APPELLATIONS SUCCESSIVES ET CLASSIFICATIONS DU « SORGHO
Du Ie siècle à Linné (1). — Pline nous dit que le Sorgho fut introduit au temps de Néron, de l’Inde en-Italie, dix ans avant l’époque à laquelle il écrit. Il donne le nom général de « Milium » (Millet) qui fut employé pour d’autres plantes par de nombreux auteurs, par exemple Panicum miliaceum = Miilet commun, Setaria italica — Millet d'Italie, Pennisetum typhoïdeum = Millet perle, et même Zea Mais = Maïs.
Pline décrit d’ailleurs le Sorgho d’une façon telle qu’il est impossible de le confondre avec les autres Millets plus haut cités. Il écrit : « Milium intra hos decem annos ex India in Italiam invectum est nigrum colore, amplum grano, arundineum culmo, adolescit ad pedes altitudine septem praegrandibus culmis ; lobas vocant ; omnium frugum fertilissimum. Ex uno grano terni sextari gignuntur. Seri debet in humidis. » (Il y a (voilà ?) une dizaine d’années, on a importé des Indes en Italie, une espèce de Millet noir, son grain est gros et sa tige, semblable à celle du roseau, est très grande : elle s’élève jusqu’à sept pieds de hauteur. Sa grappe ou épi s'appelle loba, c’est le plus fertile de tous les blés car un seul grain en produit trois setiers. On doit le semer dans les lieux humides.)
Les chaumes très vigoureux de Sept pieds de nee excluent
(1) Pour la période antérieure au 1 siècle, voir Histoire du Sorgho, page19.
tous les autres Millets sauf le Millet perle. L’abondance des grains et leur couleur noire différencie nettement le « Milium » de Pline de ce dernier Millet et le classe incontestablement parmi les Sorghos.
Comme Pline, à 1900 ans d’écart, M. J. Ruby {Annales Sciences agronomiques, n° 2, 1921, Paris), compare les Sorghos aux Roseaux et 1l les cultive en région méditerranéenne dans des terrains d’alluvions fertiles à fond humide, |
Origine des noms populaires. —- Le mot « milium » dérive de miliarino ou milliarius, qui veut dire « contient mille » et fait allusion au grand nombre de grains que contient chaque panicule. C’est de ce mot que dérivent : Mil, Millet, Millo, Milo. D’après l'abbé H. Coste (1906) milium viendrait du celtique «mil » (pierre), allusion au fruit dur et luisant (pl. III, p.579).
Depuis l’antiquité, le Sorgho fut connu sous le nom de « Milium » ou « Milium indicum » qu’on peut traduire littéralement « Millet indien ». Ce nom était encore employé vers le milieu du siècle dernier. Les premiers noms populaires usuels du Sorgho ne sont pas parvenus jusqu’à nous ; les auteurs du moyen âge n’en parlent pas. Ils ont dû pourtant exister, la plante étant déjà largement cultivée ; au début du xvi® siècle, le Sorgho était connu en Italie, en Espagne, en France, en Belgique et dans l’Europe centrale, sous un grand nombre de noms.
En Italie, on l’appelait : Melica, Melega et Milica, qui dérivent de « Mel ou Melis » (Miel) ou plus probablement de « Meligo » (jus semblable au miel) ; Sagina ou Saggina, du latin « Sagino », engraisser. Sorghi, Sorgha, Sorghum et Surga, du latin « Surgo », s’élever, pour faire image sur la façon dont le Sorgho s’élève très haut au-dessus des autres récoltes.
En Europe centrale on lui appliquait le nom distinctif de « Welschenhirse », c’est-à-dire « étranger » ou plus particulièrement Italian Millet, Millet italien, et aussi « Sorgsamen ».
En Belgique, on l’appela « Sorgsaet ». Il est clair que ces derniers noms dérivent du «Sorgho » italien.
Il est connu aussi sous les noms de Milium insubrum, M. saba-
eum, et M. saracenicum, dont les grains sont supposés venir respectivement, d'Italie septentrionale, d'Arabie ou du pays des Sarrasins en Asie Mineure.
Tous les auteurs du siècle dernier, dans leurs ouvrages agricoles ou botaniques, ont répété que le mot Sorgho ou Sorghi est le nom commun de cette plante en Orient. Ceci n’est pas négligeable puisque, dès 1592, Porta remarqua que ces mots dérivent du latin
« Surgo ».
Premiers auteurs et premiers noms. — Il est impossible d'étudier en détail les ouvrages agricoles ou médicaux qui traitent du Sorgho. La plupart des auteurs se répètent. Quelques-uns même ajoutent leurs erreurs à celles de leurs devanciers. Une liste chronologique des noms employés et des auteurs jusqu’à Linné, facilitera les recherches de ceux qui voudraient les entreprendre.
