I. — IvE MASSACRE DES ARMÉNIENS
Première division. — Les antécédents 1.
§ 1. Les relations entre le gouvernement turc et ses sujets arméniens depuis la conquête de l'Arménie jusqu'à la seconde moitié du xixme siècle ne sont pas encore bien élucidées par l'histoire. Les Turcs prétendent avoir appliqué aux Arméniens, jusqu'à leur « trahison », un régime imprégné du plus grand libéralisme. Les Arméniens ne voient dans toute leur histoire sous la domination turque qu'un long martyre.
Le Livre bleu anglais sur Le Traitement des Arméniens dans l'Empire ottoman, préparé par Lord Bryce, émet à ce sujet les considérations suivantes 2 :
• Le Sultan Mohammed II le Conquérant constitua, en 1462, les Arméniens de Turquie, à l'instar des Grecs, en « nation » (millet), leur donnant ainsi une personnalité distincte, principalement religieuse, dans tout l'Etat ottoman ; à la tête de cette nation fut placé un Patriarche, résidant à Constantinople. Dans les provinces orientales elles-mêmes, le joug des seigneurs féodaux kurdes, sous lequel les Arméniens se trouvèrent depuis 15 14 pendant trois siècles, était en somme plus tolérable que ne l'était pendant les trois siècles précédents, l'anarchie sanglante sous les Seldjouks, les Mongols, les Kara Koyunli ou les Persans. Au comii!<ncement du xixrac siècle, le Sultan Mahmoud II détruisit en grande partie le féodalisme kurde et centralisa le gouvernement. Les fonctionnaires turcs, qui certes n'aimaient pas le raya arménien, mais qui détestaient aussi le Kurde indiscipliné, tâchaient de tenir
1 Coinj). Kmii.k DOUMBRGUE, L'Arménie, les massacres et la question d'Orient, [916.
Basmadjian. Histoire moderne des Arméniens, 1
-■■ bleu Anglais sur le traitemeul des Arméniens, avec préface par Lord Brycb, iuH'.
i,r. psr s, Arménien und Europa,
Marckt, I/Kakt, La question arménienne, [91 ;.
- l'ages 617-0.").
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la balance égale entre les deux éléments. Et en même temps commença une renaissance économique et intellectuelle de la nation arménienne.
Les Arméniens, continue le livre de Lord Bryce, avaient tout intérêt, non pas à la destruction, mais à la conservation de la Turquie. Disséminés par tout l'Empire, n'ayant la majorité que dans la province de Van, ils n'avaient pas l'espoir de l'indépendance, comme les Grecs ou les Slaves. Par contre, grâce à leurs remarquables aptitudes intellectuelles, ils pouvaient aspirer à partager, dans tout l'Empire, la domination avec les Turcs qui, eux, manquaient de tous les talents requis pour l'administration et l'exploitation du vaste pays. C'est pourquoi l'entente avec l'élément turc était pour les Arméniens d'une importance vitale. Et au milieu du xixme siècle il semblait, en effet, que cette entente pouvait se réaliser.
La guerre russo-turque de 1877-1878 imprima cependant une tout autre direction aux relations turco-arméniennes. Abd-ul- Hamid ne put jamais oublier la révolte et la perte d'une partie de ses provinces slaves. Mais, au lieu d'en tirer la conclusion de la nécessité d'une politique plus bienveillante envers les nationalités chrétiennes, son esprit borné et fanatique se prononça pour leur persécution ou même leur anéantissement. Au lieu d'inaugurer une politique tendant au renforcement de l'Empire par l'harmonie de toutes les races dont il est constitué, le Sultan imagina d'affaiblir les nationalités non-turques en les lançant les unes contre les autres. D'où l 'excitation des Kurdes contre les Arméniens et les massacres de ces derniers.
M. Zarzecki, ancien consul de France à Van, est également d'avis que les relations entre Kurdes et Arméniens, en somme tolérables avant le règne d'Abd-ul-Hamid, ont été envenimées par le Sultan Rouge (voir l'article de M. Zarzecki : « La question kurdo-arménienne » dans la Revue de Paris du 15 avril 19 14).
