxième glume, un peu plus courte, est unicarénée, arrondie et rongée ou terminée en pointe, plus ou moins obtuse, avec des nervures moins nombreuses que la première.
Recouverte par la première glume A, et opposée à la deuzœième glume B, une membrane GC, mince, hyaline, laciniée sur les bords avec deux nervures saillantes opaques, représente la fleur inférieure stérile. Cette fleur serait quelquefois fertile. Je n’ai pas eu l’occasion de le constater. (Il est fait mention d’un Millet noir à l’époque des anciens classiques, en Chine. Aux Indes, il existe plusieurs variétés de Sorghos à deux grains.) La fleur supérieure fertile comprend :
une glumelle D, membraneuse, hyaline, à bords laciniés, échancrée au sommet, pourvue d’une arête longue, plusieurs fois tordue sur elle-même, entre les deux pointes de l’échancrure,
une seconde glumelle G, opposée à la première D, très petite, membraneuse, hyaline, laciniée, sans nervure et bifide au sommet,
deux glumellules H, tronquées, en forme de coin (cunéiformes), ciliées aux angles supérieurs. Elles sont superposées à la glumelle D,
trois étamines E, à filets grêles insérés l’un entre les deux glumellules, les deux autres latéralement et opposés à la glumelle D. Ces filets portent des anthères à deux loges, Jaunes et
basifixes. Leur déhiscence se fait par une petite fente latérale, au sommet des loges.
Au moment de la fécondation les étamines sortent au dehors, effectuent leur déhiscence, puis se séparent du filet qui se détache peu à peu. (C’est là une grande difficulté pour la conservation des variétés pures, à cause des hybridations faciles que produit cette disposition.)
Un opvaire libre à une seule loge, surmonté de deux styles non soudés à stigmates linéaires oblongs, plumeux.
Un très petit ovule anatrope muni d’un embryon latéral et monocotylédoné. |
L'épillet stérile. — L'’épillet stérile qui accompagne l’épillet fertile est porté par un court pédicelle latéral à l’axe. Il reproduit exactement l’épillet fertile sauf la fleur fertile terminale. On voit sur le pédicelle :
Une bractée coriace externe représentant la glume A, une écaille représentant une fleur rudimentaire correspondant à B, et, appuyée sur la bractée extérieure, une membrane hyaline binerviée correspondant à C, et représentant une fleur rudimentaire.
Fruit. — Après la fécondation, les étamines tombent. Seule, la base de leurs filets subsiste.
Les glumes, glumelles et glumellules, par injection de matière colorante, se teintent en rouge plus ou moins foncé, en brun ou en jaune suivant les variétés.
L’ovule en se développant remplit toujours complètement la cavité de l’ovaire.
A la maturité, l'ovaire, devenu péricarpe, est directement appliqué sur l’ovule devenu graine. L'ensemble est un fruit appelé caryopse ou grain. (Fig. 54 et pl. 13).
L'’ovaire conserve à son sommet la trace des styles sous la forme d’une pointe plus ou moins régulière, penchée et plus ou moins injectée de matière colorante d’une intensité variable.
Dans le grain mûr, cette pointe est visible par l’entrebaillement du haut des glumes.
Le grain mûr, débarrassé de ses glumes, glumelles et glumellules, est légèrement oblong, plus ou moins ovoide, obovale, presque Sphérique, généralement un peu aplati latéralement sur les deux faces avec une petite dépression vers le hile du côté opposé à l'embryon qui forme lui-même une légère saillie sur un plan coupé un peu obliquement.
Le péricarpe est coloré en orangé rougeâtre ou brunâtre.
Si on l’enlève avec précaution on voit que la graine proprement dite Fig. 13. — Grains de sorgho est encore plus fortement colorée, de bee Eu la même nuance.
Sous cette couche mince colorée, on trouve un albumen corné à la périphérie qui caractérise les cellules à aleurone, et à l’intérieur un albumen amylacé parfaitement blanc et farineux qui contient de petits grains d’amidon plus ou moins polyédriques, ou sensiblement sphériques. C2s grains d’amidon sont marqués d’un hile plus ou moins régulier et varient généralement entre 5 et 20 pu. (Voir chap. Le grain et la farine de sorgho).
RÉSUMÉ
Le Sorgho sucré est une race à glumes noires de la variété Saccharatum de Linné (1753), du genre Sorghum de Persoon, (1805), de la tribu des Andropogonées, de la famille des Graminées.
Le genre Sorghum se distingue par une inflorescence en panicule à rameaux plus ou moins allongés, plus ou moins serrés ou plus ou moins lâches, l’axe principal de la panicule étant court ou allongé ; deux glumes presque égales, une fleur inférieure rudimentaire réduite à la glumelle inférieure hyaline égalant presque les glumes, une fleur supérieure hermaphrodite, fertile, une glu-
melle inférieure hyaline bilobée avec une arête entre les lobes. Cette arête est longue et tordue, elle dépasse toute la fleur ; une glumelle supérieure hyaline et sans nervure, deux glumellules, tronquées et cunéiformes, dont le bord. supérieur est garni de poils plus longs vers les angles. Trois étamines, deux styles non soudés, deux stigmates longs et plumeux. Les épillets latéraux sont accompagnés d’un épillet stérile et les terminaux de deux.
Ce genre est très voisin de plusieurs autres de la même tribu.
19 Du genre Andropogon, dont l’inflorescence est en faux épis.
20 Du genre S'accharum (Canne à sucre), qui en diffère par la présence d’un involucre pileux à la base de l’épillet ;
3° Du genre Holcus, qui s’en éloigne par des caractères beaucoup plus importants. Ses glumes ne renferment que deux fleurs, l’inférieure hermaphrodite, la supérieure mâle. Les glumellules sont entières. Ce genre.est éloigné de la tribu des Andropogonées, nous le citons seulement pour rappeler que Linné avait donné au Sorgho sucré le nom de olcus saccharatus.
