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CHAPITRE PREMIER

Le Soudan à l'époque des Pharaons

L’historien latin Pline rapporte que, sous le règne de Memnon (Amenotep II), le Soudan était florissant et n'était qu'une simple province égyptienne. Ce témoignage est donné par le docteur Bedg, conservateur de la section des antiquités égyptiennes au « Brilish Museum » dans son livre intitulé « Egyptian Sudan » {1). Le docteur Bedg ajoute que sous le règne de la reine Hatchpsut (celle qui édifia le temple de Deir-Bahari à Thèbes), les anciens égyptiens ont soumis le Haut-Nil et que leur souveraineté s’étendit jusqu’à la mer Rouge et le cap Gardafui. |

Les deux grandes statues du pharaon Sepk-Hoteb III qui se trouvent dans l’île d'Argou, le prouvent. Cette île se trouve, en effet, au milieu du Nil à 205 milles au sud de Ouadi-Halfa.

Un égyptologue allemand, Lepsius (2), dit notamment, que pendant l'invasion des Hycsos, la dynastie pharaonique quitta Thèbes et avec une grande partie de Ia popu-

(1) Livre cité par le D' Mahgoub Bey Sabet, dans ses articles sur le Soudan Egyptien, parus dans le journal égyptien Ahram, en 1920.

(2) Cité par le D' Mahgoub Bey Sabet.

a on

lation de la Haute-Egypte, émigra vers cette île. Il ajoute que cette émigration est l’une des plus grandes de l’histoire, car une grande partie du peuple égyptien s'y fixa définitivement, même après l'expulsion des Hycsos.

Sous la treizième dynastie, un pharaon, qui régnait sur le Delta ex Basse-Egypte, s'était fait appeler « le roi du Nord et du Sud ». Or cette appellation ne veut pas dire la Basse et la Haute-Egypte. Elle signifie l'Egypte et le Soudan, car cette dénomination est ainsi conçue en langue hiéroglyphique: « Rà-Nâssi ». Or « Nâssi » veut dire noir. Une autre inscription ajoute : « Le fils royal noir ». L'égyptologue suisse, Naville (1), suppose que ce pharaon était noir et qu'il était le fils d’un pharaon qui a conquis le Soudan et qui par ce fait succèda sur les deux trônes à son père.

Sous le règne de Thoutmès I, le Soudan était partagé en provinces comme l'Egypte, d'après Pline cité par le docteur Bedg. A la tête de tous les gouverneurs, il y avait un prince de la dynastie pharaonique qu'on appelait le prince de « Kouch » (2). Kouch était le mot qu’employaient les anciens égyptiens pour désigner le Soudan. Ce prince avait rang de vice-roi. Cet état de choses qui persista sous Thoutmès IT est prouvé par les inscriptions qui se trouvent au temple de Ouadi-Halfa, bâti par ce pharaon.

Ce qui est frappant encore, et prouve que les anciens égyptiens ont pénétré jusqu'au Haut-Nik, c’est que les nains découverts par Stanley dans la région du lac Albert-

(1) Cité par Mahgoub Bey Sabet.

(2) PENSA, Op. cit., p. 241,

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Edouard et les grandes forêts de l’Equateur, ont été retrouvés, fidèlement reproduits sur des bas-reliefs appartenant à la cinquième dynastie, d’après les recherches de Maspero.

Se fondant sur ces constatations, le docteur Bedg écrit (1) : « Après l'examen de ces vérités, il est incontestable que l'Egypte et le Soudan ont été liés au point de vue administratif et commerciai, pendant tout le règne de la IV°, de la V° et de la VI° dynastie. Il est incontestable aussi que le pouvoir des pharaons d'Egypte, a été assez puissant, pour qu'un fonctionnaire égyptien (Onh, général de Pépi I) puisse lever une armée, construire une flotte avec le concours des habitants de Amam, qui se trouve au sud de Khartoum et qu'il puisse se transporter jusqu’à la région des grandes forêts équatoriales à l'ouest du Nil-Blanc et à l’est jusqu’à Sénâar ».

