QUELQUES AUTRES OBSTACLES
Combien d'autres résistances nous avions à vaincre, nous ne le savons peutêtre pas encore. Des jeunes filies à qui l’on demandait leur Concours et qui personnellement, avec leur gros comme ça de cervelle, s’y entendent aussi bien en politique qu'en hébreu, répoudaient, apparemment Sur la foi d'un papa où d’un petit frère mieux renseigné : “La Pensée française, oui, on connaît “a; encore une affaire nationaliste!” D sutres qui avaient promis leur concours le retiraient à la dernière heure, sans vouloir dire pourquoi. Un maître de chapelle qui est en même temps instituteur, et qui s'était spontanément
chargé d'organiser la Partie artistique de la séance du 24 au soir, s’est retiré trois jours avant la séance. I] avait lui-même
pliquer. Le curé du même monsieur à essayé par tous les moyens d'empêcher la section jocale de Ja Société de souscrire au Sou de la Pensée française; c’est malgré lui que la section nous a envoyé $25 ; : il voulait que cet argent “restât dans Ja patois£€” — une des plus populeuses et une des plus riches de Montréal. Un journal qui avait publié avec un empressement ap- Parent tous les communiqués du Comité, crut devoir se racheter la veille de la collecte auprès de ses annonceurs anglais, en
dons, jetant dans les jauibes un article à
d'utic entente sur l'oppertunite du mou-
vement. Au moins nous avons pu, dans Ja
lupart des Cas, mettre 2: intrigues à jour et voir sous les mas ',ues,
À ce petit inventaire du crétinisme, de la perfidie et de la sottise nationale, ajou-
tous l’état d'esprit de notre noblesse d’argent.
On compte maintenant une cinquantaine de millionnaires Canadiens-français, paraît-il. Au point de vue national, mettons, pour être généreux, qu'il y en a bien trois qui ne sont pas des abrutis—et encore, ne nous demandez pas de les nommer ! Si les Juifs étaient persécutés au Canada, tous les millions des Workman, des Davis, des Vineberg, des Cohen et des Jarvis y passeraient, avant qu'on acceptât l'injustice ; ce n'est pas chez cette race admirable,
qu'on perd le coeur en acquérant un million! Les trois cu quatre millionnaires jrlandais d'Ottawa ont offert de doter à eux seuls, pour les siècles, l'université de cette ville, si l’on voulait en faire une institution anglaise, Chez nous, quand on a de grippe et de grappe amassé son petit million, l'on n'a plus que deux ambitions : aller habiter dans le voisinage d'Ontario Avenue, et pouvoir donner ses filles à des Anglais.
N'oublions Pas non plus le snobisme anglomane qui semble être Je Principal produit de certaines de nos écoles de femmes. On veut bien quêter dans la rue pour la charité, surtout en compagnie d’Anglaises: Car la charité mène à tout, tlans le monde, et quant aux Anglaises c’est déjà quelque chose que de pouvoir les fréquenter une fois par année, füt-ce dans la rue!
Mais tendre la Main pour des enfants de bücherons, qui pourraient si bien apprendre l'anglais, Sa ne pose pas dans Ja Société, ça n'est pas chic, ma chère! Et voilà une des raisons pourquoi Madame Lemaire, notre dévouée organisatrice générale, qui, comptant énormément sur Ja société, avait trop négligé les concours plus humbles, n’a eu que sept cents quêteuses au lieu de douze cents qu'il lui en aurait fallu.
L'INCIDENT DESAULNIERS
—L'incident Desaulniers n’a-t-i pas aussi eu son effet? demande le journaliste à M. Asselin.