Caractères du Sorgho sucré. — Hauteur { mètre à 2 m. 50 et plus, inflorescence en panicule, axe principal allongé, rameaux insérés en demi-verticilles alternes, lâches, dressés dans le jeune âge, écartés à la maturité. Glumes velues rouges ou noires à la maturité. Le fruit est un caryopse obovale presque sphérique, légèrement aplati latéralement et portant une pointe foncée au sommet à la place des styles.
Origine. — On pense généralement que les Sorghos cultivés ont pour origine commune un Sorgho sauvage, vivace, à rhizome traçant, indigène dans la région méditerranéenne, le Sorgho d'Alep (Sorghum halepense Pers). Trabut, dans les comptes rendus de l’Académie d'Agriculture de France, 26 janvier 1916, signale qu’une petite variété, le Sorghum exiguum Forsk., qu’il a appelée Sorgho menu, est apparue spontanément dans les carrés d’expérience du jardin d’essais d’Alger. Cette petite variété, très semblable au Sorgho d’Alep, dont elle se distingue par le fait qu’elle n’a pas de rhizome traçant, s’est maintenue en culture, sans variation. Il indique dans la même note qu'il existe, en Algérie, entre Collo et Djidjelli, à l'embouchure de l’oued Zour, un Sorgho annuel, le « Mezra », Sorghum halepense annuum non traçant, très élevé, dont les panicules ont 0 m. 40 à 0 m. 50 de haut. Cette forme sauvage, cultivée, n’a jamais varié. Il ajoute qu’on peut regarder ces formes du Sorgho comme des formes spontanées qui peuvent donner une idée de la façon dont les variétés cultivées ont pris naissance.
D'autre part, on trouve au Soudan une variété sauvage que les Américains cultivent sous le nom de Sudan grass et que Auguste Chevalier considère comme l’ancêtre des Sorghos cultivés. |
C’est en Afrique et aux Indes, dans les régions tropicales et
subtropicales, qu’on trouve le plus grand nombre de variétés cultivées.
De nombreuses études en ont été faites aux Indes, par les agronomes et les botanistes. Les Sorghos d'Afrique sont moins étudiés.
De Candolle dit qu’il existe, entre les Sorghos africains et asiatiques, une différence d’aspect telle, qu’elle est un argument en faveur de l’origine indépendante des Sorghos dans les deux continents.
Mais il penche, par déduction, pour une origine africaine. II cite l'observation de Schmidt (Beüräge zur Flora Capverdischen Inseln, p. 158), sur un Sorgho qui pousse à l’état sauvage, dans des terrains arides de l’île San Antonio de l’archipel du cap Vert.
C’est peut-être là qu’il faut voir la véritable origine ?
On trouve en Afrique tous les principaux groupes de formes y compris le Sorgho sucré à panicule diffuse, genre S. chinois, et le Sorgho à longues panicules, à axe incurvé, à rameaux pendants, se rapprochant des Shallus de l'Inde et des Ampemby de Madagascar, c’est là un fort argument en faveur d’une origine africaine. |
Bien que la question d’origine ne soit pas absolument réglée, on peut dire qu'il existe des intermédiaires entre le Sorgho d'Alep, le plus typique, et les formes les plus améliorées à tiges sucrées où à gros grain farineux. C’est ainsi que le Sorgho d’Alep annuel de Cordofan, de Souakine : Sorghum halepense æthiopicum Hackel (Schweinfurth, n°5 599 et 655, 1833), a des affinités très proches avec les Sorghos sucrés, nommés par Forskal (S. Dockna Forsk.) en 1775, dans sa Flora Ægyptiaco arabica, p. 17%.
Les hommes qui avaient besoin de grains farineux et aussi d’aliments sucrés pour se nourrir, eux et leurs animaux, ont sélectionné ces plantes dans ces deux buts. On peut même penser que ce sont ces formes annuelles du Soudan qui ont donné naissance aux variétés cultivées, par sélections successives,
N’est-on pas arrivé de nos jours, par sélection, à obtenir du Sorgho penché dont le haut des chaumes ne se courbe plus en
crosse à maturité ; des Sorghos hâtifs qui müûrissent en 90 à
100 jours, des Sorghos nains qui sont d’une récolte plus facile. Les variétés cultivées sont tellement différentes les unes des
autres que les anciens auteurs en avaient fait des espèces.
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons admettre qu'il existe deux espèces de Sorgho :
19 Le Sorgho d'Alep (Sorghum halepense, Pers.), sauvage, et ses variétés traçantes ou non ;
20 Le Sorghum vulgare Pers., qui compte de nombreuses variétés cultivées dans les régions tropicales et tempérées du monde entier. Ces variétés se fécondent ponte sn Il existe entre elles tous les intermédiaires.
De plus, toutes ces variétés sauvages ou cultivées contiennent en plus où moins grande abondance un glucoside cyanogénique, «la Dhurrine ».
Ancienneté. — Le plus ancien document dont aient parlé les auteurs : A. Unger, Die Pflanzen des Alten Ægypten (1859) ; A. Ermann, Ægypten und ägyptischen Leben in Alterium, Tübingen (1885) ; Woënig Franz, Die Pflanzen im alten Ægypten, pp. 171- 174; Carleton R. Ball, The history and distribution 6f Sorghum, (1910) : A. Hugh Bryan, Sorghum sirup manufacture, Farmers bull., p. 477, Washington, (1913); Gerald O. Dudgeon, Egyptian agricultural products (1913), serait en Egypte. C’est une fresque en assez mauvais état qui montre des scènes de moissons, puis des scènes de battage et de mise en grenier des céréales.
Cette fresque est peinte à Beni-Hassan, dans le tombeau d'Amen-em-hat qui appartenait à la xrie dynastie et vivait environ 2200 ans avant notre ère.
