CON
Bey, gouverneur du Darfour (1), d’évacuer sa province, prélude de toute l’évacuation, en essayant d'organiser, s’il le pouvait, une autorité locale (2).
Mais il fallait compter avec le gouvernement égyptien et celi-ci refusait d’évacuer les conquêtes de Mehemet- Ali et d’Ismaïl et refusait d’abandonner trente mille égyptiens, qu'il ne pouvait laisser massacrer par les soldats du Mahdi. On décida donc d'envoyer une armée de secours pour faciliter l'évacuation et protéger les ressortissants égyptiens. Une armée de secours fut donc envoyée à Khartoum, sous le commandement du général Hicks pacha. Cette armée composée de paisibles fellahs, recrutés nouvellement, constituait de fort mauvaises troupes : elle se laissa surprendre le 3 novembre 1883 dans le défiié de Kashgil par le Mahdi et fut entièrement massacrée. Sur 12.000 hommes un seul échappa au massacre : le chamelier d’un officier nègre, qui apporta la nouvelle du désastre (8). Et peu après, le 4 février 1884, une autre colonne de 3.500 hommes, sous le commandement de Baker pacha, éprouva un désastre complet à Teb, infligé par le principal lieutenant du Mahdi et son futur successeur, Osman Digma (4). Mais une armée anglaise envoyée sous les ordres du général Graham, vengea ces désastres sur Osman Digma lui-même, et compléta sa victoire à Tamanieh, le 13 mars 1884 (5). Mais
(1) Voir Pens4a, L'Egypte et le Soudan Egyptien, p. 247 et 254.
(2) BLancxan», R. D. I. P. (L'affaire de Fachoda), année 1899, tome VI, p. 380 et suivantes.
(3) Pensa, L'Egypte et le Soudan Egyptien, p. 251. MONODNGIL. D <09:
(5) Op. cit., p. 866,
au lieu de poursuivre sa marche triomphale sur Khartoum, le général revint subitement vers Souakim.
Comment s'explique ce revirement ? C’est que lord Granville qui aïlait faire sa déclaration sur l'évacuation prochaine de l'Egypte, avait arrêté la marche triomphale de l’arinéc de secours anglaise, à laquelle ordre fut donné de se diriger vers la Mer Rouge, au lieu de pénétrer vers Khartoum. Les Anglais s'étaient alarmés de leur victoire. Ils voyaient déjà le Mahdi écrasé, le Soudan pacifié et la menace qui pesait sur l'Egypte écartée. Et la conséquence allait être l’évacuation de toute la Vallée du Nil pour l’année 1888. Et pour donner à l'insurrection mahdisie, le loisir de s'étendre et de se fortifier, ils décidèrent sans aucune tergiversation d’évacuer le Soudan (1). Lord Granville donna donc l'ordre à l’agent britannique au Caire, Sir Evelyn Baring, pius tard Lord Cromer, de demander au gouvernement khédivial d’évacuer sans retard. Chérif pacha, le président du Conseil, refusa énergiquement d'abandonner le Haut-Nil : « Si nous abandonnons le Soudan, il ne nous abandonnera pas, dit-il ». Mais en face de son opposition il fut renversé par la Grande-Bretagne, qui le remplaça par un arménien, Nubar pacha, qui ordonna aussitôt l’évacuation du Soudan.
Mais l'évacuation du Soudan était une opération difficile. Les garnisons égyptiennes étaient disséminées sur tout le territoire ; les ramener était une chose qui présentait de graves périls. Pour diriger les opérations né-
(1) F. Despacner, R. D. I. P., année 1899. Tome VI, p. 169 et suivantes,