Ce gouverneur du Soudan «Onh» ne rapporte rien qui puisse supposer révolte, ni sédition, ce qui prouve que vers l’an 3230 av. J.-C., les relations entre l'Egypte et le Soudan étaient puissantes et les liens qui les unissaient indissolubles, puisque l’autorité de Pépi I, était reconnue à plus de 1.600 milles au sud de Memphis.

Le docteur Bedg termine en disant : « En fait, le Soudan a été considéré depuis l’aube de l'Histoire Egyptienne, comme le prolongement de l'Egypte ».

Sous la XVIII° dynastie, à laquelle appartient le fameux Tut-Ankh-Amen, le Soudan resta malgré les troubles d'Egypte, rattaché à celle-ci. En effet, Amenhoteb IV qui prit le nom d’Akhnaton, avait abjuré la religion de ses

(1) Benc, Egyptian Sudan, p. 519-546.

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ancêtres et adoré le disque du soleil ou « Aton » à la place du dieu Amon. Les prêtres d’Arnon s'étaient révoités et une grande agitation ne cessa de régner en Egypte, jusqu’à la fin de celte dynastie, quand Horemheb retourna définitivement au calte d’Amon. Cette agitation qui ébranla le pouvoir royal resta sans effet en ce qui concerne le Soudan. Tut-Ankh-Amen, répara le temple de Djebel-Barkel en Nubie, qu'avait construit son père Aménophis Ill. Et comme il était lui retourné au culte d’Amon, il édifia à Amon un temple, toujours à Djebel- Barkel. Ce qui prouve que l'autorité des pharaons était bien assise au Soudan. Ces temples furent découverts en 1835 à Djebel-Barkel. Deux lions en granit se trouvent au Musée Britannique : l’un porte le cartouche et le nom de Tut-Ankh-Amen, sur l’autre est gravé le portrait d’Aménophis II. L'inscription dit que ces lions ont été capturés par Amon-Asrou roi de Nubie et vassal des deux Pharaons.

Nous pouvons même ajouter, que parmi les dernières découvertes du tombeau de Tut-Ankh-Amen, se trouve la canne du pharaon, sur laquelle sont incrustées deux têtes, dont l’une est celle d’un noir, affirmation allégorique de la domination de l'Egypte sur le Soudan à cette époque.

Après la mort de Tut-Ankh-Amen, l'agitation avait repris en Egypte. Mais grâce à la bonne administration du prince de Kouch « Béour », le Soudan resta toujours calme. Témoin le temple qu'’édifia Bâour à Abou-Sembel, où des bas-reliefs représentent le Pharaon qui régnait alors, offrant des présents aux dieux, « Phtah », « Rà » et « Hour ».

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Le pharaon Horemheb, le dernier de la XVIII° dynastie, resserra bien plus encore les liens qui rattachaient l'Egypte et le Soudan. Il opéra des réformes administratives qui empêchèrent les gouverneurs de pressurer d’impôt les habitants, et distribua à ces derniers des terres. Il fonda des temples et fit régner une parfaite sécurité dans les communications entre l'Egypte et le Soudan. Ce qui permit aux caravanes qui transportaient l’or nécessaire à la magnificence des Pharaons, de redoubler d'activité, n'étant plus inquiétées par les pillards. Ceux-ci châtiés sévèrement par Horemheb comprirent qu'il n’était pas profitable de s’attirer la colère du Pharaon.

C’est ainsi que, jusqu’à la conquête de l'Egypte par les Mèdes et l’extinction des dynasties pharaoniques, le Soudan eut constamment des rapports avec l'Egypte. Malgré le peu de témoignages qu'ont pu reconstituer les savants, on peut affirmer que le Soudan fut réellement soumis et rattaché à l'Egypte par les Pharaons et que d’après Pline, il était en pleine prospérité et n'était qu’une province égyptienne.