Wilkinson, dans son ouvrage: The Ancients Egyptians, vol. I, pp. 396, 426, 427, 428, Londres, 1878, figure et explique aussi des scènes de moissons qu’il indique comme se rapportant au « Doora » : Sorgho. Ces scènes sont peintéS dans des tombeaux de Thèbes et de Eileithvia.
Victor Loret, dans sa « Flore pharaonique », éditions 1887 et 1892, dit que des grains trouvés dans les tombes égyptiennes se
trouvent exposés dans divers musées, entre autres, celui de Florence.
Pickering a trouvé, dans un cercueil ouvert à Saqqarah, des tiges de Sorgho entrelacées avec des tiges de Papyrus. Malgré cela, dit-il, Schweinfurt refuse de croire à l’existence du Sorgho
dans l'Egypte ancienne.
Maspero, dans son Âistoire des peuples de l'Orient classique, (1895), signale qu’il l’a rencontré sous le nom de « Dirati » dans le Papyrus anastasi, IV, p. 13, ligne 12 ; p. 17, ligne 4.
J'ai étudié la scène de moisson citée par Woënig, Carleton R. Ball, etc., d’après les reproductions de Rosellini. Monumenti civili, pl. XX XVI, 2, texte I, p. 361 et de Champollion, Monuments de l’Ancienne Egypte et de la Nubre, pi. CCCC, t. IV.
Dans la planche de Rosellini, dans la première partie de la scène, la masse des tiges est peinte en vert. Elle est surmontée de taches ovoïdes, brun rouge, qu’on pourrait prendre pour des panicules denses et ovoïdes, comme le Douro ou Doura.
Dans la planche de Champollion, la scène est seulement dessinée au trait. Les détails qui représentent l’équivalent des taches ovoiïdes, brun rouge, ont ici la forme d’un triangle à angles arrondis, qu’on pourrait prendre pour des panicules de Sorgho sucré.
Cette différence de formes des mêmes détails, montre une grande fantaisie dans l'interprétation des artistes et m’a fait douter de la fidélité de leurs dessins.
La même scène, figurée, d’après des documents photographiques, dans Percy E. Newberry, Beni Hassan, part. 1, pl. XI, London, in-4°, (1893), accentua encore ce doute et me permit d'affirmer à M. Bénédite, Conservateur des Antiquités ésyptiennes du Louvre, grâce auquel j’ai pu consulter cet ouvrage, qu’il ne pouvait pas être question du Sorgho, dans cette figure. Depuis, j’ai eu recours à la grande compétence de M. le professeur Victor Loret, de Lyon, qui, partageant complètement mon opinion, a bien voulu mettre à ma disposition sa précieuse documentation sur cette question :
Trois sortes de documents peuvent servir à démontrer l’existence d’une plante dans l’Ancienne Egypte :
a) Documents linguistiques ; b) Documents botaniques ; c) Documents figuratifs.
a) Le Professeur V. Loret cite trois noms, dans sa flore pharaonique : bott, toura et tourouta, que Maspero lit « dirati » dans le Papyrus anastasi, IV, où ce mot revient deux fois p. 13, ligne 12, p. 17, ligne 4.
Bot est le nom de l’Epeautre ou plus exactement, du Triticum dicoccum (Schr.). Il ne se trouve jamais qu'avec ce sens dans les textes égyptiens et c’est par erreur ou confusion qu’un document copte-arabe du x1ve siècle de notre ère, traduit ce mot à la
fois par is, (Dourrah Sorgho) en même temps que par
LE
vas- (hommos : Pois chiche) ce qui montre que le sens du mot au xrve siècle était peu assuré. D'ailleurs le sens du mot « Sorgho » fût-il assuré pour le xrve siècle de notre ère que cela ne prouverait rien pour le sens du mot bott aux époques antérieures. Dans les traductions coptes de la Bible qui datent du rve-ve siècle, boti sert à rendre ëkw« et comme en ancien Egyptien, désigne le Triticum dicoccum, Schr.
Toura veut dire « Saule ».
Quant à Tourouta que Maspero lisait Diratt, il revient deux fois
dans le Papyrus anastasi IV, l'orthographe est Peu Le dans laquelle la première lettre — est non pas un d comme le dit Maspero, mais un # ou plutôt un #h (0 grec). Ce == sert le plus souvent à rendre en égyptien les lettres sémitiques ? (z) et D (s).
Le -=s (rou ou lou) sert à rendre aussi souvent le r que le Zsémitique.
Enfin le | final est plutôt un : qu'un a. Nous avons donc thouroti répondant au sémitique zouroti, souloti, zouloti, souroti. Tous les Egyptologues ont rapproché ce mot de l’hébreu nb solet, qui veut dire «fleur de farine ».
Le nom arabe du Sorgho .. (dourrah) est écrit avec un $ qui ne peut répondre au = égyptien. D'autre part, ce mot arabe
dourah (ou mieux dorah) ne se retrouve dans aucune autre langue sémitique.
Or, sous la XIXE dynastie, environ 1250 avant notre ère, c’est aux langues araméennes et cananéennes que les Egyptiens pouvaient emprunter des mots sémitiques et non à la langue arabe. Ni en araméen (syriaque), ni en cananéen (hébreu, phénicien) on ne trouve le mot dorah (V. Loret). Le rapprochement de Maspero serait donc faux, au point de vue linguistique. Il le serait également au point de vue archéologique, puisque, comme nous allons le voir, le Sorgho n’a jamais été trouvé dans les tombes, même sous forme de grains, ni représenté en basrelief ou en peintures dans les tombeaux.
b) Les grains et fruits trouvés dans les tombes et rapportés par Rosellini (cité par Unger), existent au Musée de Florence. Or, ni Migliarini qui en a fait le catalogue, ni le DT Bonnet, qui a étudié de très près les plantes égyptiennes du musée de Florence, n’y ont trouvé la moindre trace de Sorgho. Je le tiens au D' Bonnet lui-même.