Ezéchiel, 600 ans avant notre ère : 117 Dokhan ;
Hérodote, 484-406 avant notre ère : xy/pov kégnchrou ;
Pline, reT siècle : Millum ex India;
Dioscorides, re siècle de notre ère : pékwn (mélinê) ëkpos (élumos) ;
Sulayman, 851 et Abu-Zayd-Hasan, 916 : . Durra ou Dorrah.
Ruel, 1537 : « Mellica ».
Crescenzi, 1542 : « Saggina », « Melica ».
Fuchs, 1542 : « Sorgho ».
Bembo, 1546 : « Saggina ».
Fragus (Bock), 1552 : « Panicum ».
Scaliger, 1556 : « Sorghum ».
L’Obel, 1576 : « Sorgho », « Melica italorum ».
Dodoens, 1583 : « Melica » ou « Sorghum ».
Cæsalpin, 1583 : « Melica », « Sagina ».
Porta, 1592 : « Sagina », « Melica » ou « Surgo ».
Matthiole, 1598 : « Milium indicum ».
Belon, 1605 : « Sorghum insubrum ».
Besler, 1603 : « Milium Plinü », « Sorghum fructo rubro «Sorghum fructo albo ».
HISTOIRE BOTANIQUE Al
Bauhin, G., 1623 : « Milium Sabaeum », « Milium arundinaceum subrotundo’semine, Sorgo nominatum », «Milium arundinaceum plano alboque semine ».
Parkinson, 1640 : « Melica sive sorghum ».
Bauhin, G., 1658 : «Milium arundinaceum sive indicum semine subrotundo »;« Milium arundinaceum semine plano et albo ».
Hermann, 1687 : « Milium indicum, arundinaceo cauli, granis Îlavescentibus » ; « Milium indicum, arundinaceo cauli, granis nigris », € Milium arundinaceum subrotundo semine ; Sorgho nominatum » ; € Milium arundinaceum plano alboque semine »,
Ray, 1688 : « Sorghum » ou « Milium indieum », « Milium arundinaceum semine subrotundo » ; « Milium arundinaceum semine plano et albo ».
Breyne, 1689 : « Milium indicum sacchariferum altissimum semine rotundo atro»; «Milium indicum sacchariferum altissimum semine ferrugineo ».
Sloane, 1696 : «Milium indicum ».
Morison, 1699 : « Milium majus Sabaeum », « Milum majus
arundinaceum plano alboque ».
Tournefort, 1700 : « Milium arundinaceum ».
Sloane, 4707 : « Milium indicum ».
Micheli, 1729 : « Sorghum » (nomen nudum).
Linné, 1737 : « Holcus glumis glabris »; « Holcus glumis villosis. »
Il est fort probable, d’après la description de Pline, que le Sorcho introduit de son temps était une variété sucrée. A cette époque on ne distinguait pas le grain des glumes, et le grain du Sorgho sucré est entièrement recouvert par les glumes noires.
D'un autre côté, il est probable qu’une forme sucrée fut introduite à une date très ancienne, les noms de «Melica » et « Melega » sont contemporains des noms plus spécifiques de « Milium » ou de « Panicum ». Entre le rer et le xvre siècles, il a été très peu écrit sur ce sujet.
Avicenna, qui vivait au x® siècle, a cité une variété appelée par les Arabes « hareoman » orthographié sans doute pour « hartoman ».
Dans l'édition de 1542 de Crescenzi (Poriginal ayant été écrit vers 1300) il est question de « Sagina » ou « Melica ».
Auteurs du XVIe siècle, — Pendant le xvi® siècle beaucoup d'auteurs compétents décrivent la plante et ses applications, quelques-uns illustrent leurs écrits mais aucun ne reconnaît plus
d'une variété.
Fig. 18. — Sorgho d’après Fuchs, 14542.
Bembo (1546), Venise (prose) dit : Il pane del grano non si fa miglioi pane per mescalarvi la saggina. (Le pain de froment n’est: pas rendu meilleur quand on y mêle de la «saggina ».) (PI. 11, C.}
Fuchs (1542) et Tragus (1552) décrivent les mêmes plantes avec des panicules lourdes, compactes et dressées. Ce Sorgho parait être voisin du « Sorgho sucré de l’Orange », comme aspect
général. C’est probablement la variété que Linné a nommée Holus sorghum. C’est certainement aussi la plante décrite par Arduino en 1786 (fig. 20).
Dodoens (1553) éd. Anvers (fig. 18 bis), figure un sorgho à