‹ Le sort de l'Empire ottomanChapitre 3 sur 43 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

à l'Empire Ottoman, — déclaré déchu de sa tutelle sur les peuples non-turcs, au nom du Droit humain.

Nous nous défendons d'avoir écrit un livre politique. Ce livre poursuit un but juridique, celui de l'avènement du Droit humain dans les contrées qui gémissent encore sous le joug turc. Nous n'envisageons pas ici la libération des peuples de l'Empire Ottoman en connexité avec tel ou tel état momentané de la carte de guerre, ou en relation avec telle ou telle combinaison politique. Nous avons voulu exposer le droit intuitif, la conscience juridique des peuples de l'Entente. Nous présentons la disparition de l'Empire Ottoman comme le corollaire logique et inévitable du but général permanent proclamé par l'Entente, V établissement de la Paix far le Droit. Nous voulons prouver que ce but magnifique est inconciliable avec le maintien de la domination turque sur une autre race quelconque.

Dès lors, qu'on ne nous accuse pas d'un orgueil démesuré, pour avoir entrepris de faire le procès d'un grand et ancien Empire. Nous n'avons voulu qu'accomplir un devoir, contribuer dans la mesure de nos forces à l'établissement de la vérité. Si nous avons failli à notre tâche, qu'on nous excuse en faveur de la sincérité de notre effort. Mais si nous avons réussi à faire pénétrer un peu de lumière dans cette grande et grave question, qu'on ne nous en fasse pas un mérite. Car, dans ces temps inouïs, plus que jamais, l'individu agit sous la seule impulsion de l'histoire et des grandes idées qui se choquent sur son théâtre. Et nous, nous ne sommes qu'un simple soldat russe de l'Entente, baignant son âme dans les rayons du grand idéal de la Paix par le Droit, le seul pour lequel aujourd'hui il vaille la peine de vivre et de mourir. Plus grand que la haine pour le vampire qu'est l'Empire Ottoman, est notre amour pour les races qu'il opprime. C'est l'amour pour les faibles, amour éternel, sans limites, qui a guidé notre plume. Et

en écrivant les pages qu'on va lire, nous avons senti notre cœur battre à l'unisson avec les messages admirables d'un Wilson ; notre âme s'est réconfortée à l'énergie superbe d'un Briand ; elle a été inondée par la clarté lumineuse d'un Tittoni et d'un Sonnino ; elle a été pénétrée par la fermeté d'acier d'un Lloyd George, d'un Balfour, d'un Asquith ; elle a frémi de l'enthousiasme sacré d'un KerEnski, elle a traversé les angoisses patriotiques d'un Goutchkoff et elle a vibré aux paroles justicières et libératrices d'un Milioukoff.

C'est le souffle de ces hommes généreux et de leurs peuples, ce sont les visions du martyre des Arméniens, des Belges, des Roumains, des Serbes qui ont animé cet ouvrage ; nous le présentons aux amis du Droit avec le vœu ardent que toutes les races habitant la Turquie d'aujourd'hui, que le peuple turc lui-même, soient enfin libérés de ce cauchemar qu'est l'Empire Ottoman.

Genève, 23 septembre 1917.

André Mandelstam.

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