I est probable que Pickering, également cité par Unger pour avoir trouvé dans la nécropole de Saqqarah des tiges de Sorgho mêlées de tiges de Papyrus, a été mystifié. On ne sait pas où sont exposées ces tiges ? Et seraient-elles exposées quelque part, qui prouverait leur ancienneté ? Tout le monde connaît l’histoire des grains de blé trouvés dans les tombes égyptiennes qui germent toujours ! Les Arabes sont experts dans l’art d’exploiter les chercheurs et les touristes.
c) Enfin la scène de la tombe d’Amen-em-hat, XIIe dynastie, citée par les auteurs, représente en réalité deux scènes, sorte de cliché qui se répète dans tous les tombeaux égyptiens depuis PAncien Empire jusqu'aux époques les plus récentes. Il faut done, pour les bien comprendre, les juger dans leur ensemble. Les scènes les plus complètes, les plus claires, les plus détaillées et les mieux dessinées sont celles de l'Ancien Empire. La récolte est toujours divisée en deux parties : le Jin, d’un côté, les céréales de
l’autre. La tombe de l'Ancien Empire la plus développée, celle de Ti, qui date de la première moitié de la Ve dynastie, 2700 ans environ avant notre ère, à Saqqarah, divise les céréales en deux scènes : Orge et Triticum dicoccum. Les autres n’ont qu’une espèce de céréale, l’Orge, la plupart du temps.
Dans la peinture de la tombe d’Amen-em-hat à Beni-Hassan, il n’y à que deux scènes : lin et céréale, Quelle céréale ? Le texte ne le dit pas et le dessinateur n’a pas tenu à représenter l’orge, plutôt que le blé. Il a representé une céréale quelconque. Dans toutes les scènes, ce qui distingue, à première vue, les deux épi-
CU ATENATE 603%
Faucillage du blé.
Arrachage et mise en faisceau des tiges du lin.
Fig. 15. — Fragments de scènes du tombeau d’Amen-em-hat.
sodes, c’est qu'on arrache le lin, tandis qu’on faucille les céréales
Il en est de même à Beni-Hassan au tombeau d’Amen-em-hat (Newberry, Beni-Hassan, t. I, pl. XI : Champollion, pl. 400 : Rosellini, pl. 36-2):le deuxième personnage de la scène est en train
Sdssiss d’arracher du lin Cette plante textile atteint, de nos jours, deux mètres de haut sur les bords du Nil.
Ce qui montre bien qu'il s’agit du lin c’est que : 1° dans toutes les scènes où l’on arrache du lin, les tombes de l’Ancien Empire disent en toutes lettres qu’il s’agit de :
Î a" AN LA « L’arrachage du lin. »
20 Si la scène du tombeau d’Amen-em-hat n’a pas d'inscription, une autre scène de Beni-Hassan, de même date, dessinée dans la
tombe de Khnoum-hotep (Newberry, Beni-Hassan, t. I, pl. 29, partie droite, deuxième registre en partant du haut) porte des inscriptions. Celle qui correspond à l’arrachage est :
as É «Arrachage du lin. »
Il est facile en comparant les deux scènes de voir qu’elles cor-
respondent bien l’une à l’autre.
Le sommet de la masse des tiges représente les capsules de lin
surmontées de leurs styles desséchés : e He ï
Le premier personnage à gauche tient un faisceau de tiges qu’il dispose en bottes ; la tombe de Khnoum-hotep (fig. 16) représente le même personnage, avec plus de détails dans le’ faisceau des tiges.
En somme, il n’y a aucune espèce de doute à avoir, cette scène représente bien l’arrachage du lin. Dans la deuxième
partie, la céréale est évidemment d’une taille un peu élevée, pour de l'orge ou du Triticum
Fig. 16. — Fragment de scène du tombeau de A
dicoccum. Mais il ne faut De oublier que nous sommes dans la vallée du Nil, au sol riche, irrigué dès ces époques reculées. Ne
voit-on pas de nos jours, dans les plaines d'épandage, sous nos climats, des blés dépassant la taille d’un homme ?
D'ailleurs, la céréale en question est surmontée d’épis pourvus d’arêtes, alors que tous Îles Sorghos ont des panicules dont les grains sont placés à l'extrémité des rameaux qui se ramifient en s’étalant plus ou moins. L'aspect de ces plantes est tellement différent que des dessinateurs aussi avisés que les artistes égyptiens n’auraient pas pu manquer de les styliser différemment.
Dans les scènes de moissons figurées par Wilkinson, The Ancients Egyptians, vol. IT, pp. 396, 426, 428, Londres (1878), malgré les affirmations de celui-ci, il est facile de voir qu’il se trompe.
H n’est pas un épi de Mil à chandelle, var. Mil en massue, ou
une panicule de Sorgho, si petits soient-ils, qui n’aient plusieurs fois la taille d’un épi de blé ou d’orge. Or, les détails arrondis qui surmontent la masse des tiges sont plus petits que des épis de blé ou de seigle. De plus, ils sont arrondis et sont le plus souvent, dans les peintures originales, surmontés de leurs styles desséchés.
Bottelage. Arrachage.
Récolte du lin.
Faucillage du blé. Arrachage du lin.
Fig. 147. — Scènes de labours, semailles, moissons et égrainage figurées par Wilkinson,
Wilkinson parle de têtes jaunes et rondes. Cette forme ne correspond pas aux panicules de « Doora » qui sont plutôt ovoïdes que sphériques. Au contraire, les capsules de lin correspondent à cette description.
Il représente aussi le bottelage et l’égrainage du « Doora ».
19 Le bottelage, une simple comparaison suffit pour démontrer que cette version est erronée. Pourquoi veut-il que des agricul-
teurs, qui négligent les chaumes du blé ou de l’orge en coupant la tige assez près de l’épi, récoltent le « Doora » en l’arrachant, hesogne pénible, puisque tous les Sorghos sont largement pourvus de racines, le plus souvent longues et tenaces. Pourquoi veutil que ces agriculteurs s’encombrent de ces pailles rigides ?
