Dépêche du Sirdar à son Gouvernement
4. Étienne Lamy, le Journal de route du Dr Émily. Revue des Deux-
Mondes, 15 novembre 1912.
c’est la solution la plus sage qui prévalut. Les drapeaux anglais et égyptien furent hissés à environ 500 mètres du pavillon français, en attendant que Marchand reçût des instructions nouvelles de son Gouvernement.
Les pourparlers entre les Cabinets de Londres et de Paris furent épineux. Fachoda avait, d’un côté et de l’autre de la Manche, surexcité l’opinion publique. Un moment, les thèses s’opposèrent de façon à faire craindre les pires conséquences. Enfin, le 6 novembre 1898, l'Agence Havas publiait la note officielle suivante : « Le Gouvernement a résolu de ne pas maintenir à Fachoda la mission Marchand. Cette décision a été prise par le Conseil des ministres après un examen approfondi de la question. »
Le recul des temps permet de constater que l’affaire de Fachoda a été démesurément grossie. De part et d’autre, on mèla l’honneur national là où il n’avait que faire (1). Dans les relations entre la France et l'Angleterre, Fachoda n’est plus qu’un fâcheux souvenir. En ramenant l’incident à ses proportions exactes, on peut aujourd’hui, en toute liberté d’esprit, en dégager la conclusion juridique.
Comment la question de Fachoda se présenta-t-elle
en droit ? De la façon la plus malencontreuse. C’est
1. V. à ce sujet le livre de M. Hanotaux. Le parlage de l'Afrique.
Fachoda. Flammarion, éd, Paris 1910.
le 25 juin 1896, que le capitaine Marchand quitta la France pour le Congo. Il était le chef d’une mission « Congo-Nil ». En effet, le 24 février de la même année, il avait reçu de M. Guieysse, ministre des Colonies, des instructions où il était dit : «. Étendre l'influence française jusqu’au Nil... ; atteindre le Nil Blanc à Fachoda (2). »
En envoyant une mission qui avait pour objectif Fachoda, la France se déjugeait et ne pouvait plus invoquer les droits du Khédive sur le Soudan. Elle tombait dans une impasse. Tout au plus pouvait-elle rappeler à l’Angleterre sa facilité à disposer des territoires soudanais de sa pupille. Mais c’est là un argument de fait auquel, au surplus, les Anglais pouvaient répondre en disant que les cessions faites dans les traités Anglo-Italien et Anglo-Congolais n’étaient que temporaires et que les droits de l'Égypte avaient toujours été réservés. En droit, il n’y avait qu’une argumentation possible : du moment que la France avait solennellement reconnu que le Soudan appartenait, malgré l'évacuation, à l'Égypte, la logique lui imposail de ne diriger aucune expédition sur le Haut- Nil. Dans la multitude des discussions qui surgirent en France à propos de Fachoda, M. R. de Caix a été un des rares à dégager la note juste : « A moins d’avoir
foi dans la chimère d’une prompte évacuation de