DISCUSSIONS SUR LES SOURCES DU NIL
Les renseignements recueillis par les membres de ces expéditions autorisaient à soutenir que la source du Nil gisait ou au sud, ou à l’est, ou à l’ouest du point le plus méridional atteint en 1841-42. Chacune de ces trois Opinions eut ses défenseurs. Jomard soutenait que la source du Nil git très loin dans le sud. Il se range, ditl, parmi ceux qui pensent que « le fleuve vient d'en haut et non de l’est, que la branche principale est dirigée vers le sud sud-ouest et le sud à une très grande distance, qu’elle sort d'un ou plusieurs grands lacs » (1): 1l estime ce point initial situé au delà de l'équateur. Il soutint cette opinion dans la Préface du Voyage au Darfour, d'Ibn Omar el Tounsy, édité par le D' Perron en 18/45. Elle apparaît aussi à plusieurs reprises dans sa correspondance scientifique.
Il attachait une grande importance aux paroles de ce roi des Baris, affirmant à Werne que le Nil vient du sud (2). La lenteur du cours du fleuve en amont du lac Nô lui paraissait encore un argument de valeur, À priori, on admettait que le cours supérieur du Nil devait être torrentueux. Or, même au 5°, déjà calme et assagi, 1l ne présentait aucun des caractères des fleuves de montagnes. Donc la région élevée, d'où 1l sortait certainement, était évidemment très lointaine (3).
L'esprit très en éveil, suivant avec la plus grande attention les travaux des explorateurs, Jomard recueillait
tous les indices favorables à sa thèse. Knoblecher, vicaire
(1) Jomard à d'Arnaud, 6 décembre 1850.
(2) Voir ci-dessus, p. 268.
(3) «Il est à peu près certain qu'il existe dans les haules régions des chutes,
re
apostolique de l'Afrique centrale (1), accomplit en 18/9-00 un voyage sur le Nil. Il s’avança plus au sud que ses prédécesseurs et d’après ses calculs atteignit la latitude de 4° 9° N. Ayant gravi le mont Logwek, 1l vit le Nil s'étendre fort loin dans le sud jusqu’en un endroit où il disparaissait entre deux montagnes. Les Baris lui aflirmèrent en outre que derrière ces montagnes, le Nil continuait à venir du sud. En 1848 Rebmann découvre le mont Kilimandjaro. Ne concevant guère, comme ses contemporains, qu'une seule forme orographique « la chaîne de montagne », Jomard avance que cette cime doit appartenir à une chaîne dirigée à peu près du S.-0. au N.-E., et fournissant elle-même des affluents au Nil blanc... Or c’est sous la latitude de Mombas 4°4° sud que gît le mont Kilimandjaro à 250 milles environ à l’ouest (2).
Jomard rapproche ces données nouvelles des faits anciennement connus et 1l tire cette conclusion générale : « C’est ainsi que toutes les relations depuis 30 ans s’accordent pour reculer la tête du Nil blanc, du vrai Nil et se concilient avec les rapports des indigènes » (3).
Cependant d'Arnaud lui-même ne partageait pas celle
des rapides ; mais il importe de la (les) franchir d’une façon ou de l’autre. Ces points élevés doivent être très loin, méme au dela de l'Équateur ; je Le conclus de la lenteur du cours et des anciens rapports faits par les indigènes ». Jomard à d’Arnaud, octobre 1849.
(1) En 1846, Grégoire XV créa un vicariat apostolique de l'Afrique centrale. Une tentalive de fondation de mission à Gondokoro en 1853 échoua complètement. Bull. Soc. géogr., 185, I, p. 238.
(2) Jomard à d'Arnaud, octobre 1849. — Cf. Bull. Soc. géogr…. 1852, III, p. 460.
(3) Jomard à d'Arnaud, 6 décembre 1850.