20 L’égrainage qu'il représente est encore usité de nos jours pour le lin. Il est vrai qu’il est aussi utilisé dans certains endroits pour le Sorgho à balais, mais cette forme de Sorgho est si différente du « Doora » qu’il ne peut en être question ;
Donc, là, comme dans les autres scènes de moissons des tombeaux égyptiens, on voit toujours deux scènes : le fauchage du blé, l’arrachage du lin.
En somme, quoi qu’aient pu en Aie les auteurs plus haut cités, rien ne prouve que les Anciens Egyptiens aient connu le Sorgho.
Cependant, comme cette plante est surtout employée dans tout l'Orient, pour l'alimentation des classes pauvres, il est possible qu’elle ait été connue des Egyptiens, sans pour cela qu’elle soit représentée dans les tombeaux des rois et des seigneurs qui se nourrissaient de pain de froment et s’habillaient de lin.
Dans la Bible, livre du prophète Ezéchiel, chap. IV, verset 9 (600 ans avant notre ère) le mot hébreu 97 « dokhan » est le
même que le mot arabe. es dokhn qui signifie au propre «Millet » et qui ne désigne le Sorgho que par exception, le nom
du Sorgho étant proprement 55 Dorrah.
Je sais bien qu’un radical arabe a souvent plusieurs sens, absolument indépendants les uns des autres et qu’il ne faut pas attacher au sens « fumée » du radical ,ç&s dakhana trop d’importance. Cependant, comme nous le verrons tout à l’heure, il semble bien que ce mot corresponde au mot grec un millet à grains (de couleur foncée) de Dioscoride, II, 120. La couleur fumée peut s'appliquer à deux groupes de Mils ou Millets :
19 Au Millet perle ou Mil perlé ou Mil à chandelle, Pennisetum typhoideum Rich. ou P. spicatum Roxb.
29 Aux Sorghos à glumes grises et velues et à grains blancs.
À Pappui de cette version : le Millet perle est appelé doughn dans l’Afrique centrale, ce mot dérive visiblement de l’Arabe dokhn, quant à la couleur foncée presque noire que traduirait le mot grec us" elle ne peut guère définir que des Sorghos à glumes foncées (Gesenius, 1829).
En effet, que je sache, les Millets autres que les Sorghos ont des grains clairs, plus ou moins jaunes ou dorés, mais pas noirs.
Les mots Millet, Mil, Milium, sont des noms généraux que de nombreux auteurs ont appliqués non seulement aux vrais Millets, Panicum miliaceum (Millet commun), Setaria italica (Millet d'Italie), mais encore au Mais, lorsqu'il nous fut importé d’Amérique, et aux Sorghos qu'on a appelés « Millet d'Inde ».
De Candolle dit que le mot arabe « dokhn » s'applique aussi au Sorgho sucré et Forskal, en 1775, nomme le Sorgho sucré S. dokna, Forsk.
Le texte d’Ezéchiel suppose qu'on mélange au froment certains grains d’espèce inférieure. C’est bien le cas du Sorgho qui est en Orient la nourriture des pauvres.
Les Arabes du commun, dit Niebur, Paris, 1879, n’ont presque d’autre pain que celui de Dourah, en Egypte, en Babylonie, en Syrie et en Palestine.
Gesenius, 1829, dans son Thesaurus philologicus criticus linguae hebraeae et Ch aldeeae veteris testamenti, page 333 bis, écrit : 591 dokhan Ez. IV, 9, I, 9, Arab Ç&s dokhn (non ÿà$ dakhn ut apud Eichhornium et Winerum) Syr. iso: doûkhnô (Barhebr., p. 371, Assemani bibl. or IV, 301) panicum (gr. usxim ouos Dioscoride, IT, 120) frumenti leguminum genus (V. Colum. IT, 7 Coll. 9) cuius grana (coloris fusci vel subnigri (v. rad.) granorum magnitudine in Italia, Syria et Ægypto pulmento, farinae et deficientibus melioribus frugibus etiam pani adhibebantur (Caes, b, civ., IT, 22, Barhebr., I, G, Cf. Ezech., I, C) Videtur tamen ve. hebraeum et arabicum etiam mailium complecti (gr. #y760s ‘arab. et pers. wsylz djâouers us gâvers panico semillimum, sed granis flavis et minoribus Ita. LXX 700: quod
Arabs reddit ne (dokhn) vulgate milium Kimchius 1?0D
(miglio) (1) solent que tantum non omnesinterpres et Lexicographi etiam {#5 (dakhana fumée) milium reddere vid. celsii Hierobot I, p. 453-59 œdmann verm. Saumill, t: V, p. 92, Nizbuhri arabica, p. 295, Forskalii, Flora Ægyptiaco-arabica p. 174.
Qu'on peut traduire : Dokhan où Dohan, en prononçant l’'H comme un J espagnol, est rendu en arabe par Dokhn, en syriaque, par Dékhno; en latin par « panicum » (mot qui fait allusion au fait que tous les grains de Mils ou Millets étaient mélangés au froment pour faire le pain), en grec, par meliné et par elumos. C’est un genre de froment légumineux dont le grain est couleur de fumée ou presque noir. L'usage de ses grains est très grand en Italie, en Syrie et en Egypte pour la farine en cuisine. À défaut de grains meilleurs, on peut encore en faire un pain excellent, cependant des versions hébraïques et arabes indiquent encore les mots « milium » en latin ; kegnchros, en grec ; ‘djaouers. en arabe ; gâvers ou gâouers, en Persan (de gévers, racine, forme persane primitive) (ces mots désignent, de nos jours, une espèce de Millet dont on fait une boisson enivrante), c’est un Mil semblable, mais dont les grains sont jaunes et plus petits. De même dans les Septantes, on retrouve le mot kegnchros qui est rendu, en arabe, par Dokhn, dans la Vulgate, par Milium, dans Kimchius par Miluin que tous les interprètes lexicographes rendent par Milium et par Dakhana (fumée).
