R. de Caix, op. cit
2. Communication faite à l'Institut Egyptien, par M. Prompt, Imprim, Nation. Le Caire, 1893.
pas moins vrai, comme l'écrivait dès 1892 Lord A. Milner, dans son livre Ængland in Egypt que « la régulière distribution de l’eau du Nil, qui n’est pas pour l'Égypte une simple question de convenance, mais une question d’existence, ne cesse de courir des risques tant que le cours supérieur n’est pas sousle contrôle égyptien » (1).
Ce sont ces considérations plus encore que ses propres affirmations antérieures sur les droits de l'Égypte sur le Soudan, que la France perdait de vue en en voyant une expédition dans le Haut-Nil.
On a parlé, à Londres et à Paris, de « droit de conquête » : c’est un argument de diplomates aux abois. Juridiquement, si le Soudan n'avait pas cessé de faire partie de l'Égypte, l'expédition commandée par le général Kitchener ne pouvait être considérée comme une conquête : on ne conquiert pas ce qu'on n’a pas perdu. C’est seulement l’envergure des opérations militaires qui aboutirent à Omdurman qui a pu permettre d’assimiler, en fait, la campagne du Soudan à une conquête. Quant à l’expédition commandée par le capitaine Marchand, il est certain qu’elle ne pouvait non plus donner lieu à une conquête : on ne conquiert pas et on n'occupe pas en droit, effectivement, avec les moyens dont disposait
la colonne Marchand, des territoires immenses
© 4. Sir À, Milner. Englandin Egypt. Trad. franç, de M. Mazuc.
comme ceux qui s'étendent du Haut-Oubanghi au Nil.
De la « Question de Fachoda » il y a trois conclusions à tirer. L’une, juridique. Il nous appartient de la formuler : les prétentions de la France dans le Haut-Nil étaient insoutenables.
L’autre, pratique, nous la trouvons chez un des plus éminents africanisants Français : « La mission Marchand devait ne pas partir — ce quieüt été plus sage, — ou bien alors, être la préoccupation unique, constante, en vue de laquelle auraient été coordonnés tous les efforts de notre politique extérieure (1).
La dernière enfin, d'ordre sentimental. Il nous plaît de la trouver doublement exprimée par deux Anglais : « Il est impossible de ne pas éprouver la plus vive admiration pour le courage, le dévouement et l'énergie indomptables déployés par l’expédition Marchand » (Dépèche de Lord Kitchener à son Gouvernement). « L'expédition Marchand est une des plus merveilleuses et des plus remarquables dans l'histoire des explorations africaines » (Discours de
M. Chamberlain au Communes, le 17 novembre 1898).
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