‹ Le Soudan ÉgyptienChapitre 23 sur 47 · SARO ES · texte numérisé non relu

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le haut fleuve par le Sud, par l'Ouganda, à l’aide de la mission Macdonald. La mission échoua. C'est alors qu'elle annonça son intention de reprendre d'accord avec l'Egypte a conquête du Soudan. À cet effet elle prépara une expédition en Egypte sous le commandenent du Sirdar Kitchener. Cette expédition n'eut à son début pour objectif officiel que l'occupation de Dongola. Le 14 mars 1896, l’ordre de marche en avant fut donné au Sirdar, dont l’armée était composée en majeure partie d'unités égyptiennes, ce qui lui permit d'opérer à un moment où la chaleur devenait accablante en Nubie. Et il fallait se presser. Pourtant le Sirdar n’avança que lentement, mais à coup sûr, suivi du chemin de fer et du télégraphe qui le reliaient constamment à la Basse- Egypte, montrant par là un grand talent d'organisation. Il établit un grand fort à Akachah et, malgré le choléra qui se déclara dans son camp, occupa Dongola le 22 septembre. Ce fut l'objectif de l’année 1896. L'année suivante, le corps expéditionnaire occupa Abou-Hamad, situé au sommet de la grande boucle que forme le Nil entre ce point et Ouadi-Halfa. Et à travers le désert le Sirdar construisit un chemin de fer qui relia Abou-Hamad à Ouadi-Halfa. Au prix d’une grande patience et d’un pénible labeur, il parvint à contourner la troisième cataracte du Nil, en traînant ses canonnières sur terre, tirées au moyen de cordes, par ses soldats. Le 6 septembre 1897, ces canonnières s’emparèrent de Berber. Et Kassala occupé par le général Baratieri, gouverneur italien de l’Erythrée, le 17 juillet 1894, fut, à la demande du Sirdar, évacuée par les troupes italiennes le

25 décembre 1897. Ainsi se termina la campagne de

L'année 1898 allait être marquée par l’anéantissement de la puissance mahdiste. En effet le Sirdar, prenant pour point d'appui Kassala, enlevait le 8 avril le camp de l’Emir Mahmoud sur l’Atbara. Et le 2 septembre il livrait la bataille d’'Omdourman, sur l’autre rive du fleuve, face à Khartoum. Le Khalife Taïchi y fut définitivement écrasé. Le lendemain le Sirdar Kitchener rentrait à Khartoum. Gordon était vengé.

Dans la pensée du Sirdar, la prise de la capitale du Mahdi devait faire passer tout l'empire de ce dernier entre les mains de l’Angleterre agissant au nom du Khédive. Mais il se trompait, car depuis le 10 juillet 1898 le drapeau français flottait sur Fachoda.

Le 25 juin 1896, une mission avait quitté la France, sous les ordres du capitaine Marchand, ayant pour objectif d'opérer la pacification du Haut-Oubanghi, de pousser jusqu’au Bahr-El-Ghazal et d'occuper Fachoda sur le Nil. La mission débarqua à Loango le 23 juillet 1896. Après diverses péripéties, l’expédition, qui emprunta la voie fluviale du M'Boumou, affluent du Congo, puis celle du Bokou, affluent du premier, en faisant transporter d’un bief navigable à un autre le vapeur « Faidherbe » et la flottille de la mission, arriva au seuil qui sépare les eaux du Congo de celles du Nil. Marchand fit alors établir une route de 160 kilomètres, qui réunit le réseau navigable du Congo à celui du Bahr-El-Ghazal, et au mois de novembre 1897 la flottille de la mission se trouva transportée sur le Soueh, sous-affluent du Nil.

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Mais là la saison sèche l’immobilisa longtemps, de sorte qu’elle dut attendre la crue d'hiver pour atteindre le Nil proprement dit. Marchand en profita du reste pour s'établir solidement dans le Bahr-El-Ghazal, en fondant des postes et des centres de ravitaillement. Et quand la crue du fleuve arriva, le 10 juillet 1898, le drapeau français flottait sur Fachoda.

Le Sirdar Kitchener ne se doutait de rien. Il allait bientôt le savoir. Le 26 août, bien qu'aux prises avec ce dernier, le Khalife EI Taïchi envoya une flottille composée de deux vapeurs et de dix chalands, avec 1.200 hommes, pour chasser Marchand de Fachoda, dont la prise l’avait inquiété. Les forces du Khalife, après une journée de combat, se retirèrent après avoir subi de lourdes pertes, et ce succès des Français décida le chef des Chillouks à signer avec Marchand un traité qui le plaçait sous le protectorat de la France. Mais, le 2 septembre, Kitchener, à Omdourman, avait détruit la puissance mahdiste. Et peu de jours après il s'empara d’une canonnière derviche qui fuyait Fachoda depuis le combat du 26 août. L'équipage de la canonnière Jui apprit qu’une troupe européenne occupait ce point. Le Sirdar, en hâte, franchit les 600 kilomètres qui séparent Khartoum de Fachoda, et le 19 septembre, il rencontra Marchand. L'’entrevue fut courtoise. Kitchener déclara qu'il avait l’ordre du gouvernement égyptien d'occuper tout le Soudan et protesta contre la présence des Français à Fachoda. Et Marchand répliqua qu'il était là pour obéir aux instructions de son gouvernement, et qu'il resterait tant qu'il n'aurait pas reçu l’ordre de se retirer. Les deux adver-

saires restèrent sur leurs positions. Il appartenait donc à la diplomatie de trancher le différend.