CHAPTFRE IL

Le Soudan sous les Ptolémées

En 517 avant J.-C. meurt le roi de Nubie, Nachtaïn, vassal des Pharaons d'Egypte. Après sa mort, on ignore ce qu'était devenue la Nubie et les pays au delà. Mais il est certain que les rois de Nubie, qui ont été toujours les vassaux des Pharaons d'Egypte, ne devaient plus craindre la colère de ces derniers.

En effet en 515, avant l'ère chrétienne, Cambyse avait conquis l'Egypte et la dernière dynastie pharaonique s'éteint avec Psamétik III. Les Mèdes allaient rester en Egypte jusqu'à la conquête d'Alexandre le Grand. Mais les liens d'autrefois ne furent pas rompus entre l'Egypte et la Nubie. Certes, les Mèdes n'inquiétèrent pas la Nubie : le grand Darius, appliqua tout son effort à accroître la richesse de l'Egypte. Mais il est certain que l’or que payait l'Egypte en tribut à Darius, était puisé à Ouadi-El- Alaki, qui se trouve précisément en Nubie. C’est l’opinion du docteur Bedg. Les caravanes continuaient à circuler entre l'Egypte et le Soudan, ramenant de l’or, de l’ivoire, de l’ébène et même des Nubiens qui venaient résider en Égypte. Ainsi, même sous la domination étrangère, l'Egypte continuait ses rapports avec le Soudan. Hérodote, prétend même que Darius imposa à la Nubie

un tribut qui devait être payé en or, en ivoire et en bois d’ébène (1).

Ces rapports ne consistaient pas seulement en des échanges commerciaux. Entre l'Egypte et le Soudan il y avait des liens de parenté et d'alliance qui existaient depuis longtemps. En effet, Hérodote parle d’un certain peuple qu'il appelle les « Automoli » qui vivait à la distance de douze mois de marche sur le Nil au sud de Meroua. 11 prétend que ce sont les descendants d’une ancienne armée égyptienne qui comptait 240.000 hommes, qu'avait envoyée Psamétik I sur le Haut-Nil et qu'il laissa fort longtemps sans la rappeler, ni la relever. Le docteur Bedg écrit à ce propos : « De ce que dit Hérodote, il ressort catégoriquement que ces émigrés qu’on nomme les « Automoli » ont habité une région sur le Nil-Blanc à la distance de quatre mois de marche de l’île Eléphantine et à la distance de quelques milles au sud de l'emplacement de l’actuelle Khartoum. Ce sont des tribus que l’histoire ignore et qui ont habité la région connue aujourd’hui sous le nom de province de Senâar ». Mais il est certain que si cette tribu a disparu de l’histoire, c’est qu'elle s’est assimilée à la population d’alors.

C'est ce qui explique du reste que même après la fin des dynastiés pharaoniques, des liens puissants continuaient à rattacher l'Egypte au Soudan. Après la conquête d'Alexandre, ces liens vont se resserrer plus encore, grâce à la politique bienveillante des Ptolémées vis-à-vis du Soudan, qui les intéressa beaucoup.

Ce fut Ptolémée IT Philadelphe, qui s’intéressa parti-

(1) Cité par Ben, dans son livre Egyptian Sudan.

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culièrement au Soudan. Il commença par nouer des relations amicales avec le roi de Nubie Arkmen Awarguimènes. Ce qui eut pour résultat un redoublement de l’activité commerciale entre les deux pays. Cette politique pacifique de Ptolémée Philadelphe, il la préféra à la politique brutale de l’annexion, car son seul but n'était point la domination effective du Soudan, mais simplement la possession des mines d’or de Ouadi-El-Alaki. Cette sage politique contribua donc à resserrer plus encore que par le passé, les liens d’alliance et de parenté qui rattachaient l'Egypte au Soudan.

Pour atteindre ces mines d'or, il fallait que Ptolémée IT étendiît son influence sur toute la Vallée du Nil, jusqu’au sud de Dekka. A cette époque, la région comprise entre Amara et Dekka n’était soumise à aucun souverain. Elle mesure près de 130 milles en longueur. La tâche de Ptolémée IT, qui convoitait uniquement ces mines d'or, fut donc rendue facile de ce fait. [l put l’occuper sans se heurter à ses alliés les Nubiens. Les historiens grecs rapportent qu'il la soumit sur une longueur qui ferait aujourd'hui cent milles.

