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ces Projets un but tout autre que celui d'augmenter le débit du Nil. Le Soudan faisant partie de l'Egypte, aucune contestation ne peut s'élever contre de pareils projets. Mais du jour où la Grande-Bretagne a fait du Soudan et de l'Egypte deux pays distincts, de pareils projets exécutés à l'arrière de l'Egypte, deviennent pour elle une menace perpétuelle.
C'est sur cette considération que la commission des ingénieurs égyptiens, a voulu donner son avis, qui traduit bien l'état de l'opinion égyptienne sur ce sujet.
Il est incontestable qu’un lien naturel a toujours uni l'Egypte au Soudan. La politique de la Grande-Bretagne travaille depuis 1899 à rompre ce lien et a fait de l'Egypte et du Soudan, deux gouvernements séparés, qu'elle a nommé l’un, le gouvernement égyptien et l’autre le gouvernement soudanais. Nous avons vu, dans la première partie de cette thèse quels liens, avaient autrefois rattaché l'Egypte au Soudan. Les soudanais en majeure partie, ne sont que les descendants des anciens conquérants arabes, installés encore aujourd’hui en Haute-Egvypte.
Mehemet-Ali, au dix-neuvième siècle, n’a reconquis effectivement le Soudan, que pour faire valoir juridiquement sa souveraineté sur Ce pays, que menaçait de conquérir, à cette époque une autre puissance, l'Angleterre, qui cherchait en occupant les sources du Nil, à contrecarrer sa politique et à saper sa souveraineté, qui venait de s’affermir sur l'Egypte. Ce n’est que bien longtemps, après avoir consulté des techniciens européens, ses conseillers, qu'il entreprit de faire valoir juridiquement Ja
souveraineté de l'Egypte, menacée par une puissance étrangère occupant le Haut-Nil.
Mais l’Angleterre devait avoir gain de cause finalement en 1885 et en 1899, quand elle contraignit l'Egypte et Chérif Pacha, à évacuer le Soudan. Et elle imposa sa domination par la convention du 19 janvier 1899.
Dès lors, depuis 1901, elle cherche à exercer un véritable contrôle sur les eaux du Nil, en élaborant des projets d'irrigation, qui sont une menace pour l'Egypte, d'autant plus, qu'ils sont préparés dans le plus grand secret et ne sont définitivement connus qu'en 1918, consacrés en 1920 et mis à exécution.
Ces projets sont indispensables, dit-on, pour le bien de l'Egypte elle-même, autant que pour le Soudan. Nous voulons bien le croire, puisque nous ne sommes pas à même de les juger techniquement. Ces projets ne peuvent être établis en Egypte elle-même faute de place, dit-on aussi. D'accord ; c’est une opinion unanime qu'ils doivent être exécutés au Soudan : le professeur Cory est de cet avis. Oui, mais cela prouve une fois de plus, que le Soudan ne peut être détaché de l'Egypte, sans risque et péril pour elle. En demandant la rétrocession du Soudan, l'Egypte défend sa propre vie.
Il est inadmissible que de pareils travaux soient exécutés en dehors de la frontière égyptienne sans le contrôle effectif de l'Egypte. Il est inadmissible aussi, que le gouvernement soudanais, dispose à sa guise, des eaux du Nil, sans que l'Egypte soit consultée. Cette concession de Djezireh et l’eau du Nil dont on dispose à son profit, est manifestement faite au détriment de l'intérêt supé-
rieur de l'Egypte, qui tire sa force d’un droit naturel qui prime tout autre droit. Car l'Egypte depuis des temps millénaires, s’est constituée sur les eaux du Nil, une hypothèque légale, qui par conséquent comporte un droit de préférence.
Par suï.e, l'Egypte ne peut se détacher du Soudan, aujourd’hui moins que jamais étant donné que les « leviers de commande » du Nil, sont placés non loin de Khartoum.
C’est une idée si naturelle, que nous pouvons l’illustrer et l’appuyer en citant les témoignages anglais euxmêmes.
