‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 103 sur 130 · DISCUSSIONS SUR LES SOURCES DU NIL · texte numérisé non relu

DISCUSSIONS SUR LES SOURCES DU NIL

opinion. Il voyait la branche principale du Nil dans le Choaberry et il en plaçait la source au milieu des montagnes de l’est (1). Russegger vint soutenir d'Arnaud de son autorité. Il fait jallir le Nil des Monts des Gallas, au sud du Choa entre 6° et 8° lat. N. Il suppose qu’à la grande courbe décrite par le fleuve en Nubie en correspond une semblale dans le cours supérieur (2).

Les partisans de la théorie de l’origine orientale du Nil trouvèrent un allié, convaincu, et à la plume alerte, en la personne d'Antoine d'Abbadie.

Comme en partant pour l'Éthiopie en 1837, d'Abbadie avait le ferme espoir de découvrir les sources du Nil (3), il lui en aurait évidemment coûté de revenir en Europe sans avoir accompli cette découverte. Il se persuada donc aisément y avoir réussi. Il explora dans l’Inarya au nord du Kaffa, la rivière Umo jusqu'en un point où elle continue à se diriger vers le sud. Il unit alors sur la carte par une courbe en pointillé l'extrémité méridionale de l'Umo à l'extrémité méridionale du Bahr el Abiad. Puis avec la conscience scrupuleuse qu’il apportait en lous ses travaux, il chercha à distinguer le cours d’eau principal au milieu de cette ramure de rivières qui s'unissent pour constituer finalement l'Umo. Il donna la préférence au Gibé d'Inarya

et proclama qu'il avait planté le drapeau tricolore sur la

(x) V. ci-dessus, p. 269.

(2) Reiïsen, IL, p. 99-100.

(3) Géodésie d’'Ethiopie. Paris, 1873, in-4. Préface. — M. Charles d’Abbadie m'a confirmé oralement que telle était bien l'ambition de ses frères. — Cf. notre étude : Antoine d’Abbadie, explorateur de l'Ethiopie. Revue générale des Sciences, 1897, p. 280.

source du fleuve blanc (1) (18 janvier 1846). En dépit des graves objections, qui dès l’origine lui furent opposées, d'Abbadie revendiqua longtemps l'honneur d’avoir découvert la source du Nil.

Enfin ce tronçon de rivière qu'on avait vu aboutir au lac NÔ faisait également travailler les imaginations. Quel rapport ce Keïlak avait-il avec le Misselad de Browne ou avec cette rivière Bari, que Perron avait dessinée sur la carte du Darfour le long des monts Marrah d’après les indications d’Ibn Omar el Tounsy? Lafargue et Brun Rollet attribuaient à ce cours d’eau d’origine occidentale un rôle très important dans la formation du Nil et essayant de rajeunir une bien vieille théorie considéraient le fleuve blanc comme « la continuation du Niger » (2).

Pendant qu'en Europe les savants s’opposaient ainsi les uns les autres leurs arguments respectifs, en Égypte, il était fréquemment question de l'envoi de nouvellles expéditions sur le Nil blanc.

D’Arnaud conserva longtemps l'espoir de parachever l’œuvre commencée. Le 28 janvier 18/41, au moment où sa dahabié reprenait la direction de Khartoum, 1l écrivait dans son journal: «Je suis de l’œi1l les immenses chaînes de montagne, que les basses eaux viennent de nous empêcher de visiter. Quel vaste champ de moissons 1l reste

encore à cueillir. Ce fleuve devient en ce point d’un si

(1) Bull. Soc. géogr., 1847, VIT, p. 095 : 1848, IX, p. 97. — Empressons-nous d'ajouter que malgré cette erreur, l’œuvre d’Antoine-d Abbadie n'en conserve pas moins une haute valeur scientifique.

(2) Bull. Soc. géogr., 1845, IV, p. 160.

PROJET DE NOUVELLES EXPLORATIONS 331 haut intérêt que je serais bien désireux d’en faire la ,tentative [suivre la branche venant de l'est}, avec une expédilion un peu mieux organisée. Espérons. »

Revenu au Caire (1), il usa de son crédit, pour obtenir de Mehemet Ali un nouvel ordre de départ. « Je ne cesse, écrit-1l, de profiter de l'influence des Consuls généraux et des voyageurs de distincüon pour lui rappeler tout ce qu'il a déjà fait pour la science et tout ce que le monde savant attend encore de lui » (2).

Il avait conçu un plan de voyage quelque peu confus qu’il exposa à Jomard et dont voici les lignes principales.

Partant de préférence sur un bateau à vapeur, qui sera d'un «grand secours comme eflet moral sur les populations », 1l explore d’abord le Sobat et la branche abouüssant au lac Nô le Keïlac, (nommé actuellement Bahr el Ghasal), ensuite 1l continue aussi loin que possible vers le sud. Il séjourne au point terminus de cette navigation de manière à avoir & une connaissance du climat et des environs ». &« Pendant le stationnement forcé dans ces pays, il a l'assurance au moyen d'ouvriers qu'il n’a pas manqué de comprendre dans l’organisation » d’être utile aux populations, surtout à celles du 4°, € qui sont les plus aptes à en profiter, en introduisant chez elles de nouvelles semences, perfectionnant leur industrie, en créant de nouvelles, telles que l’art de la navigation totalement inconnue, etc... » Ainsi, dit-il, € nous laisserons une date (5)

sure chez ces peuples de notre avénement chez eux. »

(2) Il rentra au Caire le 6 octobre 1842.

(2) D'Arnaud à Jomard, 5 mars 1848.

(3) On a ajouté en marge « unesmarque ».

Après quoi 1l abandonne la majorité au moins de ses compagnons « pour poursuivre le voyage à pied jusqu'aux sources et de là en Abyssinie ou à la mer, suivant le plus grand intérêt ou le chemin le plus court ».

Comme personnel, il emmène « le moins de monde possible. Un ingénieur en chef avec deux ingénieurs arabes (?) exercés un peu aux instruments, un naturaliste, un dessinateur muni du daguerréotype, et un médecin sont tout ce qu'il faut ». Néanmoins il désirerait « de plus qu’un des frères d’Abbadie ou autres qui ont déjà voyagé chez les Gallas et connaissent un peu la langue fut de la partie, afin de faire par terre, ce qu'il est impossible de faire par eau ». Il avait © fait dans ce but acheter au Sennar un Galla très intelligent des environs de Caffa ».

Et il conclut: « Voilà seulement comment on dénouera le nœud gordien à la face des plus incrédules » (1).

Mehemet Ali se montrait en apparence favorable à ces projets. En 1843, d'Arnaud se croit à la veille de reparbr. « Son Altesse, le vice-roi d'Égypte, m'a laissé pressentir que je prendrais derechef le commandement d’une nouvelle expédition pour aller encore à la découverte des sources du Nil blanc: elle veut absolument en avoir le dernier mot » (2). & Le grand pacha pense toujours à envoyer une nouvelle expédition, mais l’époque n’est pas fixée encore » (3), écrit de nouveau d’Arnaud en 1846; et

dix-huit mois plus tard: € Je crois vous avoir dit dans

(1) D'Arnaud à Jomard. Lettres. Passim.

(2) D'ArnauD, 12 janvier 1843. — Bull. Soc. géogr., 1843, I, p. 89 (3) D'Arnaud à Jomard, 20 septembre 1846.

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