Gesenius définit done deux Mils, l’un, « Le Panicum », à grains couleur de fumée, presque noirs, l’autre « Le Milium », à grains jaunes et plus petits. Il semble bien que le premier puisse être un Sorgho à glumes grises ou à glumes foncées.
On trouve, d’ailleurs, chez tous les auteurs anciens, une immense confusion. Pour eux, comme pour le plus grand nombre de nos jours, toutes ces plantes sont des Mils ou Millets.
Dans Gesenius, Æebraïsches Worterbuch, 12e éd., in-40, Leipzig,
. (4) Gesenius écrit ra, miliin, c’est un lapsus ou une faute d’impression. Le dictionnaire de Kimchi et son commentaire sur Ezechiel, IV, 9 D Re le mot hébreu ;n dokhan par le provençal 35%», miglio « Mil,
illet ».
I ne faut pas oublier que Kimchi était provençal et qu’il hébraïse le mot
« miglio » qui n’a rien d’hébraïque.
HISTOIRE DU SORGHO oO
1895, on lit 593 dokhan ou K3n11 dokhina, correspondant au grec uekin (de couleur foncée) mil commun, Panicum Miliaceum (L.), Meer-Hirse en allemand (Mil d’au delà des mers).
Gesenius n’était pas naturaliste, car le Panicum miliaceum n’a pas les grains presque noirs, mais blonds.
On peut aussi admettre que le mot uekn, Millet, ne vient ni de uéka, noir par iotaisme, ni de uix, miel, faisant allusion au jus sucré des tiges de certains Sorghos.
On doit dans ce cas rattacher ce mot à la racine «mel » moudre qui se retrouve dans plusieurs langues et qui a donné le mot mn, meule (cf. le dérivé « molaire », en latin molo).
Mckim voudrait dire primitivement « farine de millet », « millet broyé » et serait à mettre à côté de äleuwpov « farine de froment » et de &ksiroy « farine d’orge ».
Les autres mots qui signifient « Millet » en grec : Eouos et Kéyycos viennent aussi de racines qui expriment l’idée de broyer et de moudre, et ce serait le mot K#750: qui correspondrait très exaCtement au Sorgho.
On peut aussi penser que le mot « Mil » peut dériver de l’Arabe:
Je+ mail : penchant, inclination, inclinaison, etc. fe mayila, racine « Mil », qui veut dire se pencher, être penché, incliné vers.
Les variétés africaines de Sorgho, non sélectionnées, ont en effet, souvent, des panicules penchées, le haut des tiges étant recourbé en crosse.
Les textes sont peu concluants, mais on peut admettre que le mot «dokhan » des Hébreux, est un mot général, comme le mot Milium ou Millet, et qu'il s’appliquait aussi bien au Sorgho sucré ou à un Sorgho à glumes grises, qu’au Millet perle proprement dit et même aux autres Millets, comme le mot arabe « dokhn », son équivalent, s’applique aux deux, encore de nos jours.
« On peut penser que les Mils étaient cultivés dans les vallées fertiles du Tigre et de l’Euphrate, du temps d'Hérodote, (484-406)
qui dit : Les feuilles du Froment (Ilw&) et celles de l’Orge (xe54) ont quatre doigts de large et bien que je sache que les tiges du Mil #70 et du Sésame (snszuov) y croissent grand comme un arbre (üévôpco), je n’en ferai point mention, bien persuadé que ceux qui ne sont point allés dans ce pays de Babylone trouveraient incroyable, même, ce que l’on dit de ces céréales. L. I: C. 193 ».
« Ils (les Egyptiens) font leur pain d'Epeautre oo » L. II CH
« Les Alazons, qui ont les mêmes coutumes que les Scythes, sèment le Blé pour le vendre. Ils cultivent l’Aïl, lOignon, la Lentille et le Mil (xy7p0v. L. IV, 17 »
Buschau dit que le Mii (4770) en arbre (2é5::0v) dont parle Hérodote ne peut pas être un Sorgho. Il existe pourtant aux Indes, à Madagascar, en Abyssinie et en Afrique occidentale des Sorghos qui atteignent 4 et 5 mètres de haut et même davantage. Rien d'étonnant que cette plante à végétation puissante se développe d une façon aussi exubérante dans un terraïn chaud, fertile et irrigué. Il ne faut pas oublier que dans ces mêmes terrains on cultive actuellement le coton.
Xénophon, 400 avant notre ère, Anabase, 1, 2, 22, place en Clicie la culture du Sésame, du Mil en massue (1), Panicum 1talicum L. (Kolbenhirse) p:k6n (Hrozny), du Mil à panicule, ##yp0< Panicum miliaceum (Rispenhirse), (Hrozny) (ibid. VI 4 6G et VI, 6, 1); en Bythinie, la culture du Froment, de l’Orge, du Mil en massue, u:kyn, et du Sésame.
Pline, 23-79 Nat. hist. XVIII, 81, parle de la culture de lPOiyra et du Zea, en Egypte, ainsi qu’en Syrie, en Cilicie et en Asie grecque, 101, du panic, des habitants de la province pontique.
Galien, au ne siècle (de Aliment. facul., I, 14), en Asie, particulèrement en Mysie, au-dessus de Pergame, on trouve abondamment, à côté du Froment (54) Triticum dicoceum Schrank., Triticum Monococcum L.; de l’Avoine (Boouo:) et I, 15, on cul-
(4) Le«Mil en massue » n’est pas le Panicum italicum L., mais bien le Pennisetum typhoideum Rich.
A. — Truie et ses petits dans un champ de Sorgho. Palais de Sennacherib, bas-relief rapporté de Ninive par Layart (Musée brit., Londres).