« Par suite de l'isolement du petit peuple arménien devenu chrétien au Ve siècle au milieu de peuples musulmans dont la prépondérance en Asie Mineure s'accentuait de jour en jour, les Arméniens étaient considérés par les conquérants musulmans qui se succédèrent comme appartenant à une race inférieure. Les Kurdes, ayant embrassé l'islamisme, furent bien vus de ces conquérants et encouragés tout naturellement à avoir la prééminence sur les Arméniens. Néanmoins comme ils s'en servaient, soit pour labourer leurs champs, soit pour d'autres travaux, les beys et aghas kurdes traitaient les Arméniens avec mie certaine bienveillance et les protégeaient contre les exactions d'autres seigneurs féodaux kurdes, qui tentaient soit de les enlever à leurs voisins pour les placer sous leur autorité, soit d'en tirer un profit passager en pillant leurs villages. De sorte qu'on vit fréquemment, pendant cette période, des achirets kurdes combattre les ims contre les autres, parce
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que des Arméniens avaient été attaqués, molestés ou pillés par certains Kurdes. En résumé, les rapports entre Kurdes et Arméniens étaient ceux de seigneurs à serfs : les Arméniens travaillaient, les Kurdes les protégeaient. Habitués à cet état de choses depuis des siècles, les Arméniens ne s'imaginaient pas qu'il pût en être autrement, et ne se plaignaient pas de leur sort. Matériellement ils n'étaient d'ailleurs pas trop malheureux : après avoir payé à leur agha kurde certaines redevances, il leur restait généralement assez pour vivre. Vers la fin de cette première période, lorsque le pouvoir du gouvernement s'affermit au détriment de celui des chefs kurdes ou plus exactement des dérébeys, par suite notamment de l'expédition à Van d'Osman Pacha, les exigences des Kurdes vis-à-vis des Arméniens devinrent moins dures ; pour ne pas encourir les plaintes de ceux-ci auprès des pachas turcs chargés de gouverner le pays, les seigneurs kurdes ménagèrent les Arméniens, tout en continuant bien entendu à les faire travailler et à les défendre contre d'autres achirets. A la faveur de ce nouvel état de choses, rendu encore plus favorable aux Arméniens par la promulgation du Tanzimat, beaucoup d'Arméniens s'enrichirent, acquirent de vastes champs dont beaucoup étaient même cultivés par de pauvres Kurdes rayas. Les relations entre les Kurdes rayas et les Arméniens avaient d'ailleurs de tout temps été bonnes.
La seconde période comprend le règne d'Abd-ul-Hamid. Lorsque celui-ci, pressé par les puissances d'introduire en Arménie les réformes promises par le traité de Berlin, voulut étouffer la question arménienne « en supprimant les Arméniens » selon l'expression attribuée à un Grand Vézir, il trouva des auxiliaires zélés dans les Kurdes. Mécontents eux-mêmes du relèvement lent mais progressif des Arméniens, agacés par leurs tentatives révolutionnaires, les Kurdes saisirent avec joie « l'autorisation » qui leur était secrètement donnée par Yildiz de réprimer le mouvement naissant des Arméniens en les terrorisant. Et lorsque Abdul-Hamid, lors de la création des régiments hamidiés, donna, en même temps que les moyens, carte blanche aux achirets kurdes d'agir vis-à-vis des Arméniens comme bon leur semblerait, l'instinct de brigandage et de pillage des Kurdes se donna libre cours. Il y eut alors des vols, des meurtres isolés. Puis, comme les Arméniens, qui avaient pris conscience de leur nationalité et de leur dignité, ne voulaient plus se laisser faire, il y eut de leur part des représailles ; les actes isolés se généralisèrent, s'étendirent aux contrées où la concorde régnait encore. Le fanatisme religieux musulman, auquel les Cheikhs et les Mollahs, fidèles interprètes des intentions d' Abdul-Hamid, firent appel en représentant les Arméniens comme voulant se rendre maîtres du pays, envenima les relations entre Kurdes et Arméniens, de même que les menées des comités révolutionnaires arméniens ; les