Sir W. Garstin, dit en 1904, à propos de la création d’un département pour l'irrigation au Soudan: « La nécessité oblige de mettre ce département sous la dépendance directe du ministère des Travaux Publics égyptien, afin qu'il constitue une de ses sections. C’est chose indispensable. Quant à ses travaux, ils seront purement techniques et comprendront l'édification des œuvres techniques qui vont suppléer au rendement du Nil. Il est obligatoire, que le contrôle des eaux de ce fleuve soit confié à une administration unique, comme il est inadmissible d'admettre une autorité multiple en ce qui concerne une question si délicate. Il n’est pas douteux que le gouvernement du Soudan, acceptera le premier une telle solution et sera le dernier à vouloir le contraire. Et comme l'Egypte a grand intérêt à cette solution, il est équitable qu'elle se charge des dépenses du département d'irrigation et que le Soudan en soit exonéré. » (1).
(1) Annexe du rapport, page 34.
Ce principe n’a pas pourtant empêché le gouvernement soudanais de disposer des eaux du Nil au profit d'une compagnie financière étrangère. Une fois de p'us, c'est une véritable violation des droits de l'Egypte.
Dans le rapport de Sir Garstin (1904), nous trouvons aussi cette autre idée de l’ancien conseiller au ministère des Travaux publics, M. Dupuis, à propos des travaux techniques possibles sur le Haut-Nil Bleu, pour augmenter le débit du Nil : « Nous avons fait allusion, dit-il, dans ce rapport, au point de vue général, aux difficultés politiques auxquelles se heurtent l'édification et la conservation d'un travail qui se propose de contrôler les eaux du lac (il s’agit du lac Tsana) et de les utiliser. Quand la question sera détaillée à tous les points de vue, il faudra faire attention d'exécuter de pareils travaux avant l’aplanissement complet des difficultés et des oppositions qui vont à l'encontre, au point de vue politique » (1). Pr
C'est donc un principe qu'un pays ne peut consentir à l’exécution de pareils travaux en dehors de ses frontières. C’est parce qu'il y a danger à construire un réservoir ou un barrage sur le lac Tsana, qui n'est.ni à l'Egypte ni au Soudan. mais à l’Abyssinie, qu'il faut y renoncer, à moins d’aplanir les difficultés politiques qui s’y opposent.
Lord Cromer s’est d’ailleurs inspiré de cette idée en écrivant en 1905 : « Le lac Tsana faisant partie du territoire d'Abyssinie, je ne peux examiner aucun projet sans le consentement de son Empereur. De plus, il y a
(1) Op. cit., page 34.
là des empêchements manifestes, contre l’édification d’un réservoir immense qui alimentera le gros de l’irrigation égyptienne, dans un territoire étranger, quoique son souverain soit pacifique. Cette éventualité créera certainement des difficultés politiques » (1).
De plus, Sir Willcocks dit dans son livre : « Le Réservoir d'Assouan », page 10: « Il ne faut pas oublier que le débit du lac Victoria, qui est de 30 mille pieds cubes par seconde, passe à travers les « rapides » de Ripon et la largeur de ce défilé est de 400 mètres, ce qui est relativement facile à bloquer. Et comme ce lac est la source véritable du Nil, tout maître de ce lac tient en ses mains la vie de l'Egypte. » C'est pour cela, du reste, que la Grande-Bretagne a cherché à en éloigner l’Allemagne, par son accord avec elle, en 1891.
Enfin, dans son article : Le Soudan nilotique, lu à l’Institut Egyptien, le 20 janvier 1897, M. Prompt. un ingénieur français, envoyé par le Gouvernement français comme inspecteur général des Ponts et Chaussées s’exprime ainsi : « La construction de barrages sur le Haut- Nil menace l'Egypte d’un danger, si ce n’est pas de la mort » (2).
La conséquence de tout cela, c’est qu'il y a un danger véritable pour l'Egypte, du fait des projets tant que la Grande-Bretagne ou toute autre puissance occupe le Haut-Nil. L'Egypte et le Soudan sont indivisibles. Les sources du Nil doivent être libérées de toutes mains étrangères et ceci pour la vie de l'Egypte et dans l’inté-
(1) Rapport des ingénieurs égyptiens, p. 35.
(2) Op. cit.
rêt des Soudanais eux-mêmes. D'ailleurs, l’auteur des Projets du Nil, Sir Murdoch Mac Donald n’a pas craint d'écrire en 1912 :
L'Egypte, sans irrigation, disparaît de la vie et devient une partie des déserts qui l’entourent, alors que le Soudan a le prilège de se trouver dans une région où la fréquence des pluies suffit à ses besoins, si elle est organisée avec attention.