L'effort de Ptolémée Philadelphe ne s'arrêta pas là. Fervent adepte des sciences, il envoya une expédition d’études et de recherches scientifiques. Cette expédition pe rapporta pas tout ce qu'il en attendait. Il s’occupa alors d'exploiter la région côtière du Soudan, c’est-à-dire la côte de l’Erythrée et des Somalis, celle qu’Ismaïl devait conquérir au milieu du xIx° siècle.

En effet, le professeur Edouard Naville, de Genève (1),

(1) Cité par le D' Mahgoub Bey Sabet.

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découvrit en 1884, dans les fouilles opérées à Pithom (Tel-Maskhouta), situé au sud du lac Timsah, une pierre portant l'inscription suivante qui signifiait : que Ptolémée envoya du golfe de Suez une flotte qui devait explorer la région côtière du Soudan sur la Mer Rouge et que. son général lui rapporta des richesses précieuses. L’inscription ajoutait que quand Ptolémée s’aperçut des richesses immenses du nouveau pays, il fonda la ville de Epithéras. Cette vilie devait être non loin de l’actuelle Souakim et elle devint rapidement un centre de relations commerciales. Les historiens grecs affirment en outre, que pendant tout le règne de Ptolémée IT, non seulement l'Egypte lui fut docile, mais que le Soudan aussi lui resta fermement attaché. Le docteur Bedg soutient cette idée.

Cette voie de la Mer Rouge explorée par Ptolémée IT fut suivie longtemps sous le règne de ses successeurs. Sous les dernières années du règne de Ptolémée IV Philopator (222 à 205 avant J.-C.), notamment, plusieurs expéditions furent envoyées par la Mer Rouge pour capturer des éléphants qu’on utilisait pour la guerre. Ptolémée IV répara aussi le temple de Dekka qui fut construit par Arkmin, roi de Nubie.

D'ailleurs, d’après le docteur Bedg, tous les Ptolémées s’intéressèrent toujours au Soudan et cherchèrent constamment à exploiter ses richesses. Surtout, ils eurent constamment le souci, comme leur prédécesseur Ptolémée II, de posséder les mines d’or de Djebel-El-Alaki. Le docteur Bedg conclut : « La paix règna constamment, sous le règne des Ptolémées, entre l'Egypte et le Soudan. Le commerce entre les deux pays fut prospère. Les caravanes allaient et revenaient sans trêve, sans être

De

inquiétées que par de rares pillards et les taxes que les gouverneurs des villes imposaient aux marchandises qu'on offrait à la vente dans leurs villes ».

Ainsi pendant cette période, les liens entre l'Egypte et le Soudan ne se resserrèrent pas moins que pendant la période précédente. Le Soudan fut complètement assimilé à la civilisation égyptienne d'alors, par le fait qu'il adora les dieux égyptiens. La religion était en effet à cette époque le fondement de toute civilisation. Témoin les temples égyptiens qui furent retrouvés au Soudan et principalement en Nubie. Arkmin roi de Nubie et contemporain de Ptolémée IV, prit même le nom de « Tananeg-Amon-te-Râ » ce qui veut dire « la main vivante d’Amon qui porte en elle la force de Râ ». Sur le temple de Dekka on trouve gravé, qu'il se fit aussi appeler « le Fils d’Osiris, d’Isis et de Set », surnoms empruntés aux dieux d'Egypte. Cette pratique de se donner le surnom d’un dieu égyptien fut suivie par beaucoup de souverains nubiens.

Il est donc incontestable, après ce qui vient d’être vu, que des liens politiques, commerciaux et religieux, ont rattaché le Soudan à l’Egypte pendant toute la période du règne des Ptolémées, tout aussi bien que sous le règne des Pharaons. Examinons maintenant, la période qui suit, celle de la conquête romaine.

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