assassinats et les vols dégénérèrent en tueries générales et en pillages organisés au cours desquels, ainsi qu'on sait, les autorités ottomanes prêtèrent leur aide aux Kurdes contre les Arméniens. Les massacres de Sassoun, Constantinople, Trébizonde, Diarbékir, Van, etc., qui ensanglantèrent les provinces habitées par les Arméniens pendant les années 1894, 1895 et 1896, sont trop connus et encore trop présents à l'esprit pour qu'il soit nécessaire de les rappeler. Abiul-Harnid était ainsi arrivé à ses fins en créant entre les populations arménienne et kurde, qui avaient jadis vécu pendant des siècles en assez bonne intelligence, un courant permanent de méfiance, d'antagonisme, de haine, qui ne devait que s'accentuer par la suite, et dont les effets désastreux se constatent dépuis des années et sont une des causes de l'état troublé actuel du pays. »
Nous sommes d'accord avec M. Zarzecki sur tout ce qu'il dit de la politique U'Abd-ul-Hamid envers les Arméniens. Nous admettons aussi, poui la période précédant le régne du Sultan Rouge, que les seigneurs kurdes laissaient aux serfs arméniens
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« généralement assez pour vivre » ; mais nous nous séparons de M. Zarzecki quand il constate l'heureuse influence de l'affermissement du pouvoir turc en Arménie sur les relations entre Kurdes et Arméniens. Le Livre bleu nous semble aussi faire ici fausse route. Bu moins, d'après les renseignements personnels que nous avons puisés aux sources arméniennes les plus compétente?, est-ce le contraire qui avait lieu bien avant l'ère hamidienne : les autorités turques prenaient presque toujours le parti des Kurdes, et dans les rares cas où elles intervenaient en faveur des Arméniens, ceux-ci s'exposaient à une terrible et inévitable vengeance de la part des beys. Il n'y a aucun doute que ce ne soit Abd-ul-Hamid qui ait inauguré le règne du massacre en Arménie. Mais de tout temps, même avant lui, la main turque pesait lourdement sur les provinces arméniennes.
Nous trouvons l'exposé fait par le Livre bleu et par M. Zarzecki de la situation des Arméniens en Turquie jusqu'à la guerre turco-russe quelque peu optimiste. Certes, on ne saurait le nier, les Turcs ont laissé aux Arméniens comme aux Grecs une très large autonomie religieuse et même, jusqu'à un certain point, nationale, car elle comprenait la juridiction en matière de testaments, de mariage et de divorce, ainsi que la gérance des écoles. La nation arménienne reçut même en 1863 une véritable constitution qui comportait une Assemblée générale, siégeant au Patriarcat de Constantinople, et composée de 140 membres, dont 120 élus directement par le peuple. En une certaine mesure on a eu raison de dire que les Patriarcats grec et arménien constituaient des Etats dans l'Etat ottoman. Mais si ces Patriarcats aidèrent puissamment à conserver l'esprit national des deux populations à travers les siècles de la domination turque, ils n'étaient que de bien faibles remparts pour leurs ouailles contre la tyrannie turque, quand celle-ci jugeait bon de s'exercer. Il ne faut pas oublier que les Turcs créèrent les nations (millet) chrétiennes au moment où ils étaient à l'apogée de leur gloire et de leur puissance, tout comme ils octroyèrent les capitulations aux étrangers. La raison, dans les deux cas, n'était nullement la faiblesse de l'Etat ottoman, mais son caractère théocratique musulman qui lui inspirait le plus grand mépris pour les chrétiens, rayas ou étrangers, et lui défendait de se mêler de leurs affaires intérieures. Cette autonomie spirituelle des chrétiens n'entravait pas le moins du monde l'empire absolu des Turcs sur leurs corps et leurs biens. Et plus
d'une fois, bien avant la guerre de 1877-1878, les Arméniens durent faire l'expérience que leurs institutions nationales n'existaient en somme que pour leur permettre de se plaindre sans succès à la Porte des spoliations et des violences dont ils étaient les victimes.
