feddans en Haute-Egypte
Total : 5.554.000 feddans, soit un excédent de 254.000 feddans, sur le chiffre établi dans les projets. La différence est assez sensible, elle n’est pas loin des 300.000 feddans qu’on se propose d'’irriguer dans Djezireh. Et d’après le calcul établi dans les projets, c’est 35.300.000.000 de mètres cubes d’eau et non 33 milliards, dont l'Egypte a besoin actuellement. On est donc incité à croire que cette différence intentionnelle servira à irriguer une superficie des terres de Dijezireh, égale, ou à peu près, à celle que l'Egypte ne pourra plus cultiver, faute d’eau suffisante.
Sir William Willcocks remarque d’autre part à la page 74 du livre « Régularisation du Nil » que le Nil Blanc et le projet de Djebel-Aulia feront beaucoup de bien aux habitants de la région, dont les terres et les villages seront inondés en vertu du projet. Il s’élève donc avec véhémence contre l'indemnité (1) qu’on réclame à l'Egypte, en contre-partie de l’inondation de ces régions. De plus, le projet du Nil Bleu coûtera 3 millions, tandis que les dépenses du projet de Djebel-Aulia n’ont pas été évaluées, et l'indemnité n'a pas été fixée. Comme contri-
(1) Voir énfra, page 175.
buable égyptien, il se demande comment on peut exiger de l'Egypte qu'elle exécute des travaux dont elle ignore à l'avance les dépenses éventuelles.
Et dans sa lettre du 14 mai 1920 (1), il termine ainsi : « En ma qualité de contribuable égyptien, je proteste contre l'exécution de tout projet qui permettra à tout gouvernement soudanais de couper l’eau à l'Egypte, pendant six mois consécutifs, et qui obligera l'Egypte à payer une somme considérable pour l’eau qu'il lui donnera, chaque fois que sa volonté voudra bien lui donner quelque chose. — W. Willcocks. »
D'après Sir Willcocks, l'Egypte n'aura donc plus d’eau pendant six mois, à dater de l'ouverture du réservoir d’Assouan, jusqu'à sa fermeture pendant la crue. Car il estime que le réservoir en question, qui alimente l'Egypte en hiver, ne pourra se remplir pendant la crue, l’eau étant retenue pour remplir les autres réservoirs projetés au Soudan.
I estime aussi qu'il est criminel de toucher aux eaux du Nil Bleu pendant le remplissage du réservoir d’Assouan (2), qui doit avoir toujours la priorité pour être rempli, avant tout autre réservoir. L'Egypte a un droit absolu sur les eaux du Nil Bleu qui résultent de sa crue, pendant les mois de mai, juin et juillet. Les eaux rouges du limon de cet affluent sont la cause de sa fertilité. Le projet en question méconnaît totalement ce droit.
Telles sont les accusations portées par Sir Willcocks
(1) Annexe du rapport, p. 32. Imprimerie Nationale, Le Caire, (2) Voir pages 175 et 176.
contre Sir Murdoch Mac Donald, conseiller anglais du Ministère des Travaux Publics égyptiens, et contre les projet du Haut-Nil. Ces projets pour lui sont nuisibles à l'Egypte, comme étant établis sur des données fausses, ainsi voulues par Sir Murdoch lui-même.
À lui s’est joint un autre Anglais, le colonel Kennedy, qui porte contre Sir Murdoch les accusations suivan-
tes (1) :
1° J’accuse Sir Murdoch Mac Donald d’avoir falsifié les mesures de Senaâr, pendant la période qui va du 11 janvier 1914 au 20 janvier 1914 ; les preuves ci-contre se trouvent dans le « mémoire réel du Nil Bleu » (voir l’alinéa 8 du mémoire n° 2) et ce mémoire peut être retiré facilement des archives du Ministère des Travaux Publics ; le chiffre réel est 10,19 et le chiffre falsifié 10,28.
2° J’accuse Sir Murdoch Mac Donald d’avoir falsifié les mesures de Senaâr pendant la période qui va du 21 janvier 1914 au 31 janvier 1914. Les preuves ci-contre se trouvent dans le « Mémoire réel du Nil Bleu » (voir l’alinéa 8 du mémoire n° 2), le chiffre réel est de 10,09 et le chiffre falsifié est 10,17.
3° J’accuse Sir Murdoch Mac Donald d’avoir falsifié les mesures de Senaâr pour le 24 janvier 1914, en changeant le chiffre réel qui est 10,10 pour le faire 10,20 : j'insiste spécialement sur cette accusation qui peut être vérifiée immédiatement.