Les négociations qui s’engagèrent alors entre la France et la Grande-Bretagne furent des plus ardues. A plusieurs reprises on envisagea la guerre. L'opinion anglaise, qui ne pardonnait pas à la France son attitude vis-à-vis de la Commission internationale de la Dette égyptienne, lors de l'expédition Kitchener, ne permit aucune transaction. Et le 11 décembre 1898 le drapeau français fut amené à Fachoda. La mission Marchand remonta le Sobat et gagna l’Abyssinie pour s’embarquer vers l'Europe. Un traité conclu le 21 mars 1899 avec l'Angleterre consacra la renonciation de la France à la vallée du Nil.

Ainsi, après avoir considéré le Soudan comme « res nullius », après avoir disposé des provinces soudanaises au profit d'autrui et d'elle-même, l’Angleterre dénia à la France le droit d'occuper une partie d’un territoire qui était devenu vacant, il faut bien l’avouer, par le fait de l’Angleterre.

La (Grande-Bretagne objecta que ces territoires n'avaient jamais été sans maître et n'avaient jamais cessé d’appartenir au Khédive, pour le compte duquel elle venait de faire cette conquête. Et elle opposa à la France les traités passés avec l’Allemagne, l'Italie et l'Etat du Congo, qui reconnaissaient l'influence britannique comme ayant pour sphère la vallée du Nil. Pour la France, évidemment, ces traités étaient « res inter alios acta ». Elle ne pouvait se voir opposer des traités auxquels elle n'avait pas participé.

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La France tirait son argument de ce que l’Angleterre s'était évertuée à considérer ces territoires comme vacants, et qu'ils l’étaient en fait depuis 1885, après l'évacuation, par la renonciation du Khédive à ces territoires du fait même de l'abandon du pays. Et, première occupante de Fachoda, elle avait les droits du premier occupant.

Cet argument de la France est en tout point juridique. Mais d’après M. Georges Blanchard, et nous nous rangeons à son avis, la France ne pouvait plus invoquer cet argument en 1898. À l'instar de toutes les nations qui s'intéressaient au Haut-Nil, la France, depuis 1894, ne pouvait plus considérer le Soudan comme « res nullius ». D'abord par un argument théorique. Le firman de 1892 qui donnait l'investiture au Khédive Abbas-Hilmi mentionnait le Soudan comme faisant partie du Khédivat d'Egypte, conformément au firman ou hatti-chérif du 13 février 1841 que nous avons rappelé plus haut (1). Ce firman, la France l’a approuvé, d’ailleurs, comme tous les firmans d'investiture auxquels elle donnait son approbation. Mais à la suite du traité anglocongolais du 12 mai 1894, la France, par la bouche de M. Hanotaux, avait déclaré le 7 juin 1894 qu'elle considérait le traité comme nul et non avenu, parce qu’il menaçait l'intégrité de l'Empire ottoman : « La France, a-t-il dit, s'appuyant sur le fait que {a convention anglocongolaise est en contradiction manifeste avec les principes, les doctrines, le texte de l’acte de Berlin, qu'elle atteint ou menace l'intégrité de l’Empire ottoman, la

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France considère cette convention comme contraire au droit. » Cette déclaration de M. Hanotaux liait donc la France depuis 1894, qui considérait le Soudan comme faisant partie des possessions ottomanes en Afrique. Et c'est au nom de l'intégrité de l’Empire ottoman que la France a protesté en 1894 contre le traité anglo-congolais. Cette intégrité, d’ailleurs, que la France reconnaissait, ne pouvait non plus être méconnue par les puissances signataires du traité de Paris de 1856 et de l’acte de Berlin de 1884, ainsi que du traité de Berlin de 1877.

Pourtant cette intégrité de la Porte n’empêcha point l'Angleterre, après l'incident de Fachoda, de signer avec l'Egypte, le 19 janvier 1899, une convention qui lui reconnaissait une certaine souveraineté sur le Soudan, qu'elle prétendit avoir acquise par « droit de conquête ». Aïnsi le Soudan, après avoir servi de prétexte à la Grande-Bretagne pour retarder l'évacuation promise de l'Egypte, devenait une possession britannique, pour une part et la meilleure, grâce à la convention intervenue le 19 janvier 1899.

C'est cette convention dont nous avons expliqué îes origines que nous allons analyser et discuter dans les

chapitres qui suivent.

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