‹ Le Soudan EgyptienChapitre 11 sur 38 · H, Dehérain, op. eil., p · texte numérisé non relu

H, Dehérain, op. eil., p

La monnaie d'argent était inconnue au Soudan. Ce sont les Egyptiens qui l’importèrent avec eux. Aussi était-elle rare. Lorsque le contribuable ne possédait pas d’argent, les agents du fisc percevaient l'impôt en nature. L’on conçoit l'arbitraire auquel devait donner lieu ce mode de perception. Les impôts en nature consistaient généralement en poudre d'or, en ivoire, en grains, en gomme, en peaux de bête et en bétail. Il y avait chaque année de forts envois de bestiaux en Egypte.

Le contrôle exercé sur les percepteurs était illusoire, ou plus exactement n’existait pas. Intraitables avec les pauvres, avec les riches ils faisaient rendre à l’impôt plus qu’il ne devait donner. Avec de tels procédés « les agents égyptiens amassaient des for- « tunes scandaleuses et tel dont le traitement annuel « s'élevait à 200 ou 400 piastres, entretenait plusieurs « femmes, vingt esclaves, douze chevaux (1) ».

Là où l’autorité du gouvernement égyptien était forte, les Soudanais subissaient les impôts à leur corps défendant, mais là où cette autorité se faisait moins sentir, ils refusaient de payer l'impôt. Le gouvernement avait alors recours à un moyen aussi simple que brutal: les razzias. C’était surtout contre les tribus nomades et les tribus qui vivaient sur les

confins du Soudan qu’elles étaient dirigées. L'agent

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du fisc se présentait avec des soldats chez le contribuable récalcitrant et de vive force prenait ce qu’il trouvait. Parfois les razzias donnaient lieu à de véritables expéditions militaires, dirigées par le gouverneur général lui-mème. En novembre 1838, une armée d'environ 4.000 hommes, avec des canons, partit du Kordofau (1). Les nègres faits prisonniers étaient ramenés comme esclaves. La réussite d’une razzia constituant un titre à l’avancement des officiers, les razzias se multiplièrent à un tel point qu’elles furent portées à la hauteur d’une institution. « Le système « en vigueur au Soudan consiste à réquisitionner, par « contributions volontaires ou par la force, tout ce « dont on a besoin en fait de vivres, grains, bestiaux, « troupeaux et serviteurs. Or, les exigences sont illi- « mitées : chaque officier égyptien se donne trois ou « quatre femmes légitimes, sans préjudice des con- « cubines ; à toutes il faut des servantes. La maison « de Fadh-El-Moulla Bey, par exemple, se compose « d’une centaine d’esclaves, hommes, femmes, gar- « çons et filles. Les femmes des soldats ont aussi « leurs suivantes ; les garçons, à mesure qu'ils gran- « dissent et deviennent des hommes, font surgir de « nouveaux besoins, auxquels les indigènes doivent « satisfaire. Nous avons entendu parler d’une razzia

« de 8.000 têtes de bétail ; Emin Pacha assure que de

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