Ce droit de récriminer eut cependant un avantage très appréciable pour les Arméniens : leur martyre arriva peu à peu aux oreilles de l'Europe, surtout après la création, en 1863, de l'Assemblée générale où les délégués des lointaines provinces orientales pouvaient faire entendre leurs doléances. C'est depuis ce temps que le monde civilisé put se rendre compte que si, dans les grandes villes, comme Constantinople, Smyrne, Andrinople, Brousse, Salonique, les Arméniens menaient une vie tolérable, mettant au profit de l'Etat leur intelligence et leurs aptitudes commerciales, — dans les provinces éloignées, fonctionnaires turcs et beys kurdes rivalisaient dans l'exploitation des malheureux paysans de cette nation. Chaque bey ou agha kurde régnait sur un certain nombre de villages arméniens qu'il rançonnait à sa guise ; ainsi le pauvre villageois était contraint de payer non seulement des impôts réguliers au gouvernement, mais encore des impôts supplémentaires et arbitraires aux beys kurdes, tels que le hafirlik (somme fixe par an), le hala ou le bachlik (somme pour la permission de marier sa fille 1) .
1 Sur ces impôts, nous trouvons des indications dans le « Rapport collectif des délégués consulaires adjoints à la Commission d'enquête sur l'affaire de Sassoun » daté de Monch, le 28 juillet 1895 (Livre jaune, affaires arméniennes 1893-1897,
« Grâce au groupement des villages arméniens, à la configuration même du sol et, d'autre part, aux rivalités existant entre les Kurdes eux-mêmes, les habitants de Kavar et de Talori avaient pu jusqu'ici se maintenir sur le pied de bonnes relaleurs voisins et visiteurs kurdes : ils vivaient, selon l'expression d'un témoin, comme des frères de terre et d'eau, et les difficultés qui s'élevaient entre eux, occasionnées par des vols de bétail tour à tour emporté et repris, finissaient tranchées au gré des parties intéressées. Il est juste d'ajouter que si les relations de Kurdes .1 Arméniens présentaient an caractère satisfaisant, c'est qued< pour trouver aide el protection, en cas de besoin, auprès
des aghas kurdes, Knr payaient, proportionnellement à leurs ressources, une redevance annuelle connue sons le nom de hafir et consistant à leur remettre une certaine partir de tout ce qu'ils récoltent , des têtes de bétail, de l'argent eu nature, en y ajoutant des effets d'habillement, «1rs instruments aratoires, etc....
Quand on rménien marie sa fille, son agha perçoit, sous le nom de hala,
la moitié de la somme versée, selon les habitude du pays, par le fiancé aux parents de 1 1 future. Chaque village on chaque maison dépend d'un ou de plusieurs aghas qui regardent o > divei une un droit de propriété, au point qu'ils
se le transmettent par voie d'h< ritage ou par vente à l'amiable Si l'Arménien refuse
de paver pour un motif quelconque, l'agha l'y contraint par la forée en lui volant son bétail ou en lui causant quelque cLommagi
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De plus, si les beys kurdes avaieut des démêlés entre eux, ils s'attaquaient aux villages arméniens de leurs adversaires. Et malheur aux « chiens de chrétiens » qui osaient se plaindre des Kurdes musulmans aux fonctionnaires turcs ! Si la Porte, par hasard, ordonnait au Gouverneur de la province (le Vali) de faire arrêter un bey kurde par trop violent, le Vali en profitait pour extorquer au brigand la forte somme, moyennant quoi le bey n'était pas molesté et, bien entendu, se faisait rembourser la somme payée par les villageois arméniens qui, par leurs plaintes, lui avaient causé cet ennui.