B. — Soldats combattant dans les Mils à chandelle var. M. en massue. Millet perle. bas-relief du palais de Sennacherib, ancienne Ninive, rapporté par Layart (Musée brit., Londres).
Pr,
A. — Champ de Sorgho rappelant par son ensemble celui du bas-relief assyrien. (PI, 1, A).
B. — Culture de Mil à chandelle, var. M. en massue, Millet perle (Pennisetum typhoideum Rich.), Vanves (Seine), rappelant ceux du bas-relief assyrien (PI. 1, B).
tive dans « notre Asie » de l’Æwyos, Mil en massue, Panicum italicum L., Kolbenhirse (Hrozny).
On sait qu’un Sorgho à grains blancs et aplatis fut très anciennement cultivé en Arabie Il y fut encore signalé plus tard, au x£€ siècle de notre ère.
De Candolle dit que le mot grec *y7p0s sert uniquement à désigner le Millet commun (Panicum miliaceum L.), mais 1 dit qu'on n’a pas de preuves matérielles de l'existence de cette plante en Mésopotamie, ni dans l’ancienne Egypte.
Les lacustres suisses faisaient grand usage du Millet. On en a trouvé dans les restes des palafittes du lac Varese, en Italie.
Le Millet à grappe (Panicum italicum L.) était aussi très répandu en Europe tempérée à l’époque préhistorique, ses grains servaient également de nourriture à l’homme. On en a trouvé dans les restes des cités lacustres en Suisse et en Savoie.
Aucune de ces deux plantes n’atteint, même dans les terrains fertiles, la taille élevée dont parle Hérodote. Il est probable que le mot xéyyeos chez les Grecs, comme plus tard le mot « Milium », chez les Latins, était un mot général qui désignait toutes ces plantes, comme aujourd’hui, le mot «Mil », en Afrique occidentale, désigne tous les Sorghos et même le Mil à chandelle (Pennisetum typhoideum) qu’on appelle « petit Mil » par opposition aux Sorghos qu'on appelle «gros Mils ».
En somme, on n’est pas très fixé sur les plantes que les Grecs désignaient par le mot «x#77905 » et les Latins par le mot « Mi- Hum » et il est impossible de savoir quel était le Panicum mentionné par les auteurs latins, dont les habitants de la Gaule et autres pays se nourrissaient, si c’est un « Panicum » ou un «Sorghum ».
Un doura blanc est de nos jours abondamment cultivé en Syrie et en Mésopotamie. Il entre, pour une part considérable, dans l’alimentation de la classe pauvre.
En étudiant les planches de l'ouvrage de Layard sur les sculptures et bas-reliefs qu'il rapporta à Londres, des ruines du Palais de Sennacherib, de Kouyoundjik (ancienne Ninive), vire siècle avant notre ère, je fus frappé du dessin de certains «roseaux » et
j'en demandai la reproduction photographique au British Museum. J’ai entre les mains deux scènes (pl. 1, fig. À et B), l’une, figurée par Maspero (1895), « truie et ses petits dans les roseaux », et une autre, « soldats combattant dans les roseaux ».
En examinant les sommets de ces « roseaux » on peut voir (fig. B) que les épis du bas-relief des « soldats » sont très différents de taille et de forme des panicules de la scène de la «truie et ses petits ».
Les premiers, plus petits, sont visiblement des épis qui ressemblent étonnamment à ceux du Mil à chandelle var. Mil en massue, Millet perle (1) (fig. B).
Les secondes (fig. A), plus grandes, sont ovoïdes à la base et un peu coniques au sommet, on voit des formes denses et partout des plantes robustes et bien charpentées, malgré la stylisation qui les a visiblement déformées.
L'artiste ou les artistes n’ont certainement pas voulu figurer les mêmes plantes, les formes des épis et des panicules sont trop différentes.
D'autre part, il est visible que par la régularité de leurs dessins, ils ont voulu représenter des plantes cultivées.
La Mésopotamie était sillonnée de canaux qui encadraient les cultures en les vivifiant. Rien d’étonnant que l’eau poissonneuse soit représentée partout.
D’autres motifs de l’ouvrage de Layart représentent des cavaliers dépassés par ces soi-disant roseaux.
On peut rapprocher cette scène de la phrase d’Hérodote, L. I. C. 193, citée plus haut, dans laquelle il parle du « Millet en arbre».
Quant à la scène des « soldats combattant dans les roseaux » elle rappelle les épisodes de la guerre russo-japonaise dans lesquels les combattants étaient cachés dans les « Sorghos » « Kaolians ».
J'ai pensé que ce Mil (xéyxp0c) traduit dans la Bible Ez., IV-9
par le mot j15 dokhan qui a donné l’Arabe Fe dokhn, pour-
(4) Pennisetum typhoideum Rich.
rait bien être ce « Mil en massue ou Millet perle » dont l’épi passé fleur prend d’abord une couleur fumée si caractéristique avant d'acquérir la couleur gris perle que conservent ses grains. C’est aussi l’avis de Clément Mullet, le traducteur du livre de l'Agriculture d’Ibn-al-Awam.
Quant aux panicules qui surmontent les tiges de la figure « la truie et ses petits dans les roseaux », ils ressemblent d’une facon frappante aux panicules du Douro à grains blancs, cultivé de nos jours en Mésopotamie et à certains autres Mils ou Sorghos (pl.2 et3).
Les textes cunéiformes ne parlent que des « roseaux », mais les figures sont quelquefois une écriture plus parlante et puis le poète Lucien au ue siècle de notre ère n’a-t-il pas chanté «le suc doux du roseau tendre?» Celui-là, bien sûr, n’était pas un roseau |
Le Professeur Flahaut de Montpellier a bien voulu m'envoyer une photographie des grands roseaux « Arundo donax » (pl. 3, fig. B). qui sont si communs depuis les régions méditerranéennes jusqu'aux Indes. La comparaison de ces longues panicules élancées, avec celles que j'ai décrites plus haut, est encore une preuve que les bas-reliefs ne représentent pas des roseaux. Cependant le port des feuilles de l’Arundo donax s’en rapproche évidemment.