—La Société Saint-Jean-Baptiste, dit M. Asselin, voulant donner une séance le
24 juin au soir comme à l'ordinaire sans faire jouer comme à l'ordinaire cette pauvreté patriotique et littéraire qui s'appelle le Drapeau de Carillon, a invité une douzaine de poètes canadiens-français à dire des vers, et des chanteurs et des musiciens à exécuter de la musique canadienne, Invité comme poète et non comme orateur, pour dire des vers et non pour faire un discours, ‘pour exalter la fierté nationale et non pour la blesser par des critiques de parti ou de secte, M. Desaulniers a de bonne grâce soumis une pièce au Comité d'organisation, qui l'a approuvée, C'était une description du golfe Saint-Laurent, Ce sont ces vers qu'un ordre péremptoire du vicaire-général Mgr Roy, confirmé par Mgr l’Archevêque, qui était ce jour-là à Saint- Jérôme et à qui les faits furent clairement etpré.
cisément exposés par le secrétaire-adjoint de la Société, M. Lagacé, a empêché M.
Desaulniers de réciter.
Ce n’est pas sur ma proposition que M.
Desauliniers à été invité: non pas que je ne lui reconnaisse un assez beau talent poétique, mais parce que je croyais que la jeunesse intéresse davantage, et que M. Desaulniers est déjà d’une autre génération.
L'invitation, votée à l'unanimité d'un comité composé de MM. J.-V. Desaulniers, Joseph Nolin, Edouard Surveyer, J.-N,.
Charbonneau, Jean-Baptiste Lagacé et moimême,avait été suggérée par un de mes collègues, je ne me rappelle plus qui. Le 29 mai, à une séance qui réunissait MM.
J--V. Desauiniers, Edouard Biron, Joseph Nolin, F.-V. Beaupré et moi-même, le Conseil de direction de la Société reçut du
Comité, sur les invitations et l'organisation générale de la fête, un rapport qu'il approuva à l'unanimité.
Il parait mainienant que ce n'est pas comme aumônier général de la Société, mais comme chancelier de l'Université, que Monseigneur est intervenu : que le reproche qu'on nous faisait, c'était de vouloir introduire dans l'université, — dans l'immeuble de l'Université, -— comme coacteur d'une fête patriotique, un homme qui prétend que Laval est inférieur à Mc- Gill. Quant à le prendre à ce point de vue, je ne suis pas, que je sache, beaucoup plus exempt de blâme que M. Desaulniers. J'ai écrit à propos du refus des administrateurs de Laval de vendre leur immeuble à la Ville pour un demi-million, que ce qu’il faudrait à ces bons gâteux, ce serait, avec un refuge paisible pour leur impotence sénile, le la bouillie, du papier de riz et des chaises percées; et je n’ai pas changé d’opinion. S'il ne m'est jamais venu à l'esprit de comparer l'université française à l’université anglaise, c’est tout simplement qu'il y a une Université McGill, c’est-à-dire un foyer plus ou moins brillant, mais enfin un foyer de recherche scientifique et de haute culture, avec un esprit et une vie propre, tandis que Laval, comme M. Bourassa le constatait il y a quelques années dans une conférence à l'Alliance française, et quelle qu’en soit la cause, n’est pas une université, n’a rien de la vie ni du caractère universitaire, n’est qu’un ensemble d'écoles professionnelles sans lien moral et plus ou moins bien organisées,
Il est probable que si, lors de la composition du programme, fous avions pu prévoir que l'invitation à M. Desaulniers offenserait ceux dont nous serions les hôtes, nous aurions pris garde de ménager cette susceptibilité, tout en la tenant pour excessive; car c’est un dicton très juste que celui qui veut que charbonnier soit maître chez soi. Mais puisque ni M. Nolin, ni M. Beaupré, ni M. Lagacé, tous professeurs à l’Université, ni aucun autre membre du Comité d'organisation ni du Conseil, n’avait pensé à cela, les directeurs de la maison, ou ceux qui parlaient en leur nom, auraient pu affirmer l'existence et Prouver la largeur d'esprit de l’Université autrement qu'en insistant sur une exclusion qui dans les circonstances semblait exigée bien plus par le dépit personnel que par l'intérêt supérieur de la race ou de l’'Université.
