‹ Le Soudan EgyptienChapitre 15 sur 38 · Id. Ibidem, p · texte numérisé non relu

Id. Ibidem, p

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Au mois d’avril, Hicks remonta le Nil Blanc, défit les Mahdistes à Maharabieh, et revint à Khartoum. Il organisa alors sa fameuse expédition du Kordofan, repaire du Mahdisme.

Une armée, forte de plus de 10.000 hommes, remonta le Nil et attint El Dueim, le 20 septembre 1883. Quelques jours après, Hicks la rejoignit. Alors commença, à travers le désert qui sépare le Nil du Kordofan, une marche terrible, pendant laquelle les Égyptiens en proie aux privations etauxintempéries, furent continuellement harcelés par les Mahdistes. Le 5 novembre 1883, près des puits de Khasghil, l’armée de Hicks, surprise à l’aube par une attaque foudroyante, sauvage, d’une trèsforte armée de Mahdistes qui s'étaient cachés dans une forètdes environs, la forèt de Shekhan, fut, pour ainsi dire, anéantie. Hicks et la vingtaine d’officiers anglais qui étaient avec lui, furent tués. De cette armée de 10.000 soldats, au bas mot, 200 hommes seuls échappèrent. Ce sont ces « rescapés » qui racontèrent, dans la suite, les péripéties du désastre (1).

La victoire de Khasghil, par son retentissement dens tout le Soudan, donna au Mahdi un prestige énorme. « Désormais, la cause du prophète semble « être celle de Dieu. Le caractère divin de sa mission

1. On a dit et répété un peu partout que, seul, unchancelier échappa au désastre : c’est apparemment inexact. Nous n’avons pu savoir sur

quoi est fondee cette assertion.

« ne peut plus ètre mis en doute par personne (1). »

Les succès du Mahdi dans le Kordofan lui livrèrent le Darfour. Slatin Bey (2), gouverneur de cette province, en apprenant la défaite de Hicks, et voyant ses communications coupées avec Khartoum et le Nil, fit, en décembre 1883, sa soumission au Mahdi. De son côté, et pour les mêmes raisons, Lupton Bey, gouverneur de la province de Bahr-El-Ghazal, fit de même.

Pendant que le Mahdi occupait les Égyptiens dans le Ghézireh, un de ses plus farouches émirs, Osman Digna, tenait en respect les forces anglo-égyptiennes qui tentaient d’aller vers Khartoum par la voie de Souakim. Des combats eurent lieu, du mois d’août 1883 jusqu’en juin 1884, à Sinkat, Souakim, El-Teb, et où les Anglo-Égyptiens,commandés par des officiers anglais, et les Mahdistes furent alternativement victorieux.L’Angleterre avait aussi envoyé devant Souakim, une flotte sous les ordres du contre-amiral Hevwett.

Mais Khartoum, à cause de son importance politique et économique, devait être le centre des opérations et l’objectif principal des Mahdistes. Mohammed-Ahmed, mettant à profit l'enthousiasme qu'avait

1. Jules Cocheris Sifualion internationale de l'Égypte et du Soudan, p. 280.

2. Aujourd’hui Siatin Pacha, inspecteur général du Soudan angloégyptien.

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suscité auprès des Soudanais ses récentes victoires, rallia ses armées et, dès les premiers jours de mars 188%. se présenta devant Khartoum. Gordon Pacha, accompagné du colonel Stewart, y était arrivé le 18 février. Nous verrons plus loin quelle était la nature de sa mission. Le fait est que Gordon, qui avait reçu une lettre de Mohammed-Ahmed l’invitant à se soumettre, décida de lutter contre l’invasion mahdiste.

Le 16 mars, après une première attaque contre Khartoum, le Mahdi en commença le siège. Siège mémorable ! défense héroïque !

Après trois cent dix-sept jours de résistance, pendant lesquels elle supporta vaillamment assauts, famine, maladies, séditions, la ville de Khartoum fut prise d’assaut le 26 janvier 1885. Gordon périt assassiné, au seuil du palais du Gouvernement(1).Il avait été l’âme de la résistance. Par son endurance et son énergie, sa foi aux secours que, jusqu’au dernier moment, il ne cessa d’annoncer, il avait entretenu le courage de ses soldats et des habitants. Les secours arrivèrent deux jours trop tard. La tragédie était consommée. Le Mahdi avait accompli son œuvre:le Soudan était conquis. Et l’on peut dire que lorsque Mohammed-Ahmed mourut, au milieu de juin 1885,

la période révolutionnaire mahdiste était achevée.

1. Pour le siège et la prise de Khartoum, cf, le rapport dressé par

Lord Kitchener, alors Major, Blue-Book 1888, p.23 et suivantes.

En à

Une question des plus importantes, au point de vue juridique, est celle des instructions de Gordon à son arrivée à Khartoum. Elle se rattache intimement à la question de l’évacuation du Soudan par l'Égypte. Elle en est le corollaire.

Depuis les événements d’Arabi-Pacha, en 1882, les Anglais « occupaient » l'Égypte et le Gouvernement égyptien, dans ses actes politiques, était sous la tutelle de l’Angleterre. Nous n’avons pas à nous occuper ici de la « question d'Égypte ». Nous bornant à constater que l'occupation anglaise était un fait connu des puissances et subi, admis mème par l'Égypte, nous tirerons de cette constatation toutes ses conséquences logiques pour ce qui est du Soudan.

L’émotion fut grande au Caire à la nouvelle des succès retentissants du Mahdi. Le ministère Chérif examina la question de savoir quelle conduite il convenait d'adopter à l'égard du Mahdi. Chérif Pacha et ses collègues fureni d’avis qu’il fallaitimmédiatement réprimer la révolte, et conserver les provinces soudanaises. Sir Evelyn Baring (1) venait d’être nommé Agent britannique en Égypte. Lorsque le désastre de Kbasghil fut connu,un conseil extraordinaire des ministres se tint. Sir Evelyn Baring, qui y fut con-

voqué, déclara que « si le Gouvernement de S$. A. le

1, Depuis, Lord Cromer,

« Khédive estimait les provinces soudanaises de quel- « que utilité pour l'Égypte, il était parfaitement libre d’agir etde faire tout ce qu'il pourrait pour les maintenir sous son autorité, mais qu'il était inutile de s'adresser à l’Angleterre dans cette question, parce que, sous une forme quelconque, elle ne prèterait jamais son appui au Gouvernement » (1). On voyait ainsi poindre la divergence de vues entre le ministère Chérif et l'Angleterre au sujet de la politique à suivre au Soudan. Cette divergence alla en s’accentuant. Sir Evelyn Baring, ayant reçu de nouvelles instructions du Foreign Office, demanda au Gouvernement égyptien de procéder à l'évacuation pure et simple du Soudan. Le ministère Chérif, ne voulant pas se prêter à cette mesure, donna bruyamment sa démission, qui fut motivée dans une lettre rendue publique. Le 8 janvier 1884, Nubar Pacha avait formé le nouveau ministère.

Il convient de présenter cet incident sous son véritable aspect.

La révolte avait éclaté au Soudan contre l’administration Égyptienne. A la suite des victoires éclatantes du Mahdi, le soulèvement était devenu général. Quelle était, en présence de ces événements, la situation de l'Égypte ? Quelle attitude devait-elle

prendre ?

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