H. Dehérain, op, cul., p
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déterminées d’une façon précise. Cela était impossible alors et n’est guère facile aujourd’hui encore. L’on peut dire qu’en Afrique l'étendue du territoire d’une souveraineté de nègres est celle de leur champ d’incursions. Rien de plus élastique. L’essentiel était de soumettre les tribus. La délimitation du Soudan a été l’œuvre du temps. Ce n’est qu’au fur et à mesure de la prise de possession d’une contrée par une puissance européenne que les contrées avoisinantesse sont vu entourées de limites. Encore voit-on subsister aujourd’hui cette chose très peu fixe qu’on appelle une « zone d’influence ».
Un gouvernement égyptien fut instauré dans tout le Soudan. Vu son éloignement et la difficulté des moyens de communication, sa dépendance de Méhémet-Ali ne pouvait ètre que relative.
A la tête de ce gouvernement était un gouverneur général dont les attributions ressemblaient fort à celles du Sirdar d'aujourd'hui. C’était une manière de souverain. Il ne lui manquait que le droit de légiférer. Tous les autres attributs de la souveraineté, il les avait. Chef de l’armée d'occupation, il répartissait à son gré les troupes sur le territoire soudanais, incorporait les nègres qui lui paraissaient aptes au métier de soldat, jugeait de la nécessité d’une expédition contre telle tribu révoltée, parfois commandait luimême ces expéditions — ainsi que nous l'avons vu
pour la deuxième expédition du Taka. L’administra-
tion civile était aussi entre ses mains. Au-dessous de lui étaient les « moudirs » ou chefs de provinces. Le Soudan fut divisé en cinq moudirichs : Dongola, chef-lieu Dongola ; Berber, chef-lieu Berber ; Sennaar, chef-lieu Khartoum ; Kordofan, chef-lieu El-Obéïd ; Taka, chef-lieu Kassala. Les moudirs étaient chargés de l’administration de leur province Ils devaient remettre des rapports sur leur gestion au gouverneur général. Au-dessous d’eux étaient les « kachefs » ou chefs de district. Les moudirs et kachefs rendaient la justice ; le gouverneur général jugeait en dernier ressort. Mais l'attribution que gouverneur, moudirs et kachefs estimaient la plus importante était l’établissement et la perception des impôts. Nous verrons plus loin la façon dont ils s’en acquittaient.
C’est ce gouvernement qui fonctionna au Soudan jusqu’à la révolution mahdiste. Si l’on recherche quels ont été les bienfaits de son administration, on est obligé de les ramener à deux: d’un côté des avantages d'ordre scientifique, de l’autre l’établissement de la sécurité.
Les avantages scientifiques furent ceux obtenus grâce aux trois expéditions entreprises pour découvrir
les sources du Nil (1). Par la création de Khartoum,
1, Cf. à ce sujet : D’Arnaud. Journaux de la 2° et de la 3% expédition, envoyées à la recherche des sources du Nil. 3 cahiers in-folio (Bulletin Soc. Géogr. de Paris, 1842-1881). — Thibaut. Expéditions à
la recherche des sources du Nil (1839-1840). Journal publié par les
qui devait prendre une si grande extension dans la suite, les explorateurs trouvèrent un point de départ où s'organiser, seravitailler, s’équiper. Les trois expéditions partirent l’une en novembre 1839, Pautre en mars 1840, la troisième en septembre 1841.
Quant à la connaissance mème des sources du Nil, ces expéditions n’apportèrent aucun renseignement nouveau, mais elles contribuèrent puissamment, par les récits qui ont été publiés, au mouvement qui s’est dessiné depuis pour explorer ces mêmes sources. Elles eurent aussi ce résultat de faire connaître les régions du Bahr-El-Ghazal, leurs produits, leur faune, leurflore et les peuplades qui y vivaient.
Mais le résultat le plus notable de l’arrivée des Égyptiens au Soudan fut de le transformer au point de vue de la sécurité. De sauvage ou presque il devient colonial, avec mœurs et règlements de colonie turque. De l’avis de tous ceux quiavaient pu parvenir au Soudan avant 1820, rien n’était plus aléatoire que d’y voyager ou de vouloir y exercer un commerce quelconque. Cela s’explique par ce fait qu’il n’y avait au Soudan aucune autorité centrale, et qu’entre les petits royaumes et les innombrables tribus aucune
cohésion n'existait. Les peuplades étaient souvent en
soins de M, le comte d’Escayrac de Laulure, in-8, Paris 1856. — Joniard. Voyage à la recherche des sources du Nil Blanc, sous le
commandement de M. le comte d'Escayrac de Lauture, Bull, Soc. Géogr. de Paris, 1856,
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guerre entre elles. Les caravanes de marchands se faisaient convoyer par des gens chargés de les défendre contre les attaques (1). Ces caravanes payaient un tribut dans les pays qu’elles traversaient et lorsqu’elles ne le payaient pas, elles étaient pillées (2). « Les hommes puissants et riches voyagent comme « des pauvres pour échapper aux dangers qui mena- « cent les riches pendant le voyage (3). »
Si les indigènes se trouvaient dans un tel état d’insécurité, il va sans dire que la situation de l'Européen était encore plus précaire. L'Afrique méritait alors entièrement son appellation de continent noir, de continent mystérieux. Le Soudan en était une des parties les plus impénétrables. Quand, après des difficultés de toutes sortes, des « blancs » y parvenaient, ils étaient l’objet de la curiosité malveillante des indigènes : « On cherchait les puissants motifs pour « lesquels ces hommes singuliers s'étaient mis en « route. On les voyait s'informer de tout, regarder « les monuments (4), écrire ou dessiner, et personne « ne les croyait quand ils prétendaient accomplir de
si longs voyages par simple curiosité. Les mar-
1. CE. Burckhardt Travels in Nubia et W.G, Brownc, Travels in Africa, passim.
2, Burckhardt. Travels in Nubia, p. 236.