Est-ce au contraire pour ses vues philosophiques qu'on a interdit M. Desaulniers ?
Le printemps dernier, quand le bruit se répandit que sur ma proposition M. Beaupré serait porté au Conseil de la Société, un certain nombre de membres en exprimèrent leur déplaisir qui étaient, quant au reste, opposés comme nous à l’ancien régime. Je répondis que M. Beaupré avait bien servi la: cause de la langue et de la pensée française à la présidence de l’Association de la Jeunesse catholique, et que, tant que mes vues prévaudraient dans la Société, c'est par là que se jugeraient les états de service. Lors-
A de Re
que M. Beaupré eut été élu, M. Desaulniers nous envoya sa démission. “ Vous êtes plus, intolérant que M. Beaupré, lui fis-je observer, car, lui, il est entré dans la Société sachant que vous er étiez. Vous voulez sortir: à votre aise!” Et M. De- Saulniers sortit, Mais puisque M. Desaulniers etnous avons au moins en commun l'amour de Ja langue française, la Société n'avait aucune raison pour l’écarter d'une séance purement littéraire et artistique, qui, venant à Ja suite de grandes cérémonies religieuses, avait Pour unique objet d’exalter la gloire du verbe et du génie français au Canada.
Si la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal prenait l'initiative d’un salon de peinture et de sculpture, ne serait-il pas plaisant qu’ell= exigeât des exposants le billet de confession? Pour nous en tenir aux poètes, s'il fallait exclure des manifestations patriotiques ceux d’entre eux dont les écrits ne sont pas rigoureusement orthodoxes,qu'adviendrait-il du devigniste Charbonneau, du panthéïste Chopin, du langoureux Lozeau, et de ce jeune dieu grec qui est en même temps une si talentreuse ficelle, Paul Morin? N'est-ce pis déjà beaucoup que d’obtenir d’eux qu'ils se conduisent en public comme je bons petits garçons? Caton dira sas doute: “Qu'on Supprime plutôt la poésie”. Non, nous ne Supprimerons pas la poésie: une race comme la nôtre,naturellement paysanne, alourdie encore dans les villes par les corvées
4? l'esclavage économique au point de ne
plus savoir saisir le ridicule, n’a pas le
droit de se dépouiller volontairement de cette grâce fragile. Les Algonquins ne l’auraient pas fait, eux qui aimgient tant la chanson qu'ils en faisaient un sujet de concours. Et nous ne sommes pas des sauvages !
Mon collègue M. Morin, et le secrétaireadjoint, M. Lagacé, à qui les circonstances imposaient la tâche désagréable de communiquer à M. Desaulniers l'interdiction de l’archevêché, ont si bien compris tout cela, qu’ils n’ont pas, comme on l’a prétendu, rayé M. Desaulniers du programme, mais lui ont dit seulement : “L'archevêché annonce qu'il nous fermera ce soir l’université si vous. restez au programme. Vous rendrez un grand service à la Société en vous effaçant, mais en tant que la Société est concernée, vous êtes libre.”
Qu'il ait agi comme chancelier de l'Université, comme aumônier de la Société, ou tout simplement comme évêque, Monseigneur de Montréal, en exprimant à M. Desaulniers des regrets qui, soit dit en passant, lui font honneur, à reconnu après coup que nous avions eu raison. Si quelqu'un, dans cette affaire, la compromis l'intérêt religieux ou national, ce n'est pas ceux qui, convaincus que jamais le Canada français n’eut plus besoin de tous ses enfants, ont voulu faire du 24 juin un jour de concorde; ce sont ceux qui ont, par un zèle déplacé, où le patriotisme véritable n'avait rien à voir, mis l’aumônier de la Société, l'archevêque de Montréal et le grand chancelier de l’Uni-
tairetances comiction 5 tout rétenmme, vêché l’uni- Vous té en ciété
V'Uciété, Monit à
versité dans l’humiliante nécessité de faire des excuses à M. Desaulniers.