En somme, malgré les textes qui ne parlent que de « roseaux », il y a là un fait à noter et si c’est bien véritablement le « Mil en massue ou Millet perle » et le « Douro » que les sculpteurs chaldéens ont voulu représenter, ces bas-reliefs seraient les pre-
miers documents figurés que nous possédions sur l’histoire de la culture de ces utiles Graminées dans la Mésopotamie ancienne. ;
Les marchand arabe Sulayman, en 851, et Abu-zayd-Hasan, vers 916 de notre ère, dans leur « Relation des voyages faits par Les Arabes et les Persans, dans les Indes et à la Chine », texte arabe
‘imprimé en 1812, d’après les manuscrits, par Langlé, traduit et ‘publié par Reïnaud, Paris, 1845, disent :
Pays des Zendi. « Le Pays des Zendj est vaste. Les plantes quiy croissent, telles que le « Durra » qui est la base de leur nourriture, la Canne à sucre et les autres plantes ÿ sont d’une couleur
«noire », le qualificatif « noire » du traducteur, veut sans doute dire « foncée ».
Le Pays des Zendj est l’Afrique orientale de la région du Zanzibar.
Les plantes feuillues, comme les Sorghos qui vivent dans un sol humifère, assez humide et chaud, celui qui convient à la Canne à sucre, ont, en effet, des feuilles vert plus ou moins foncé.
Ibn-Al-Awam, dans son livre de l'Agriculture, traduit de l’arabe par J.-J. Clément Mullet, 1886, étudie l'Agriculture nabathéenne, pratiquée par les populations du désert de Syrie. Chapitre VI, il parle du Millet à épis, Panic, Dochn, que le traducteur rapproche de l « #uuos » des Grecs, du « dockan » de la Bible, du « djavarisch » des Persans, du « Milium» des Latins et enfin, du Penicillaria typhoidea (1), que je crois avoir retrouvé dans les bas-reliefs de Ninive. (PI. 1, B; pl. 2, B).
Article VIT, il décrit la manière de faire du pain avec le panic.
Article VIIT, il étudie la manière de cultiver le Dourah ou Millet, qui est appelé en Persan, Djavarisch, que le traducteur croit être le Millet, Panicum miliaceum Linn., le #y4e0s des Grecs, l’Holcus durah de Forskhal.
Ibn-Al-Awam cite deux sortes de Millet : l’un est blanc, dit-il ; c’est, suivant Aboul-Khaiïr et autres, la meilleure espèce ; l’autre est noir.
Nous nous trouvons là en présence de plusieurs types : {9 le Dochn, Millet en épis ou Panic qui compte trois variétés : le blanc, le rouge et le noir et le Dourah ou Millet qui compte deux variétés : le blanc et le noir.
I semble bien qu’on puisse reconnaitre là plusieurs variétés de Sorghos à grains blancs, rouge et noir et aussi peut-être le Mil à chandelle, Pennisetum typhoideum, très cultivé aux Indes, et qui, si l’on en croit les figures des bas-reliefs du palais de Senna-: cherib, aurait été cultivé, au vire siècle avant notre ère, en Mésopotamie.
Pline (Hist. Natur., XVIIT, 55), 60 à 70 de notre ère, raconte,
(1) Mil à chandelle ou en massue, Penicillaria spicata Rich.
Pc. à.
\. — Panicules d’un Sorgho Douro qui rappellent par leur forme celles du bas-relief assyrien. (Pl. 1, A).
B. — Peuplement d’Arundo donax, L., près du jardin d’essais d’Alger, montrant la différence d’aspect entre ce grand roseau et les plantes des deux bas-reliefs assyriens de la PI, 1 (O0. Juel, phot.).
ne f r s | l s 3 F1 ; , ; } | EU - | 2: su A3 L 1 1 (ol ÿ. ; « LS \ : à Hi : 2 à :
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au premier siècle de notre ère, que le Sorgho fut introduit de son temps, en Italie, par des caravanes qui venaient des Indes.
Suivant Benson et Subba-Rao (1906), le Sorgho est mentionné aux Indes dans un récit datant de plus de 1900 ans.
On signale un nom sanserit Ya-Va-Nala (orge rouge ou graine rouge).
De nombreuses variétés portant des noms différents sont cultivées dans les Etats indigènes de l’Inde centrale, n’ayant eu que des communications très limitées entre eux. Quelques cérémonies religieuses importantes se rapportent aux semailles et à la récolte des Sorghos. Tous ces faits prouvent que la culture de cette plante dans l’Inde est très ancienne.
En Chine (voir Rép. géog.), d’après Bretschneider (1893), les Sorghos étaient très connus au rie siècle de notre ère, le premier ouvrage qui en parle date du 1ve siècle. On trouve bien, ailleurs; de nombreuses indications, mais elles peuvent être apppliquées aussi bien au Sorgho qu’à la Canne à sucre.
A l’époque des Anciens classiques, il est fait mention du «Millet noir » qui porte deux grains dans chaque épillet. Or, on ne trouve de variétés à deux grains, ni dans le Panicum miliaceum, L., ni dans le Setaria (Chaetochloa) italica, Besuv. Alors que plusieurs variétés de Sorghos à deux grains sont connues aux Indes. Certaines ont des glumes plus ou moïns foncées.
Il est fort possible que les écrivains anciens veuillent parler de ces formes de Sorgho que la Chine recevait alors des Indes. Tous ces documents isolés sur les Sorghos indiquent un usage domestique très ancien.
La même conclusion s'impose comme nous le verrons par la suite, lorsqu'on étudie la répartition géographique actuelle des variétés cultivées.