4° J’accuse Sir Murdoch Mac Donald d’avoir publié des chiffres falsifiés sur les mesures d’Assouan (voir page 10 du rapport annuel 1912). Les chiffres réels se trouvent page 195 de la partie imprimée de ce rapport qui a été cachée au public. Ces chiffres ont paru aussi dans le spécimen photographique pour les calculs du réservoir du Nil Blanc, spécimen que j'ai envoyé à Sir Paul Harvey le 24 novembre 1919. Si l'intention de Sir Murdoch Mac
(1) Annexe B du rapport de la Commission, pp. 2 et 3,
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Donald est encore de contester cette accusation, il n’a qu’à consulter le tableau de déversement du réservoir d’Assouan en 1912, dont une copie se trouve page 94 du livre de Sir William Willcocks : « Les projets du Nil ».
5° J’accuse Sir Murdoch Mac Donald d’avoir sciemment falsifié des données dans ses écrits ; — je fais allusion à son. mémorandum daté du 25 novembre 1916 — tont en étant convaincu qu'il portera préjudice à autrui.
Il est écrit dans ce mémorandum officiel : « La quantité d’eau « d’eau disponible est de 65 mètres cubes. On ne connaît qu’un « seul cas analogue depuis 150 ans, où le fleuve avait baissé « jusqu’à ce degré. Mais il est incontestable que dans ces cir- « constances où la baisse a atteint son plus fort maximum, il « reste encore assez d’eau pour la culture du coton, si la récolte « ne demande que 58 mètres cubes seulement. »
Sir Murdoch Mac Donald a écrit ce mémorandum précité une semaine après après mon entrevue avec lui, le 19 novembre 1916, quand je l’ai mis au courant des données officielles qui infirment ce qu'il dit.
La vérité officiellement connue, qui contredit les dires falsifiés de Sir Murdoch Mac Donald, est que la plus faible mesure iéelle prise pendant cette période critique est de 45 mètres cubes par seconde. Autrement dit, Sir Murdoch Mac Donald a faisifié les mesures officielles dans la proportion de 50 ‘, à peu près. Ma preuve contre cette accusation est une copie véridique et officielle du débit de 1914, que je me suis fait délivrer officisliement.
6° J’accuse Sir Murdoch Mac Donald de vouloir justifier le projet d'irrigation du Dejezireh par un document signé par lui à la date du 20 mai 1917. Ce document, dans toutes ces lignes, est ou bien falsifié, ou bien absolument erroné, en face des vérités et des données officielles.
Sir Murdoch Mac Donald a établi ce document tout en étant convaincu de sa falsification et de son erreur et tout en sachant que peut-être il porterait préjudice à autrui.
7° J'accuse Sir Murdoch Mac Donald d’avoir intentionnellement publié des mesures falsifiées sur le niveau de Khartoum pour l’année 1900, qui est considérée comme l’année la plus basse pour son débit d’été.
Voilà les accusations anglaises. Ces accusations de Sir Kennedy sont presque pareilles à celles de Willcocks. Nous pouvons les résumer toutes ainsi :
Pour ces deux grands ingénieurs, les données mesurées du niveau du Nil, qui ont été établies la plupart par eux durant leur service passé, ont été intentionnellement faussées par Sir Murdoch Mac Donald et le Ministère des Travaux Publics. Ces derniers ont sciemment augmenté les chiffres, pour justifier les projets et prouver que le Nil au Soudan pouvait se prêter à la captation, sans préjudice pour l'intérêt matériel de l'Egypte. Intérêt matériel, avons-nous dit, Car Jusqu'ici, comme nous l'avons vu, le côté politique des projets n’a pas été abordé. Le professeur Cory, l'Américain de la commission, a fait allusion à ce point du problème mais, technicien avant tout, il s’est interdit toute considération là-dessus (1).
Que Sir Willcocks ou Kennedy d’une part aient raison, ou que ce soient d'autre part Sir Murdoch Mac Donaald et la commission, peu importe. Le problème des eaux du Nil subsiste en entier, car son côté politique l’emporte sur son côté technique. Que l'Egypte n'ait pas à souffrir de ces projets, qu'elle ait sa part d’eau suivant une base équitable, c'est la consécration d’un droit, ni plus, ni moins. Qu'au contraire ces projets portent préjudice à
(1) Voir infra, p. 191.
sa richesse au détriment de celle du Soudan, ce sera la conséquence de la politique anglaise, qui cherche depuis 1399 à détacher le Soudan de l'Egypte, au profit de la Grande-Bretagne. Les projets doivent donc être examinés, non seulement sur le terrain de la technique, mais aussi au point de vue politique.