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CHAPITRE TI

Le Soudan sous la Conquête Romaine (1)

Pendant la période romaine, les empereurs et les gouverneurs romains de l'Egypte, ne cessèrent pas de s’intéresser au Soudan et de travailler à resserrer les liens qui unissaient déjà l'Egypte au Soudan. Leur but était de rechercher les sources du Nil, le fondement de la vie de l'Egypte et de la protéger contre toute incursion venant du sud. Ils voulaient aussi s'assurer les richesses du Soudan et notamment l’or qu'on y trouvait à foison.

Mais contrairement aux époques précédentes, cette période fut troublée par des luttes interminables qui mirent aux prises les Romains et les tribus du Soudan. Car les Romains visèrent à la domination effective du Soudan, qu'ils considéraient comme le prolongement naturel de l'Egypte, qu'un même fleuve unissait l’un à l’autre. D'où la lutte ; lutte terrible et dans laquelle les habitants de l'Egypte se joignirent à plusieurs reprises avec les tribus du Soudan pour secouer le joug romain.

Après la défaite de Marc-Antoine et la mort de Cléopâtre, l'Egypte devint une province romaine. Son premier gouverneur fut Cornélius Gallus, lequel rendit de

(1) Rapporté par le D' Mahgoub Sabet, d’après Bedg, suivant le temoignage de Pline. Voir D' Bepc, Egyptian Sudan.

grands services à l’empereur Auguste en achevant de soumettre toute l'Egypte. Après la prise d'Héliopolis, il s'était avancé en effet dans la Haute-Egypte qu'il soumit entièrement. Mais les villes de Caphte et de Thèbes demeurèrent un foyer perpétuel de complots contre les Romains, entretenu par les habitants et encouragé par la Nubie. Une telle situation risquait de rendre précaire la domination romaine en Egypte. Aussi quand Cornélius soumit ces villes, il se porta sur Assouan et entra en négociation avec les tribus de Nubie qui avaient encouragé la résistance égyptienne contre le joug romain. Ces tribus étaient cantonnées en masse non loin de l’île Eléphantine prêtes à prendre contact avec les Romains. Cornélius Gallus leur signifia que Rome et César avaient des droits sur cette autre partie de la Vallée du Nil, droits qu'elle avait hérités des anciens souverains de l'Egypte.

Les Nubiens qui, en fait, avaient joui d’une grande indépendance pendant tout le règne des Ptolémées refusèrent de se soumettre et combattirent les Romains. Le capitaine Lyons (1) découvrit à Philoë une inscription en langue hiéroglyphique, grecque et latine, qui rapporte qu'une révolte fut réprimée par les Romains en l’an 29 avant J.-C. Après cette révolte, on peut déduire que les Nubiens se soumirent et signèrent un accord avec les Romains vers l’an 29 ou 28 avant J.-C. Mais cet accord n’allait pas durer longtemps.

En effet, peu après cette révolte, Gallus, gouverneur d'Egypte, prépara une expédition contre l’Arabie Heu-

(1) Cité par Mahgoub Sabet, dans ses articles au journal Ahram, parus en 1920.

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reuse (le Yémen) avec une grande flotte et une puissante armée. Mais cette expédition devait échouer piteusement. Les troupes furent décimées par la maladie et Gallus rentra en Egypte sans avoir rien entrepris et après avoir perdu presque tous ses vaisseaux.

Les habitants de la Nubie, apprenant que le gouverneur d'Egypte était aux prises avec les Arabes, saisirent l’occasion favorable et entreprirent eux aussi une expédition contre Thèbes. Ils assiégèrent donc Assouan et sa garnison romaine qui capitula, et saccagèrent Thèbes après l'avoir prise. Ils firent tomber notamment les statues de César des temples égyptiens et remportèrent un énorme butin, parmi lequel se trouvaient ces statues.

Quand Rome apprit la nouvelle de cette révolte, elle dépêcha le proconsul Pétronius, qui venait d’être nommé gouverneur d'Egypte, à la tête d’une grande armée. Les Nubiens furent battus, et refoulés se retirèrent jusqu'à l’actuelle Dekka, toujours poursuivis par les Romains. Mais Pétronius trouva prudent, au lieu de combattre encore, d'entrer en négociation avec eux, leur demandant de restituer le butin pris à Thèbes et de s'expliquer sur les causes de leur révolte. Les Nubiens répondirent ‘que la cause de leur révolte était les mauvais traitements infligés par leur Reine. Pétronius répondit que cette reine n'était point la souveraine du pays, et qu'ils ne devaient pas reconnaître son autorité, attendu que le pays n'avait d'autres souverains que César à l’autorité duquel ils devaient se soumettre purement et simplement. Et il leur accorda trois jours pour faire leur soumission. Le délai étant expiré sans avoir rien obtenu, Pétronius les attaqua et

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leur fit essuyer une défaite complète. Leurs chefs furent faits prisonniers et envoyés à Alexandrie.

Puis, pénétrant au sud de Dekka, Pétronius s’avança jusqu’à Iprim après avoir pris toutes les villes et vint mettre le siège devant la ville de Napata, capitale de la Nubie. La Reine de Nubie, Candas, n’y était pas. Néanmoins elle entra en négociation avec Pétronius ; elle offrit de livrer les prisonniers romains et de rendre les statues de César prises à Thèbes. Pétronius répondit en prenant et en mettant à sac la ville de Napata. Mais il fut obligé de retourner à Iprim ; la chaleur et les sables l’empêchaient de s’avancer plus au sud. Il laissa alors une garnison à [prim avec des vivres de deux ans, et retourna à Alexandrie. La Reine profita de son départ pour attaquer Îprim. Pétronius retourna à temps pour sauver la ville. Et de nouveau la Reine lui offrit la paix. Pétronius renvoya ses émissaires à l’empêreur, qui se trouvait à Samos et qui accepta toutes leurs demandes. Il supprima notamment le tribut que payait la Nubie à l'Egypte. Mais en revanche, la Reine reconnut les droits de Rome sur le pays (1).

Sous Néron, les Romains pensèrent conquérir le pays du sud de la Nubie, qu'ils appelaient « l'Ethiopie », mais qui est la province de Senâar et non l’Abyssinie. Leur but était de l’exploiter, car ils pensaient qu'il était la source de grandes richesses. Maïs avant d'entreprendre la conquête, ils envoyèrent des émissaires pour découvrir ces régions, lesquels conclurent à leur complète aridité. Aussi y renoncèrent-ils.

(1) Rapporté par Bedg, d’après Pline et cité par le D' Mahgoub Bey Sabet.

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