‹ Le Soudan EgyptienChapitre 14 sur 38 · Société de Géographie de Paris, Comptes rendus · texte numérisé non relu

Société de Géographie de Paris, Comptes rendus

Jusque-là, le Mahdisme couvait au Soudan. L’expédition de Abou-Saoud lui donna, pour ainsi dire, officiellement le jour. La révolte mahdiste était née.

On était en août 1881.

Le Mahdisme comprend trois périodes bien distinctes.

4: De 1881 à 1885, date de la chute de Khartoum et de la mort de Mohammed-Ahmed, le Mahdisme est, dans la stricte acception du terme, une révolution. Les batailles qui auront lieu auront toutes pour raison ou bien {a défense de quelque garnison égyptienne contre l’insurrection montante, ou bien la réperssion de la révolte par les autorités égyptiennes. On verra que lesiège et la prise:de Khartoum même, malgré lesinstructions données à Gordon de procéder à l'évacuation du Soudan par les Égyptiens, doivent rentrer dans cette période ;

2° De 1885 à 1896, date du départ de l’expédition Anglo-Égyptienne, le Mahdisme n’est plus, en fait, une révolte, mais bien une domination réelle du Soudan, un État non reconnu ;

3: De 1896 à 1899, le Mahdisme est considéré comme un «péril »,et,comme tel, combattu et détruit.

Du jour où Mohammed-Ahmed — qui était déjà

considéré comme le « Mahdi » par un grand nom-

bre de Soudanais — livra bataille aux Égyptiens et les vainquit, sa cause de régénérateur du Soudan étaitgagnée. Cet homme, qui se prétentait « l'Envoyé de Dieu », joignait l’action à la parole : il n’en fallait pas davantage pour que les tribus nègres vinssent à lui. Mais Mohammed-Ahmed, estimant que dans ce Soudan, aux races mêlées, aux peuples diversement intelligents ou vigoureux, il lui fallait choisir une contrée où asseoir son autorité en recrutant des partisans fidèles, conscients, résolus, et qui joindraient à ces qualités des vertus guerrières, quitta le Ghézireh. Ses lieutenants se chargèrent d’attaquer les garnisons égyptiennes de Sennaar, Messalemieh et d’autres places fortes moins importantes. Quant à lui, il se dirigea du côté du Kordofan. Là, les habitants étaient des mahométans fanatiques et courageux, et le pays disposait de grandes ressources. Là encore l’administration égyptienne était particulièrement détestée. De là, il était facile de soulever et de gagner à sa cause le Darfour. Pour le Mahdi, il importait donc de conquérir le Kordofan pour en faire une sorte de forteresse d’où il étendrait son action sur tout le Soudan. C’est ce qu'il entreprit dès le mois de septembre 1881. Chemin faisant, il battit les Égyptiens à Djebel-Gadir, etresta dans les environs pendant quelquestemps. Arrivé au Kordofan, il fut battu à Barah. Alors, la lutte s’engagea entre ses fidèles

et les troupes égyptiennes, avec, departet d’autre, des

ns de

alternatives de revers et de succès. Cependant, à la fin de l’année 1882, la chance tourna du côté des Mahdistes. Dès les premiers jours de janvier 1883, coup sur coup, après un siège en règle, ils prirent Barah et El Obéid, la capitale du Kordofan. La prise de cette dernière ville, suivie d’une proclamation où il était fait appel au sentiment religieux des Kordofanais, consacra la domination du \ahdi dans tout le Kordofan.

L'émotion fut grande à Khartoum à la nouvelle de la chute d'El Obéid. Le gouverneur général avait déjà demandé des renforts au Caire. Le 16 décembre 1882, le lieutenant-colonel Stewart arrivait à Khartoum, «envoyé par le Gouvernement britannique pour examiner la situation du Soudan » (1). Il quittait Khartoum pour le Caire, le 8 mars 1883.

Entre temps, par la voie de Souakim, arrivaient environ 5.000 hommes de renforts, avec un état-major, d'officiers anglais, dont le général Hicks. Ce dernier était nommé « chef d’état-major de l’armée du Sou- « dan...,et était chargé de préparer et de diriger toutes « les opérations. En réalité, il étaitle véritable com- « mandant en chef ; mais, en présence du caractère « ostensiblement religieux de l'insurrection, on avait « jugé impolitique de mettre officiellement à la tète « de l’armée du Soudan un étrangeret un chrétien » (2).

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