‹ Le Soudan EgyptienChapitre 17 sur 38 · Borelli-Bey. La chute de Khartoum. Avant-propos, p · texte numérisé non relu

Borelli-Bey. La chute de Khartoum. Avant-propos, p

164 = en grand. Les ressources de l'Égypte n’y pouvaient suffire. Son budget était obéré, et son armée manifestement insuffisante. Les firmans impériaux d’investiture des Khédives leur défendaient d’avoir plus de 18000 soldats. D’autre part, jusque-là, le Soudan avait plus coûté qu’il n’avait rapporté. Dans ces conditions, ne valait-il pas mieux courir au plus pressé, sauver de la tourmente mahdiste ce qu’il y avait au Soudan d'égyptien, soldats, fonctionnaires, civils, et évacuer le pays, — quitte à le reprendre plus tard, à la première occasion propice, lorsque le Mahdi se serait affaibli de lui-même ? — Mais c'était là faire le jeu de l'Angleterre ! — Possible. Mais puisque, pour le moment, l’Angleterre ne voulait pas prèter son concours, que celui de la Turquie était hypothétique, — quel profit avait-elle à envoyer une expédition au Soudan ? comment, par quels moyens l’aurait-elle fait? — l’évacuation se présentait comme la seule s0lution pratique et logique. C’est ce que comprit le Khédive Tewtfick et ce à quoi se résolut le ministère Nubar.

La Porte prétendant que ses droits étaient lésés par l’abandon du Soudan, protesta auprès des puissances, Sa protestation, comme de coutume, demeura sans effet.

L’évacuation décidée, il en fallait confier l’exécution à quelqu'un qui connût le Soudan et qui y eût quelque influence. L’Angleterre proposa Gordon Pa-

Le pose

cha, qui avait été gouverneur des Provinces équatoriales et qui avait laissé au Soudan un excellent souvenir.

En examinant la mission de Gordon, on prépare le terrain à la discussion juridique sur ia nature de l’abandon du Soudan par l'Égypte. Il importe donc de présenter ici les documents.

En janvier 1884, Gordon se trouvait à Bruxelles en train de négocier avec le roi Léopold II une mission au Congo, lorsqu'il reçut de Lord Wolseley une dépêche le rappelant à Londres. L'Angleterre avait besoin de lui pour l’évacuation du Soudan. Voici le texte officiel des instructions remises à Gordon par Lord Granville, Foreign secretary,, le 18 janvier 1884. « Monsieur. Le Gouvernement de Sa Majesté désire que vous partiez sans retard pour l'Égypte, afin de

faire un rapport sur la situation militaire du Sou-

dan et sur les mesures qu’il serait opportun de « prendre pour la sécurité des garnisons, ainsi que « pour celle de la population européenne de Khar- « toum. Vous aurez donc à examiner et à nous rap- « porter les meilleurs moyens à adopter pour opérer « l’évacuation de l’intérieur du Soudan, pour assurer « la sécurité de l’administration, sous la souveraineté « égyptienne, des ports de la côte. Vous donnerez, « en même temps, une attention spéciale à la ques- « tion des mesures à prendre pour empêcher que le

« mouvement insurrectionnel et la retraite des auto-

ee —

rités égyptiennes de l’intérieur du Soudan, ne puissent favoriser la traite des esclaves. Vous recevrez vos instructions de l’agent de la Reine au Caire et c’est par son entremise que vous nous adresserez vos rapports, sous sceau mobile. Vous vous considérerez aussi comme chargé et autorisé à remplir telles autres missions que le Gouvernement égyptien pourrait désirer vous confier et qui, dans ce cas, vous seraient communiquées par l’entremise de Sir Evelyn Baring. Vous serez accompagné du colonel Stewart qui vous assistera dans la mission dont vous êtes chargé. Dès votre arrivée en Égypte, vous vous mettrez en communication avec Sir Evelyn Baring qui viendra à votre rencontre et décidera de concert avec vous si vous devez aller directement à Souakim ou vous diriger par vous-même ou envoyer le colonel Stewart à Khartoum. »

Voici maintenant, en regard, comment Gordon ra-

conte la façon dont on lui confia son mandat : « Dans

l’après-midi (du 18 janvier 1884) Wolseley vint me prendre et me mena au Conseil. Il y entra d’abord seul, causa avec les ministres, puis vint me rejoindre et me dit : « Le Cabinet désire que vous entendiez bien qu’il est décidé à évacuer le Soudan, et qu’il ne saurait garantir le fulur Gouvernement de ce pays. Êtes-vous prêt à partir dans ces conditions? » Je dis : « Oui ». — « Venez donc », reprit-

il alors, et il m’introduisit dans la salle du Conseil,

LG — On me demanda : « Wolseley vous a-t-il communiqué nos instructions? » Je répondis : « Il m’a dit que vous n’entendiez pas garantir le futur Gouvernement du Soudan et que vous désiriez m’y envoyer pour diriger l'évacuation ». — « C’est cela mème »,me fut-il déclaré. — Ainsi se termina l'affaire. À 8 heures du soir, je pris le train pour Calais (1)... »

Dans une autre lettre, écrite à bord du Tanjore,

avant de débarquer à Alexandrie, Gordon dit : « Les

ministres de la Reine, je l'ai bien compris, sont arrivés à la conclusion irrévocable qu’ils ne peuvent accepter l’onéreux honneur d’assurer une administration juste et équitable aux peuples du Soudan. Par une conséquence logique, ils ont décidé de rendre ces peupies à l’indépendance et de ne plus soulfrir que le Gouvernement égyptien se mêle de leurs affaires. Les ministres de la Reine m’envoient donc au Soudan pour négocier l’évacuation de ce pays et le départ de tous les soldats ou employés égyptiens (2). »

On sent percer à travers ces lignes un je ne sais

quoi qui indique chez Gordon un certain flottement

dans l'acceptation, franche et nette, du mandat tel

qu'on le lui confie. Le Gouvernement anglais, de

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