Cependant, malgré toute la misère de leur vie, les Arméniens, hébétés et ployés par le joug séculaire, ne faisaient pas les moindres tentatives de révolte et, d'autre part, les Turcs ne poursuivaient pas encore un plan de destruction de toute la race. Ils exploitaient le labeur du paysan, l'activité du marchand et du banquier, et profitaient même assez souvent, dans leurs administrations, de la finesse de l'intelligence arménienne. Vers le milieu du xixme siècle, les maîtres étaient même tellement contents des esclaves qu'ils leur donnaient le surnom de nation fidèle (milleti sadyka) pour les distinguer des autres nations qui, comme la grecque, s'efforçaient de secouer leur joug.
Mais la guerre russo-turque de 1856 mit fin à cette idylle très relative. La population arménienne montra cependant une grande loyauté envers le gouvernement ottoman ; elle l'aida de toutes ses forces pour se faire bien voir et ne pas être massacrée, fournissant à l'armée des vivres, des bêtes de trait, du fourrage, le tout gratuitement. Les villageois arméniens accueillirent et soignèrent avec dévouement les soldats blessés. Nonobstant tous ces sacrifices, chaque victoire des armées russes se traduisait en Arménie par des atrocités inouïes. Pendant la retraite de l'armée ottomane, les pillages et les meurtres furent tels que les Gouverneurs turcs eux-mêmes signalèrent à la Porte la loyauté des Arméniens et les persécutions injustes que leur infligeait la soldatesque.
Après la guerre de 1856, les Circassiens émigrés de Russie se ruèrent sur les villages arméniens et se joignirent aux Kurdes pour exploiter le malheureux peuple. Les Arméniens se plaignirent à leur Patriarcat, celui-ci se plaignit à la Porte, et la Porte, comme toujours, promit tout et ne tint rien. Les Arméniens
continuaient à subir le martyre. Toutefois, il y eut à Zeitonn, en 1867, un soulèvement qui amena l'intervention française. Mais ce fut le seul.
§ 2. Pendant la guerre russo-turque de 1877-1878, l'Arménie fut mise de nouveau à feu et à sang par les soldats turcs et les brigands kurdes. Cependant, après la défaite des armées ottomanes, la Porte, craignant pendant un moment que la Russie ne demandât l'annexion de l'Arménie, poussa elle-même les Arméniens à réclamer leur autonomie sous la souveraineté turque. L,e Patriarche arménien Nersès se rendit donc au quartier général du Grand-Duc Nicolas à San Stéfano, et sollicita le concours russe pour l'établissement d'une autonomie administrative. Mais la flotte anglaise ayant paru devant Constantinople, et la Turquie ayant acquis la certitude que la Russie serait obligée d'évacuer l'Arménie, elle revint sur sa décision et, pendant les négociations, les plénipotentiaires russes, au lieu de l'autonomie, ne purent obtenir que la promesse des réformes. I/art. 16 du Traité de San Stéfano, du 19 février (3 mars 1878) portait en effet :
Comme l' évacuation par les troupes russes, des territoires qu'elles occupent en Arménie et qui doivent être restitués à la Turquie, pourrait y donner lieu à des conflits et à des complications préjudiciables aux bonnes relations des deux pays, la Sublime Porte s'engage à réaliser, sans plus de retard, les améliorations et les réformes exigées par les besoins locaux dans les provinces habitées par les Arméniens, et à garantir leur sécurité contre les Kurdes et les Circassiens.
D'autre part, en vertu de la convention dite de Chypre, du 4 juin 1878, entre l'Angleterre et la Turquie, le Sultan promit à l'Angleterre, qui lui garantissait ses territoires d'Asie contre la Russie, «d'introduire les réformes nécessaires (à être arrêtées plus tard par les deux puissances) ayant trait à la bonne administration et à la protection des sujets chrétiens et autres de la Sublime- Porte qui se trouvent sur les territoires en question. »
Les Arméniens firent une autre tentative au Congrès de Berlin pour faire accepter aux puissances leur projet d'autonomie comportant la nomination d'un gouverneur général arménien, nommé par la Porte, avec l'assentiment des Puissances garantes. Mais le Congrès ne fit pas droit à cette demande. Par contre, il convertit l'obligation d'introduire des réformes, consentie par la Turquie envers la seule Russie, en un engagement vis-à-vis